‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 75 sur 84 · CHAPITRE III. De la Mydriase · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. De la Mydriase

Mon père est le premier qui ait fait des recherches, tout-à-la-fois théoriques et pratiques, sur la mydriase. Jengage le lecteur à consulter un écrit de lui qui renferme les plus importantes de ces recherches (2). J'y puiserai une partie de ce que j'aurai à dire dans ce chapitre.

(1) Synonymie. Mudoiass. Celse, de re medicá. Galien, méth. med. ab éuvdbù, obscurus; raaruxopia, à mao; , amplus, et xopn » pupilla.

(2) Observations insérées à la fin du premier volume de la

traduction des Essais et obsérvations de médecine de la Société d Édimbourg.

La dilatation contre nature de la pupille doit étre distinguée en idiopathique ou essentielle, et en dS ou symptomatique.

La mydriase (pl. 20, fig. 2) est une esp n dans laquelle la pupille se trouve dilatée et immobile, et reste dans cet état, à quelque degré de lumière qu'on expose l'œil, quoique les rayons parviennent sans obstacle, et agissent librement sur l'organe. Dans certains cas les objets paraissent quelquefois plus petits, mais ils sont toujours vus d'une maniére confuse.

1? Si la lumière parvient sans obstacle jusqu'au fond de l'oeil, il s'ensuit non-seulement que les humeurs sont transparentes (c'est le sentiment des médecins grecs (1 1) qui les premiers ont parlé de cette maladie), mais encore qu’elles sont conformées d'une maniere naturelle : autrement les rayons de lumière souffriraient en les traversant des réfractions irrégulières et ne parviendraient pas librement jusqu'à la réüne.

20 Puisque la lumière agit directement sur les fibres de l'organe , il s'ensuit encore que celui: ci est en état de recevoir et de transmettre jusqu'au cerveau les ébranlements quil recoit de ses rayons.

3o La cause de la dilatation ne se trouvant ni

"() Orib. synops., lib. VIII, cap. 44; Aetius, tetr. IL, serm. II, cap. 52; Paul. AEgin., de re med., lib. IIL, cap. 22 Actuar. , meth. med. lib. IL, cap. VII. |

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dans les humeurs ni dans l'organe, doit par conséquent résider dans l'iris méme, ou dans les parties destinées à la mettre en mouvement, et c'est là ce qui caractérise particulierement la dilatation 1diopathique de la pupille, et qui la distingue de ade qui n'est que symptomatique.

On est d'abord surpris que les personnes qui sont attaquées de cette maladie ne voient les objets que d'une manière confuse, puisque l'organe est en état de recevoir et de transmettre jusqu'au cerveau , du moins en partie, les ébranlements que la lumière lui fait éprouver.

L'étonnement cesse quand on réfléchit qu ul doit arriver aux yeux de ceux qui en sont attaqués ce qui arrive à tous les yeux sains, lorsque d'un lieu trés-obscur où la pupille se trouve dans un grand degré de dilatation, on les expose subitement à une lumiere trop vive. Dans le premier instant de ce passage , les yeux sont éblouis et ne peuvent distinguer aucun objet : ils n'apercoivent d'abord qu'une grande clarté dont ils sont frappés d'une maniere incommode, et à laquelle succede quelquefois l'apparition Ma principales couleurs, telles que le rouge, le jaune et le bleu, qui paraissent ordinairement l'une après l'autre, selon que les ébranlements imprimés par la lumière aux fibres de l'organe perdent de leur force.

Cet état d'éblouissement dure jusquà ce que

l'organe soit monté au ton nécessaire pour sou-

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tenir aisément les impressions d’une lumière vive; et une des conditions essentielles pour cela, est que la pupille se rétrécisse au point de n'en laisser passer qu'une quantité proportionnée au degré de sensibilité de l'organe. Cela est si vrai, que l'on est alors obligé de fermer les yeux.

Par la méme raison, si la dilatation contre nature de la pupille est très-grande , les personnes qui en seront attaquées doivent étre dans un état d'éblouissement qui les empéchera de distinguer les objets toutes.les fois qu'elles s'exposeront à la lumiére. Elles souffriront méme de la moindre clarté, ce qui les obligera ou. de couvrir l'oeil malade, ou de chercher les ténébres, et, si la dilatation dure long-temps, la cécité en sera la suite inévitable , parce que l'éblouissement est souvent une cause de la. perte de la vue.

Si la dilatation est moins grande, les malades pourront distinguer les gros objets ou les couleurs prononcées, d'une manière cependant confuse et. proportionnée au degré de dilatation et à la force de la lumière. Je dis à la force de la lumière, parce que ces personnes voient toujours mieux le matin et le soir, qu'au milieu du jour, et mieux à un jour médiocre qu'à un plus grand (1).

Les signes diagnostics de cette maladie sont les suivants :

10 La pupille est dilatée, et reste telle à quelque

(1) Fel. Plater., lib. I, de funct. lesion, , cap. VII.

"MYDRIASE. 437 degré de lumière qu'on expose l'œil : on n'y aperçoit méme pour l'ordinaire aucun mouvement. í |

2° Elle est noire, comme dans l'état naturel (1), preuve toujours certaine de la transparence des humeurs. 1

3..En- examinant l'œil avec attention et sous différents points de vue, on y apercoit quelquefois un léger brouillard ou nuage ; mais ce nuage est plus uniforme, plus étendu et plus profond que celui qu'on remarque au cristallin , quand il commence à se cataracter. Il disparait méme, ou change de situation, selon les différents mouvements que l'observateur fait faire à l'oeil. du malade.

Toutes ces circonstances prouvent évidemment que ce brouillard apparent dépend uniquement de quelques rayons de lumière qui sont réfléchis de l’intérieur de l'oeil , et qui s'échappent au travers de la pupille à raison de sa trop grande dilatation. |

4? Les malades sont incommodés par la présence de la lumiére, et ils voient mieux à un jour médiocre qu'à un grand jour.

5» Quand on les fait regarder par un petit trou, non-seulement ils supportent plus facilement la lumiére, mais ils distinguent mieux les

(1) Quum pupille color nihil immutatur , sed multó quàm naturaliter esse consuevit, est latior, etc. Orib. , loc. ant. cit.

438 SECTION VII, CHAPITRE 1II, ohjets. Ce simple procédé préviendrait peut- étre les suites fácheuses de cette maladie, si on l'employait dés le commencement, dans l'intention de mettre l'oeil à l'abri d'une lumiére trop vive.

La dilatation sympathique ou symptomatique est celle qui est une suite de la faiblesse des ébranlements imprimés par les rayons de lumiere aux fibres de l'organe, soit que cette faiblesse provienne de quelque indisposition de l'organe méme, soit qu'elle dépende de quelque altération particulière des différents milieux que ces rayons ont à traverser pour y parvenir.

Quoique l'on ne soit point d'accord sur la nature des ressorts qui font toujours rétrécir la pupille proportionnellement à lintensité de la lumière qui parvient jusqu'au fond de l'oeil, et à là disposition de l'organe immédiat de la vue, nous pouvons ceptinidant assurer que la contraction de la pupille est toujours une suite nécessaire des ébranlements causés par la lumière aux fibres de cet organe. |

C'est ce qui est démontré pas l'expérience; elle nous apprend que plus lorgane est sensible, comme il arrive dans les dispositions sthéniques de la rétine et les inflammations des membranes internes de l'eil, plus la pupille se contracte à un méme degré de lumière; que moins l'organe est sensible, comme il arrive dans quelques espéces d'amaurose, plus elle reste dilatée.

La méme chose peut arriver, quoique l'organe

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immédiat de la vue soit bien disposé, si les humeurs ou les membranes que les rayons de lumiére ont à traverser pour y parvenir, sont troubles ou opaques, de manière qu'elles s'opposent à leur passage, et qu'il n'en parvienne qu'une petite quantité au fond de l'œil. Cette petite quantité ne pourra ébranler que faiblement les fibres de l'organe, d’où s'ensuivra une moindre contraction de la pupille.

Ce n'est point de la dilatation sympathique ou symptomatique qu'il doit être ici question. —

La dilatation idiopathique de l'iris constitue donc la mydriase. Cette affection, toujours accompagnée de confusion daus la perception des objets, est, dans un certain nombre de cas seulement, accompagnée d'un symptóme qui a été remarqué par les médecins grecs et nié par quelques modernes (1): c'est la petitesse apparente des objets. Je l'ai rencontré chez le tiers à-peuprés des personnes que jai traitées de cette maladie.

Parmi les anciens, Oribase me parait le premier qui ait fait cette singulière observation. Il dit que dans la mydriase ou dilatation de la pupille, les objets paraissent plus petits (2).

Aëtius a fait la méme remarque. Il décrit cette

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