CHAPITRE IL
De l’aveuglement de nuit.
Observation 357.
La Ciotat , le 12 décembre 1765.
Mémoire. — Mademoiselle D'**, âgée de treize ans, a eu la rougeole à dix. Cette maladie fut accompagnée d'une fièvre considérable, de grandes douleurs de tête et d'assoupissement. À compter de cette époque, elle a ressenti, par intervalles, des douleurs sourdes dans le fond de l'orbite. Depuis
quelque temps elle est affligée d'une faiblesse de vue périodique qui commence tous les jours vers les deux heures et demie de l'aprés- midi et dure le reste de la journée. Le lendemain matin , à son réveil, sa vue se trouve rétablie; cette faiblesse de vue, pendant la durée du paroxisme est telle que la malade ne peut pas lire, mais elle peut cependant distinguer tous les objets d'une certaine grosseur.
L'examen des yeux ne m'a fait apercevoir qu'une dilatation de la prunelle, plus considérable qu'elle ne devrait étre dans l'état naturel. Je n'ai reconnu aucun défaut ni au globe, ni aux paupières, ni à leurs dépendances. Les yeux ne sont ni gros , ni saillants; elle jouit d'ailleurs d'une assez bonne santé : la facilité avec laquelle j'ai vu mouvoir la prunelle , lorsqu'aprés avoir fermé les paupières pendant quelque temps, je les ai ouvertes toutà-coup, me fait conjecturer que sa dilatation n'est que symptomatique, et qu'elle dépend d'une cause qui affecte l'organe immédiat de la vision, ce qui produit le commencement de la maladie connue sous lé nom de goutte sereine. La consultante n'a encore fait aucun remède : elle prie M. Demours de lui prescrire ceux qu'elle doit employer, et le régime à observer.
Manne, Chirurgien de la marine.
Réponse.
Nous conseillons de purger la malade avec
AVEUGLEMENT DE NUIT. |. 172 une infusion d'un gros et demi de séné mondé dans huit onces d'eau, auxquelles on ajoutera une once de sirop de pommes. On donnera cette potion purgative en deux verres, à deux heures de distance l'un de l’autre, et l'on aiguisera chaque verre d'un grain de tartre émétique.
On lui fera sur le sommet de la téte, aprés avoir rasé cette place , des frictions avec de l'eaude-vie.
Mademoiselle D''* n'est pas précisément attaquée de laveuglement de nuit, puisqu'il reste assez de vue l'aprés-dinée pour distinguer les gros objets, ce qui n'a pas lieu dans cette maladie parvenue à son état, où l'on ne voit pas méme à se conduire à la clarté des bougies, et où la vue revient le jour à pouvoir lire; cependant nous regardons l'état de mademoiselle D'** comme un commencement de cette maladie. La méthode que nous proposons nous a déja réussi dans trois cas, les seuls, parfaitement semblables à celui dont il s'agit, que nous ayions rencontrés depuis que nous avons abandonné la médecine ordinaire pour nous livrer au traitement des Shaledios des peus. Deux de ces trois malades étaient à-peu-prés de l'âge de mademoiselle D***: la vue se remit le jour même du purgatif.
Observation 358.
Arles, le 14 décembre 1771.
Mémoire. — Un garcon âgé de trente-huit ans,
d'une complexion assez robuste, ayant les yeux grands et saillants, éprouve depuis environ trois ans, lorsque le jour baisse, un affaiblissement dans la vue, qui ne se dissipe que lorsque le jour revient, quoique, depuis quelque temps, il reconnaisse que sa vue n'est plus aussi bonne pendant le jour qu'elle l'était auparavant. Cette sorte de cécité nocturne qui est sans douleur , mais seulement avec embarras et pesanteur, commenca apres quelques jours passés à la campagne pendant l'été; au reste, elle n'a lieu que par intervalles et sans qu'il y ait rien de fixe ni de périodique: elle dure huit ou quinze soirées, plus ou moins; ensuite il y a interruption d'un mois ou deux qui s'est étendue jusqu'à trois mois. La dernière attaque se manifesta le 4 novembre dernier et a duré jusqu'au 28. | Depuis le commencement, les yeux du malade se trouvent fort humides et larmoyants ; il est souvent obligé de les essuyer avec un linge. Ils sont quelquefois marqués de taches rouges , ce qui peut provenir du frottement du linge. On observera encore que tout le temps que dure l'attaque, le consultant a une peine extréme à se conduire la nuit dans les rues, et qu'il n'en vient à bout qu'autant qu'il baisse la tête et qu'il lève les yeux. Alors il découvre dans le firmament quelque peu de clarté qui l'aide à régler sa marche; mais s'il léve tout-à-la-fois la téte et les yeux, il ne découvre plus rien et il est hors d'état de se conduire. Cette bizarrerie, dans la facon de