‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 39 sur 84 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l'éraillement des paupières ou Ectropion (1).

On voit bien moins souvent cette maladie à la paupière supérieure qu'à l'inférieure: celle-ci est alors renversée et tirée en bas, de maniére que sa face interne est apparente avec difformité, présente l'aspect d'une chair rouge, et ne peut. point s'approcher de la supérieure, mais reste pendante. Cette lésion organique est toujours accompagnée de larmoiement, parce que la matière

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(1) Synonymie. Blepapoy Exrporn. Hippocrate,

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des larmes ne peut plus étre absorbée par le point lacrymal, qui se trouve éloigné du globe de l'oeil. Une cause assez ordinaire de l'ectropion est une fongosité à la face interne de la paupiére.

« Si les paupiéres sont plus épaisses que dans l'état de nature, coupez de la chair autant que vous pourrez de la partie inférieure; aprés, brülez la paupière avec un fer qui ne soit pas trop chaud (1). » |

M, le professeur Percy fait observer que si on employait le cautére actuel, il faudrait couvrir l'oeil avec une cuillère de métal ou avec une lame de carton, tirer à soi la paupiére, et y passer transcurremment un petit cautère à bec aplati, en évitant de toucher aux commissures

des paupières et aux cartilages tarses, et en n'ap-

puyant que trés-peu, sur-tout en commencant.

« Ce mal, dit Guillemeau (2), peut venir à cause de quelque chair superflue qui s'est accrue en la partie intérieure... S'il vient pour une super-eroissance de chair, et qu elle soit petite et tendue, elle sera abattue et consommée avec médicaments cathérétiques ; si elle est plus vieille et dure , elle sera coupée; l'opération se fera par tel moyen: prenant une aiguille enfilée , laquelle sera A RAR ule ul: CR ET

(1) Hippocrate ( de Visu).

(2) Traité des maladies de l'oeil , sect. IV, ch. IX.

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passée par le plus bas que faire se pourra de la super-croissance de chair, puis avec ledit fil sera icelle soulevée ensemble la paupière, et avec la pointe du ciseau sera petit - à- petit coupée, ou avec la bistorie courbe, tout d'un coup, si faire se peut, se donnant garde de rien óter de la paupiere. » | Saint-Yves a toujours réussi en appliquant le nitrate d'argent fondu de deux jours l'un (1). Je me sers de la même méthode, lorsque la végétation superflue est peu considérable; mais quand elle a plus de volume, je l'enléve par un procédé que je décrirai au chapitre VI (voyez pl. 19; fig. 1,2 et 3). Quand elle est trés-forte, j'emploie ordinairement un traitement mixte; j'óte le plus possible de cette végétation; je touche avec le nitrate, et je reviens au bistouri, aprés huit ou quinze jours, pour retourner encore au nitrate. D'autres fois, j'enléve le plus possible de cette chair, à-peu-près par le procédé de Guillemeau; seulement je la saisis à l'aide d'une petite érigne. C'est par ce moyen que jai rétabli la paupiere inférieure (représentée pl. 21, fig. 2) de M. D"'*, de Mortagne. On trouvera (obs. 19) la lettre de son chirurgien, qui me fit connaitre l'état de la paupiére un mois aprés l'opération. J'ai su postérieurement que son rétablissement

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(1) Traité des maladies des yeux, liv. I, ch. XV.

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n’a pas tardé à être complet. M. Adams (obs. 20) coupe en travers la paupière inférieure, et en enlève une partie en forme de V, puis réunit les deux extrémités par un point de suture. Le procédé que je décrirai est plus simple, et me semble préférable.

Souvent ce renversement est l'effet d'une cicatrice, le plus ordinairement suite d'une brülure. Mon laborieux confrére, M. l'Éveillé, a ajouté à sa traduction de l'excellent ouvrage du célèbre professeur de Pavie, des observations qui lui sont propres, parmi lesquelles on en trouvera une (1) relative à une jeune fille de douze ans, qui avait la paupière inférieure de l'oeil gauche éraillée par l'effet d'une brülure. Je me rappelle que nous eümes ensemble une consultation sur l'état de cette enfant, et je crois qu'elle aurait été guérie, si, comme il l'avait proposé, on la lui avait amenée, de deux jours l'un, pour se faire toucher avec le nitrate d'argent, à la face interne de la paupiére, qui était rouge, mais non tuméfiée. |

Scarpa a donné avec profusion, dans cet ouvrage, des observations qui lui sont propres, et qui me dispensent d'en tirer d'analogues de mon Journal. Je renvoie aussi à deux Opérations de Ledran, faites en 1739 (2), et à celles de Bordenave, (E ——————— NN

(1) Tome I, page 212, 2° édition.

(2) Mém. de l'Acad. de Chirurgie, tome I.

faites en 1764, 1769 et 1770 (1): cet habile chirurgien avait cru que lon pourrait, par une incision , allonger les téguments, et remettre en place la paupiere éraillée; il a reconnu, par l'événement, quil s'était trompé, et que c'était en faisant naitre des cicatrices à l'intérieur qu 'on rapprochait de l'oeil la paupiére écartée. Depuis, M. Saunders (obs. 21) a de nouveau tenté de diviser le tissu cutané, pour remettre en place la paupière; il a échoué, comme Bordenave.

La cicatrice, cause si ordinaire de l'ectropion, est fréquemment la suite d'un abcés dans le tissu cellulaire sous-cutané, au bas de la pup infériéure.

Le fils, alors âgé de trois ans, d'un de mes éonfrères à la Société de Médecine de Paris, a eu un semblable dépôt, trés-prés du petit angle, au commencement de 1813; j'ai eu récemment occasion de rappeler à son pére, que mon pronostic se vérifie de plus en plus. Je lui avais promis qu'à mesure que l'enfant grandirait , le renversement de la paupière inférieure diminuerait. En effet, lorsque la maladie se forme dans les preiniéres années de la vie, je vois ordinairement l'éraillement, qui est plutôt une difformité qu'une maladie, diminuer graduellement à mesure que les enfants avancent en âge.

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(1) Mém. de l'Acad. de Chirurgie, tome V.

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Nous n'avons rien fait de particulier pour cet enfant, et je ne conseille rien dans les cas semblables.

Je vois bien plus souvent l'ectropion se former à la suite d'un érysipèle ; jai en ce moment sous les yeux un cas analogue à l'observation 2». Les deux paupières s'écartent des yeux par l'effet de la rigidité que le tissu cutané a contractée : cette rigidité est due à la présence d'une exsudation dartreuse, qui, de plus, a obstrué le conduit nasal de chaque cóté. On voit aisément que les paupieres du malade se remettraient en place, si la peau qui les recouvre revenait dans son état naturel.

On fera, si l'on veut, une maladie particuliére du raccourcissement de la paupière supérieure, que l'on appellera, avec les anciens, lagophtalmie, ou œil-de-lièvre. Je n'y vois qu'un éraillement de la paupiére supérieure. Presque toujours il a lieu par l'effet d'une cicatrice, suite de plaie, d'abcés, et bien plus souvent de brülure. Ordinairement je l'abandonne à la nature; cependant il se forme quelquefois des tumeurs qui demandent à étre détruites. J'en trouve un assez grand nombre d'exemples dans mon Journal:

ainsi Mademoiselle C*'*, de Reims, âgée de treize ans, avait, depuis son enfance, là paupière supérieure adhérente au sourcil, par l'effet d'une cicatrice. En février 1804, j'ai été obligé de faire l'opération d'une tumeur qui lui était survenue.

Une jeune fille de vingt ans s'étant refusée à toute incision, j'ai détruit en six mois, par une suite d'attouchements répétés avec le nitrate d'argent fondu, une tumeur de la grosseur d'une ce-rise; elle occupait par sa base presque toute la face interne de la paupière supérieure de l'oeil droit: cette paupière était attachée au sourcil,, depuis plus de seize ans, par suite d'une brülure.

J'ai guéri une petite fille de Melun, âgée de dix ans, en touchant, dans un cas à-peu-près sem- blable, avec un peu d'acide nitreux, de deux jours lun, une chair fongueuse survenue à la face interne de la paupiére supérieure. Les attouchements furent répétés, de deux jours l'un, pendant quatre mois. Cette chair, raccornie et endurcie, cessa enfin de se gonfler de nouveau; mais. je me suis tenu depuis au nitrate d'argent. Le caustique liquide ne doit-pas S employer si prés du globe de l'oeil. Au surplus, je ne vois jamais ces He cé HE procurer beaucoup d'amélioration dans la situation de la paupière supérieure, quand elle est retirée par l'effet d'une cicatrice grave.

Il aurait bien fallu se garder d' eniporter la tumeur rouge faisant saillie à un jeune homme de vingt-quatre ans, pour lequel je me suis trouvé en consultation, le 5 septembre 1798, avec M. Le breton, chirurgien -accoucheur. Un principe syphilitique avait rongé les téguments des sourcils .et des paupiéres supérieures, au. poss qu 'elles avaient été tirées en haut et renversées à chaque

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cil. Celle du cóté droit. était tellement unie au sourcil, que ce n'était plus qu'une plaque rouge sans bord; l'oeil était enflammé; la cornée s'atrophiait. Il y avait sur la cornée de l'oeil gauche une tache centrale assez large, et la paupiére supérieure n'était qu'aux trois quarts renversée. La glande lacrymale protubérait par-dessous.

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