PHLEGMASIES DES GLANDES DES PAUPIÈRES. SI
Si les anciens avaient bien connu la structure des différentes parties qui composent les paupiéres (voyez les quatre premieres planches), ils n'auraient pas cru devoir imposer un nom particulier à des symptômes qui souvent changent d'un jour à l’autre, pendant la durée de l'engorgement de ces organes délicats. Je desire qu'on trouve ici les noms suivants pour la derniere fois, et qu'on ne conserve que ceux qui, sans avoir une véritable utilité nosographique, auront au moins l'avantage de désigner des affections qui se rencontrent dans la pratique. Je conserve aussi par respect les noms donnés par le pére de la médecine; mais ceux que je regarde comme superflus ne se trouvent pas dans les immortels écrits de l'illustre médecin de Cos : par exemple, le mot phtiriasis est inutile, et ne doit pas plus exister que la maladie que certains auteurs ont voulu désigner (1). Je ne trouve aucune indication, méme vague, de son existence dans le grand nombre de Mémoires à consulter sur les maladies des yeux, que j'ai lus pour la seconde fois depuis quelques années, ni dans les journaux de pratique journalière de mon père, ni dans les miens, et je ne l'ai jamais vue. Je ne la regarderais même pas comme existante et comme formant une affection particuliére , quand je rencontrerais entre
(2) Celse , hb. VI.
TJ.
les cils, à l'aide de la loupe, le sarcopte de la gale humaine (1), où tout autre insecte aussi incommode.
Lorsqu'on réfléchit que les glandes de Meibomius et les cryptes muqueux de la portion de la conjonctive qui revét la face interne des paupiéres, sont souvent le siége d'une phlogose plus ou moins forte, aigué ou chronique, cette derniére, plus. ou. moins latente, on en tire aisément la conséquence que, suivant la nature, le degré et le lieu de l'irritation, les conduits ex- créteurs des glandes de Meibomius doivent quelquefois exprimer une matière sébacée qui s'amasse entre les cils, où elle prend fréquemment un caractere de sécheresse; que les cryptes muqueux, gorgés à la surface interne des paupières, occasionnent aussi parfois un sentiment d'aspérité; qu'il peut tomber des cils, et que nous n'avons pas besoin, pour exprimer ces effets, des mots psorophtalmie, sclérophtalmie, trachoma, madarosis et milphosis, qui signifient, avec ptilosis, chüte de cils (2). A quoi bon conserver sclériasis, pour dureté, trachoma, pour aspérité, et mydesis, pour gangrène des paupieres, maladie qui ne présente à ces parties aucun phéno-
(r) Voyez l'excellent article Gale, par M. le docteur Fournier, Diction. des Sciences médicales.
(2) Aétius. tetrabibl. serm, 3.
PHLEGMASIES DES GLANDES DES PAUPIÈRFS. 83 mène particulier, et qu'il est si rare d'y rencontrer, que je me dispenserai d'en parler, en renvoyant aux ouvrages de médecine, notamment à l'art. gangréne, par M. le docteur Hébréard (1)? Je ne parlerai méme des furoncles et des engorgements de différentes natures qui peuvent intéresser le tissu de la peau des paupières, que pour recommander les plus grands soins et la plus scrupuleuse observation d'un régime convenable pendant leur durée, afin que ce tissu cutané, si délicat et si important, souffre le moins possible de leurs effets. —
Lorsque je suis consulté dans le principe d'un abcés prét à se former dans le tissu cellulaire situé sous la peau auprès de l'œil, ie fais appli- «quer ordinairement des sangsues sur la partie méme tuméfiée. Elles enlévent le plus souvent le gonflement en douze heures. Un parent du célébre imprimeur, aux presses duquel est due l'exécution du présent ouvrage, vint me trouver, le 17 janvier 1817, ayant depuis fort peu d'heures un gonflement extrémement douloureux sous la peau de la paupière inférieure de l'oeil gauche, vers l'angle externe, avec de violents élancements qui s étendaient dans l'orbite autour du globe. Il était évident qu'un dépót se préparait. Je lui fis ap-
(1) Diction. des Sciences médicales.
pliquer, deux heures aprés, à huit heures du soir, sur lendroit gonflé, des sangsues, dont les piqüres saignerent toute la nuit; le lendemain, le gonflement n'existait plus, et les douleurs avaient disparu. | | |
Jai vu plusieurs fois lanthrax menacer les paupiéres d'une désorganisation complète, et cependant leur üssu se rétablir, après la disparition des accidents, d’une manière plus satisfaisante qu'on n'aurait osé l'espérer.
La phlegmasie des glandes de Meibomius et de la marge des paupiéres est aigué ou chronique. Hippocrate a désigné la premiére dans le passage suivant :
« Les fluxions qui se jettent sur les yeux , lorsqu'elles ont une acrimonie considérable, ulcerent les paupières, corrodent quelquefois les joues et les parties qui sont au-dessous des yeux; elles percent et détruisent la tunique qui revêt l'oeil; elles sont accompagnées de douleur, de chaleur et d'inflammation, jusqu'à ce que les matiéres qui s'écoulent aient acquis un certain degré de coction , qu'elles se soient épaissies et changées en chassie (1). »
La phlogose aigué de ces parties délicates a tant de rapports avec l'ophtalmie, et se complique si souvent avec linflammation de la con- .
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(1) De Veteri medicinà XXXII.
PHLEGMASIES DES GLANDES DES PAUPIÈRES. 8) jonctive, que je puis me dispenser d'en parler ici. (Voyez sect. IV, ch. 1.) |
Quant à l'inflammation chronique, elle est des plus fréquentes, se présente tous les jours dans la pratique, se joint à un grand nombre de maladies des yeux, est fréquemment idiopathique, et mérite qu'on s'y arréte, moins à cause de sa gravité qu'à cause de sa fréquence et de la géne qu'elle apporte à l'exercice. des fonctions des yeux. | La phlegmasie plus ou moins chronique, plus ou moins marquée, des glandes des paupières, se manifeste souvent par une excrétion apparente de la matiére onctueuse et sébacée qui se sécréte dans ces follicules. Les personnes qui en sont incommodées supportent difficilement l'application, l'aspect du soleil, du feu et des corps trèsblanes, l'impression de la fumée, de la poussiére et d'un vent froid. Souvent les bords des paupiéres sont plus ou moins collés au réveil, et on remarque entre les cils une matiére d'un blanc plus ou moins jaune ( pl. 16, fig. 1), et plus ou moins sèche.
Cette affection n'est point ordinairement contagieuse; cependant j'ai quelques exemples qu'en se servant de linges avec lesquels des yeux chassieux avaient été essuyés, la méme incommodité a été contractée. Une jeune fille joua à colinmaillard avec le bandeau d'un enfant qui avait un ceil larmoyant depuis long-temps. Le lendemain
matin, elle avait une gale jaune, épaisse, aux bords des paupières de chaque œil. Elle a aisément guéri par le seul usage du cataplasme de cerfeuil cuit dans l’eau et appliqué pendant la nuit. |
L'exsudation est quelquefois si abondante, que les malades passent tous les matins un temps considérable à enlever la matière amassée entre les cils. Lorsque la maladie est ancienne, elle résiste souvent aux moyens les mieux indiqués; d'autres fois elle céde avec la plus grande facilité, quoique déja invétérée et portée à un grand degré d'intensité.
J'ai donné, en 1804, des soins à M. P***, âgé de vingt-cinq ans, qui était obligé de passer une heure tous les matins à nettoyer ses paupières. Mes soins ont été entièrement infructueux. Au commencement de 1815, il me dit qu'il était déterminé à essayer tout ce que je lui conseillerais, quoique persuadé que sa maladie résisterait à tout. J'employai, pendant les mois de février et mars, les moyens qui réussissent ordinairement, si non à guérir, au moins à diminuer cette rebelle affection, et ce nouveau traitement n'a eu aucun succès. Il est vrai que la maladie datait de l'enfance, et était portée au plus haut degré. Une affection à-peu-pres semblable, mais moins ancienne, chez M*'*, notaire à Orléans, venu à Paris en octobre 1798, céda; au contraire, trés-aisément. Les marges des paupières à chaque