‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 70 sur 154 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

ser les points lacrymaux; puis saisissant avec une pince le lambeau de cette membrane, il le dissèque, le détache des parties voisines jusqu'au point où la conjonctive palpébrale se réfléchit sur le globe de l'œil sous le nom de conjonctive oculaire, et l'excise alors au niveau de la partie la plus profonde de la paupière : cela fait, il applique l'appareil indiqué plus haut, qui se compose d'une compresse et d'une bande destinée à ramener la paupière vers le globe de l'œil. Un ou deux jours après , à la levée du premier appareil , on trouve la paupière en grande partie redressée; il est rare que l'opération soit suivie de symptômes fâcheux tels que des vomissements, des douleurs fortes ûp une inflammation intense. Si ces accidents venaient à se manifester, on combattrait les vomissements par un lavement opiacé, le gonflement inflammatoire et la douleur par l'application des topiques émollients et par l'usage des antiphlogistiques jusqu'à ce que la suppuration s'établît. Il suffirait alors de laver l'œil deux fois par jour avec l'eau d'orge et le miel rosat, et de toucher la plaie de temps en temps avec la pierre infernale pour réprimer lès granulations , et favoriser l'établissement d'une cicatrice solide (i).

(1) L'idée première de l'opération dont on Tient de lire la description, appartient à Bordenave. Elle est fondée sur la

Vingt-unième observation.

Une jeune paysanne de vingt ans, d'une constitution grêle, d'une fibre moiie, eut à la suite

connaissance parfaite du mécanisme de la cicatrisation des plaies , et remplace avec le plus grand avantage la simple incision transversale ou semi-elliptique de la peau des paupières, indiquée par Celse. Son auteur ne l'eut pas plutôt proposée qu'on s'empressa par-tout de l'exécuter ; elle eut bientôt pour elle la sanction de l'expérience et le suffrage unanime des praticiens. Un célèbre oculiste anglais soutient qu'elle ne prévient pas toujours la récidive de Fectropion; mais cette assertion est démentie par les faits les plus nombreux. En supposant à l'opération de Bordenave des inconvénients qu'elle n'a pas , M. Adams n'a sans doute eu pour but que de relever l'importance d'un nouveau procédé dont il est l'auteur : il assure que pour obtenir les résultats les plus satisfaisants^ il faut exciser avec la conjouctive un lambeau triangulaire de la paupière elle-même ; la base de ce lambeau doit comprendre une portion du cartilage tarse, et correspondre au bord libre de la paupière; on obtient de cette manière une plaie figurée en V, dont les lèvres doivent être réunies par un ou plusieurs points de suture. Le bord libre de la paupière ainsi raccourci perd en partie sa courbure naturelle et anticipe beaucoup plus sur le globe de l'œil que lorsque l'on s'est contenté d'exciser la conjonctive. M. Adams rapporte plusieurs observations qui ne laissent aucun doute à cet égard. On ne peut donc refuser à son procédé l'avantage qu'il a sur celui de Bordenave, d'une guérison plus parfaite; mais ce dernier, plus simple et beaucoup moins douloureux, ne mérite- 1- il pas

Page 1