‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 50 sur 84 · CHAPITRE PREMIER. De l'Ophtalmie · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. De l'Ophtalmie

L'ophtalmie est l’inflammation d'une ou. de plusieurs des membranes dont l'œil est composé, et, le plus ordinairement, de la conjonctive. Il faut se rappeler que cette membrane, comme toutes les muqueuses, est adhérente, par une de ses faces, à un tissu cellulaire fort serré, et qu'elle est composée de la couche trés- mince dont son tissu est formé, de papilles ou villosités, et de son épiderme, enfin de glandes et de vaisseaux de diverses espèces. Le peu d'épaisseur de l'épiderme est proportionné à la délicatesse de la conjonctive. Ses glandes muqueuses séparent une liqueur mucilagineuse qui en sort par des ouvertures de la plus extréme ténuité, et dont la consistance varie, ainsi que la quantité, qui est su-

Lancer c EROOEO EO NENSER OO CSOHIRAD NPONENY ISO T S NS-MPCHSM E rm een pm sr mr mn su UN.

(1) Synonymie. Oro p.n y vypn (Aumide) ; Enon (sèche). Hippocrate. Lippitudo, Actuarius de method. med. lib. II.

bitement augmentée par l'action des causes irritantes. Nul doute que ces glandes dans lesquelles la sécrétion se fait d'une maniére si inégale dans l'état inflammatoire, ne jouent le rôle le plus important pendant la durée de cet état. La conjonctive est parsemée de vaisseaux lymphatiques, ou plutót en est presque entiérement composée. Ils sont entremélés de quelques vaisseaux sanguins trés-déliés: une liqueur limpide sort de ses pores exhalants, et se méle à celle que fournit la glande lacrymale. 1l n'est pas inutile d'ajouter quil y a lieu de croire que des lymphatiques absorbants s'ouvrent à sa surface. :

La conjonctive jouit d'une extensibilité et d'une contractilité prodigieuse.

Plus des trois quarts des maladies des yeux sont causées par des phlegmasies qui ne different entre elles que d'espéce et d'intensité. En étudiant l'ophtalmie, on ne saurait assez méditer les passages suivants du père de la médecine.”

« L'inflammation. des yeux se guérit facilement, lorsque l'écoulement des larmes, la chassie, et la tumeur, ont commencé en méme temps, ou lorsque les larmes sont mélées avec la chassie , qu'elles ne sont pas chaudes, que la chassie est blanche et molle, et que le gonflement est léger et sans dureté. Si là maladie commence ainsi, l'oeil se collera, les paupiéres s'agglutineront pendant la nuit, en sorte qu'il sera exempt de douleurs :

elle est alors de peu de durée et exempte de danger. ;

«S'il y a un écoulement considérable de larmes chaudes, qu'il y ait peu de chassie, que le gonflement soit léger, et qu'il n'y ait qu'un œil d'attaqué, la maladie devient beaucoup plus longue; mais elle est exempte de danger et de douleur. On doit en attendre la fin vers le vingtiéme jour: si elle passe cette époque, il faut attendre le quaranüéme; enfin, si elle n'est point encore finie au quarantième, elle se termine au soixantiéme. Pendant tout ce temps, il faut examiner si la chassie se méle facilement entre les doigts; si elle devient blanche et molle, principalement lorsqu'on prévoit que la maladie est sur le point de finir; car alors on rencontre ces différents signes. Si les deux yeux sont entrepris, il y a plus à craindre qu'ils ne viennent à s'ulcérer; mais aussi la maladie est moins longue. La chassie sèche cause beaucoup de douleurs, mais ne dure pas long-temps, à moins que l’œil n'ait été blessé.

« Si l'enflure est considérable, exempte de douleurs, et qu'il n’y ait point d'écoulement de sérosité , il est alors. à craindre que l'œil ne s'ulcére et que les bords des paupières ne contractent des adhérences. |

« L'enflure est encore à craindre lorsqu'elle est accompagnée de douleurs et d'écoulement de larmes; car si les larmes qui coulent sont chaudes

182 / SECTION IV, CHAPITRE I, et salées, il est à craindre qu'elles n'ulcérent la pupille (1) et les paupieres.

« Si l'enflure se dissipe, mais que l'écoulement des larmes et la chassie durent long - temps, on peut prédire aux hommes le renversement des paupières, ét aux femmes, ainsi qu'aux enfants, le méme effet, et de plus lulcération de ces parties. j

« Si la chassie est pàle et livide, si elle est accompagnée d'un écoulement éonsidérable de lar- - mes chaudes, si la tête est brûlante, si le malade ressent des douleurs qui s'étendent depuis les tempes jusqu'aux yeux, et qu il y ait insomnie, il se fait nécessairement un ulcére à l'oeil , et il est à craindre qu'il ne se rompe. C'est un bien dans ce cas, lorsqu'il s'éléve un mouvement de fièvre, ou lorsqu'il se fixe une douleur dans la région des reins. Alors, pour porter sürement son pronostic , il faut avoir égard à la durée de la maladie, aux matières qui coulent de T'oeil, à l'intensité des douleurs, et aux insomnies. Mais lorsquenfin on peut examiner l'œil, si on le trouve rompu, et que la prunelle (2) proémine par la plaie, c’est un aecident dangereux et auquel il est difficile de remédier; si la pourriture s'y joint, l'œil devient entièrement inutile. On peut porter son pronostic, pour les autres especes d'ulcéres,

(1) La cornée.

(2) L'iris.

DE L'OPHTALMIE. 183 en examinant leur profondeur et le désordre qu'ils ont causé. En effet la cicatrice qui succède aux ulcères doit être proportionnée à leur étendue. Lors donc que des yeux ont été rompus, et qu'il proéminent ensuite de facon à ne plus se trouver dans leur situation naturelle, ni le temps ni lart ne sauraient leur faire recouvrer la vue; mais les dérangements peu considérables des pupilles (1) peuvent se rétablir, s’il n'arrive pas d'accident grave et que le malade soit jeune. Quant aux cicatrices des ulcéres, lorsqu'elles ne sont compliquées d'aucun autre accident dangereux, on peut les regarder toutes comme pouvant être aidées parle temps et par l'art, sur-tout celles qui sont très-récentes et qui arrivent à des jeunes gens. Relativement à leur situation, l'ulcération qui se trouve vis-à-vis le centre de la pupille est la plus dangereuse, ensuite celle de la partie qui est la plus voisine au-dessus du sourcil (2), et enfin celle des parties les plus voisines.

Y x À PROC RE ENT "RC Ei IC PEN

(1) Je crois qu'on ne doit pas traduire pereuvnuare zov cju par oculorum transmotiones, comme on lit dans l'édition de Vanderlinden, mais par #ransmotiones, ou dimotiones pupillarum , comme on le trouve dans celle de Feesius; car Hippocrate a voulu vraisemblablement parler de aa de la pupille qui accompagne presque toujours les adhérences que l'iris contracte avec la cornée.

(2) Ou plutôt du côté du sovrcil. Cet endroit est fort obs-

cur : ou les manuscrits sont vicieux, ou l'on a mal interprété ce passage.

« C'est un état de maladie que celui dans lequel les pupilles paraissent bleues argentines ou verd de mer. Celles-là sont un peu meilleures qui sont ou plus petites ou plus grandes, ou qui ont des angles, soit par une cause facile à recon-

naltre, soit sans cause apparente. |

« Ju brouillards , les nuages légers et les cicatrices blanchátres nommées sis ZA (a 1) s'amincissent et s'évanouissent, à moins qu'il n'y ait eu dans cet endroit une blessure ou une autre cicatrice, ou un pterygium (2). S'il se forme une cicatrice reluisante dans la partie noire de l'oeil, une portion de ce noir parait blanche, de sorte que si elle reste long-temps inégale et pu elle laisse une trace apres elle.

« Quand au pronostic, Judicationes , on doit le porter, comme je l'ai dit en parlant des fiévres, en ayant égard aux différents genres d'ophtalmies. Après avoir observé les symptômes qui les accompagnent, on peut prédire que la maladie sera longue, lorsqu'elle est accompagnée des plus dangereux symptómes, comme on vient de le dire; au contraire, lorsqu'elle est accompagnée des symptómes les plus favorables, on peut assurer qu'elle sera de peu de durée, qu'elle finira le septiéme jour ou dans les jours suivants, et que d'ailleurs elle sera exempte de danger. Celles-

(x) Avec.

(2) IIzcguytov.

là sont sujettes à des rechütes, qui paraissent aller mieux dans des jours qui ne sont point des jours de crises, et sans qu'il ait paru aucuns bons signes. |

« Dans les maladies des yeux, on doit sur-tout considérer l'état des urines (1).

La fièvre qui survient à quelqu'un attaqué d'ophtalmie guérit cette maladie; ceux qui sont attaqués d'ophtalmies et en méme temps de douleurs de tête, si la maladie dure long- temps, doivent craindre de devenir aveugles.

« Le ventre, qui s'ouvre naturellement, aide à la guérison de l'ophtalmie (2).

«.L'eau tiéde adoucit l'acrimonie des larmes... Elle convient aux yeux lorsqu'ils sont attaqués de suppuration, de douleurs, d'un écoulement de larmes mordantes, et en général dans toutes les affections de ces organes qui viennent de sécheresse. L'eau froide convient aux yeux dont la rougeur est exempte de douleur (3). »

Dans l'état actuel des connaissances, presque tout ce que l'on a écrit au sujet de ke anie est à recommencer; il n'y a que les sentences immortelles d'Hippocrate qui subsisteront au milieu des systémes qui se sont succédé et se suc-

Modes dti +. à T Cat DEL RE ER SEE (1) Præd. iib. II.

. (2) Coacæ prænotiones.

(3) De humidorum usu, XI, S, xo, rr

céderont encore. Ces sentences sont fondées sur l'observation de la nature, qui ne change point. De ce que je vais dire, personne ne sera tenté de conclure qu'il y a une ophtalmie particulière pour chaque diathése générale. En écrivant une nosographie , ón doit tracer l'histoire de l'ophtalmie comme ne faisant qu'une seule maladie diversement modifiée par ses degrés, son siége, la diathèse particulière qui lui donne naissance, etc. Dans cet ouvrage, entiérement pratique, je me crois autorisé à former des divisions et sóus-divisions qui ne seront ni très-régulières ni trés-méthodiques, mais qui auront l'avantage de fournir des cadres aux observations relatives; et, au moins selon moi, celui de diriger utilement dans le traitement d'affections aussi communes, et généralement aussi peu connues. | Il faut distinguer dans l'ophtalmie son siége, son degré, sa durée, ses différences, ses causes. Le siége de l'ophtalmie est , le plus ordinairement, la conjonctive : quelquefois elle est moins externe qu'interne; elle est alors accompagnée du plus grand danger. Dans ce dernier cas, elle affecte particulièrement la choroïde et l'iris, et s'étend même souvent, non-seulement jusqu'à la rétine, mais même jusqu'aux membranes transarentes de l'intérieur du globe.

Elle affecte un seul oeil ou les deux, souvent passe d'un oeil à l'autre, qu'elle quitte pour revenir au premier, et change ainsi plusieurs fois

| DE L'OPHTALMIE. 187 alternativement, soit dans un état aigu, soit plus souvent dans un état chronique. L'ophtalmie externe peut être totale ou angulaire (pl. 22, fig. 2).

L'ophtalmie angulaire devient souvent totale. Dans ce degré léger de la maladie, on voit, d'ordinaire, un petit bouton blanc ou un dépôt qui a lieu sous la conjonctive.

Quand elle est simple, elle dure environ vingt jours; quand elle se complique, méme légérement, elle subsiste pendant trente jours et plus.

On trouve fréquemment cette variété chez les

enfants; alors le petit dépôt s'ulcére; une grande

irritation survient, et quelquefois pareil accident se forme à la conjonctive de l'autre cóté de la cornée ( pl. 22, fig. 3). Il est rare qu'il en résulte du danger; mais il faut que la maladie parcoure ses périodes.

Un graveur eut une forte ophtalmie angulaire en septembre 1816, qui dura plus d'un mois... Rechüte en novembre, accompagnée d'un petit dépót sous la conjonctive... Seconde rechüte à la fin de décembre. 1l se manifesta, le huitième jour, un abeés. superficiel, trés-prés du bord de la cornée, sous la partie de la conjonctive qui passe sur cette membrane, et dans le voisinage du petit dépôt formé entre là selérotique et la conjonctive. Ce dépót sur la cornée s'est ouvert, et la légére excoriation qui lui a succédé a disparu entiérement en vingt jours. Un vésicatoire derriére le cou est le seul moyen un peu remarqua-

188 SECTION IV, CHAPITRE I, ble que j'aie employé. Je n’ai été consulté que pour la seconde rechüte.

. Il est rare que la cornée soit ainsi affectée dans l'ophtalmie angulaire.

Jai dit que le siége de l’ophtalmie était, ME plus ordinairement, dà conjonctive. Tout était inexplicable pour moi dans les variétés infinies d'effets dont j'étais témoin tous les jours, lorsque M. Pinel concut l'heureuse idée de diviser les inflammátions par ordre de systémes. Bichat avait signalé les maladies locales, non pas sous le rapport des organes composés, qu'elles ne frappent jamais en totalité, mais sous celui des tissus divers, qu'elles attaquent presque toujours isolément dans ces organes. Ce grand physiologiste avait découvert que les phénomènes sympathiques des maladies suivent les mêmes lois (1).

Dès-lors tout ce qui me semblait si difficile à cxpHqier se simplifia à mes yeux, et l'application à là pratique de ces théories fondées sur la nature même des choses, régularisa ma marche.

Guidé par les découvertes de Bichat, j'ai facilement explique des a qui m'embarrassaient, et j'ai cessé de m'étonner de ce que cette maladie se présente sous une multitude de formes aussi variées, et de ce qu'elle prodnit

(1) Anatomie générale tome I, considérations générales, page LXXXVIIT. |

DELOPHTALMIE. | 189 des effets aussi différents entre eux et souvent aussi graves.

Le siége de l'engorgement ou de la congestion inflammatoire peut être, 1? la conjonctive, membrane de la classe des muqueuses; je ne saurais trop répéter que c'est là ce qui est le plus ordinaire. 2° Le tissu cellulaire situé au-dessous, dans lequel des dissections répétées et trés - attentives m'ont fait découvrir beaucoup plus de vaisseaux sanguins que dans la conjonctive méme. 3° Le tissu fibreux de la sclérotique. 4° Le tissu fibrocartilagineux de la cornée. 5» La membrane de la classe des séreuses, que mon pére a découverte; à laquelle il a donné le nom de capsule de l'humeur aqueuse , et qui revét la face concave de la cornée. L'inflammation s'étend souvent aux autres membranes séreuses et transparentes du globe; à l'iris et à la choroide, membranes non encore classées , et méme à la rétine, qui existant seule de.son espèce, ne peut pas l'étre (1). Les glandes des paupiéres et la glande lacrymale peuvent aussi être vivement atteintes par l'irritation in- Hammatoire; le sang peut rompre ses digues naturelles, et l'injection passer dans la partie de la conjonctive qui recouvre la cornée. Le siége dé la phlogose peut étre dans une seule, dans deux, ou dans un plus grand nombre des parties que je viens d'indiquer. Il est facile d'en inférer que

(1) Bichat, Traité des membranes, CCXXIX.

100: SECTION IV, CHAPITRE I, les résultats doivent être trés-variés, sur -tout si on combine avec ces différences, celles qui résultent de l’âge, du sexe, de la nature des causes de la maladie, des principes spécifiques sous linfluence desquels elle existe, et de son degré d'intensité. |

Le degré de l'ophtalmie peut étre tres-léger (1), quoiqu'elle soit aiguë, et elle parcourt une période de huit ou dix jours, sans que l'on soit obligé d'y faire beaucoup d'attention.

Il y a une espèce de rougeur uniforme, méritant à peine le nom d'ophtalmie, qui parait au réveil, et, dés le lendemain, laisse apercevoir une teinte jaune auprés de son bord (pl. 22, fig. 1); cette couleur augmente graduellement aux dépens de la teinte rouge; qui n'existe plus apres le quatorzième jour : c'est /'ecchymose (2). Elle est causée par un petit vaisseau sanguin, qui s'ouvre et laisse échapper quelques gouttelettes de sang. Elles se répandent de la maniére la plus uniforme dans le tissu cellulaire situé sous la conjonctive : cette membrane en parait ün peu soulevée. Ordinaifement ce léger accident, qui n'excite aucune douleur, pas méme de gène, et qui ne mérite pàs le nom de maladie, se manifeste d'un cóté seulement de la cornée ( obs. 58). |

e € € a aÓ i À— P— MÀ

(1) Synonymie. Oupayis, actuarius de meth. med. lib. IL.

(2) Synonymie, Sugillatio , Actius, tetrab. serm. III.

ECCHYMOSE. 191 Cependant quelquefois il en fait le tour ( observation 59).

L'œdéme forme une tumeur transparente plus considérable, causée par un peu de lymphe qui s'extravase dans le tissu cellulaire. Le gonflement est à-peu-prés uniforme : il est plus inquiétant que dangereux quand il ne survient pas sous l'empire d'une cause délétére, et comme premier symptóme d'une grave ophtalmie préte à se former; lorsqu'il est local ( obs. 60), sans douleur, sans rougeur, qu'il n'est accompagné d'aucune difficulté de supporter la lumiére, qu'en un mot il est indolent, il se dissipe tout seul, sans l'emploi d'aucun remède et en peu de jours, par l'acüon des lymphatiques absorbants. Si on ouvre d'un coup de ciseaux la conjonctive pour donner issue à la lymphe contenue dans le tissu cellulaire situé au-dessous de cette membrane, il disparait quelquefois tout-à-coup (obs. 61).

De l'Ophtalmie aiguë, ou Chémosis.

. Si le taraxis est le plus léger degré de l'ophtalmie, le chémosis (1) en est le plus violent ( pl. 27, ig. 5; et pl.3o, fig. 2). Pour éviter les répétitions, je me dispenserai, en parlant des maladies ou de leurs modifications, de donner les détails

Ó—— Mis 0 eee een iini prine pei re Eh iai

. (x) Synonymie. Kwpo06t ; actuarius de meth. med. lib. II. Chemosis, Aëtius, tetr. serm. III.

que l’on pourra trouver dans les observations correspondantes du second volume (voy. observations 64, 65, 66 et 67). Je me contenterai de dire ici que, dans cette espèce dangereuse ;: le gonflement des vaisseaux de la conjonctive est tel, qu'elle forme un bourrelet autour de la cornée, et que, du tissu muqueux de la conjonctive, la phlegmasie se communique , non-seulement à la substance propre fibro-cartilagineuse de la cornée recouverte par la conjonctive amincie, mais encore à la membrane, de la classe des séreuses, qui revét la face concave de la cornée, et que;

le plus ordinairement, cette complication donne -

naissance à un épanchement dans la .chambre antérieure, ou hypopion. La cornée paraît alors comme dans un enfoncement. Très-souvent la suppuration et la fonte du globe sont les suites de cette violente crise; cependant il ne faut pas se presser de se décourager, et je vois quelquefois de ces désordres graves laisser subsister le globe dans un état qui permet au malade de s'en servir plus ou moins. Je ne connais point d'observation plus curieuse que celle que jeus occasion de faire le 3 juin 1809. On m'amena un 'enfant de dix ans, fils de M. Galien, du Puy-en-Vélai, qui, ayant eu un chémosis aux deux yeux dans sa jremiere enfance; avait l'oeil. droit fondu et le gauche tellement diminué de volume, que la cornée était réduite à la largeur qu'on lui voit ( pl. Gr, fig. 2); l'ins et la pupille étaient rétrécies dans

OPHTALMIE AIGUE, CHÉMOSIS. 193 la même proportion : il distinguait les cartes à jouer, méme certains caractères d'impression , et voyait à se conduire seul.

J'ai vu quelquefois une espéce de faux chémosis (obs. 67): les boursoufflements de la: conjonctive, dans cette variété, ne sont point accompagnés d'irritation , et sont circonscrits eti bourgeons. | |

Le plus grand danger accompagne le chémosis, et on doit compter les heures de sa durée, en ne cessant de le combattre, ou au moins en ne rallentissant les efforts dirigés contre lui qu'après l'avoir évidemment ramené à un état inférieur; encore, dans la crainte de rechüte, ne doit-on point se départir de la plus grande surveillance, tant que le gonflement de la conjonctive n'est pas entierement dissipé.

La durée de l'ophtalmie présente de grandes, différences. L'ophtalmie aigué dure plus ou moins, selon l'áge du sujet, son tempérament, la nature du principe spécifique qui peut lui avoir donné naissance ou la compliquer, le degré de sa violence, et sur-tout le nombre des tissus auxquels s'étend l'irritation. j |

Toute ophtalmie, quels que soient son siége, sa nature et sa cause, peut devenir chronique, et on en trouvera des exemples dans les observations (tom. II et III), si on en lit un certain nombre avec attention. C'est dans son état aigu

qu'il faut combattre soigneusement cette maladie, I. 13

qui devient plusrebelle et plus sujette à récidives; lorsqu'elle prend un caractére de chronicité. Je la vois souvent passer plusieurs fois alternativement d'un œil à l'autre ( obs. 68).

Dans l'état aigu, selon qu'il est élevé à un degré plus ou moins fort, on rencontre quelques-uns des éléments généraux propres à toutes les inflammations, comme la douleur, la congestion sanguine, lirritation vive des membranes enflammées, le mouvement de fluxion, la fiévre, souvent l'embarras gastrique ( observ. 69, 70); et en outre les symptômes qui distinguent particuliérément les inflammations des yeux, comme la difficulté de supporter la lumière, la perte de l'appétit, la céphalalgie, particuliérement celle qui est susorbitairé; le larmoiement, la diminution de la vue; enfin le boursoufflement de la conjonctive et le rétrécissement des pupilles.

Lorsque la maladie est au plus haut degré d'in: tensité , le boursoufflement de la conjonctive est souvéat occasionné par un épanchement sanguin dans le tissu cellulaire situé sous cette membrane.

En général, s'il existe une réunion d'um eera tain nombre de ces symptómes, et que les douleurs dans le globe se fassent sentir par crises, l'œil est menacé d'un dépôt entre les lames de la cornée ou dans la chambre antérieure de l'humeur aqueuse. La cornée, insensible aux incisions dans l'état de santé, devient extrémement irrita-

OPHTALMIE AIGUË, CHÉMOSIS. 195 ble lorsqu'elle est enflammée. « On dirait que ce sont les organes les moins habitués à sentir dans l'état naturel, qui, dans les maladies, éprouvent les plus vives sensations (1). » |

On ne peut point fixer de marche réguliére à l'ophtalmie aiguë, dans laquelle tout dépend d’une grande quantité de circonstances accessoires com: binées avec l'extréme délicatesse des membranes, siége de la phlogose. Cependant on peut généralement lui assigner trois temps, savoir: sa marche progressive, son état complet, et sa diminution, pendant laquelle il survient quelquefois une ou plusieurs rechütes plus ou moins sensibles : quelques-unes ne le sont que pour le malade seul, tant elles sont légéres et de peu de durée.

On peut dire éncore qu'en dix à onze jours elle arrive à son état, qui en dure autant, et quand il existe un certain nombre d'éléments de la maladie, dont quelques-uns sont portés à un degré élevé, il faut se féliciter si le temps de la diminution ne dure que le double de celui de la progression. Par conséquent tout se remet dans l'ordre en moins de quarante jours, bien entendu que, pendant la progression et l'état cómplet, il ne sera survenu aucun désordre sérieux ; car alors la guérison serait d'autant plus longue, que les accidents auraient été plus graves.

(1) Bichat, Anat. génér. tomé IV, page 475.

196 SECTION IV, CHAPITRE 1, Je ne parle que de l'ophtalmie idiopathique ,

qui, étant combattue à temps par des moyens

convenables, ne laisse à l'oeil pendant sa diminu-.

tion qu'un état de faiblesse, sans altération dans son organisation. ME

Il est bien rare que l'ophtalmie aiguë ait un certain degré de gravité , sans qu'elle soit accompagnée de tous les symptómes qui dénotent un embarras gastrique. Souvent du huitième au quinzième jour de la maladie, la fétidité de l'haleine du malade est insupportable.

- Les différences de l'ophtalmie peuvent la faire diviser en idiopathique, qui existe par elle-méme, et en symptomatique, qui est sous l'influence d'une autre affection. | |

Je dois sur-tout entretenir le lecteur des causes de l'ophtalmie idiopathique; elles sont internes et externes. — *, |

Des causes internes de l'Ophtalmie. |

Ses causes prédisposantes et occasionnelles internes sont: l'application excessive, sur-tout aux lumiéres; une disposition , soit héréditaire, soit provenant d'anciennes ophtalmies ; l'enfance, la

gestation , un état pléthorique; les principes SCTOphuleux, scorbutique, syphilitique, arthritique, |

dartreux , cancéreux, et les autres altérations du

système lymphatique; les fièvres, l'existence d'au- |

tres maladies de l'organe de la vision, etc.

Beaucoup d'ophtalmies sont $i évidemment oc- |

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