PRODUCTIONS VERRUQUEUSES, CALCAIRES, OSSEUSES DE LA CHOROÏDE
H. Muller et Donders ont décrit l'épaississemont verruqueux de la lame élastique de la choroïdite. Cette lésion, qui peut-être considérée comme une altération sénile, car elle ne s'observe que sur des personnes ayant dépassé la soixantaine, consiste dans la production de petites saillies verruqueuses transparentes, dispersées à la surface de la membrane vitreuse de la choroïde. Celle-ci, tout en conservant sa transparence, s'épaissit, perd sa souplesse et se déchire facilement.
Ces excroissances semblent développées aux dépens de la lame élastique, dont elles partagent toutes les propriétés; elles sont très-dures et résistent à l'action de tous les réactifs.
Quelques auteurs ont prétendu qu'elles avaient une certaine influence sur le développement de la cataracte sénile ; mais c'est encore là une simple hypothèse qui ne s'appuie sur aucune donnée précise d'anatomie pathologique.
Leur situation périphérique fait qu'elles échappent pendant la vie à 1' examen ophthalmoscopique, et le plus souvent leur présence n'a été reconnue que sur le cadavre.
Desproductions CALCAIRES ou osSEUSESsedéveloppentfréquemment dans les yeux perdus à la suite d'irido-choroïdites traumatiques ou spontanées. Gemuseus, qui a eu l'occasion d'observer un nombre assez considérable d'yeux énucléés dans ces conditions, a constaté que ces altérations se 'formaient dans la couche profonde de la choroïde aux dépens de la membrane chorio-capillaire.
Quand ces masses ont acquis un certain volume, elles jouent le rôle de corps étrangers et donnent naissance à des poussées in-
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flammatoires, quelquefois môme à des accidents sympathiques qui nécessitent l'énuclcation de l'œil qui en est le siège.
ABSENCE DE l'iRIS, IRIDÉRÉMIE.
L'absence congénitale de l'iris, ou irîdérémie^ est souvent héréditaire. Parfois l'iris, sans manquer complètement, se trouve réduit à une mince bandelette occupant la périphérie de la chambre antérieure. D'ordinaire il existe en même temps d'autres anomalies congénitales, telles que du nystagmus, un développement incomplet de la cornée, une luxation plus ou moins complète du cristallin. L'accommodation est généralement défectueuse, ce qui tient non à l'absence de l'iris, mais à un arrêt de développement portant sur la région ciliaire.
L'iridérémie peut être accidentelle ; àaxis ce dernier cas, elle est consécutive à un traumatisme et s'accompagne généralement d'une luxation du cristallin. L'œil présente un aspect particulier ; l'ouverture pupillaire occupe toute la surface de la cornée, qui, vue de face, paraît d'un noir foncé. Le fond de l'œil, éclairé avec le miroir de l'ophthalmoscope, offre un reflet rougeâtre très-étendu et très-facile à percevoir. Les malades accusent une sensibilité à la lumière qui va jusqu'à la photophobie. \ De Gra3fe a prouvé qu'en pareil cas, si le cristallin est encore en place, il n'y a pas de trouble dans l'accommodation ; si, par contre, il a été luxé en même temps, l'accommodation est abohe, le malade se trouve dans les mêmes conditions qu'un opéré de cataracte. Le seul moyen d'atténuer l'éblouissement consiste dans l'emplqi de verres bleus foncés ou des lunettes sténopéiques de Donders, disques opaques percés d'un trou au centre qui remplacent en quelque sorte le diaphragme iridien absent. S'il y a en même temps absence du cristallin, on prescrira des verres convexes comme dans l'aphakie.
rOT.OBOMA, POl.YCORIE, C0RECT0P1E
A côté de l'iridérémie on doit placer le coloboma, anomalie beaucoup plus fréquente et qui n'est autre chose qu'un arrêt de développement partiel de l'iris. Le coloboma se présente sous la forme
d'une fente plus ou moins large de forme triangulaire dont la base correspond à l'ouverture pupillaire et le sommet à la région ciliaire ; il siège habituellement a la partie inféro-interne de la pupille et plus fréquemment à gauche qu'à droite. La perte de substance n'est pas toujours complète, à l'éclairage oblique on peut constater parfois la présence d'une membrane rudimentaire fortement pigmentée qui échapperait facilement à un examen superficiel.
Au coloboma de l'iris se trouve souvent associé un coloboma du cristallin, du corps ciliaire et de la choroïde, ou d'autres anomalies congénitales, comme la microphthalmie, le nystagmus, etc.
Pendant la vie intra-utérine, l'iris se montre sous la forme d'un cercle complet, et non séparé par une fente, comme cela a lieu pour la choroïde ; de plus, il n'apparaît que lorsque la choroïde est développée et que la fente choroïdienne est fermée. La lacune qui existe dans le coloboma ne doit donc pas être attribuée, comme le bec-de-lièvre , le coloboma des paupières, à un défaut de rapprochement des parties, mais bien à une véritable absence du tissu de l'iris au point correspondant à l'occlusion incomplète de la fente choroïdienne.
Le coloboma seul, sans autre anomalie congénitale, ne donne lieu à aucun trouble fonctionnel.
Polycorie. — On observe parfois dans le tissu de l'iris de véritables lacunes produisant ainsi plusieurs pupilles. Cette anomalie, connue sous le nom de polycorie, peut être congénitale ou acquise ; dans le premier cas elle est due à des arrêts de développement limités à de petites portions de tissu ; dans le second, elle est consécutive soit auxtraumatismes, soit aux opérations chirurgicales, soit enfin à un processus pathologique atrophique. On a vu quelquefois le bord ciliaire de l'iris se détacher de la périphérie et former là une nouvelle pupille {iridodialyse spontonée); on a même cité quelques cas tout à fait remarquables oii, ce phénomène venant à se produire alors que l'ouverture pupillaire était oMitérée et maintenue en place par des synéchies, les malades ont recouvré spontanément une partie de leur vision. La présence de plusieurs pupilles ne s'accompagne d'aucun trouble de la vision tant que l'accommodation se fait d'une façon régulière ; mais, s'il existe un trouble dans cette fonction ou un vice de la réfraction, l'on voit apparaître de la polyopie monoculaire; les objets peuvent être vus autant de fois qu'il y a d'ouvertures pupillaires.
Corectopie. — A l'état normal, l'ouverture pupillaire n'occupe pas exactement le centre de l'iris, elle est située un peu en haut c\ rm dedans. Cette particularité devient parfois tellement ac-
cusée, qu'ellt! constitue uiio véi-itablo anomalie, à laquelle on a donné le nom de corectopie. Elle se rapporte alors à une irrégularité survenue dans le développement de l'iris, la partie inféroexterne s'étant accrue aux dépens de la partie supéro-intcrne. Cette anomalie n'a aucune influence fâcheuse sur la vision.
IRIDODONÉSIS, mis TREMULANS.
Helmholtz a démontré qu'à l'état normal l'iris est en contact par son bord pupillaire avec la face antérieure du cristallin. Ainsi soutenu, l'iris reste immobile, et n'est soumis qu'à des i^iouvements de dilatation et de contraction. Mais, si le cristallin vient à manquer ou si, diminuant de volume, il subit un retrait sur luimême, l'iris perd son support, devient mobile et tremblote aux moindres mouvements de l'œil. Ce phénomène s'observe d'habitude dans les cas d'absence, de luxation du cristallin, dans certaines formes de cataracte où, le contenu de la cristalloïde étant résorbé, celle-ci est réduite à ses deux feuillets capsulaires (cataracte siliqueuse); le tremblotement de l'iris peut encore survenir, bien que le cristallin soit maintenu en place, et on l'attribue alors généralement à une liquéfaction du corps vitré. Pourtant il importe de savoir que l'ophthalmoscope révèle souvent un ramollissement de ce milieu rendu manifeste par la grande mobilité des corps flottants qui y sont contenus sans qu'on observe d'iridodonésis. Ce symptôme existant simultanément avec une cataracte doit mettre l'opérateur sur ses gardes, le diriger dans son intervention, le guider dans le choix de son procédé, et lui faire redouter pendant l'opération l'issue du corps vitré ramoUi. Dans les ectasies des parties antérieures du globe, sclérectasie, cornée globuleuse, les rapports anatomiques venant à changer, l'iris est porté en avant, et devient aussi tremblotant.