‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humainChapitre 7 sur 60 · III · texte numérisé non relu

III

bains de mer : l'écoulement en blanc devint alors plus considérable et la vue plus faible. Si M. Demours le juge nécessaire, madame P*** se rendra à Paris, et y restera le temps qu'il croira convenable.

Daviez, Médecin-Oculiste.

J'ai conseillé de tenter deux petites saignées de la jugulaire et l'usage de l'eau de Balaruc.

Extrait d'une Lettre de M. Davrer.

Monsieur et trés-honoré confrére, nous avons fait tout ce que vous nous avez indiqué ; les saignées à la jugulaire ont un peu diminué les feux ; les fumigations matin et soir avec l'encens mále, le benjoin, et le succin; les eaux de Balaruc, n'ont apporté aucun changement ; cependant le cautére et le séton ont toujours bien suppuré. J'ai proposé à madame P*** d'aller vous trouver ou de vous prier de venir ici; elle a préféré le premier de ces deux partis : elle restera sous vos yeux dix jours, et méme plus, si vous le jugez nécessaire.

Daviez, Médecin-Oculiste.

A l'arrivée de madame P"**, je crus reconnaître la nécessité d'une nouvelle saignée de la jugulaire; je la prescrivis pour le lendemain : elle devait étre faite à midi. Cette dame mourut subitement à neuf heures du matin.

Nantes , le 19 août 1815.

Mémoire. — Mademoiselle M*"* est née de parents sains; elle est douée d'une constitution légèrement lymphatique ; elle a été exempte de maladies graves dans l'enfance, et des incommodités de la puberté, qui a eu lieu à l'ordinaire. Elle avait éprouvé plusieurs fois des orgeolets, lorsqu'il y a quelques années, les yeux, et sur-tout le droit, devinrent sujets à des ophtalmies peu vives, mais assez opiniátres, et-qui se renouvelèrent à plusieurs reprises. Il y avait plus d'engorgement que d'inflammation, et peu d'irritation. Il en résulta néanmoins sur l'oeil droit une taie assez étendue, qui, placée à-peu-près vis-à-vis la prunelle, interceptait une partie de la lumière. Les vaisseaux de la conjonctive étaient variqueux, plutót violets que rouges (pl. 23, fig. 1). Le globe de l'oeil naturellement gros, sans myopie, paraissait gonflé et légérement proéminent. Aprés avoir calmé l'appareil inflammatoire par les moyens appropriés dont on a usé avec beaucoup de modération, on est parvenu à détruire en grande partie la taie et à resserrer les vaisseaux de la conjonctive, et le globe lui-méme, par l'insufflation du sucre-candi en poudre, l'usage de la pommade de Schérer et de quelques autres topiques. Une fiévre scarlatine, qui survint ensuite, parut avoir

un effet avantageux sur ce retour de fluxions habituelles. La malade resta un an ou quinze mois dans un état satisfaisant. Sur la fin du mois d'août dernier, elle s’aperçut le matin qu'elle voyait difficilement, sur-tout de l'oeil gauche, et en deux jours le mal s’accrut au point qu'elle ne pouvait presque distinguer aucun objet, quoiqu'elle jugeát des masses et des formes générales. Il n'y avait point d'inflammation à l'extérieur, mais une douleur au fond de lorbite qui était augmentée par l'impression d'une lumière vive. Cette douleur cependant était plus gravative que lancinante. Elle se modéra peu-à-peu; la pupille avait perdu beaucoup de sa faculté de se contracter par l'impression de la lumiere.

Lorsque cette amaurose imparfaite se déclara ainsi subitement, la malade habitait depuis quelques mois une maison de campagne placée sur le bord d'une rivière, entourée de grandes prairies, et dominée par des coteaux trés-élevés et rapprochés. Elle se promenait sans précaution le soir et le matin : la fraicheur vive et les vapeurs de ce vallon, aprés des journées chaudes, peuvent avoir influé sur la formation de cette maladie.

Il convient aussi de remarquer que la malade était depuis long-temps sujette à une douleur profonde à la partie moyenne et inférieure du front, qui s'étendait jusqu'au fond des orbites, et qui, très-différente d'une simple migraine , semblait annoncer une affection intérieure, voisine

de l’origine des nerfs optiques. Cette douleur subsiste encore, mais elle est moins forte qu'elle n'était avant V iblissement dela vue. |

Il y a dans cette maladie des variations instantanées, et elle parait augmentée par l'application, les attitudes, et les causes qui portent le sang à la téte.

Parmi les moyens variés qui ont été employés contre une affection aussi fácheuse et qui menacait de la perte totale de la vue, ceux qui ont eu une efficacité marquée, sont les vésicatoires appliqués successivement derriére le cou, aux bras et à la jambe, et l'usage répété de paraanm et de légéres doses d'ipécacuanha. La malade s'est refusée au séton, qui lui avait été fortement recommandé : tous les topiques n'ont eu aucun effet.

Le traitement n'a pas été sans succes. La malade distingue moins mal les objets; la prunelle se contracte mieux; le défaut de parallélisme des deux axes visuels, qui avait été le résultat de l'action inégale des deux yeux, est moins sensible ; mais, depuis plusieurs mois, l'amélioration ne fait pas de progrés, et l'état de la maladie est station-

naire.

E. M. Ricnuanp, D. M.

Ce Mémoire me fut remis lorsque les parents

de mademoiselle M*** me l'amenérent le 1° sep-

tembre 1815. Jai vu assidüment la malade pen-

dant un mois, et ensuite j'ai achevé, par correspondance, son traitement dont le résultat a. été le rétablissement du mouvement des pupilles; car il y avait un peu de paresse , méme dans celle de l'œil droit, dont la cornée était légerement tachée. Il est resté assez long-temps un peu de difficulté à distinguer les petits objets. Mademoiselle M""* avait alors dix-neuf ans. Le traitement a consisté en grande partie dans l'usage de l'eau de Bourbonne, de l'arnica, des bains de l'œil droit dans l'eau de mer. Il y avait un vésicatoire au bras.

Clermont en Beauvoisis , le 10 janvier 1765.

Mémoire. — J'ai eu l'honneur de vous dire, Monsieur, que dés mes plus jeunes années mes yeux ont été sujets à un nuage qui s'y forme par intervalles, et qui est toujours devancé par des nausées et accompagné de migraine. J'ai ajouté que, quoique ce nuage vienne évidemment d'un vice interne et habituel , indépendamment des aliments et du temps, jai cependant observé très-souvent qu'il était plus ordinairement déterminé par des digestions imparfaites et par les temps froids et humides du matin et du soir. Dans les six mois d'hiver, mon nuage se répète plus souvent, et principalement encore dans les temps de brouillards épais. Mais j'ai oublié de dire qu'il est quel-

AMAUROSE. 151 quefois suivi de vomissements de bile, apres lesquels la fiévre survient; que, depuis ma jeunesse, oü ce nuage ne se formait guére que trois ou quatre fois dans l'année, il a presque toujours été en augmentant, et qu'il est parvenu depuis peu à se répéter deux ou trois fois dans le mois. Ce qu'il y a méme de bien fâcheux pour moi, et qui me fait craindre de devenir aveugle, c’est qu'à mesure que ce nuage devient plus fréquent, ma vue s'ffaiblit et parait plus courte, méme lorsqu'elle est dans l'état le plus satisfaisant. Faitesmoi la grace, Monsieur, d'examiner toutes ces circonstances , et de me prescrire sur-tout un régime convenable ; je crains extrêmement d'appliquer sur mes yeux les eaux et les topiques dont je n’ai pas encore essayé l'usage. Dans la position où je me trouve, les nouvelles épreuves m'inquiètent beaucoup; et ce n’est qu'avec bien de la peine, et sur la foi d'un homme tel que vous, que l'on peut m'y déterminer,

DT de Mw.

Prévót de la collégiale de Clermont.

Réponse.

Des éclipses de vue aussi fréquentes que celles auxquelles Monsieur est sujet depuis prés de quarante ans, et qui se rapprochent de plus en plus, à mesure qu'il avance en áge, qui sont toujours annoncées par des bâillements accompagnés

Ls

de migraine, quelquefois suivis de vomissements bilieux et de fiévre, donnent lieu de soupconner un vice dans les premières voies. ll n'y a en effet que de mauvaises digestions qui puissent causer de tels accidents, qui sont, pour-ainsi-dire, périodiques, puisqu'ils reviennent à-peu-prés tous les quinze jours et méme plus souvent, si Monsieur s'expose au brouillard ou à l'impression d'un temps humide et pluvieux, ou s'il mange des crudités, dont l'usage ne pourrait que lui étre nuisible.

- Cette maladie pourrait avoir des suites très-fàcheuses; et finir méme par la cécité, si Monsieur négligeait plus long-temps de travailler au rétablissement de son estomac. Ce viscère si essentiel est dans un état habituel d'inertie; les fibres en sont lâches, et leur reláchement est augmenté par toutes les causes qui occasionnent la détente des solides. Un climat chaud et sec lui conviendrait sans doute mieux que celui qu'il habite, qui est pluvieux et presque toujours couvert ou de nuages ou de brouillards. Le meilleur conseil qu'on puisse lui donner serait de changer de climat, si cela lui est possible; et, en attendant, nous lui recommandons, comme une chose essentielle, de ne point habiter un rez-de-chaussée ; s'il loge au premier étage, de ne point placer son lit de facon qu'il soit contre un gros mur, qui est rarement sec à cette élévation; de choisir, s'il le peut, une chambre dont les fenétres soient au levant; de ne

sortir de chez lui que le plus tard qu'il pourra, et jamais avant le soleil levé ; de rentrer de méme le soir de trés-bonne heure, sur-tout en hiver, et d'éviter en été l'humidité du matin et le serein ; d'avoir grand soin de se tenir les pieds secs, et de prendre pour cela toutes les précautions connues; de porter sur la région épigastrique une piéce de flanelle. Enfin, pour travailler plus efficacement à augmenter le ressort des fibres de l'estomac, et donner de l'activité à la circulation dans le tissu de ce viscére, nous sommes d'avis qu'il prenne dix-huit grains d'ipécacuanha délayés dans une cuillerée d'eau : il sera deux heures sans prendre ni bouillon ni eau chaude pour exciter le vomissement, qu'il laissera venir naturellement; et au bout de ces deux heures, il prendra douze autres grains d'ipécacuanha. Quatre heures aprés la premiére dose, il boira du bouillon, dinera un peu plus tard qu'à son ordinaire, et ne mangera que du rôti, sans soupe ni bouilli, et du pain bien cuit et de trois ou quatre jours; régime auquel nous lui conseillons de s'astreindre toujours dans la suite.

Le lendemain il sera purgé avec follicules de séné, sel végétal et manne, et prendra, à l'entrée de son diner, douze grains de quinquinä en poudre et trois grains de canelle, le tout délayé dans deux ou trois cuillerées de vin; ce qu'il continuera pendant quinze jours de suite. Nous sommes aussi d'avis quil essaie de manger des viandes

froides, du róti par préférence, et de boire à la glace; qu'il évite les fruits crus, la salade, la croûte de pâté, le vin nouveau, et les viandes des jeunes animaux , ainsi que les extrémités, comme téte de veau, pieds de mouton , oreilles et pieds de cochon.

On ne doit pas se flatter que ce régime suspendra tout de suite les accés : ce serait beaucoup sil commencait par les éloigner, et alors il faudrait revenir à l'ipécacuanha , à-peu-prés un jour ou deux avant le retour de l'accés, et continuer encore une quinzaine le quinquina avec la canelle, comme ci-dessus. :

Observation 350.

Cormeilles , le 27 février 1774.

Mémoire. — La malade pour laquelle on consulte est une fille âgée de vingt-trois ans. La cause de là maladie actuelle est une suppression totale de ses règles, qui, dans toute sa vie, se sont à peine annoncées. De-là ont suivi tous les accidents ordinaires dans ces sortes de cas, comme maux de téte, plus ou moins violents, oppression , lassitudes spontanées, páles- couleurs, etc.

La jeune malade a eu déja plusieurs accidents de cette espéce; on était parvenu à les dissiper par l'usage des martiaux et autres remédes appropriés. Depuis quelques années, le plus grave et le plus incommode des accidents qu'elle éprou-

vait était de trés-grandes douleurs de tête. On les regardait comme vaporeuses, tant par rapport au siége de la douleur, que par rapport à la cause. En conséquence , apres une saignée du pied , on avait recours aux lavements fréquents, aux boissons aqueuses et délayantes , aux bains de pieds, et autres remédes de ce genre. On parvenait bien, comme je l'ai déja dit, à dissiper les suites et effets du défaut des régles; mais rien ne reparaissait, et, la cause subsistant toujours, il était inévitable pour elle de retomber dans le méme état : elle s'y trouve aujourd'hui , mais avec un accident nouveau et plus inquiétant que tous ceux qu'on avait eus à combattre : c'est une goutte sereine bien caractérisée, et qui dure depuis prés de huit jours. Le mal de téte qui a précédé et qui dure encore, semble y avoir donné lieu : les yeux commencerent par enfler et s'obscurcir , et peu-à-peu ce qui n'était d'abord qu'affaiblissement est devenu cécité presque totale.

Dans les premiers jours de cette dernière attaque, la malade avait eu des nausées, méme des vomissements de matières bilieuses. Ce fut une indication pour lui faire prendre un vomitif. La douleur de la tête a beaucoup diminué, mais l'état de la vue est toujours le même.

Après avoir mürement réfléchi sur l'état de cette maladie, sur le tempérament faible et délicat de la malade, sur la pâleur excessive de toute l'habitude du corps, sur l'état du pouls,

qui n'est rien moins que pléthorique, on a cru reconnaitre le produit des vapeurs. Il n'est guère possible d'attribuer l'embarras du nerf optique à la plénitude des vaisseaux qui l'avoisinent : on ne doit donc accuser que le relâchement du méme nerf ou la constriction vaporeuse. Dans ces derniers cas, la saignée , qui, dans toute autre circonstance, paraitrait devoir être le premier moyen à employer, semble étre contre-indiquée par la faiblesse du sujet. Le pédiluve ne peut guére étre mis en usage; la malade peut à peine le supporter un quart-d'heure , sans se trouver mal.

On demande au médecin consulté quels sont les remèdes à employer dans cette circonstance.

Ducros, Chirurgien.

Réponse.

Une saignée de la jugulaire de trois petites palettes, à deux heures d'intervalle , afin d'éviter l'espèce d'affaissement qui suit une saignée ordinaire , affaissement salutaire lorsqu'il y a plénitude bien caractérisée ou une trop grande tension dans les solides, mais à craindre dans un sujet débile. Le sur- lendemain , sangsues aux tempes, et deux jours aprés, trois ou quatre aux vaisseaux hémorrhoidaux pour attirer le sang vers la région hypogastrique et le détourner des partes supérieures.. Deux jours de repos; émétique en lavage, sel volatil de vipéres.. Eau de

Balaruc... Vésicatoire entre les deux épaules... Réglisse pour boisson ordinaire. Baume de Fioravant en évaporation.

. Observation 351.

10 mai 1785.

Consultation pour mademoiselle de T°”, âgée de dix-neuf ans, d'une petite taille, forte et bien constituée, ayant de l'embonpoint et une belle carnation : elle a toujours eu la vue délicate , et cet accident a été en augmentant depuis l’âge de quatorze ans, de sorte qu'elle ne peut plus rien distinguer. Les prunelles sont dilatées. C'est une goutte sereine causée par le défaut de règles.

On fera une saignée du bras, et le Ioudunain une saignée du pied : deux jours aprés, Mademoiselle prendra tous les matins, une heure aprés un lavement, un demi-bain d'une heure et demie: le bain ne doit étre ni trop chaud ni trop froid. En méme temps, avant d'entrer dans le bain, elle prendra un gros de l'opiat suivant :

Prenez canelle et éthiops martial, de chacun un gros; succin préparé et sommités de petite centaurée séche et pulvérisée, de chacun un. gros et demi ; quinquina, une demi-once; myrrhe pré- parée, un demi-gros; aloés succotrin, dix grains; faites un opiat avec suffisante quantité de sirop d'absinthe. Si l'opiat à la dose d'un gros pesait sur l'estomac, il faudrait la réduire à la moitié; mais ce ne serait que dans le cas où l'accident se-

158 SECTION VI1, CHAPITRE I, rait assez considérable pour autoriser cette réduction.

Outre la dose du matin, Mademoiselle en prendra une semblable le soir, une heure avant le souper, ce qui sera continué jusqu'à ce que les régles aient paru deux fois , et il ne faudrait discontinuer à la premiére éruption que dans le cas ou l'écoulement formerait plutót une perte que des régles ordinaires. Alors on en cesserait l'usage. Pendant que Mademoiselle prendra cet opiat , elle sera purgée tous les dix jours avec un gros de rhubarbe, un gros de follicules de séné, deux gros de sel végétal , et deux onces de manne. Les jours de purgation , Mademoiselle ne prendra point l'opiat.

Elle ajoutera à ces remédes un exercice journalier et fréquent, continué jusqu'à un peu de lassitude. Elle s'abstiendra de légumes farineux , de fruits crus, de lait, beurre, créme et fromage, de grosse pátisserie, et des viandes pesantes et indigestes. Nous lui recommandons sur - tout de ne pas simpatienter et de continuer ce régime jusqu'à ce que lés règles aient paru, ce qui n'arrive quelquefois qu'au bout de trois ou quatre mois. On l'avertit que les selles seront noires, ce qui ne doit pas l'effrayer.

Bovvanr, DEwovns.

AV. B. Cette consultation fut rédigée par M. Bouvart. Tout ce qu'elle prescrivait fut fidèlement exé-

cuté ; les règles parurent promptement ; la vue ne tarda pas à revenir, d'abord à l'oeil droit, ensuite au gauche: j'ai vu, quelques années aprés, cette jeune personne trés-clairvoyante.

Observation 352.

16 septembre 1764.

Consultation pour M. D'"*, ecclésiastique , âgé de soixante-quinze ans, sujet à une humeur dartreuse, qui se porte depuis long - temps sur les jambes, où elle coule de temps en temps, sur-tout lorsqu'il prend des pilules de Beloste. Il éprouve aussi dans toute l'habitude du corps une démangeaison insupportable. Il y a environ trois mois qu'il prit des bains , pendant lesquels l'oeil droit, qui était le seul bon , commença à s'affaiblir; car, de tout temps, il a eu le gauche très-mauvais, au point qu'il n'entrevoit que faiblement les objets qu'il en approche de trés-prés. Dans le temps des bains , ses jambes coulaient, et il y mit du cérat pour les dessécher; moyen qu'il a souvent employé avec succés aprés une ou deux purgations.

L'acrimonie du sang se manifeste chez le malade par des signes si. peu équivoques, qu'il n'est; pas possible de se méprendre sur la nature des accidents auxquels il est sujet depuis bien des années , non plus que sur la nature de celui qui lui est arrivé il y a environ trois mois, et qui consiste dans une paralysie imparfaite de l'organe de la vue de l'oeil droit, le seul dont il tirait du

service. C'est une humeur dartreuse dont toutes les liqueurs sont imprégnées, et qui, en se portant à l'habitude du corps, y cause des démangeaisons insupportables , qui ulcere de temps en temps les jambes et les fait suppurer, qui, de plus, enflamme les bourses et les fait suinter. C'est une partie de ce levain qui s'est porté sur la rétine ou sur le nerf optique de l'ceil affecté, et qui a donné lieu à l'obstruction de l'organe immédiat de la vue.

C'est dans le bain méme que Monsieur s'apercut, il y a environ trois mois, de quelque chose d'extraordinaire dans sa vue. Toutes les murailles de la chambre où il se baignait, ainsi que le plancher , lui parurent couvertes de petites bétes noires qui semblaient se mouvoir ; cet effet peut avoir été déterminé par le bain , qui a quelquefois l'inconvénient de porter les humeurs vers les parties supérieures, parce que ces parties n'éprouvant pas la même pression que celles qui sont plongées dans l'eau, les liqueurs s'y portent en plus grande quantité et plus facilement; il est au moins certain que l'époque du commencement de cette waladie est la méme que celle des bains *trés-chauds que Monsieur prit en juin dernier. La suppuration des jambes qu'on arréta imprudemment quelque tems aprés, n'a fait qu'aggraver le mal, en augmentant l'embarras déja commencé. |

Désobstruer le nerf optique, détourner l'hu-

AMAUROS E. 161

meur qui s’y est portée, en lui faisant reprendre son ancien cours , et fortifier l'oeil pour le mettre à l'abri d'une nouvelle attaque , sont les indications qui se présentent dans le traitement de cette maladie, et c'est pour y satisfaire que le conseil soussigné propose les remédes suivants.

De retour chez lui, M. D'** boira, pendant deux ou trois jours, beaucoup d'eau de chiendent; ensuite il prendra la boisson suivante en six verres, d'heure en heure , et boira, entre chaque verre, un gobelet de bouillon léger.

Prenez quatre grains de tartre stibié et deux gros de sel végétal ; faites-les dissoudre dans une piute d'eau commune. On établira un vésicatoire à chaque jambe.

Observation 353.

Extrait des cahiers de Consultations de mon Pére, du 2 mai 1755.

Goutte sereine presque complette guérie à un œil.

Madame D*“** de Melun, âgée de quarante-sept à quarante-huit ans, est venue à Paris pour me consulter au sujet d’un voile noir et épais qui lui couvrait presque entièrement l'œil droit, de facon qu'elle ne faisait qu'entrevoir du cóté du nez, et ne pouvait distinguer aucun caractére quelque gros qu'il fût. Elle est d'un tempérament sanguin et d'une constitution forte; cette maladie est une suite de ce qu'elle a eu tou-

LL nm IT

jours la téte nue et est restée au serein tous les soirs de l'été. Je l'ai vue le 8 avril, et l'ai fait saiener une fois du bras et deux fois du pied : je lui ai donné l'émétique; elle a pris les eaux de Balaruc; je lui ai fait appliquer les vésicatoires entre les épaules; elle a usé du baume de Fioravant. Elle voit actuellement à lire dans Tine sion la plus fine, et il ne lui reste qu'un petit point noir qu'elle ne voit pas méme constamment : elle a gardé les vésicatoires dix jours.

Régime pour Madame D'** — Le sur-lendemain de son arrivée à Melun , Madame se purgera avec cinq verres d'eau de Balaruc et une once de sel de Seignette. Aprés cette purgation, elle prendra pendant trois semaines des bouillons avec le veau, la bourrache, la buglose, le cresson, le cerfeuil, la chicorée sauvage, et le suc de vingt-cinq cloportes; deux purgations. Régime.

Observation 354.

Ligny-le-Chátel, par Chablis, le 14 septembre 1812.

Mémoire. — Monsieur, j'ai pris réguliérement, pendant vingt-un jours un bain tous les soirs, une bouteille d'eau de Barèges artificielle tous les matins à jeun, et j'ai fait des fumigations matin et soir. Les taches ont diminué d'étendue , mais n'ont point disparu. 1l me semble même qu'il s'en est formé de trés-petites pres de l'axe visuel. Toutes offrent quelque chose de brillant , quelquefois d'étincelant à leur centre, et un mouvement de vibration continuelle; ce brillant, ou

plutôt ces jets d’une lumière faible et ces vibrations ont lieu sur-tout à mon réveil et lorsque Je passe subitement d’une lumière vive à une faible , et vice versá. La tache de l'oeil gauche subsiste au moins autant que quand j'ai eu l'honneur de vous écrire, et ce qu'il y a de singulier, c'est que les enu qup y cessent aussitôt que l'oeil droit est fermé , bien qu'elles continuent dans les autres taches produites par l'oeil droit lui-même.

Si je fixe le soleil, les yeux fermés, je vois devant moi toutes ces taches représentées par quelque chose de grisátre. Les deux yeux ouverts, je vois aussi clairement qu'avant l'existence de ces taches, et de l'oeil malade seul je vois trés-distinctement entre les taches qui sont toujours dans un rapport invariable avec l'axe visuel. Lorsque je suis préoccupé de quelque chose, je ne vois ni vibrations, ni jets de lumière; Je suis comme s'il n'existait aucune affection dans mes yeux. Ma vue est faible; une vive lumière la fatigue; la conjonctive est un peu rouge; il Yu quelquefois larmoiement et un peu de chassie aux paupieres le matin; J'éprouve à la tempe droite un sentiment de géne et de pesanteur ; j'ai eu quelques tournoiements de tête et même des bourdonnements d'oreilles; du reste, je jouis de la meilleure santé, et les bains ne m'ont point affaibli.

Jai eu l'honneur de vous dire qu'avant de

partir pour Paris , je m'étais appliqué des sang-

sues à la tempe : elles m'ont emporté la douleur que j'y ressentais, et je crois que c'est de ce moment que date la diminution des taches. da drait-il les réappliquer?

Le séton suppure extrémement peu,se rétrécit malgré ce que je puis faire , et est très-douloureux. Ne pourrais-je pas le remplacer par le cautere , qui , je crois , suppurera davantage? Veuillez, je vous prie, me dire ce que j'ai à faire pour la guérison de cette affection qui m'inquiéte beaucoup. Je serai exact à suivre tout ce que vous me

prescrirez , etc.

*** Docteur en médecine.

IV. B. Ce médecin est un homme des plus instruits : j'ai examiné ses yeux avec M. Gondret , médecin à Paris, et son ami. Nous ne trouvámes rien de défectueux. A peine on remarquait un peu de lenteur dans les mouvements de contracuon et de dilatation d'une des deux pupilles. Il avait alors trente-trois ans. La maladie nous parut une obstruction de quelques filets nerveux de la rétine, sur-tout à un des yeux.

Deuxième Lettre de M*'**.

Le 5 novembre 1812.

Monsieur, au recu de votre lettre, je me suis fait 3ppuguee quatre sangsues autour de l'oeil malade; je n'en ai éprouvé aucun soulagement ; j'ai même remarqué depuis plusieurs petits points

obscurs situés très- prés de l'axe visuel et beaucoup plus petits que les premiers; ceux que je voyais n'ont éprouvé aucuns changements. Cela m'a empéché de les réappliquer avant de vous en prévenir : je ne souffre nullement de la tête; l'œil est dans l'état le plus naturel, sans inflammation. Je vois de temps à autre des étincelles. Du reste, jéprouve toujours ce dont je vous ai donné le détail dans ma précédente, etc. Un moxa vers la tempe serait-il utile ?

"* Docteur en médecine.

Troisième Lettre de M***.

Le ro mars 1813.

Monsieur , jai attendu le retour de la belle saison , comme vous me l'avez conseillé ; mais mes inquiétudes ne font qu'augmenter. Il est bien temps que j'aie recours à vous.

Les points obscurs sont devenus beaucoup plus nombreux ; il y en a presque tout autour de l'axe visuel ; mais ils sont beaucoup plus petits que les premiers; quelques-uns méme ne sont pas parfaitement obscurs. Tous ensemble ils forment comme un groupe de nuages à travers lesquels les objets me paraissent moins nets, plus éloignés, plus petits, et avec des formes qu'ils n'ont pas. Ainsi , en regardant la menuiserie d'une fenétre, le bois qui borde les vitres offre ca et là des courbes qu'il n'a réellement pas : ce sont les petites taches

166 SECTION VII, CHAPITRE I, qui donnent lieu à ces courbes; ce qui répond aux plus grandes taches disparaît entierement ; il est aussi de ces taches à une distance fort grande de l'axe visuel et en tous sens. De cet œil , Je vois moins bien dans un lieu obscur qu'à une dnte vive.

L'espéce de nuage que je voyais de l'autre ceil subsiste toujours à la méme distance de l'axe visuel; du reste, jen vois trés-nettement, et ce nuage me parait de nature différente de celle des taches de l'oeil droit : il n'y a jamais eu de vibrations ni d’étincelles, tandis que de l'œil droit les étincelles sont tres-fréquentes , sur-tout la nuit. Je vois aussi, de cet oeil, de petits corps noirs groupés, semblables à des mouches qui volügent dans lair, mais dont la position n'a rien de constant relativement à l'axe visuel, et qui disparaissent lorsque je fixe mes regards sur un objet (1). |

Jai entretenu jusqu'à-présent mon séton, qui donne peu et tend toujours à se guérir, malgré que je fasse souvent usage d'une pommade épispastique. Vous m'avez conseillé de le porter dix mois ou un an; je le supprimerai, si c'est votre avis, à la fin de mars. Mon cautere donne beaucoup.

(1) Ces mouches étaient étrangères à la maladie, et ne méritaient aucune attention. Voyez ci-après, section VIII, filaments voltigeants. +

AMAUROSE. - 107 Au commencement de janvier, je me suis appliqué six sangsues à la tempe droite : je n'en vis aucun bon effet; il me semble méme que depuis, plusieurs petits points ont reparu. La vapeur du baume de Fioravanti est aussi sans effet. La pupille de l'oeil malade est à-peu- prés dans l'état naturel. Je me porte trés-bien. Quel est donc le traitement auquel je dois me soumettre? etc.

*** Docteur en médecine.

IV. B. Heureusement pour les nombreux malades auxquels ce médecin estimable prodigue ses secours , sa maladie a pris enfin une tournure favorable. Sa vue était dans un état très-satisfaisant

à la fin de 1816.

Observation 355.

Le 24 mars 1763.

Mémoire. — Madame de***, âgée de trente- six ans , sent depuis plusieurs années que sa vue s'affaiblit tous les jours. Il y a quatre ans elle était encore en état d'écrire; aujourd'hui elle ne peut ni lire ni écrire. Elle ne reconnait une personne qu'à deux ou trois pieds de distance;il faut méme pour cela qu'elle la regarde avec attention. Elle distingue un objet à la distance dont on vient de parler , s'il est placé horizontalement ; mais si elle est obligée de baisser les yeux, non-seulement elle ne le reconnait point, mais elle a même peine à l'apercevoir confusément. Elle ne voit rien à tra-

vers un verre concave. Lorsqu'elle essaie de lire à travers un verre convexe, elle ne voit que quelques portions ou jambages des lettres, qui lui paraissent, à la vérité, plus grandes; mais elle ne peut en reconnaitre aucune. Les yeux sont beaux et trés- bien conformés; la pupille en est fort noire ; elle sagerandit à l'obscurité, et se rétrécit a la lumière ; mais les mouvements alternatifs de l'iris ne s'exécutent point avec assez de promptitude; le resserrement sur-tout semble paresseux et un peu indéterminé. La pupille droite se rétrécit moins et plus lentement que la gauche; aussi la vision est-elle un peu meilleure dans l'oeil gauche. De temps en temps cette dame croit apercevoir quelques atómes ou nuages devant ses yeux. Lorsqu'elle baisse la tête, ou qu'elle éternue , elle voit une clarté passagere. Une trop grande lumière l'éblouit au point qu'elle ne voit rien ; elle lui cause un mal-étre qu’elle compare à un coup qu'on lui donnerait sur les yeux. À un jour faible, elle apercoit moins mal les objets; mais aussi s'il l'est trop, elle ne disungue rien : à travers un verre vert, tout lui parait de la couleur du verre; mais elle ne distüngue pas les objets. —.—

Il y a quatorze ans qu'à la suite d'une couche, cette dame éprouva une perte considérable qui la priva de la vue et de l'ouie : au bout de deux ou trois jours, elle recouvra le dernier sens, mais ce ne fut que douze jours aprés qu'elle revit la lu-

| mière. La vue, d'abord très faible, ne reprit des forces que lentement, et il s’en fallut de beaucoup qu'elle revint à son degré naturel. Depuis cette époque, la vue de cette dame a décru insensiblement : les grandes pertes qu'elle a eues dans plusieurs couches et les évacuations périodiques, presque toujours trop abondantes, paraissent être les causes qui ont entretenu et augmenté cet affaiblissement : en effet, pendant ces hémorrhagies utérines, la vue diminuait d'une maniere sensible, et elle ne reprenait de force qu'à mesure que les forces générales revenaient; mais dans ces occasions, de méme que dans la premiére époque, la vue perdait toujours quelque degré de son énergie. Du reste, on ne peut accuser aucun vice héréditaire.

Cette dame a toujours joui d'une trés-bonne santé , et elle est d'une complexion très-robuste : on a vu qu'elle était sujette à des pertes abondantes , ce qui semblerait indiquer quelque nuance de dissolution ou d'acrimonie dans le sang; mais cette modification du sang lui est naturelle, et elle en a hérité de madame sa mére.

N. B. M. Bouvart et mon pére ont répondu que cette goutte sereine imparfaite venait d'atonie, qu'elle pouvait avoir été causée par les grandes pertes de sang. Ils ont conseillé quelques moyens toniques à l'intérieur et à l'extérieur, et d'éviter avec soin tout ce qui pourrait donner lieu à l’augmentation du flux menstruel.

Observation 356.

Le 18 février 1763...

Mémoire. — La consultante , àgée de quarante ans, sujette à des obstruetions au foie, depuis prés de quinze ou seize ans, a fait de fréquentes maladies qui ont exigé beaucoup de saignées ; on lui en a fait près de quatre cents. Au sortir de sa dernière maladie,au mois de juin dernier, le venire se trouva extrémement enflé, et on la détermina à aller aux eaux de Bains. Dans ses maladies elle a toujours été tourmentée par de grands maux de téte; elle les sent presque toujours, mais plus faiblement. Elle retomba malade à Bains. Les maux de téte, avec des battemens fatiguants, se firent sentir plus vivement qu'à l'ordinaire. Le nez était totalement bouché : il semblait à la malade qu il y eût un dépôt d'humeurs dans la tête , et le nez exhalait une odeur fétide. Il survint une surdité qui dura huit jours; les yeux s'enfoncérent, le contour en était noir et le regard fixe. Quelques jours aprés, Madame étant un peu soulagée, l'oeil gauche parut ne plus faire ses fonctions. Elle croyait y sentir comme une plume ou une toile qui l'inquiétait et qui interceptait les rayons de la lumiére. Cette obscurité est restée dans cet cil, qui ne voit les objets que confusément : l'autre se sent aussi de cette faiblesse, mais beaucoup moins. À Bains, au sortir de sa maladie, les cheveux de la consultante tombèrent, ce qui

n'était pas encore arrivé et ce qui continue. Les yeux ne sont pas rouges,et on n'y voit point de tache apparente. Madame n'y sent pas de douleur; mais à Bains, et aprés le retour, ses yeux paraissaient et paraissent encore de temps en temps jeter ou voir des étincelles, plus dans l'obscurité qu'en plein jour : ils voient encore moins avec des lunettes ou des conserves. Plus les objets sont gros ,áplus ils paraissent obscurs.

N. B. Mon père conseilla des bols d'éthiops martial avec le baume de copahu , l'infusion de sassafras, puis une eau minérale ferrugineuse; l'usage extérieur de la vapeur du baume de Fioravanti , des fumigations de plantes toniques avec addition d'eau-de-vie... En cas d'augmentation de la maladie, un séton à la nuque.

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