CHAPITRE VI
Des Tumeurs des Paupières.
Ces tumeurs sont :
L'Orgeolet, qui est trés-commun.
110 SECTION IJI, CHAPITRE Vi,
Le Grain de gréle, qu'on voit encore plus souvent, et qui ne mérite guere le nom de maladie.
Une petite Tumeur aqueuse ou trés - petite hydatide, des plus communes, n'est point une maladie, et peut étre négligée sans inconvénient.
Les Verrues, assez rares, dont quelques - unes tendent à dégénérer en ulcéres d'un mauvais caractére. | T . Les Loupes, tumeurs dont le kiste contient une matiére plus ou moins consistante, et méme de l'eau; ce qui leur a fait donner les noms d'atAéróme, de mélicéris, de stéatóme et d'hydatide. Elles présentent peu de différences entre elles. dans la pratique : elles sont plus faciles à guérir quand elles sont formées d'une matière moins dure, ce qu'on ne peut pas toujours connaitre avant de les avoir attaquées, et la cure en est d'autant plus prompte, qu'elles sont placées plus favorablement. |
Je ne m'opposerai point à ce que l'on conserve ces différents noms; mais je demande que l'on supprime celui de Z/thiasis ou gravelle des paupiéres, qui devrait désigner une tumeur contenant une matière plàátreuse. On rencontre, en effet, mais bien rarement, quelques grains de grêle qui contiennent une matiére un peu sèche, mais comment en faire une maladie particuliére? On peut dire de presque toutes ces tumeurs ce qua dit de certains exanthémes l'immortel
'ORGEOLET. 117 fondateur de la médecine d'observation (1): ,ce sont plutôt des difformités que des maladies,
L'Orgeolet (2) ( pl: 17, fig. 1), vulgairement Orgueilleux ou grain d' iege est un petit furoncle qui vient plus souvent au bord de la paupière supérieure qu'au bord de l'inférieure. Quelquefois il parcourt en peu de jours ses périodes d’inflammation et de suppuration, et guérit facilement ; d'autres fois il a une marche équivoque, avorte, pour ainsi dire, revient plusieurs fois, et tourmente trés-long-temps les personnes qui en sont affectées. Je suis dans l'usage de ne conseiller rien autre chose, que de le couvrir pendant la nuit d'un petit cataplasme de pomme cuite, qu'on peut garder pendant le jour, dans les premiers temps; il faut enfermer la pulpe de pomme dans un linge, et, au moment de l'appliquer, enlever, avec une paire de ciseaux, un trés-petit morceau de l'enveloppe, pour que * pulpe porte à nu sur la tumeur.
Quelquefois cette petite tumeur inflammatoire, au lieu de paraitre toute à l'extérieur, soulève un peu le bord de la paupière à sa face interne, et alors elle est accompagnée de plus d'irritation.
On en voit rarement deux à cóté l'une de l'au-
(x) Hippocrate , de affectionibus, XXXV.
(2) Kpïôn cv Preoapo , Hippocrate , ordeolum Aétius.
tre. L'orgeolet est peu de chose en lui-même ; mais il se complique souvent avec différentes’ maladies de l'œil, et, dans ces cas, on le voit fréquemment jouer un róle important, en ce qu'il augmente les accidents de linflammation ,. qui ensuite l'augmente lui-méme. C'est sur-tout dans les ophtalmies périodiques que je le vois exercer de l'influence. L'observation 29 donne l'histoire d'ophtalmies périodiques dont les rechütes étaient accompagnées de deux orgeolets au bord de la paupière inférieure, protubérants un peu à la face interne. - - And :
Ce petit abcés est souvent sympathique : je l'ai vu annoncer léruption des régles ou diverses crises. J'ai été consulté pour une jeune personne de dix-sept ans, qui depuis trois ans était sujette à une affection pédiculaire. Les insectes se multipliaient sur le cuir chevelu par des espèces de crises qui surmontaient tous les obstacles qu'on leur opposait. Chaque crise était précédée d'un orgeolet à la paupière supérieure, tantót d'un ceil, tantót des deux yeux. | | Je conseillé ordinairement de ne rien faire quand l'orgeolet tire en longueur; il finit par se dissiper: On en voit durer un an et plus. D Il y a obstacle à l'application de la pulpe de pomme, lorsqu'il est compliqué avec certaines | ophtalmies auxquelles un cataplasme serait con- | traire. Dans ce cas, il n'y faut rien faire de par ticulier. |
GRAIN DE CRÉLE. 119
Le Grain de grêle (1) (pl. 16, fig. 2) est une tumeur ordinair 'ement grosse comme un grain de millet, rarement comme un grain de chènevis.
C’est un peu de matière sébacée, amassée sous l'épiderme de la marge des paupières. Elle ne mérite pas le nom de maladie; cependant quelquesunes génent un peu, lorsqu'elles sont sur la marge méme entre les cils et le globe, ce qui est rare. Compliquées, dans cette situation, avec une phlegmasie de la conjonctive (obs. 3o), elles peuvent lentretenir. Elles sont ordinairement entre les cils, un peu en dehors, et méme entierement à l'extérieur sur le tissu cutané des paupières. On en voit qui existent depuis dix, vingt ans et plus. Il suffit de les ouvrir avec la pointe d'une lancette. Tout est bon pour faire sortir ensuite gros comme une tête d'épingle de matiére blanche, grasse et sèche, qui s'écrase entre les doigts: on peut prendre une petite curette pour' cet usage. Rien n'est si commun que cette incommodité.
L'Hydatide de la marge "e paupières est une très - - petite tumeur presque transparente; on en voit qui s'éloignent de la marge. Ce sont des gouttelettes de Ds (pl 16, fig. 3) qui soulèvent l’épiderme. Elles sont grosses à-peu-prés comme des grains de chènevis. Leur accroissement est
(1) Synonymie. Chalazion, Celse. Grando, Aétius.
120 SECTION IF, CHAPITRE VI, lent : on en.voit qui n'ont pas varié depuis un erand nombre d'années. Elles ne génent que lors qu'elles sont sur la marge même de la paupière” au-delà des cils.
Ce n'est point une maladie. Dès que cette pe- tite tumeur est ouverte avec la pointe de la lan- ù cette , elle disparait.
bés Verrues méritent plutót ce nom : heureusement elles sont rares. Si elles ont une base” étroite, comme celle qui a été dessinée sur une. paupière de laquelle elle pendait (pl. 18, fig. 2), il faut les lier, prés de la peau saine, avec une! soie qu'on serre médiocrement d'abord, et ensuite de plus en plus les jours suivants. Elles tombent en une semaine; mais il faut bien s'assurer auparavant, que la verrue n'a aucun caractére suspect. J'ai vu des accidents graves suivre ce procédé, | pour l'avoir appliqué à des verrues dont le mauvais caractere n'était point iU init J'ai éprouvé, un échec de ce genre, qui m'a rendu très-circon: spect. La nature vicieuse de la tumeur se déclara au ‘bout de vingt-quatre heures; des vaisseaux étaient déja développés à sa base. Ne pouvant dé-nouer la soie, je coupai la verrue avec des ciseaux, et le malade, i d ge avoir perdu une certaine quantité de sang, eut à la paupière et à l'œil, une fluxion qui fut longue et inquiétante.
Quelques verrues sont évidemment de mauvaise nature; d'autres sont rendues telles par l'application mal ordonnée et encore plus mal exécutée,