‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 25 sur 93 · KYSTES · texte numérisé non relu

KYSTES

Nous avons déjà décrit les kystes développés aux dépens des conduits excréteurs de la glande lacrymale {dacryops).

Il en est d'autres qui, n'ayant plus le même siège et n'atteignant pas le môme volume, se présentent sous forme d'une petite tu-

(1) Archiv fur Ophth., t. VII, 2» partie, p. 7.

meur, transparente, arrondie, située constamment au-dessous de la conjonctive bulbaire, sur les bords de la cornée. Leurs parois minces, transparentes, laissent apercevoir leur contenu fluide, ' séreux.

Dans un cas intéressant rapporté^par de Wecker, le microscope révéla que la conjonctive amincie et adhérente faisait partie inté- ' grante de la paroi du kyste. De Wecker en conclut que ce kyste i s'était probablement développé aux dépens d'un lymphatique de : la conjonctive.

' De petits kystes dennoides s'observent quelquefois sur le limbe conjonctival au niveau du méridien horizontal de l'œil, ils empiètent d'ordinaire sur la cornée ; leur coloration est gris-jaunâtre, leur volume varie de la grosseur d'une lentille à celle d'une petite noisette ; ils sont quelquefois recouverts de poils qui deviennent une cause d'irritation pour la conjonctive.

La structure de leurs parois est analogue à celle de la peau : on y trouve des fibres de tissu cellulaire ondulé, mélangées de fibres élastiques, de follicules pileux; leur cavité est remplie par une couche épaisse d'épithélium pavimenteux.

Ces kystes dermoïdes coïncident parfois avec d'autres malforma- [ tiens congénitales des paupières, telles que le coloboma. Dans une I observation rapportée par Mayor (1), il existait en même temps un I épaississement congénital de la conjonctive.

Les kystes dermoïdes, off'rant toujours une certaine tendance à I augmenter de volume aux dépens des tissus sous-jacents, seront I enlevés sans hésitation. Leur extirpation complète présente quelquefois certaines difficultés, et n'est pas toujours sans danger, vu leur adhérence intime avec les membranes enveloppantes de l'œil. Il faudra autant que possible ménager la sclérotique et la cornée, dans la crainte de perforer le globe oculaire; accident toujours redoutable.

Le professeur Ryba (2) expose ainsi le développement du kyste dermoïde conjonctival :

Dans les premiers temps du développement fœtal, la conjonctive, dont la structure est la même que celle du tégument en général, recouvre le globe oculaire. Les paupières ne sont pas encore formées ; ce n'est qu'à la dixième semaine qu'apparaissent deux bourrelets qui, se rapprochant peu à peu, finissent par s'accoler ; à la fin du quatrième mois la réunion est complète. Or, si à ce mo-

(1) Mayor, Tlièse sur quelques maladies congénitales des yeux. Montpellier,

(2) Prager Vierteljarschrifl t. III, iSiiS.

ment-là les paupières, au lieu do se fermer coraplétemeni, laissent à découvert certains points de la conjonctive, cette membrane conservera à Ce niveau la structure du derme, et non plus la structure d'une muqueuse.

CYSÏICERQUE.

Sichel, Hôriiig, de Graife ont observé des cas de cysticerques situés dans le tissu cellulaire sous-coujonctival.

Dans cette région le cysticerque se présente sous forme d'une petite tumeur arrondie, diaphane, recouverte par la conjonctive ; à son centre on aperçoit une petite tache opaque, blanchâtre ou jaunâtre, qui correspond à la tête et au cou de l'animal. Il survient quelquefois un certain degré d'irritation de la conjonctive, au niveau de la tumeur, ce qui détermine un léger trouble et un faible épaississement de cette membrane.

Les malades accusent une sensation de gêne quand les paupières se rapprochent, dépendant de la position du kyste. La vision n'est nullement troublée. Sur un ensemble de quatre-vingt mille malades, de Grœfe observa cinq fois le cysticerque sous-conjonctival. tandis qu'il fut trouvé environ quatre-vingts fois dans les partie^ profondes de l'œil.

Cette affection est extrêmement rare en France ; par une singulière coïncidence, Sichel est le seul qui l'ait observée plusiéurs fois.

La guérison est facilement obtenue en énucléant le petit kyste.

La filaire de Médine a été trouvée aussi sous la conjonctive, mais ce n'est que dans les pays des tropiques. Ce petit ver, d'une longueur de 25 à 30 millimètres, peut provoquer des accidents inflammatoires intenses et de très- vives douleurs.

SARCOME.

Les sarcomes de la conjonctive sont très-rares ; ils prennenf naissance au niveau du limbe conjonctival. Ils sont généralement pigmentés, très-vasculaires, saignant au moindre contact.

Dans quelques cas, leur développement a paru s'effectuer à la suite d'un traumatisme. Les taches pigmontaires congénitales de la conjonctive, qui restent si longtemps stationnaires, peuvent à un moment donné augmenter de volume, se transformer et donner naissance h ces tumeurs.

L'on a rencontré des formes mixtes de sarcome. Bottchor, ayant i-u l'occasion d'examiner une production polypeuse de la conjonctive qui recouvrait la cornée et avait entraîné la perte de la vision, reconnut qu'il s'agissait d'un glio-sarcome. L'extirpation de ces tumeurs sera pratiquée aussitôt que possible.

I KPITHIÎLIOMA.

La littérature ophthalmologique renferme un assez grand nombre ie cas d'épithélioma de la conjonctive; c'est d'ordinaii^e par suite ie l'envahissement progressif du néoplasme, ayant débuté aux pauîières, que là conjonctive se trouve atteinte ; quelquefois cependant cette muqueuseaété envahie d'emblée ; de Grœfe, de Wecker, îorner en ont rapporté des exemples.

Le cancroïde conjonctival se présente sous forme de végétations; à (leur surface, fongueuse, excoriée, se développe un ulcère plus ou moins étendu, dont le fond, granuleux, sanieux, offre une teinte rouge "pâle, mêlée de produits jaunâtres. Si la cornée est envahie par le néoplasme, elle se perfore, et l'œil est rapidement détruit: mais, si la tumeur occupe les parties latérales du globe, elle traverse difficilement la sclérotique et offre plus de tendance ^ envahir les parties molles de l'orbite.

! L'ablation de la tumeur sera faite aussitôt que possible ; Knapp recommande de recouvrir avec soin la perte de substance, en faisant glisser et en rapprochant par des points Ae suture la conjonctive adjacente. Il faut éviter toute irritation pendant la période (le cicatrisation et pour cela maintenir l'œil sous un bandeau compressif.

■ Si l'épithélioma a récidivé après une première opération, ou si U' globe oculaire est envahi dans une grande étendue, on sera ubhgé de le sacrifier et d'en faire l'énucléation.

CARCINOME.

Le cancer de la conjonctive, encore plus rare que Tépithélioma, est généralement secondaire ; c'est après avoir débuté parles paupières, le globe oculaire ou l'orbite, qu'il envahit la conjonctive. La tumeur, quelquefois mclanique, peut être mélangée à du sarcome .

Mackensie a nieutiuimé ileux variétés^ de fongus delà conjonctive. La première , correspoiulnut h rancieii ('./;op/tthaliii.os fon- Hncux dct Becr. i-ciirri-iiii' rviflcinmt«nl lii dcsci'i ption de iunieurs de

diverse nature, que l'histologie a permis de séparer aujourd'hui en espèces distinctes. Les tumeurs de la deuxième variété, offrant l'aspect d'une masse gélatiniforme, jaune claire ou brunâtre, finissant par détruire complètement le globe oculaire, n'étaient sniidoute autre chose que du cancer médullaire. C'est dans cette même catégorie qu'il faut placer la tumeur enlevée par Abernethy, énorme néoplasme développé aux dépens de la conjonctive ayant atteint le poids de 2 livres et demie. Ghélius, Warlomont et Testelin en ont depuis rapporté de nouveaux exemples.

De Wecker a eu l'occasion d'enlever une tumeur de la conjonctive dont l'examen microscopique pratiqué par Cornil démontra qu'il s'agissait d'un carcinome mélanique. Seitz a rapporté un cas analogue.

ENCANTHIS.

Les anciens auteurs consacraient un chapitre spécial à la description des tumeurs de la conjonctive développées aiix dépens de la caroncule lacrymale ou du pli semi-lunaire ; ils les désignaient sous les noms d'encanthù malin et bénin.

Les tumeurs constituant l'encanthis malin, n'ayant de particulier que leur origine et leur siège spécial, doivent rentrer dans la catégorie des néoplasmes de la conjonctive déjà énumérés, et dont le point de départ se trouve souvent, comme nous avons eu occasion de le dire, dans la caroncule lacrymale.

Nous ferons les mêmes réflexions au sujet de l'encanthis bénin, se montrant dans le cours des conjonctivites chroniques, et qui n'est autre chose qu'un gonflement avec hypertrophie de la muqueuse, plus prononcé en ces points où cette membrane est aussi normalement plus épaisse.

Les follicules pileux de la caroncule donnent quelquefois naissance à des poils {trichiasis de la caroncule), qui par leur longueur, leur rigidité ou leur direction vicieuse peuvent provoquer une irritation permanente assez vive. Il suffit de les ôpiler; dans les cas de récidive on pourrait extirper la caroncule.

Les produits de sécrétion des éléments glandulaires, venant à se concréter, forment de petits kystes analogues à ceux des glandes de Meïbomius. En se développant outre mesure, ces produits morbides entretiennent un certain degré d'irritation et de gonflement. Cette aff'ection a été désignée sous le nom d'encanthis calculeux. On la guérit facilement en saisissant le kyste avec des pinces àgrifles, et en l'excisant en quelques coups de ciseaux.

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