OPHTALMIE DES ENFANTS
C'est sur-tout chez les enfants âgés seulement de quelques semaines, que la désorganisation s'opère le plus aisément. Heureux ceux qui en sont quittes pour des épanchements lymphatiques entre les lames de la cornée, de nature à diminuer avec le temps. La cause prochaine la plus ordinaire de cette dangereuse phlegmasie est l'exposition imprudente de ces petits êtres à l'influence d'une atmosphère rigoureuse (obs. 71 ).
Un respectable curé de campagne qui, dans lexercice des fonctions de son ministère, avait été témoin d'accidents arrivés aux yeux et à d'autres parties chez plusieurs enfants nouveaunés, par l'impression de l'eau froide, m'a dit qu'il avait adopté l'usage utile, et que je voudrais voir général, de faire tiédir l'eau avec laquelle il leur administrait le baptéme.
Je suis fort étonné que l'on n'ait point Menit et répété cent fois, qu'une des causes qui rend si dangereuse l'ophtalmie des enfants au - dessous d'un an, est l'impossibilité où ils sont de faire comprendre que la lumiére est pour eux une cause continuelle d'irritation. Nul doute que si un enfant de deux ou trois ans, attaqué d'une ophtalmie violente, était forcé de tenir exposés au grand jour, ses yeux qu'il sait si bien cacher avec ses mains, il n'éprouvát les plus graves accidents. Il faut, en général, garder dans un endroit peu éclairé, les enfants qui paraissent avoir de la peine à supporter l'impression de la lumiere,
et cependant les porter au grand air, à la-chüte
du jour, lorsque le tape et la saison le permet-
tent.
Si l'ophtalmie prend Bio un àge si tendre un
caractère particulier , sinon par sa nature, au
moins par les effets qu'elle produit sur des tissus
aussi délicats, elle agit d'une maniére- qui. lui donne encore une iphyeicHoRtis particulière, dans tout le reste de l'enfance. rid
Il est bien difficile de la montrer ici sous les différents aspects qu'elle présente, selon la différence de ses causes et l’âge de l'enfant. Ce sont des connaissances qui ne peuvent s'acquérir que dans une pratique habituelle et étendue; cependant il me semble qu'on prendrait une idée assez juste de la plupart des cas qui peuvent se présenter, si on se déterminait à lire les observations 65 et suivantes jusqu'à l'observation 75 :
on verrait que trés-souvent il est impossible aux À |
enfants de supporter la lumière la plus faible: Ce phénomène est quelquefois porté à un si haut degré d'intensité, sans que linflammation ‘soit extrême, et il se prolonge:si long-temps avec de trés-courts intervalles, que j'ai cru d'abord qu'il avalt son siége dans lintérieur du globe, peutétre dans le tissu érectile de l'iris (voy. ci-dessus page 56); mais en trouvant, lorsque les yeux peuvent enfin étre examinés, que la cornée est plus ou moins tachée, il m'a paru qu'il s'agissait d'une inflammation de cette membrane, d'ou il
OPHTALMIE À LA SUITE DE COUCHES. 201 résulte une sensibilité exquise, lorsque l'iris, en se contractant par l'effet dé la lumiére, tiraille les attaches de la cornée à la sclérotique.
J'ai vu des enfants avoir les yeux ainsi fermés pendant un an.
De ( Ophtalmie à la suite de couches.
La gestation et les maladies particuliéres aux femmes établissent évidemment des causes prédisposantes à l'ophtalmie, comme aussi des solutions de la maladie par l'éruption des régles, etc. (obs. 84). On a dit long-temps que le lait était souvent transporté des mamelles sur d'autres parties où sà présence occasionnait des désordres : dans l'état actuel de la science, on ne peut pas tenir ce langage. Certes ce n'est pas du lait sécrété dans les mamelles, qui se présente dans certames cavités, lorsque l'on y rencontre une liqueur blanche, à l'ouverture d'une femme morte de suites de couches; mais il y à souvent un refoulement, ou, si l'on veut, une rétrocession d'une matiére qui se portait aux mamelles pour y être convertie en lait, et on voit tous les jours ce changement de direction porter son effet sur les yeux.
Hippocrate a désigné ce mouvement rétrograde, lorsqu'il a dit : « Des fluxions de pituite se portent des mamelles aux yeux (1). »
(1) De morb. vulg. lib. II, s. V, 22.
Les mamelles deviennent molles et flasques au moment où des accidents se manifestent sur d'autres points. Les fluides qui se portaient vers elles pour fournir à la sécrétion du lait sont donc alors dirigés vers ces points par une irritation, par un . stimulus survenu; et je vois tous les jours.cette métastase donner naissance à des effets pathologiques plus ou moins graves, que les méres désigneront encore long-temps sous le nom d'effets d'humeur laiteuse. Quelquefois ces accidents sont légers, mais opiniátres et importuns. La femme d'un de mes confréres à la Société de Médecine de Paris m'a consulté en 1797. Depuis son dernier allaitement, ses yeux s'appesantissaient à six heures du soir. Elle éprouvait alors une douleur au péricràne. |
La saignée du pied m'a procuré de si heureux résultats dans un grand nombre de cas graves d'ophtalmies, qu'il m'est arrivé de faire saigner du pied des femmes enceintes , lorsque j'ai vu la cécité imminente. Peu s'en est fallu que je ne fisse ainsi saigner la jeune femme (obs. 85), dont
l'œil est représenté (pl. 35, fig. 2). J'ai vu sou- |
vent, chez des femmes, des ophtalmies durer
plusieurs années, et diminuer d'intensité pen-
dant chacune de leurs grossesses.
De P Ophtalmie par Pléthore sanguine.
La pléthore sanguine est une cause prédispo-
sante des plus puissantes. On en trouvera de nombreuses preuves, notamment dans les obser-
OPHTALMIE PAR PLÉTHORE SANGUINE. 203 vations 86, 87, 88, 89 et 90 ; et il est inutile d'en fournir de cette vérité si bien reconnue, que l'usage habituel du vin pur et des liqueurs spiritueuses établit une prédisposition à l'ophtalmie, qui, de quelque nature qu'elle soit, est disposée à passer, par sympathie, d'un tissu de l'appareil de la vision d'un cóté, au tissu semblable de l'appareil de la vision de l’autre côté. Je vois tous les jours la phlegmasie des glandes des paupières passer d'un côté à l'autre dans les mêmes glandes; je vois lophtalmie angulaire, la phlogose des membranes de l'intérieur du globe, jusqu'à une sourde injection de l'iris, qui rend un peu irréguhére la pupille, passer d'un cóté à l'autre sous les mémes formes; enfin , lorsqu'il y a une, ou deux barres dans le cristallin ( pl. 39, fig. 3), rien n'est plus ordinaire que d'en voir paraître dans le cristallin de l'eil opposé, littéralement avec les mêmes apparences. Voyez ci-dessus, page 188.
Parmi les causes de l'ophtalmie, il n'y en a point de plus actives que les principes spéci-
fiques.
De l'üphtalmie par principe scrophuleux.
Le principe scrophuleux doit être eombattu (obs. 93), pour que l'ophtalmie opiniâtre à laquelle 11 donne naissance puisse céder.
Les enfants sont plus sujets que les adultes à l'ophtalmie scrophuleuse : les glandes des paupiéres sont alors presque toujours affectées.
Quand il y a un danger sérieux pour la vue, je fais tirer par la narine quelque liqueur un peu àcre; comme une décoction, d'abord légére et ensuite plus chargée, de racine de pirétre, parce que souvent les yeux se dégagent lorsque la lèvre supérieure et le nez sengorgent; et, au contraire, saffectent de nouveau, lorsque l'irritation abandonne ces parties ( obs. 9r). Je vois souvent une petite tache occasionnée par un épanchement lymphatique sous la première lame de la cornée, ou entre cette lame et la partie amincie de la conjonctive qui la recouvre : cette tache augmente et diminue, selon que la rougeur et le larmoiement scrophuleux sont plus ou moins prononcés ( obs. 94 ). |
Cette espèce particulière de phlogose a une grande tendance à passer alternativement d'un œil à l'autre, et à prendre un type périodique irrégulier (obs. 95). Quand les effets sont peu graves, loin de rester dans une sécurité dangereuse, il faut redoubler de précautions à chaque rechüte, dont une, en apparence légére dans son commencement, peut étre brusquement suivie de dépóts entre les lames moins superficielles de la cornée, et d'ulcéres d'autant plus dangereux, qu'il est plus difficile d'en obtenir la cicatrisation (obs. 96 et 97). A la suite de cette dernière observation, je donne une consultation de M. Duchanoy, que j'avais demandée pour une de mes malades, et l'extrait de deux consultations dont