ER UC LA LR
(1) De usu partium, lib. X, cap. 3.
Une ophtalmie interne est souvent suivie d'amaurose occasionnée par la dilatation des vaisseaux de la rétine et du nerf optique (1). Boerrhaave dit, à ce sujet (2): « Il arrive souvent que nous sommes affectés d'une telle inflammation de la membrane pituitaire, dont les artéres gonflées compriment les filets du nerf olfactif, que notre odorat est entièrement anéanti; le méme effet est produit dans le nerf optique, lorsque les artères qui lui appartiennent sont enflammées, et pressent ses filets au point de détruire le sens de la vue. » t, 2/9
Les céphalalgies doivent-elles étre mises au. nombre des causes de l'amaurose? ou doit-on les regarder comme effets de lésions dans l'intérieur du cráne, dont elles ne sont qu’un symptôme, ainsi que l'amaurose? Je conviens que, dans certains cas. particuliers, et que, généralement en théorie, elles doivent être regardées moins comme causes, que comme symptômes dépendants, avec l'affection du nerf optique, d'une lésion quelconque; mais dans une pratique très-étendue, on a tous les jours occasion de se convaincre que la phlegmasie chronique des membranes du cerveau est plutót cause que symptóme concomitant de l'amaurose. On n'en est point surpris en réflé-
(1) Voyez planche 9, au trait, ombrée et coloriée, fig. 2, 35 4, 5.
(a) Ouvrage cité.
AMAUROSE. | 373 chissant que l'artère qui fournit l'ophtalmique (pl. 7, fig. 1, 2) donne presqu'en méme temps des rameaux à la dure-mére; il est aisé de concevoir alors combien est fondée la remarque d'Aétius, que souvent l'amaurose se forme pendant l'existence d'une fiévre violente accompagnée de céphalalgie. Les observations du tome III, relatives à cette maladie, offriront des preuves de la justesse de cette remarque, et les Mémoires dont je n'ai pas fait usage m'en fourniraient cinquante fois plus. On ne se trompe presque jamais, dans ces cas, en disant au malade : « Depuis que votre vue est troublée votre mal de téte est diminué. »
Les blessures du sourcil et de la paupiére supérieure paralysent souvent la rétine d'une maniére plus ou moins complète. « La vue perd de sa force par l'effet des blessures faites au sourcil et un peu au-dessus ; plus la blessure est récente, moins la vue est trouble. Lorsque la cicatrice est long-temps à se former, la faculté de voir se perd de plus en plus (1). » On sait que cet effet sympathique n'a lieu que lorsqu'un filet remarquable du nerf frontal se trouve intéressé sur le front, ou méme dans l'étendue et à la proximité d'une des deux paupières (pl. r, fig. 2), où l'on voit des ramifications de ce nerf, dont Meckel a donné une bonne description. J'ai vu la rup-
(1) Hippocrate , Coacæ prænotiones.
ture du sac lacrymal, ou plutôt la distension et la destruction des filets de nerfs qui passent au: devant, donner lieu à l'amaurose ( obs. 52 ).
Morgagni (1), qu'on ne peut jamais lire assez, rapporte qu'une dame recut deux blessures, par les éclats des glaces d'un carosse, dans lequel elle fut renversée ; l'une de ces blessures, située pres du petit angle, était légére; l'autre se trouvait au-dessus du sourcil vers le grand angle, lieu où se distribuent les ramifications du nerf frontal à sa sortie de l'orbite. Il n'y eut aucune autre blessure à la téte ni au corps; on ne remarquait aucune lésion soit à la cornée, soit au globe, et cependant cette dame perdit la vue de ce cóté, au point que le quarantiéme jour elle distinguait à peine une lumiere assez vive.
Depuis un grand nombre d'années, M. de L'"* avait dans le cuir chevelu une loupe, ou tumeur enkystée, de la grosseur d'une trés-petite noisette, qui le génait peu ; cependant il desira en être délivré. Elle était située à trois pouces de l'extrémité externe ou queue du sourcil gauche, directement au-dessus. L'opération fut simple, et exécutée selon les règles de l'art. Dès le soir même, une violente ophtalmie se déclara à l'œil du méme côté, et le lendemain matin le droit était perdu par une amaurose complete. La pupille de cet oeil est restée, depuis cinq ans, dans le méme état, c'est-à-
(1) Epistol. Anatomie 18, n° 7.
dire immobile, en conservant son diamétre naturel. J'ai dit plus haut (page 262), que la cornée de l'oeil gauche ayant entièrement perdu sa transparence, et la pupille s'étant beaucoup rétrécie, jai été cependant assez heureux pour rétablir la vue de ce dernier œil. Au moment où j'écris(1818) j'ai souvent occasion de m'assurer que M. de L'* voit à-peu-prés comme il voyait avant sa cécité, et sa vue gagne encore de mois en mois.
Si la blessure atteint le globe, et qu'elle ait une certaine force, soit qu'il en résulte une plaie ou seulement une contusion, elle occasionne ordinairement une paralysie de la rétine ( obs. 561, 262 , 264, 265, 284, 299, 300), qui, dans certains cas peu communs, s'étend sympathiquement à l'oeil opposé ( obs. 302).
M. L‘**, pharmacien à Reims, âgé alors de vingtsix ans, vint à Paris en 1787, pour consulter mon père. Un éclat de verre lui avait coupé transversalement la cornée de l'oeil gauche; les accidents avaient été combattus par les moyens ordinaires ; mais cette membrane, devenue blanche dans la plus grande partie de son étendue, forma une protubérance qui occasionna la perte de la vue de cet œil ( pl. 60, fig. 1). Des l'instant de la blessure, la vue de l'œil droit avait été troublée, et était devenue presbyte à un degré trés- marqué: le malade ne pouvait lire qu'à l'aide d'une loupe; on craignait pour cet œil: des précautions générales suffirent pour écarter le danger. M. L*"*,
qui continue à Reims sa profession, est venu à Paris, le 4 septembre 1817, pour me consulter relativement à quelques inquiétudes qu'il avait conçues. ll m'a dit que sa vue était toujours restée presbyte au méme degré.
M. Larrey m'a remis une note de sa main, de laquelle il résulte qu'il a eu occasion de voir l'iris perdre ses mouvements à la suite de percussions trés-violentes , mais circonscrites, sur les bords de l'orbite; tandis que la vue ne paraissait point du tout altérée. Il a fait cette remarque , à différentes époques, sur des soldats qui, par suite de coups de balles reçus sur un des points indiqués, avaient éprouvé cet accident. | |
M. Larrey ajoute qu'à la vérité il a vu aussi la méme cause détruire à-la-fois les propriétés vitales dans l'iris et dans la rétine : il en cite des exemples, notamment celui d'un garde-du-corps et celui d'un garde-royal, récemment réformé pour cette infirmité. | . Une pression vive et instantanée sur le nerf maxillaire supérieur, à sa sortie du canal sousorbitaire, excite la méme sensation lumineuse, qu'une pression sur le globe de l'oeil : de-là probablement l'expression vulgaire, qu'un soufflet a été si fort, qu'il a fait voir trente-six chandelles: Je présume que celui qui fut donné à madame P** (voy. ci-dessus, page 355), produisit une contusion sur ce nerf. J'ai vu plusieurs autres fois une amaurose occasionnée subitement par un soufflet ; dans
quelques-uns de ces cas, la maladie s'est étendue à l'oeil opposé, et cela dans le cours de l'année. Alors la contusion du nerf maxillaire supérieur était évidemment la cause de la perte de la vue, par liaison névrologique; ce qui n'est peut-étre point inutile à faire connaitre aux personnes assez peu maitresses d'elles- mémes pour se permettre quelquefois ce mode avilissant et brutal d'insulte, de vengeance, ou de correction.
Les maladies générales d'un systéme, les altérations que les solides et les fluides peuvent subir, occasionnent ou compliquent fréquemment l'amaurose (obs. 315,331, 335, 347). Le vice scrophuleux a souvent donné lieu à des concrétions dans l'intérieur du cráne (voyez plus haut, page 67). Le vice syphilitique peut occasionner dans ces mémes parties différents désordres, et notamment des caries et des exostoses.
« Il arrive quelquefois dans la vérole, dit Boerrhaave (1), que le périoste de la base méme du cràne et le périoste de l'apophyse de l'os cunéiforme, viennent à suppuration à l'endroit où cet os forme une espéce d'arcade, par laquelle sort le nerf optique; vice qui, communiqué au nerf, le corrompt et cause un aveuglement incurable... . Cette maladie nous a fourni un exemple d'amaurose occasionnée par la compression du nerf optique, effet d'une exostose: on s'apercut que
(1) Ouvrage cité, page 100.
la petite lame de l'os cunéiforme, qui est épaisse en cet endroit, était attaquée d'exostose, d'où suivit la compression du nerf et une goutte sereine, malgré que le cerveau et les nerfs ne fussent point endommagés. » Une diathése générale séreuse, lorsqu'elle a causé l'amaurose, m'a toujours paru avoir agi par épanchement dans l'intérieur de la masse encéphalique ; dans mon opinion, il résultait de cet épanchement une compression sur l'origine des nerfs optiques, et quelquefois une espéce de macération de leur substance; aussi j' insiste beaucoup, dans ces cas particuliers, sur l'usage des hydragogues.
La colére (obs. 340), ou toute autre vive affection de l'ame, comme un violent chagrin, peut occasionner subitement l'amaurose. Richter (1) a vu un malade qui, dans un accès de colère, perdit tellement la vue, qu'il n'apercevait pas méme la clarté du soleil. Le lendemain il prit un vomitif indiqué par des signes de saburre, et il recouvra la vue dans la méme journée. Une femme fut frappée d'amaurose, dans une nuit, par l'effet du chagrin qu'elle éprouva de la mort de son fils (2).
La suppression des régles (obs. 350) est une cause trés-fréquente d'amaurose; cette maladie
(1) Fasc. II , cap. 5 , page 73.
(2) Herculanus, Comm. in Rhasis , lib. 9.
AMAUROSE. . 370 cède le plus ordinairement, quand l'aménorrhée cesse promptement, ou que la premiere apparition des menstrues ne tarde point trop, s'il s'agit de jeunes filles non encore réglées (obs. 351). Je l'ai vue plusieurs fois produite aprés l'accouchement, par la suppression des lochies, et guérie le plus ordinairement par leur rétablissement.
La diminution ou la disparition d'un flux hémorrhoidal, soit sanguin, soit séreux, est une des causes les plus fréquentes de l'amaurose, et il faut toujours questionner les malades à ce sujet.
Mais le défaut de retour des affections catarrhales périodiques est la source la plus féconde des névroses de l'organe immédiat de la vision. Ceux de mes confrères qui me feront l'honneur de profiter de mon offre, s'apercevront, en parcourant une quantité considérable de mémoires à consulter relatifs à des amauroses, que, dans un trés-grand nombre, il est fait mention d'affections catarrhales, qui ont diminué ou ont disparu peu avant l'apparition de ces maladies. Je vois souvent la suppression d'une trés-légére excrétion muqueuse (obs. 327), et encore plus souvent, celle d'un coryza ( obs. 338), donner naissance à des affections de la rétine.
Rarement l'amaurose se forme, parce que le lait a cessé de couler par les mamelles, soit à l'occasion du sevrage, soit par une suppression. pathologique de cette sécrétion.
Je l'ai vue fréquemment occasionnée par la
380 SECTION VII, CHAPITRE I, guérison intempestive d'un écoulement fourni par un ulcére naturel ou artificiel.
La diminution de l'action du tissu cutané (obs. 325, 326, 348) est une cause non moins ordinaire, et j'ai des observations nombreuses qui prouvent que, dans certains cas, la vitalité du systéme dermoide ayant été lésée par l'impression subite d'un froid vif, il y a eu, à l'instant méme où la transpiration a disse) une lésion dans l'organe immédiat de la vue. !
On a mis l'accouchement au nombre des causes qui peuvent occasionner l'amaurose. Dans le petit nombre de cas de ce genre qui se sont présentés à mon observation, 1l m'a paru que la suppression totale ou partielle des lochies donnait plus ordinairement naissance à cette lésion, que les efforts exigés par un accouchement laborieux. J'ai été consulté par des femmes qui, pendant chacune de leurs grossesses, éprouvaient une amaurose plus ou moins compléte jusqu'aprés l'accouchement. Morgagni a connu plusieurs faits semblables; il attribue cet effet à la turgescence des arteres et des veines de l'extérieur et de l'intérieur du nerf optique (1): il semble plus naturel d'en accuser une idiosyncrasie particulière , et une correspondance sympathique entre l’utérus et les nerfs de l'organe de la vision, puisque, le plus communément alors, l'affaiblissement de la vue
(1) De sedibus et causis morborum , epist. 13, n°6.
commence peu après la conception, et avant qu'il y ait pléthore et pression sur les viscéres du basventre.
L'amaurose est souvent due à la rétropulsion des dartres, de la gale, de la teigne, ou de quelque exanthéme aigu, comme la rougeole, la variole, etc.
L'abus des plaisirs vénériens est une cause assez fréquente de cette maladie. La masturbation porte sa funeste impression sur les nerfs optiques, et, d'une manière plus particulière, sur les nerfs moteurs de l'oeil ( obs. 392).
Je suis habituellement consulté pour des enfants affectés d'amauroses complétes, à la suite de convulsions qui ont eu lieu le plus ordinairement pendant la première dentition : j'en ai plusieurs soumis à mon observation au moment où Jécris, dont aucun ne me présente le moindre espoir. de guérison.
Souvent la crise d'une fiévre dangereuse est une amaurose (obs. 524, 342, 343, 544, 345). Il m'a paru que presque toujours la maladie était alors dans l’intérieur du crâne, et que, le plus ordinairement, elle présentait peu d'espoir de guérison ; on l'a attribuée, dans quelques cas de fievres intermittentes, à l'emploi prématuré du quinquina.
Les coups ou blessures graves sur la téte donnent quelquefois lieu à des épanchements de sérosité ou de sang dans l'intérieur du cráne, qui compriment les nerfs optiques, et, en les macé-
rant, en quelque sorte, les réduisent à cet état de désorganisation ou on les trouve à l'ouverture de la téte d'un enfant hydrocéphale. On concoit aisément que s’il y a eu fracture et enfoncement d'une portion d'un des os du crâne, la pression qu'elle exerce sur le cerveau peut étre assez forte pour s'étendre jusque sur le nerf optique.
L'asthénie qui résulte d'un affaissement dans les parois des vaisseaux par déplétion excessive naturelle ou artificielle du systéme vasculaire, doit étre, et est en effet, une cause d'amaurose (obs. 355, 356).
L'application prolongée de la vue, sur-tout aux
lumières, porte le désordre dans les fonctions de ces parties délicates ( obs. 362), et certaines professions rendent ceux qui les exercent sujets à la myopie , a l'affaiblissement progressif de la vue et à la cécité, comme l'a fait remarquer M. Cadet de Gassicourt (1).
+ Enfin les lésions organiques de l'intérieur du cráne sont des causes malheureusement trop graves de cette maladie; mais ce ne sont point les plus communes (voyez ci-dessus, page 67 et suivantes ).
Des Amauroses dont le siège est dans le Globe.
Dans des cas graves et peu nombreux, la lésion
(1) Mémoires de la Société médicale d'émulation, 8* année, page 171.
existe non-seulement dans l'intérieur de l'œil, mais encore dans le trajet du nerf optique, et méme dans cette partie de la substance du cerveau de laquelle il prend son origine. Le plus ordinairement elle semble ne résider que dans un seul de ces lieux désignés; cependant elle peut s'étendre au-delà de ce siége unique, soit dés son principe , soit subséquemment, comme toute affection peut, dans d'autres parties du corps, ou s'établir, ou se propager sur plusieurs points.
La cause de l'amaurose réside le plus ordinairement dans l'intérieur du globe.
Quelle que soit la difficulté de classer des symptómes qui ont entre eux tant de points de contact par lesquels ils se confondent souvent, j'essaierai de désigner les nuances qui ordinairement font reconnaitre dans la pratique que le siége de la maladie ne dépasse pas le globe, ou s'étend peu au-delà de l'insertion du nerf optique; et enfin, jinsisterai sur la division en amauroses par Aypersthénie, et amauroses par asthénie. Cette distinction est fondée sur la nature de la maladie; et on est étonné conibien, dans le traitement, elle produit de conséquences certaines pour le pronostic, pour le diagnostic, et même, dans quelques cas, pour la guérison plus ou moins complete.
De l’Amaurose par hypersthénie.
L'amaurose par hypersthénie ou exaltation pathologique de la sensibilité de l'organe immédiat
de la vue, peut étre l'effet d'une phlegmasie du nerf optique; mais il m'a paru que c'est presque toujours dans l'intérieur du globe que se trouve le siége de cette espèce da fonti
Elle est infiniment moins commune que celle qui reconnait pour cause l'asthénie, ou la diminution de la sensibilité de ce méme organe.
Dans la pratique, on ne voit ordinairement dans la première espèce qu'une augmentation de la sensibilité, dans laquelle le spasme ou l'irritation nerveuse domine exclusivement, et qui, parmi les causes énumérées plus haut, reconnait parti- .culiérement les suivantes :
Les liaisons sympathiques , notamment les affections spasmodiques de l'utérus;
La trop vive impression de la lumière naturelle ou artificielle, et celle du feu ; (
Les vices généraux, sur-tout le vice dartreux et le vice psorique ;
Les vives affections de l'ame;
L'abus des plaisirs vénériens et la oce :
Les convulsions; |
L'étude, les veilles et l'application excessive de la vue, sur-tout aux lumiéres.
Je suis souvent consulté pour des anomalies de ce genre par des gens-de-lettres. .
M. l'abbé de G^. à âgé de trente-trois ans , d'un tempérament mélancolique et bilieux, avait récemment fait imprimer un ouvrage qui l'avait condamné à de longues lectures. Il voyait de l'oeil
AMAUROSZE. 385
gauche les couleurs beaucoup plus foncées que du. droit, et naturellement, lorsqu'il regardait des deux yeux. Son état l'affligeait d'autant plus qu'il voyait voltiger des filaments transparents ( voy. tom. III, page 421) qui l'inquiétaient quoique sans fondement. Une saignée du bras, quelques demi- bains tiedes, l'usage d'une eau minérale ferrugineuse, et un repos absolu, ont suffi pour sa guérison, qui toutefois n'a été obtenue qu'avec lenteur. | | 4
Une dame, âgée de trente-six ans, de constitution faible et nerveuse, souvent attaquée de spasmes de l'estomac qui l'obligeaient à prendre habituellement des bains tiédes, voyait, pour peu qu'elle s'occupát, des cercles blanes, des bluettes brillantes, et des points lumineux. |
Quelques malades apercoivent les objets plus petits et comme éloignés.
Je vois assez souvent cette affection modifiée par l'emploi des antispasmodiques, par l'usage des lunettes vertes, par le repos, etc., mais rarement je la vois guérir complétement.
M. *"*", de Pont Sainte-Maxence , âgé de trentesept ans, bien constitué, en est affecté ; il peut vaquer à ses occupations, pourvu qu'il n'essaie point de lire ou d'écrire. Il y a dix ans qu'il observe le régime le plus strict, et il a employé tous les moyens indiqués, sans éprouver d'autre changement qu'une légère amélioration.
M. de G***, de Chartres, âgé de quarante-cinq
ans, gros, replet, de constitution lymphatique, n'a éprouvé aucun amendement depuis sept ans qu'il n'a cessé de combattre cette affection portée chez lui à un tel degré, que je lai vu ressentir une irritation prodigieuse , et larmoyer abondamment pour avoir voulu écrire son adresse : il voit bien pour les usages ordinaires de la vie, lorsqu'il porte des lunettes vertes, ou méme un simple garde vue. | pats
Cette disposition hypersthénique a été moins rebelle chez une dame hollandaise âgée de vingthuit ans, d'un tempérament nerveux, chez laquelle je l'ai vue s'affaiblir assez pour lui permettre, aprés quelques années , de lire ou écrire plusieurs minutes de suite. Le besoin de porter des lunettes vertes était chez elle si impérieux, que, lorsqu'elle les ótait un instant, la douleur que l'impression de la lumiére lui faisait éprouver, excitait aussitôt une augmentation excessive de la contractilité de l'iris, un larmoiement, une injection des vaisseaux de la conjonctive, des contractions spasmodiques des muscles du globe, sur-tout du muscle orbiculaire des paupieres, enfin un agacement général qui se communiquait par sympathie à l'estomac.
J'ai vu quelquefois cette névrose chez plusieurs individus de la méme famille. M. P***, banquier à Paris, m'apporta, en 1815, un mémoire à consulter pour la fille de son frère, âgée de douze ans, et demeurant à Grenoble. Je fis remarquer
AMAUROSE. . 587 à M. P"*" que tous les symptômes éprouvés par sa nièce étaient précisément semblables à ceux pour lesquels je lui avais fait passer à lui-même, dix-huit ans auparavant, un séton derrière le cou , et appliquer un moxa. Cette affection fut si rebelle, que ces moyens énergiques et tous les autres échouérent; cependant M. P***,. d'un tempérament bilieux et robuste, n'était alors âgé que de dix-neuf ans. La natation et des promenades prolongées jusqu'à la fatigue furent les seuls moyens qui le soulagérent à la longue: le temps y fit plus que le reste. Encouragé par un succès que javais récemment obtenu, en guérissant, au moyen d'un traitement. analogue , mademoiselle D"*, jeune personne âgée de dix-sept ans, d'une complexion trés-délicate, je m'étais attaché à combattre alors avec opiniâtreté chez M. P*** cette disposition pathologique des rétiies.
L'agacement ou irritabilité de la rétine est porté quelquefois si loin, que la vue en souffre d'une maniere sensible.
M. de R*"*, âgé de quarante-cinq ans, d'un tempérament lymphatico - nerveux, ne pouvait supporter qu'une demi-obscurité ; dés qu'il s'exposait à l'impression de la lumiére naturelle ou artificielle, ou qu'il essayait de lire, il voyait aussitót , sur tous les objets, ce qu'il nommait une clarté phosphorique. Les objets jaunes lui paraissaient blancs, et les blancs lui présentaient une teinte jaune. |
Une femme hystérique, âgée de trente-deux ans, lisait habituellement sans beaucoup de fatigue dans certains jours; souvent aussi, en lisant, sa vue s’éteignait subitement, au point qu'elle cessait de voir les caractères et le livre lui-même.
Une jeune personne de dix-neuf ans, d'une faible complexion , ne pouvait lire, et pour peu qu'elle regardát fixement un objet pendant quelques secondes, cet objet disparaissait tout-à-coup.
Dans cette espece d'affection par. augmentation de sensibilité, j'ai vu quelquefois la pupille; soumise subitement à l'impression de la lumiére, se contracter et se dilater, pour se resserrer de nouveau, sans que la lumière variât et comme: par un been de balancement.
Jinvite le lecteur qui voudra prendre une idée des phénomènes que présentent les affections hypersthéniques de l'organe immédiat de la vue, à lire les observations Ben. 310, 31 We 312, 313, 314, 320 et 321.
De l'4maurose par Asthénie de la Rétine.
L’amaurose par diminution de la sensibilité de la rétine est la plus commune. Lorsque le siége de cette maladie est dans l’intérieur du globe, cette membrane est presque toujours affectée; mais les autres parties de l’œil peuvent s'en ressentir, et alors ces désordres diminuent souvent ou détruisent entièrement la sensibilité de cette expansion du nerf optique.
Un coup sur l'œil ou à la tête peut occasionner une congestion sanguine ou lymphatique dans les vaisseaux déliés de l'intérieur du globe, d'où résulte une pléthore locale, et une pression sur la rétine capable de suspendre plus ou moins ses fonctions. | voe |
M. Ribes (1) a vu les proces ciliaires, ainsi que leurs franges et leurs villosités, parfaitement injectés de sang, dans un œil tiré du cadavre d'un homme qui avait la partie orbitaire du coronal fracturée par un coup. |
Il a trouvé dans les yeux d'un cerf, qui avait recu une: forte contusion à la tête, le corps vitré coloré en rouge, sur-tout vers la partie antérieure : cette couleur lui était manifestement donnée par le sang dont tous ses petits vaisseaux étaient remplis.
En .disséquant. deux foetus, dont le premier était au terme de six mois et le:second: à celui de huit, chez lesquels la téte était déformée et paraissait avoir souffert au passage, il a vu que les. yeux avaient tout le. corps vitré coloré en: rouge; mais le. cristallin était parfaitement transparent, comme sur tous les autres sujets qu'il a examinés ; sur tous aussi l'humeur aqueuse était plus ou moins rougeátre. | |
J'ai ouvert des yeux amaurotiques, soit pendant
(1) Mémoire de la Société médicale d'émulation , 8° année, page 643.
la vie, pour faire l'extraction du cristallin devenu opaque, lorsque j'ai cru qu'il restait un peu de sensibilité à la rétine; soit aprés la mort, pour connaitre l’état de l'intérieur du globe : tout m'a confirmé l'exactitude de l'observation faite: par Heister (voyez ci-dessus, page 370 ).
La diminution de la densité naturelle du corps vitré, ou sa dissolution soit partielle soit totale, est-elle une cause d'amaurose , ou l'effet commun d'une désorganisation qui a occasionné l'une et l'autre maladie? |
Brisseau (1) a soutenu la premiére opinion. Morgagni (2) l'a réfutée. Depuis, les sentiments ont été partagés. '
Au reste, lorsque le corps vitré a perdu de sa consistance, on apercoit un léger tremblement de l'iris à chaque mouvement de l'oeil; j'ai vu souvent ce commencement de désorganisation accompagné seulement d'une faible diminution de la vue. |
J'ai tenu note de plusieurs de ces cas. Un entre autres offre cette circonstance particuliére, que le tremblement fut produit à l'oeil droit un mois aprés la disparition d'une vive douleur dans l'oreille du méme cóté, qui avait été dissipée par des topiques. Le malade était âgé de quarante ans, et
(1) Traité de la cataracte et du glaucóme.
(2) Epistol. anatomic. 18, n° 39.
AMAUROSE. 391 bien constitué. L'agitation onduleuse de l'iris était visible pour tout le monde; sa pupille se dilatait aisément à l'ombre et se contractait par l'impression de la lumière : il voyait tout, excepté à lire. Comme l'autre oeil était trés-bon, il n'eut recours qu'à des moyens simples, et, deux ans aprés, son oeil droit était encore dans le méme état.
Tout ce qui peut déranger la circulation dans les vaisseaux déliés de la rétine peut altérer les fonctions de cette membrane.
- J'ai été consulté, il y a quinze ans, pour un homme de soixante-six ans, bien constitué, qui
se plaignait de voir de l'oeil droit des mouches noires (fixes par rapport à l'axe de la vision), qui lui dérobaient tellement la vue des caractéres, qu'à peine pouvait-il, de cet œil, en discerner quelques-uns. Plusieurs années après, lorsqu'il mourut, il se plaignait d'apercevoir déja quelques mouches avec l'oil sain. Il y à quelques années que son fils, âgé de trente-cinq ans, fut vivement effrayé par l'apparition subite de mouches qui lui semblérent voltiger devant l'un et l'autre de ses yeux. Il me fut amené par mon collégue, M. Nauche, qui me dit qu'à l'ouverture du cadavre du pére, on avait trouvé l'artére ophtalmique droite ossifiée. J'assurai le fils que ses mouches n'avaient aucun rapport avec celles dont son père s'était plaint (voyez tome Ill, page 420). Le diagnostic en était facile, comme le pronostic en est certain : il les gardera toute
sa vie, sans en "puiuwer la plus prés incomrudire. |
La rétine peut être tellement altérée, que sa texture en soit entiérement changée. Hildanus (1); Heister (2), Morgagni (3), Scarpa (4), et d'autres, en rapportent des exemples.
M. Ma gendie enarencóntré un très-remarquable ( voyez ci-dessus, page 73 ).. |
Jai vu des dilapirions assez peu considérables et circonscrites de la sclérotique, à la proximité de la cornée, auxquelles on attribuait, et selon moi avec fondement, des amauroses plus ou moins completes. Jai présumé, dans quelques cas où le diagnostic était obscur, qu'il y: avait peut-être quelque amincissement local, quelque protubérance circonscrite, dans la partie non visible de la sclérotique, du genre de celle que jai trouvée (voyez ci-dessus, page 330), et. dessinée sur le cadavre (pl. 64, fig. 3). Si eu effet une protubérance peu apparente entraine une lésion de la rétine, lorsqu'elle se manifeste à la partie antérieure du globe dans un point auquel ne s'étend. pas cette expansion nerveuse, à .
(1) Centur. I, observ. x.
(2) Vindicie de cataractà , pag. 97.
(3) De sedibus et causis morb. , epist. XIIL, n° 9 , epist. lib. II, n? 3o.
(4) Traité des maladies des yeux; chap. XX.
plus forte raison les fonctions de cette membrane doivent-elles être lésées lorsqu'elle éprouve, en un de ses points, un déplacement, et qu'elle est poussée par le corps vitré dans un enfoncement. dont la concavité contre nature, si légére qu'elle soit, doit nécessairement changer quelque chose à la disposition de ses vaisseaux et à la délicatesse de son tissu, tandis que dans l'état de nature elle est étendue d'une manière uniforme sur une surface parfaitement concave (voyez, pour son tissu, la fig. 2, pl. 12).
Lorsque quelques points seulement de cette membrane sont rendus insensibles, soit par une dilatation variqueuse de vaisseaux sanguins ou lymphatiques , soit par quelque petit épanchement à l'une de ses deux surfaces, ou dans son tissu, les malades apercoivent des mouches qui sont fixes relativement à l'axe de la vision. Il faut apporter beaucoup d'attention pour les disünguer de celles qui paraissent descendre lorsque l'oeil est fixe. Quelques-unes des taches qui nous occupent n'ont pas toujours la terminaison qu'elles semblent annoncer ( obs. 306, 354, 452).
M. le comte de S***, étant à Saint-Pétersbourg, en 1778, perdit en peu de jours l’œil droit par une amaurose : la pupille resta étroite et immobile. Les travaux diplomatiques du malade lui affaiblirent l'oeil gauche pendant les années suivantes, et il vint me consulter, en avril 1796, pour une petite mouche qui lui apparaissait de-
394 SECTION VII, CHAPITRE I, puis quinze jours entre l'œil sain et l'objet qu'il regardait. La pupille, naturellement assez petite, était trés- mobile; elle paraissait un peu échancrée lorsqu'elle se rétrécissait par l'impression de la lumiére. Un traitement fort simple, dirigé par M. Maloét et par moi, fit disparaitre la mouche; l'œil recouvra toute son énergie.
M. de S** éprouva une forte rechüte de cette maladie en juillet 1815. Beaucoup de petites mouches, ayant l'apparence d'une couche légère de sable fin, lui apparurent sur les objets, notamment sur ceux qui étaient de couleur jaune. L'échancrure de la pupille fut plus marquée qu'en 1796. Il se rappelait que la première attaque avait cédé à des remédes fort légers, et me demanda de ne lui prescrire que des moyens semblables, avant d'en venir à de plus énergiques, auxquels nous allions avoir recours , lorsqu'un vésicatoire appliqué prôvisoirement derriére l'oreille gauche parut tout-à-coup tellement diminuer la maladie, que nous nous en tinmes presque uniquement à cet exutoire. Les mouches ont disparu, ou du moins il n'en reste presque aucune trace, et M. de S"* continue à se livrer au travail du cabinet. |
Je vois assez souvent le défaut de sensibilité à l'extrémité seule de l'axe optique, et le malade alors ne voit point, en lisant, la lettre qu'il regarde, tandis qu'il apercoit celles qui sont auprès
( obs. 342 ).
AMAUROS E. 395
J'ignore si dans ce cas le siége de l'obstruction. ou engorgement est le trou central de la rétine (pl. 9 coloriée, fig. 2, 4), ou l'extrémité du nerf optique, au point où il s'épanouit pour former la rétine (méme figure / ). Il y a des recherches intéressantes à faire à ce sujet: j'en ai déja fait; elles ne m'ont donné, jusqu'à-présent, aucun résultat. |
J'ai cru un instant que c'était sur le trou central de la rétine que tombe l'image de l'objet qui disparait dans l'expérience de Mariotte; je la rappellerai ici.
Cet habile physicien (1) desira savoir si la vision était plus ou moins forte à l'endroit où le nerf optique, aprés avoir percé la sclérotique à sa partie postérieure, s'épanouit et forme la réune. Pour faire tomber les rayons d'un objet sur le nerf optique d'un de ses yeux; et pour éprouver ce qui en arriverait, il attacha sur un fond obscur, environ à la hauteur de ses yeux, un peut rond de papier blanc destiné à lui servir de point de vue fixe, et il en fit tenir un autre à cóté vers sa droite, à la distance d'environ deux pieds, mais un peu plus bas que le premier, afin que son image püt donner sur l'extrémité du nerf optique de son œil droit, pendant qu'il tiendrait le gauche fermé. Mariotte se placa vis-à-vis du premier papier, et s'en éloigna peu-à-peu, tenant
(1) Premiere lettre à M. Pecquet.
toujours son œil droit arrêté dessus, et lorsqu'il fut à la distance d'environ neuf pieds (1), il cessa de voir le second papier, qui était grand de près de quatre pouces. Cependant il ne pouvait attribuer cet effet à l'obliquité de l'objet; car il en remarquait d'autres situés encore plus latéralement; de sorte qu'il eüt pu croire qu'on le lui avait subitement óté, s’il ne l'eüt retrouvé, en remuant un peu son œil; mais, aussitôt qu'il venait à regarder fixement le premier papier; celui qui était à droite disparaissait à l'instant, et; pour le retrouver sans remuer l'oil, il lui fallait un: peu changer de place. On sait que l'expérience réussit en cachant l'un ou l'autre oeil. | En réfléchissant, pendant cette expérience, à la situation du point de la sclérotique percé par le nerf optique, on trouve que c'est en effet sur l'extrémité de ce nerf que tombe l'image de l'objet qui disparait. | Il n'est pas très-rare de trouver paralysée Ja moitié seulement de la rétine.
Madame la marquise de Pompadour, ayant eu froid, en décembre 1762 ,dans le parc de Versailles, se Eu le lendemain, ne voyant plus que la moitié des objets qu'elle regardait avec l'oeil: gauche: en examinant une personne, elle ne voyait - (1) Lorsque je répète cette expérience, la distance à laquelle le second objet disparait ; est, p moi, - Six pieds ou environ.
| :AMAUROSE. 397 point. la joue droite, ni le côté correspondant du nez. L'iris avait conservé la moitié environ de ses mouvements de contraction et de dilatation. Mon père. dissipa cet obscurcissement dans l'espace de deux mois, en insistant particulièrement sur les moyens capables d'exciter l'action du tissu cutané. |
Quelquefois les malades, chez lesquels une partie de la rétine est insensible, voient, en outre, les lignes droites plus ou moins inclinées, ou plus ou moins onduleuses. Il me semble, dans quelques-uns de ces cas, que l'illusion relative à la rectitude est due, comme linsensibilité, à des gonflements légers, qui soulèvent certaines parties de cette membrane nerveuse; d'autres fois je crois m'apercevoir, en trouvant dans la pupille un peu de louche, que l'inclinaison apparente est due à une lésion de la circulation dans un des corps transparents du globe. Le sujet pour lequel a été rédigée la consultation dont suit l'extrait, n'a obtenu d'autre effet des remédes ordinaires, que d'arrêter les progrès que la maladie paraissait faire, et, quatre ans aprés, son œil était dans le méme état.
« M. M*** à été sujet, pendant tout le cours de sa vie; à une pituite surabondante. La maladie dont son œil gauche est attaqué depuis environ un an, et qui semble un, peu augmentée depuis quelques semaines, dépend de la paralysie de la moitié supérieure de la rétine; l'autre moitié de
395 SECTION VII, CHAPITRE 1, cette membrane n'ayant pas été attaquée de méme lui laisse la liberté de voir la moitié supérieure des objets, tandis que tout le reste parait couvert d'un voile noir et épais. Quant à linclinaison apparente des lignes droites, elle dépend de la méme cause qui, ayant altéré la rétine, a grossi en méme temps le cristallin. La convexité de ce corps lenticulaire étant irréguliére, les réfractions que souffrent les rayons de lumiére, en le traversant, doivent l'étre aussi, et faire paraitre les objets inclinés, comme on les voit à travers un carreau de vitre, où il y a quelque bulle d'air, quelque noeud, ou quelque semblable irrégularité. L'augmentation de volume du cristallin doit aussi lui donner plus de convexité et en rendre le foyer plus court: de-là vient la nécessité de se servir d'un verre d'un foyer différent de celui dont Monsieur se sert pour l'oeil. droit... »
Je viens de donner des soins ( septembre 1817), à M. Lem*** Es", négociant à Beauvais, âgé de trente- huit ans, d'un tempérament bilieux et
sanguin, qui, ayant quitté, à cause de la chaleur,
une perruque quil portait depuis plusieurs années, ressentit à la téte un froid vif, en rentrant le soir de la promenade. Il éprouva bientót à l'oeil gauche les mémes symptómes que le malade dont il vient d’être question, et il vint passer un mois à Paris, où il suivit sous mes yeux un traitement dont le résultat fut sa guérison, qu'il était d'au-
AMAUROSE. 399 tant plus important pour lui d'obtenir, que, depuis l'enfance, il ne voit presque point de l'oeil droit, dont la pupille a fort peu de mouvement. Le symptóme de l'inclinaison des lignes droites était presque entièrement dissipé dés le quinziéme jour. J'ai fait appliquer des ventouses scarifiées derrière le cou et un vésicatoire à la nuque: le tartrate de potasse antimonié a été donné à trois reprises différentes, et chaque fois avec un avantage marqué. Le malade a fait usage de l'eau de Balaruc, de l'eau de Bourbonne, de l'infusion et de l'extrait d'arnica; il a exposé son œil, matin et soir, à l’action de huit ou dix gouttes de baume de Fioravanti étendues dans le creux de la main, et, dans le cours de la journée, il lui a fait recevoir, en le tenant fermé, la fumée d'un mélange résineux jetée sur un peu de braise allumée. Ce mélange, grossiérement concassé , était composé de parties égales d'oliban, de benjoin et de succin. Cette fumigation était dirigée vers l'oeil par un entonnoir de fer-blanc renversé.
M. Gellibert, médecin à Angouléme, m'a adressé un mémoire dont l'extrait suivant peut donner une idée de la marche que suit le plus ordinairement l'amaurose qui se forme par affection des rétines.
« Madame de B'**, d'une constitution délicate et nerveuse, àgée de soixante-huit ans, a beaucoup lu, sur-tout le soir. A l'âge de cinquante-
huit ans, elle s'apercut que l'oeil droit lui donnait, à la lumière artificielle, la sensation d'une tache en forme de fleur de pensée et de couleur noire. Cette illusion disparaissait à la lumiére du jour; mais, au bout de quatre mois, le phénomène fut le méme, soit à la lumiére du jour, soit à la lumiére artificielle.
« La maladie augmenta graduellement, et six mois aprés, cet œil avait perdu la faculté de lire. |
« Il survint alors un gonflement douloureux aux articulations des phalanges des deux mains, lequel disparut au bout de huit mois pour se porter aux tendons d'Achille. Cette dernière af-
fection s'est dissipée lentement par l'usage des
bains tiedes.
« Six mois aprés, dans l'espace de deux à trois jours, Madame de B*** s'apercut d'une altération dans la vision de l'oeil gauche: cet œil lui donnait la sensation d'une tache ronde et de couleur noire. Au bout de six autres mois, les taches ont changé de couleur; elles sont devenues grises, et la malade a pu lire quelques mots à l'aide de l'oeil droit, qui ne lui donnait auparavant aucune sensation. distincte. Cependant la vision totale est devenue de plus en plus faible, et aujourd'hui, 1** janvier 1815, Madame de B*** offre l'état suivant :
« Si elle ferme l'œil gauche, elle voit une tache
AMAUROSE. ho 2
en forme de pensée et de couleur grise, et, autour de cette tache, une teinte grisàtre plus faible. |
« Si elle ferme l’œil droit, elle voit une tache de l'étendue d'une piéce de dix sols, de forme ronde et dentelée, et, autour de cette tache, une teinte grisàátre. !
« Si elle ouvre les deux yeux, elle percoit la sensation d'une. couleur grise, plus foncée du cóté gauche que du cóté droit. Ces diverses nuances deviennent noires à la lumiére artificielle. Toutes ces épreuves donnent le méme résultat avec ou sans lunettes. À l'aide d'un verre convexe du n? 6, elle distingue quelques mots, mais à travers un brouillard de couleur grise‘: les lettres lui paraissent tantót droites, tantót de travers, et, apres quelques instants, la vue se fatigue, le brouillard s'épaissit, et les lettres, pálissant rapidement, disparaissent tout-à-fait. Les pupilles sont dilatées ; cependant elles se resserrent d'une maniére assez marquée par limpression subite de la lumiere. |
« Telle est, Monsieur, la maladie de Madame de B*** : le soin avec lequel cette dame étudie ses sensations; et son heureuse mémoire, ne permettent pas de desirer une observation plus exacte. » |
Le vice arthritique, en portant son impression sur la rétine de l'un et de l'autre œil de Madame de B''*, avait été évidemment la cause de ses
Fe 20
amauroses. Quelquefois la rétine perd totalement ou partiellement sa sensibilité, sans qu'on puisse assigner une cause probable de la maladie; il y a alors affaiblissement nerveux , asthénie proprement dite. Dans ces cas, si un seul ceil est affecté, je me trouve bien de faire exercer, chaque jour et par gradation, l'oeil affaibli, en couvrant l'oeil opposé.
M. Roux a rendu un grand service en appelant l'attention sur le procédé dont je viens de parler. Dans l'observation qu'il a publiée il ya: trois ans, on voit qu'il obtint un succès complet chez un homme de trente-cinq ans, bien. constitué, affecté de strabisme par aient de la réune d'un œil depuis son enfance. L'exercice gradué de cet œil lui a rendu son énergie, et le strabisme a disparu.
J'ai rencontré quelques inflammations aigués de la rétine. Pendant la durée de cette rare phlegmasie, les pupilles sont trés-rétrécies: je les ai vues pour la plupart guérir par les Sai ist et le traitement antiphlogistique.
Quelques-unes ont laissé des traces, notamment des mouches fixes par rapport à l'axe de la vision. Elles m'ont toujours fort inquiété, ainsi que toutes les injections pathologiques de l'intérieur du globe. Je viens de voir une ophtalmie interne, légere en apparence, dont l'effet avait été de rendre la pupille d'un œil un peu irrégulière. La malade , âgée de trente-six ans, était fort replète
et d'un tempérament lymphatique. Au moment où la vue commençait à s'éclaircir, la pupille s’est dilatée tout-à-coup, et la vue de cet œil s'est éteinte par une amaurose complète. |
l'extrait suivant d'un Mémoire à consulter fait connaitre les symptómes qui se manifestent, lorsque les rétines sont affectées par limpression subite d'une lumiére extrémement vive. Le consultañt, âgé de cinquante-deux ans, était de forte constitution, myope de naissance, et se livrait à l'étude, qu'il aimait passionnément. Il consulta à Berne, à Genéve, à Paris, et se trouva fort heureux de conserver assez de vue pour se conduire seul. Les pupilles gardérent la moitié environ de leurs mouvements naturels. -
« L'affection a commencé tout-à-coup, le malade étant à cheval dans un lieu exposé au soleil et à la réverbération des eaux. Elle sannonca par une espéce de globe, dont le milieu paraissait vert, avec des rayons et des espèces de cercles de différentes couleurs. Ce corps apparent semblait situé au fond de l'œil droit et se poser précisément sur l'objet que le malade regardait. On lui appliqua des ventouses scarifiées, et il fit usage de pilules mercurielles. De nouveaux globes se sont formés autour et au-dessous du premier; ils se sont multipliés peu-à-peu : la maladie a paru ensuite se former principalement sur l'oeil gauche qui a apercu une image plus grande que la précédente. Cette nouvelle image, dans son principe,
4045. SECTION VII, CHAPITRE I, ressemblait à un léger nuage; puis elle parut diversement colorée; bientôt après, il s'est formé, au-dessus du premier globe, une autre apparence, fort rouge, de laquelle ont paru sortir de nouveaux ombrages de la méme couleur, qui se sont manifestés sur l'oeil droit, de sorte qu'aujourd'hui tous ces objets, quoique différents pour la figure et pour la couleur, sont attenants les uns aux autres et paraissent former un trés-grand corps; ils aboutissent tous à celui qui a paru le premier et qui semble avoir été le principe de’tous les autres. Le malade voit tous ces objets également, et il les apercoit ( quoique avec quelque différence) de jour ou de nuit, soit qu il ait les yeux ouverts ou fermés. Ponden£ que ces ombrages se formaient, il lui semblait qu'il voyait couler, du premier COPps, comme de petites veines blanchátres, dont plusieurs ensuite paraissaient rouges; et aujourd'hui il voit, dans cette figure apparente et autour de ces différents globes, une multitude innombrable de petits points rouges, blancs ou jaunes, couler tantót d'un cóté et tantót de l'autre. En regardant sur le plancher, il le voit tout couvert comme de gouttes de sang ou de quelque liqueur qui prend quelquefois une teinte blanchátre, et coule avec Wok suivant le mouvement di l'œil, etc..
Voyez aussi les Mri. e 316 et 317.
Les rétines s'affectent quelquefois périodiquement, et la vue se rétablit parfaitement dans l'intervalle d'un accès à l'autre ( obs. 349 ).
Les dérangements qui surviennent dans les fonctions du systéme dermoide, la suppression ou la diminution. d’une excrétion muqueuse, sont des causes trés-fréquentes d'amaurose par obstruction dans le tissu de la rétine (obs. 323, Mn 0 325,328, 348,353)
Jai un grand nombre d'observations qui prouvent que cette maladie passe quelquefois d’une réüne à l'autre, ce qui réfute l'opinion de l'incurabilité.
Le militaire, qui écrivit le Mémoire dont suit l'extrait, fut assez heureux pour obtenir un rétablissement complet. Il était d'une constitution pléthorique.
« Depuis mon retour de Paris, la vue de mon œil gauche semblait se débrouiller par l'effet de la saignée du bras, par l'action de l'émétique, et par l'usage de l'eau de Balaruc. Je pris quelques jours de repos, pendant lesquels la maladie de cet oeil passa insensiblement à l'oeil droit dans le cours de huit jours. L'œil gauche est devenu aussi net que l'était l'oeil droit, sur lequel la maladie s'est aujourd'hui fixée; ce dernier a méme été plus affecté, puisqu'aprés une saignée et une purgation, jai été quarante-huit heures sans rien apercevoir de cet ceil. L'émétique lui a rendu un peu de vue; les vésicatoires établis depuis prés de trois semaines ont un peu augmenté l'amélioration.
Les objets qui paraissaient devant l'oeil gauche se retracent de méme à l'œil droit. Il est vrai que,
depuis huit jours que je n'éprouve aucune variation, ces apparences sont moins marquées; c'est toujours, comme c'était auparavant à l'œil gauche, un brouillard formant d'abord comme le corps d'une grosse araignée. et se rabattant en branches d'arbres garnies de feuilles rongées par des chenilles. Ces branches sont couvertes en outre par une apparence de gaze chargée de petits points bruns, comme des grains de cendre. J'apercois encore au- delà, environ à deux pieds de l'œil, une espèce de petite étoile de feu blanc et violet-pále s'agitant avec vitesse, comme les ailes d'un papillon..... Je vous rappelle que jai quarante-six ans, que depuis vingt-trois ans j'ai un rhumatisme qui me court de la téte aux pieds, et que j'éprouve habituellement la sensation d'un froid glacial entre cuir et chair dans tous les temps de l'année. J'éprouve cependant tous les jours de petites sueurs; je suis trés-aisé à émouvoir, et les remèdes les plus simples me font beaucoup
d'effet. »
De l’Amaurose dont le siége est dans le nerf optique.
Lorsque le nerf optique est allongé dans l'exophtalmie, il devient incapable de remplir ses fonctions, et ce tiraillement donne naissance à une amaurose; mais il faut, pour qu'elle ait lieu, qu'une certaine partie du globe ait déja: dépassé le rebord orbitaire. Le nerf optique peut être al.
AMAUROSE. 4o7
longé à un degré assez considérable sans que la vue soit beaucoup altérée. Le tiraillement qui en résulte à la partie postérieure du globe, est . quelquefois si marqué, que cet organe en éprouve un changement léger de configuration; alors la rétine s'éloignant un peu du cristallin, l'oeil est affecté d'un certain degré de myopie, parce que les rayons lumineux se réunissent avant d'avoir atteint cette membrane, et les malades voient mieux à l'aide d'un verre concave. L'occasion de faire cette observation est d'autant plus rare, que la partie postérieure de la sclérotique est fort épaisse ( planche 13), sur-tout dans les globes dont l'iris est noire, et que cette membrane résiste avec énergie au tiraillement que lui fait éprouver l'extrémité du nerf optique allongé. Aussi, pour rencontrer un cas de cette espèce, il faut, non-seulement que la saillie du globe hors de l'orbite soit assez prononcée , mais encore qu'elle subsiste depuis un certain temps. Ne serait-ce point en partie par cet effet mécanique que, chez quelques personnes, des yeux sains, naturellement trés-saillants, seraient rendus myopes? Je ne crois point qn'on ait, jusqu'à-présent, remarqué cet effet de l'exophtalmie, encore moins qu'on ait cherché s'il ne contribue pas à la myopie; lorsqu'il est le produit d'une saillie naturelle et non pathologique. La proéminence du globe n'a pas été portée assez loin. pour que
A408 SECTION VII, CHAPITRE I, lapplication du verre concave ait pu prouver l'allongement du globe chez Madame H*"* (voyez ci-dessus, page 93), et chez le sujet de l'observation 404 (voyez les pl. 55 et 56, fig. 1).
Binninger trouva les nerfs optiques dans un état de contorsion chez un sujet âgé de près de soixante ans, qui était complètement aveugle depuis sa GIE tendre enfance, par l'effet d'amauroses. Morgagni soupconna que la cause de cet état des nerfs optiques était due aux convulsions si ordinaires dans les premiers temps de la vie. Une femme (1) mourut d'un cancer au sein; elle était devenue lentement et graduellement aveugle par deux amauroses. A l'ouverture du crâne, on trouva les nerfs optiques réduits à la moitié de leur volume naturel; l'artére centrale 'de la rétine de l'un des yeux était dilatée, ce qui ht connaitre la raison pour laquelle, à I dri po chs des régles, cet ceil éprouvait un certain degré d'inflammation. n (Voyez aussi, pages 68 et 71 ci-dessus, les observations c et p).
Heiland (2) disséqua le cadavre d'une femme qui ne lui offrit rien de remarquable, sinon que le nerf optique d'un cil dont la vue avait été
(1r) Scultet. armament. chirurg. obs. 36.
(2) Misc. nat. cur. dec. 3, ann. 7, obs. 157.
nulle depuis long-temps, par l'effet d'une amaurose, était atrophié et ramolli; cette altération se faisait remarquer méme au-delà de la selle tureique.
( Voyez ci-dessus, pages 63, 71, 74, 75).
"Lorsque la substance méme du nerf optique a
été affectée, j'ai trouvé l'amaurose incurable.
De l'4maurose par compression du nerf optique dans son trajet.
Le nerf optique peut étre comprimé dans son long trajet par une tumeur, par une exostose, ou par un épanchement, lorsque le sang, ou plus souvent la lymphe, a été extravasé, par exemple, dans les ventricules du cerveau.
Sauvages a vu deux fois l'amaurose survenir subitement à des enfants scrophuleux : à l'ouverture de chacun d'eux, il a trouvé une glande scrophuleuse sur les nerfs optiques (1).
(Foyez ci-dessus les obs. a. b. s. pages 67, Ao Pre DL
Une fille de vingt ans se plaignait, depuis plusieurs années, de céphalalgies. Elle perdit enfin la vue par des amauroses complètes, et succomba quelque temps aprés à une fièvre épidémique.
On ne remarqua presque aucune trace des sutures du crâne : à l'ouverture de la tête, la dure-mére
(1) Nosologie méthodique, classe VI, des faiblesses.
ATO SECTION VII, CHAPITRE f,
parut saine ; mais on trouva, dans les ventricules du cerveau, une tumeur dont la substance était médullaire: sa grosseur était celle d'une petite pomme; elle était immédiatement posée sur les nerfs optiques.... (1). | Boerrhaave a trouvé le nerf optique d'un cóté, comprimé par une exostose vénérienne (voy, cidessus , page 377). Je ne suis jamais consulté pour une amaurose due à un principe syphilitique , sans réfléchir à cette observation, et rarement, dans ce cas, jai obtenu quelque succés. Tout. récemment encore, Jai vu un jeune homme de vingt-sept ans, de constitution athlétique, complétement aveugle par des amauroses de cette nature. J'ai consenti à l'essai des frictions, en avouant aux parents que je doutais beaucoup \ qu'il en éprouvàt quelque amélioration.
L'idée d'une exostose, comprimant plus ou moins le nerf à son passage dans le trou optique, au point où il entre dans l'orbite, s'est toujours présentée à moi, lorsque la maladie, suspendant . Ses progres, et la vue se conservant à un degré plus ou moins marqué pendant un grand nombre d'années, l'iris continuait à jouir de toute sa vitalité, et exécutait ses mouvements de contraction et de dilatation, à-peu-prés comme dans l'état naturel, je dis à-peu-prés, parce qu'ils éprouvent alors une légère diminution proportionnée
(x) W. Bromfieldius chirurg. Wahruehm 1 hauptstück.
| AMAUROSE. ATI à celle qu'a éprouvée la sensibilité de la rétine; mais l'impression d'une lumière vive, de celle du soleil, par exemple, rend à l'iris toute la liberté de ses mouvements.
Les épanchements de sang, de lymphe, ou de pus dans l'intérieur du crâne, qui peuvent occasionner l'amaurose, ont lieu à la suite de chütes ou de blessures graves, de fiévres, particulièrement de celles qui portent leur action spéciale sur le cerveau, comme les fièvres ataxiques. Quelquefois la carie des os a donné lieu à des épanchements de pus.
Lady Le Desp"" me consulta, en 1816, pour son fils, âgé de dix-neuf ans, qui, en franchissant à cheval une barrière assez élevée, fut jeté rudement sur un gazon ; la téte porta la premiere, et il y eut une contusion Sur le bord de l'orbite gauche. L'ecchymose qui en résulta fut légère, parce que l'herbe était épaisse ; mais la commotion donna lieu probablement à un épanchement de sérosité dans les ventricules du cerveau ; la vue de l'œil du même côté fut subitement perdue à un tel point que la lumière directe du soleil, à laquelle j'exposai cet organe, ne produisit sur lui d'autre impression que d'exciter le rétrécissement de la pupille, liris ayant conservé la liberté ‘entière de ses mouvements, méme lorsqu'on couvrait l'oeil droit. Il n'y avait eu d'ailleurs aucun accident remarquable.
Une note que M. Larrey a bien voulu me donner,
4192 SECTION Vil, CHAPITRE 1, et dont il m'a autorisé à faire usage, contient ce qui suit :
« Dans certaines maladies du cerveau, comme dans lhydropisie des ventricules, les fonctions serisitives sont considérablement affaiblies par la compression concentrique ou EECPHITHIME que les nerfs des organes des sens éprouvent à leur origine (les optiques, par exemple), tandis que l'iris conserve ses propriétés et ses mouvements qui peuvent méme étre augmentés sympathiquement par l'irritation que l'on porte sur le systéme des organes de la vie intérieure, au moyen des drastiques ou des vomitifs. Nous en avons un exemple frappant dans la personne d'un grenadier de la garde royale, qui, par suite d'une cháüte violente sur l'occiput, parait avoir été atteint d'une hydropisie dans les ventricules, du moins il en présente les symptómes qui se sont développés graduellement et s’accroissent chaque jour; tels sont : douleur sourde et pesanteur de tête; faiblesse notable de tous les sens et de la parole; altération sensible des facultés mentales ; paralysie du membre pectoral droit; engourdissement et faiblesse des jambes et des pieds; froid habituel des extrémités inférieures; marche nonchalante et peu assurée, etc. Cependant, chez cet individu, l'iris conserve toutes ses propriétés, ainsi que ses mouvements, et, de plus, nous avons remarqué plusieurs fois que la pupille se rétrécit d'autant plus que les drastiques sont administrés avec plus
d'activité. Nous avons fait la méme remarque sur un grand nombre de sujets, à la suite des plaies de téte, ayant produit des épanchements. »
M. Larrey m'a dit que le militaire, dont 1l est question dans cette note, avait été Sibi parfaitement guéri. |
J'ai été souvent appelé pour des enfants devenus aveugles dans le cours d'une fièvre ataxique.
La fiévre se déclara en méme temps que la cécité chez un jeune homme de quinze ans, à la suite d'une terreur subite occasionnée par la menace d'un châtiment qu'il avait mérité; il a échappé à la maladie; mais il est resté XOU
Lorsque ces enfants ont succombé , et que j'ai obtenu la permission de les ouvrir, j'ai toujours trouvé de la sérosité dans les tte es du cerveau (voyez ci-dessus, page 66).
Je vois la cécité des enfants, et souvent méme celle des adultes, subsister malgré l'emploi de tous les moyens indiqués, lorsqu'il y a un épanchement de lymphe dans les ventricules du cerveau. Cependant j'assistai, il y a cinq ans, à une consultation pour le fils de M. E***. L'enfant avait un an. Sa téte était toujours inclinée de cóté. Les pupilles étaient dilatées: il ne voyait rien, et il avait évidemment de l'eau épanchée dans la téte. Nous ne donnámes aux parents qu'un faible espoir. L'enfant a guéri. Aujourd" hui il voit, et jouit d'une bonne santé.
On a trouvé des abcés dans la substance da cerveau, et des caries aux os du crâne. Un ouvrier, d'un tempérament robuste, fut attaqué, au mois d'avril, d'une fièvre continue dont les symptômes furent des plus graves : il en guérit avec peine ; mais il lui resta une profonde mélancolie, et il fut privé de la vue par deux amauroses. Vers la fin de l'été, un écoulement purulent . eut lieu par l'oreille gauche: la vue revenait alors un peu et séclipsait de nouveau lorsque le pus cessait de couler. Une tumeur assez grosse parut derriére cette oreille; elle diminua par la sortie d'une grande quantité de pus du méat auditif, puis reparut quelques jours après. Sa tuméfaction et sa diminution avaient eu lieu ainsi alternativement trois ou quatre fois, avec des douleurs plus ou moins fortes, lorsque le malade éprouva, le 1° novembre, une attaque d'apoplexie avec perte des sens et du mouvement pendant trois jours ; il balbutia le quatrième , et demanda à manger, mais ne put presque rien prendre. Le côté gauche se paralysa; il éprouva des mouvements convulsifs dans le côté droit jusqu’à la mort, qui arriva le 11 du même mois. Le lendemain , en faisant l'ouverture de la tête, on trouva les os du cràne minces , eu égard à la force du sujet. Une communication était établie par une carie entre le conduit auditif gauche dont le tympan était détruit, et le cerveau; il
AMAUROSE. | 415 5, " A . A] " s'écoula de la substance méme de ce viscére, cinq onces de pus. Les vaisseaux de la dure-mére étaient gorgés de sang (1).
De l’Amaurose par altération de la substance méme du cerveau, ou de compression sur l’origine des nerfs optiques.
Cette cause d'amaurose doit souvent se rencontrer concurremment avec celle qui résulte d'une compression sur les nerfs optiques par épanchement. C'est ainsi que ces nerfs sont macérés et se désorganisent par l'action de la sérosité amassée chez les enfants hydrocéphales. Je viens de voir trés-récemment mourir de cette maladie deux enfants , l'un de six , et l'autre de six ans et demi. Tous deux ont vécu prés d'un an dans un état de cécité compléte; ils avaient les jambes paralysées et les pupilles très-dilatées.
La substance méme du cerveau, au point d’où partent les faisceaux médullaires qui forment les nerfs optiques, peut étre affectée : cette partie de l'encéphale peut étre comprimée pos différentes causes. |
On l'a trouvée macérée par de l'eau chez des adultes.
Boerrhaave a connu un habitant de Leyde qui était attaqué d'amaurose parfaite, dés qu'il s'eni-
(1) Laubius. misc. nat. cur. cent. VII, obs. 39.
vrait, et cela par degrés, de facon que l'obscurité de la vue augmentait à mesure qu'il buvait, jusqu'à le rendre totalement aveugle lorsqu'il était entiérement ivre; mais la vue lui revenait RE l'ivresse était dissi
Les gens ivres éprouvent, à un degré moins élevé, une altération de la vue plus ou moins marquée. par la compression, suite de l'augmentation de la masse du sang artériel dans le cerveau. ;
La compression peut avoir lieu sur ce point par des tumeurs; on en a trouvé à une proximité plus ou moins grande, par exemple, entre le cerveau et le cervelet. |
Une blessure a souvent occasionné un abces dans la substance méme du cerveau.
Lorsqu il y a disposition à l'apoplexie chez s gens qui me consultent pour un obscurcissement d la vue avec irrégularité de la pupille, je les avertis qu'ils sont menacés d'une congestion cérébrale. Je vois souvent dans ces cas la santé et la vue se rétablir, l'amaurose imparfaite reparaitre quelques mois aprés, et la mort survenir dans l'année. Au milieu d'un grand nombre d'exemples, je citerai le suivant. |
Jai été appelé par M. Jeanroi, oncle, pour M. B*'*, âgé de soixante-six ans, de constitution pléthorique. Il se plaignait d'assoupis gl de faiblesse dans les jambes, de diminution dans la mémoire, et d'obscurcissement de la vue. Les pu-
| AMAUROSE. 417 pilles avaient conservé leur forme, et n'avaient perdu qu'une faible partie de leurs mouvements naturels; Je le vis un mois aprés; sa. vue était parfaitement rétablie : il était si content de l'amélioration de sa santé, qu'il avait repris toute sa gaité. Au bout de quelques jours, il mourut en déjeünant, le 8 avril 1800.
Je vais rapporter quelques autres exemples d'amauroses dont la cause, autant qu'il a été possible d'en juger, a paru une compression sur l’origine des nerfs optiques, ou une altération de la substance méme du cerveau, à la proximité de cette origine. Si l'on joint à la lecture de ces exemples, celle des observations auxquelles je renverrai, on connaîtra, je pense, les effets des congestions cérébrales sur l'organe de la vision.
M. M'**, âgé de quarante-six ans, d'un tempérament sanguin , éprouvait, selon son expression, une obtusion de tous les sens. Cet état s'aggravait graduellement depuis six mois, lorsqu'il vint à Paris pour consulter. Il ne voyait plus assez pour lire : les pupilles étaient trés-peu dilatées, et elles n'avaient presque rien perdu de leurs mouvements naturels. Deux saignées de la jugulaire, faites à quatre jours d'intervalle, l'usage de l'eau de Bourbonne, les pédiluves avec la moutarde, un régime exact, ont arrété les progres de la maladie. L'exercice des fonctions des sens s'est rétabli, à trés- peu de faiblesse prés, et le
TJ. 27
418 SECTION VII, CHAPITRE f, malade a recouvré assez de vue UN pouvoir lire et écrire.
Un homme, àgé de eco) ans, d'un tempérament sec, plus sanguin que pituiteux , était sujet à une goutte sciatique dont les accès diminuaient depuis quelques années en durée et en intensité. Il avait assez constamment dans les glandes des aines, des aisselles ou du cou, un engorgement qui diminua graduellement, à mesure que la vue date et: Le malade ressentit subitement dans l'oreille droite , un tintement accompagné de céphalalgie continuelle , et de la perte graduelle de l'ouie du même côté, avec obscurcissement de la vue de l'œil droit, qui s'est étendu au uni à un tel point, qu'il ne vit plus à lire qu'avec une extréme difficulté. Les pupilles ne perdirent rien de leur mobilité.
Un autre malade, àgé de quarante -sept ans, homme de loi, d'une bonne constitution , apercevait, depuis deux mois, un brouillard de l'oeil: gauche, dont la pupille, doublée de diamètre, était immobile. La joue du méme cóté était tuméfiée : le dérangement de la bouche et l'épaississement de la langue, dont les mouvements étaient difficiles, décelaient une espece d'attaque d'apoplexie. |
M. F"'*, âgé de vingt-cinq ans, bien constitué, était sujet depuis long-temps à des sueurs nocturnes, qui cessèrent à la fin du mois de dé-
cembre. Il devint ensuite sujet à des vomissements aprés avoir mangé; la vue de son oeil droit s'affaiblit par degrés, au point qu'au mois d'aoüt suivant, cet oeil était affecté d'amaurose compléte. La pupille immobile était dilatée, et le muscle. droit interne, frappé de paralysie, laissait le globe constamment dirigé du cóté de la tempe.
M. T^*, homme de cabinet, âgé de cinquante ans, doué d'un bon tempérament, éprouva une suppression de l'action du tissu cutané, en se promenant le 25 mars à neuf heures du soir. Du système dermoide, le fluide nou exhalé reflua sur la portion du systéme muqueux qui revét les organes de la déglutition et l'intérieur de la bouche. La phlegmasie, accompagnée de fièvre, fut tresvive; le releveur de la paupiére supérieure de l'eil droit se paralysa; la vue du méme côté fut obscurcie, au point que le malade n'en voyait que confusément, Les objets paraissaient tourner devant lui, et cette sensation dura jusqu'en juin suivant. La téte elle- méme était encore alors dans un état habituel de vertige, lorsqu'il regardait les objets avec les deux yeux, et sur-tout avec le droit. Depuis le 20 mai, la paupiére supérieure commencait un peu à se relever.
(Voyez de plus les observations 324, 329,331, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 341, 343, 344. 345, 346, 350 et 351).
..- On voit, par ce qui précède, qu'il est impossible d'indiquer contre l'amaurose ün traitement qui "puisse convenir dans tous les cas et pour tous les sujets. J'ose espérer qu'en lisant les observa- tions auxquelles je renvoie, on connaitra les indications que pourra présenter chaque cas d'amaurose. Je dirai cependant ici en général, et sauf l'application à chaque variété, que j'ai trés-souvent recours au séton passé à la nuque, et que j emploie avec succès la saignée de la jugulaire, particuliérement contre les amauroses comprises dans la division dont je viens de m'occuper. Ces saignées doivent rarement être copieuses: l'évacuation d'une demi-palette de sang, ou tout àu plus d'une palette, suffit le plus ordinairement : une saignée trop abondante produit quelquefois un affaissement dangereux; il vaut mieux y revenir. ‘Les vomitifs sont généralement employés; je les ai restreints dans ma pratique aux cas où il-y a un embarras gastrique évident. Les eaux minérales, soit naturelles, soit artificielles, me sont d'un trés-grand secours. Je conseille souvent leur usage à la source méme. M. Le Faivre, médecin ‘ordinaire du Roi, a guéri de deux amauroses àpeu-pres complètes, M. de: M*"*, par l'usage de l'extrait d'arnica porté graduellement à la dose
d'un gros par jour. | Les moyens extérieurs suivants, qui seraient nuisibles dans les cas d'amaurose par hypersthé-
nie, sont utiles dans presque tous les autres.
.AMAUROSE. 42.1 Prenez deux ou trois des substances résineuses . suivantes; concassez et mélez ; jetez-en une pincée sur de. la cendre: rouge, que. vous recouvrirez aussitôt d'un eutonnoir. de fer-blanc renversé. Le malade exposera son. œil, matin et soir, en le tenant fermé, à la fumée qui s'élevera de l'ori- - fice de l'entonnoir. La distance. sera de huit ou dix pouces. Si les deux yeux sont affectés, on peut avoir un entonnoir dont le tuyau se divise en deux branches. Les substances que je prescris ordinairement sont : l'oliban, le benjoin, le succin, la myrrhe, la sarcocolle, le sandragon, le sucre.
Le malade peut encore faire recevoir à son ceil, tous les jours une ou deux fois, la vapeur de quelques gouttes du mélange suivant : le baume de Fioravanti seul est trop fort.
Prenez, esprit-de-vin rectifié, une once; baume de Fioravanti, six gros; mélez.
On peut augmenter la dose du baume de Fioravanti , et faire exercer des frictions sur le front, sur le sourcil, sur la tempe, et à la racine du nez, avec de l'eau-de-vie de lavande.
Je me trouve assez bien, sur-tout pour les enfants, de faire raser le sommet de la téte sur une étendue d'un pouce et demi ou environ, et de faire frictionner, deux fois par jour, cette partie du cuir chevelu avec de leau-de-vie ou toute autre liqueur spiritueuse.
.. Si une amaurose imparfaite, qu'on a aussi appelée amblyopie, est uniquement due à l'asthénie
de la rétine, que l'iris conserve sa mobilité, et que le malade distingue quelques objets, je suis dans l'usage de lui faire bander l'autre oeil, tous les jours pendant un quart d'heure, pour obliger l'œil affaibli à reprendre de l'action par l'exercice.'On augmente chaque semaine de quelques minutes, et l'on en vient à le faire agir seul pendant deux et trois heures. Souvent j'ai fait commencer par donner à déchiffrer, à l'oeil malade, des lettres d'un pouce de hauteur, et, après quelques mois, cet oeil a pu lire le titre d'un livre, puis des mots imprimés en lettres capitales, et enfin une impression ordinaire.
Il est plus aisé de désigner les remèdes qui nuisent dans les névroses de l'organe de la vue, que d'indiquer ceux qui peuvent convenir.
Les malades se plaignent souvent de l'effet des bains, sur-tout des bains entiers, particuliérement s'ils sont d'une température élevée. Il faut avoir égard à cette observation pendant l'usage des eaux minérales. On m'écrit, ou on me dit fréquemment que la vue de la personne qui consulte a baissé depuis un dernier bain.
Les évacuations de sang, sur-tout lorsqu'elles sont trop abondantes, sont souvent nuisibles; les sangsues appliquées à la marge de l'anus, indiquées dans un grand nombre. de cas, sont quel-
uefois suivies d'un affaiblissement réel de la vision. 1l est bon de ne pas employer ce moyen indifféremment. | |
Un exercice forcé de la vue est nuisible dans le plus grand nombre de cas, et une vie sédentaire, ainsi que le travail du cabinet, sont tellement contraires, que j'ai souvent consenti à ce que les malades ne fissent usage d'aucuns remédes, à condition qu'ils s'abstiendraient de toute occupation, ou , dans certains cas, qu'ils voyageraient. Dans d'autres, je me suis contenté. d'un simple changement de domicile. Je suis d'ailleurs entiérement de l'avis de M. Boyer, qui dit, au sujet du traitement de l'amaurose : « Il faut autant de sagacité pour abandonner des remédes actifs, quand le mal est devenu incurable, que pour en faire un emploi judicieux, lorsqu'il est encore susceptible de guérison (1). »