‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 40 sur 84 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la Trichaise ou Entropion (1).

La trichaise de la paupière inférieure (pl. 18, fip. 1) se rencontre beaucoup plus ordinairement dans la pratique, que celle de la paupiére supérieure (pl. 17, fig. 3); quelquefois les bords des deux paupières se tournent du côté de l'oeil. La trichaise de la paupière supérieure a plus d'inconvénients que celle de l'inférieure. ( Voyez l'obs. 201, tom. Il, page 54r). Cependant ce que j'ai à dire peut s'appliquer aux deux espèces, à peu de différence prés. On voit celui de la paupiere inférieure étre le plus souvent une suite de l’œdême de son tissu (obs. 23), et sur-tout du relâchement de la portion du tissu cutané ' qui la recouvre. Dans ce cas simple, et lorsque cette introversion n'est pas l'effet d'une perte

——————M— Ma aÓ

(1) Synonymie. Teiyecte, Hippocrate. Palpebrarum pili oculum irritantes. Celse. Entropion de sy et T0870 , Je tourne en-dedans.

de substance intérieure, je réussis ordinairement à la guérir par l’un des deux moyens suivants, quelquefois par les deux employés concurremment.

Je tire la paupière, en la renversant le plus possible en dehors, ét, dans cette position, Je place verticalement, en commençant près de la naissance des cils, deux bandelettes, et quelquefois trois, de taffetas agglutinatif, vulgairement appelé taffetas d'Angleterre, de la longueur chacune d'un pouce et demi, et large d'un demipouce. Le succés tient à ce qu'on fasse usage de taffetas bien préparé, qu'on ait la patience de ne lâcher la paupiére que lorsqu'il est sec, c'està-dire aprés quatre ou cinq minutes, et qu'on ne lait ni trop ni trop peu mouillé avant de l'appliquer.

M. G'**, marchand de soie à Paris, avait un entropion de la paupière inférieure de l'oeil gauche depuis quatre ans; elle a été rétablie en vingt jours par l'application du taffetas d'Angleterre; et J'ai su récemment que depuis dix ans, époque de sa guérison, il n'a eu aucun ressentiment de son infirmité. Ce premier moyen n'est pas nouveau. L'autre dépend du malade seul. 1l faut qu'il consacre, à cet essai, trois jours et trois nuits, apres lesquels on l'abandonne, s'il n'a pas réussi. Ordinairement il faut moins de temps. Le malade, en se plaçant en face d'une glace, écarte, avec un de ses doigts, la paupiére affectée, en

TRICHAISE OU ENTROPION. 107 ayant soin de ne pas la laisser rentrer, lorsqu'il est obligé de changer de position; car cet échec ferait perdre en grande partie le fruit du temps précédemment employé. Il faut qu'il reste la nuit assis dans son lit, ayant toujours son miroir devant lui, et qu'à son réveil, s'il a été obligé de céder au sommeil, il reprenne sa paupière. Je ne crois point que personne ait indiqué avant moi ce procédé, qui m'a souvent réussi. J'ai vu son succès dépendre de l'intelligence du malade et de son envie de guérir. J'en ai vu qui, pour ne pas lâcher leur paupière, ne prenaient que des aliments liquides. Au milieu de beaucoup d'autres exemples, je trouve, dans mon Journal, celui d'une dame de soixante-dix ans, qui était affligée de cette incommodité depuis quatorze ans, et qui en fut délivrée, par ce procédé, en deux jours et une nuit; dans cet intervalle, elle ne se laissa aller au sommeil qu'une seulé fois et ne dormit que deux heures. |

Je me suis servi, pendant quelque temps, d'un petit bandage d'acier, placé autour de la tête, et garni d'une pelote qu'une vis appuyait sur la joue à la naissance de la paupière. J'ai réussi assez souvent en posant sur la méme partie une compresse de la longueur de la paupiére, et assez épaisse pour qu'elle lui fit faire la bascule en dehors, au moyen d'un point d'appui que je formais à l'aide d'une bande de linge passée autour de la téte; mais j'ai vu que ces deux moyens ne

réussissaient que dans les cas pour lesquels il suffisait d'employer les deux plus simples dont je viens de parler. Rarement la paupiére inférieure ou la supérieure, rentre en dedans par paralysie de la portion du muscle orbiculaire qui lui est propre. J'en trouve cependant quelques exemples dans mon Journal, et j'en parlerai en traitant des névroses des muscles de l’œil.

Si les moyens que j'ai indiqués ne suffisent pas, ce qui arrive assez ordinairement lorsqu'il y a eu un raccourcissement notable de la membrane interne de la paupiére, il faut en venir à une opération; voici la manière dont je l'exécute : je me contente de ployer en deux un morceau de fil d'archal dont je me sers au lieu de la presse de Bartisch , pour saisir la peau qu'il faut enlever. Lorsque j'en ai saisi une portion suffisante dans cette espéce de pince posée en long. sur la paupière, je serre les deux extrémités (pl. 6», fig. 5), j'emporte ce qui excéde, d'un seul coup, avec des ciseaux droits , dont les lames sont dirigées par le fil d'archal. Le taffetas d'Angleterre suffit pour rapprocher les lèvres de la plaie. L’es= sentiel est d'enlever du tissu cutané précisément ce qui est nécessaire pour le succès de l'opération. Le malade ne sent pas le coup de ciseaux; il n'éprouve que la trés-petite douleur momentanée excitée par la forte pression du fil de fer. Je trouve, dans mes Observations, que ce procédé a réussi parfaitement chez une jeune fille de dix-

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sept ans; elle avait perdu les deux yeux depuis plusieurs années, par l'effet des opacités que la trichaise avait occasionnées aux cornées. Je lui rendis la vue de l'un de ses yeux, en en raccourcissant la paupiére supérieure. Elle fut opérée de l'autre un an aprés; mais on n'emporta point assez de téguments : la paupière, n'étant pas suffisamment raccourcie, continua à se tourner un peu du côté du globe, et sa guérison fut incomplète. Je me dispenserai de rapporter d'autres exemples de cette opération; on peut voir l'ouvrage du professeur Scarpa, au chapitre Trichaise, où il donne l'histoire de plusieurs de ces opérations qu'il a pratiquées (1).

Je me suis servi, pendant quelque temps, de la suture; mais je l’ai abandonnée depuis un accident qui m'arriva en opérant les paupiéres supérieures d'une habitante de Méréville, fermiére de M. de Laborde: une de mes aiguilles cassa, sans que je pusse en retrouver la pointe; je redoutai méme que sa présence n'occasionna des accidents, qui n'eurent pas lieu; car cette paupiere était rétablie au bout de quarante-huit heures; l'autre nele fut que quatre jours plus tard.

Deshais Gendron avait vu qu'un emplátre ag-

E glutinatif remplace avantageusement les points

de suture.

(1) Traduction de M. l'Éveillé, tome I , chap. II.

La double rangée de cils (1) ou distichaise , est si rare, qu'elle a été niée. J’atteste que je lai trouvée plus de vingt fois. Mon opinion est que c'est souvent une véritable rangée surabondante; jaccorderai, si l'on veut, que ce sont les cils les plus internes qui s'écartent de la ligne pour se tourner du côté de l'oil: j'ai vu plusieurs fois la rangée déviée percer régulièrement le bord interne de la marge de la paupière, et bien distinctement séparée de la ligne naturelle des cils. On voit, pl. 20, fig. 1, que les cils, sortant dans une direction vicieuse du bord eK cette paupiére dessinée sur le malade, sont semés càet-là le long de sa marge. C'est assez la position qu'ils affectent aussi, Maca ils viennent en se nombre. )

Ce dernier cas est le plus commun (pl. 64; fig. 1). Je le vois très-souvent. J'ai fini par renoncer à prendre note, dans mon Journal, des ophtalmies habituelles auxquelles je reconnais pour cause un ou plusieurs cils, soit ainsi semés, soit déviés de leur place naturelle, et que sous. vent je ne découvre qu’en exposant et examinant au soleil le bord de la paupière. Ils sont quelque fois si petits, qu'on les aperçoit à peine. |

Souvent cet accident tient la conjonctive dans | un état d'irritation et de sensibilité excessives |

Rs TEE MICI me mn lec 00d

(x) Synonymie. Alsixiaois, Paul d'Egine.

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(obs. 2). Je conseille ordinairement de se contenter de les extraire à l'aide d'une pince, en prenant bien garde de les casser, et en répétant cette opération aussitôt qu'ils commencent à devenir incommodes.

J'ai trouvé quelquefois à la base du cil, dont la direction est vicieuse, une petite élévation rouge, espèce de chair fongueuse presque imperceptible, et vraisemblablement produite par l'effet du frottement du cil contre le globe de l'oeil. La premiére fois que je vis ce petit point rouge, siége ordinairement d'une vive irritation, ce fut, il y a environ vingt ans, à l'eil de M. de V***, jurisconsulte à Laon. Le seul symptóme dont il se plaignait était de ne pouvoir, depuis plus d'un an, s'occuper cinq minutes de suite, sans une extréme fatigue. Je ne découvris ce cil, presque invisible, qu'à ma seconde visite, et je ne lótai qu'aprés l'avoir fait voir à deux des amis de M. de V*"*. Je touchai huit ou dix fois, dans l'espace d'un mois, le point d’où il avait été extrait, avec le nitrate d'argent fondu. Le cil ne reparut pas. M. de V""* est venu me voir, en juillet 1817, accompagné de M. Lejeune, médecin à Laon, et m'a dit que la destruction de ce cil avait été complète. J'ai plus souvent échoué que réussi dans les cas de ce genre.

Une dame ( obs. 24) se soumit à tous les essais, | et tout ce que je pus obtenir, pendant dix-huit mois que j employai le nitrate d'argent fondu, fut

de réduire à sept les cils formant la rangée surabondante, et implantés, au nombre de plus de trente, tout le long du bord interne de la marge de la paupière supérieure de son œil gauche.

Au reste, je suis d'accord avec ceux qui proposent de ne point faire de la distichaise une maladie particuliére. On peut bien s'en tenir au mot trichaise, nom donné par le père de la médecine à cette maladie, dans laquelle des cils, quel que soit leur nombre et leur position, se dirigent vers le globe de l'œil.

La réunion des bords des paupières entre eux(1) doit-elle former une maladie particuliére sous le nom d'anchyloblepharum ? En faut-il faire une autre de l'adhésion d'une partie de leur face interne à la conjonctive qui revét le globe? Je propose la négative sur ces deux questions, sur-tout sur la premiére, tant ce cas est rare, et tant il est, en général, convenable de ne rien faire quand on le rencontre. Cependant il se pourrait qu'il se présentát à un degré tel, qu'il fallüt absolument agir; alors on suivrait ce que conseillent les auteurs auxquels il s'est présenté. Quand je lai trouvé, je n'ai vu l'adhérence que dans un des angles ou dans les deux, mais fort peu étendue. Je me suis bien gardé d'y toucher. |

M. de Wenzel, mon collégue, rapporte (2) qu'il AMAR se it Liu du / sa SR ASS

(1) Brspapoy &up.ouctc , Hippocrate.

(2) Diction. ophtalmologique, tome II. pag. 155 et 156.

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à désuni avec le plus grand succès les paupières des deux yeux à deux enfants : chez l'un, l'union des bords était compléte; et chez l'autre, elle ne l'était pas entièrement, mais l'anchyloblepharum était congénial.

Cela me rappelle que j'ai eu une consultation avec MM. de Wenzel et Arrachart, le 26 août 1809, pour un jeune homme de dix-neuf ans, élève en pharmacie, qui, portant une bouteille de liqueur corrosive, tomba, et cassa la bouteille; la liqueur lui avait cautérisé la peau du front et les yeux. Les bords des paupières de l'œil gauche se sont réunis à la suite de cette excoriation , et il ne restait plus que deux ouvertures, une à chaque extrémité. Ne pouvant examiner le globe, nous jugeàmes au toucher qu'il était en fonte. Il y avait éraillement des deux paupières du droit : nous n'avons conseillé que des moyens généraux. Quant à l'adhérence des paupiéres au globe, je l'ai vue plusieurs fois plutôt augmentée que diminuée, aprés une opération tentée pour la détruire. Celse dit qu'il n'a jamais vu réussir cette tentative, et que Méges n'a pu venir à bout, aprés bien des expériences, d'empêcher la paupière de se réunir de nouveau au globe(r). Au rapport de M. Richerand (2), M. Boyer a vu trois fois cette adhérence se renou-

(1) De re medica, lib. VII, ch. VII.

(2) Nosographie chirurgicale, tome II, page 17, 4^ édit.

veler. Afin d'éviter cet accident, lorsque je eu à enlever des membranes fongueuses qui s'étendaient et sur la face interne des paupières, et sur la conjonctive, j'ai toujours eu soin de faire l'opération en deux fois, en mettant un intervalle de quinze jours et plus entre les deux opérations, pour avoir la certitude que la cicatrice de la premiére était parfaitement consolidée avant -d'en venir à la seconde. J'ai vu plusieurs fois que, pour avoir opéré au méme moment à la face interne de la paupière et à la conjonctive, à l'endroit où elle se replie sur le globe, il s'était formé une adhésion entre ces deux surfaces, appliquées lune contre l’autre dans un état d'excoriation (observation 25).

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