‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 44 sur 84 · VERRUES CANCÉREUSES AUX PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

VERRUES CANCÉREUSES AUX PAUPIÈRES

de remèdes irritants. Une verrue semblable à celle qui est représentée pl. 20, fig 2, sur le bord de la paupiére inférieure prés de l'angle externe, fut excoriée par des topiques irritants. Il en résulta que l'oeil s'enflamma; les paupières devinrent calleuses (obs. 31); la supérieure s'abaissa, et l'inférieure, un peu renversée en dehors, resta éloignée de l'oeil. Une verrue semblable se forma au grand angle, prés la commissure interne des paupières de l'autre œil, et devint cancéreuse.

ll est important, pour peu que la verrue inspire de soupçons, de recommander au malade de n'y pas porter le doigt, avec lequel il cherche souvent à appaiser le prurit qu'elle excite. Ces excoriations ont quelquefois des suites inquiétantes (obs. 32). Je suis dans l'usage de les toucher, plusieurs fois, à six ou huit jours d'intervalle, avec le nitrate d'argent fondu, lorsqu'elles n'ont rien d'équivoque; et que, par leur position, elles incommodent assez les malades, pour qu'ils desirent vivement en étre délivrés. Lorsqu'ils

consentent à les garder, j'aime mieux n'y point toucher.

Tumeurs ou Loupes aux paupières.

Les Loupes (1) ou tumeurs enkystées des pau- (1) Synonymie. Meliceris, matière de la consistance du miel; atheroma, matière de la consistance de la bouillie ;

steatoma , matière de la consistance du suif ; Gallien, Paul d'Egine.

pières (pl. 18, fig. 1, 2, 3) naissent dans l'épais: seur de la paupiére. Il y a apparence que la matiére qui les forme passe ordinairement par les différents degrés de consistance qui leur ont fait donner différents noms fort inutiles dans la pratique; où on les rencontre fréquemment. Cette matière est contenue dans un kyste. Pour en connaître la nature, on peut voir ce que dit, sur la for: mation des kystes, notre Bichat (1), qui se prés parait à nous faire lire couramment dans le livre de la nature.

Les loupes ne sont point adhérentes, et roulent sous la peau, lorsqu'on les pousse avec le doigt; ce qui empéche de les confondre avec de trés-petits furoncles ou abcés qui viennent dans l'épaisseur méme de la peau des paupiéres, comme dans toute autre partie du tissu cutané. E

Leur grosseur dépasse rarement celle de la plus forte , représentée pl. 18, fig. 1; cependant il s'en trouve de beaucoup plus volumineuses. ip

Ces tumeurs sont si communes, que j'ai pu aisé ment former l'aperçu suivant: sur deux cents, à peine une devient plus grosse que l'extrémité du pouce, et se prolonge entre l'oil et la paroi de l'orbite; sur ce nombre, on n'en trouve pas dix plus grosses que celles que je viens de désigner (pl. 18 fig. 1); cinquante disparaissent en moins

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(1) Traité des membranes, page 162. — Anatomie générale, tome 1°”, page 104. : |

TUMEURS OU LOUPES AUX PAUPIÈRES. 193 d'un an, évidemment par les seuls efforts de la nature; et un plus grand nombre se dissipe dans l'espace de six mois ou environ, en paraissant avoir cédé à l'action de quelques topiques. A peine trois ou quatre sur cinquante laissent quelques traces de leur existence le vingtiéme jour, lorsque je les opére par la méthode qui m'est propre, que j'ai représentée dans les trois figures de la planche r9, et dont je donnerai plus bas la description. Ces traces se dissipent à la longue et sans y rien faire.

Les loupes disparaissent souvent pendant une maladie, si elle est un peu sérieuse. On est dans l'usage de les couvrir d'un morceau de taffetas enduit d'emplátre de Diachylon gommé, ou d'emplâtre de Vigo avec le mercure. On peut en user d'abord comme essai. Lorsque les malades se refusent à les confier aux seuls efforts de la nature, qu'ils ne veulent point d'opération, et qu'ils desirent tenter quelques remèdes, ils peuvent les frotter, matin et soir, avec un peu de salive et de sel trés-fin. J'ai cru apercevoir quelquefois un bon effet du procédé suivant.

Faites fondre deux scrupules de savon blanc dans un demi-septier de forte infusion de fleurs de sureau et de mélilot, trempez dans cette solution trés- chaude une petite éponge, que vous présenterez sur le dos de la main, pour vous assurer que la liqueur n'est pas trop chaude, e appuyez l'éponge sur la loupe; répétez dix ou

douze fois de suite, et recommencez deux ou trois fois par jour. En général, les topiques produisent rarement un effet réel. Quand les malades : desirent définitivement se soumettre à l’opération, voici ma maniére de procéder. $i la loupe est placée dans un point tel de la paupiére inférieure que je puisse renverser fortement cette paupière avec un doigt, je la fais ainsi saillir le plus possible; je prends de l'autre main un bistouri, dont je passe la lame sous la tumeur vers celui de ses bords qui, dans cette position, se trouve inférieur (pl. 19, fig 1). Ensuite, en retournant par en haut le bord convexe du bistouri qui vient de faire cette petite incision, jen fais autant au bord opposé de la tumeur ( pl. 19, fig. 2), et enfin je l'emporte avec des ciseaux courbes sur le plat, dont chaque lame entre dans une des deux incisions (pl. 19, fig. 3). Cette légére opération n'excite le plus souvent presque aucune douleur; on peut, avant de continuer, attendre, aprés chacun des deux premiers temps, deux ou trois minutes, qui suffisent pour que l'écoulement du sang s'arréte.

Lorsque la loupe est à une des extrémités de cette même paupière, et qu'elle est tellement Ssituée qu'on ne peut pas employer ce procédé, je me contente d'y plonger plusieurs fois la pointe du bistouri pour la désorganiser, et, aussitôt que le sang cesse de couler, je porte, au milieu des. parties incisées, la pointe aigué d'un crayon de

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