‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 81 sur 93 · SÉNILE ORDINAIRE · texte numérisé non relu

SÉNILE ORDINAIRE

Nous avons signalé, en parlant de l'abaissement, les conséquences fâcheuses résultant de la présence du cristallin sclérosé et luxé dans l'intérieur du globe oculaire. Les accidents glaucomateux qui éclatent si fréquemment après cette opération, les douleurs persistantes qui tourmentent indéfiniment les malades et enfin les troubles sympathiques qui menacent quelquefois le côté opposé l'ont fait complètement abandonner avec juste raison.

L'extraction à lambeau fut un réel progrès, et malgré la faveur marquée qui a accueilli de toutes parts le procédé de de Grsefe, elle est pratiquée encore aujourd'hui par un grand nombre de chirurgiens et elle donne tous les jours de très-beaux succès. Cette opération présente quelques avantages incontestables | elle est d'une exécution facile, et quand elle réussit, les résultats en sont des plus brillants. La pupille consente sa forme et sa dimehsion, la plaie se cicatrise sans laisser de trace, et quelquefois l'examen le plus minutieux ne parvient à découvrir aucun vestige de l'opération. Néanmoins ce procédé doit aujourd'hui céder le pas à l'extraction linéaire avec iridectomie ; il est pour cela une raison péremptoire, c'est la plus grande sécurité, considération qui dans une opération comme celle de la cataracte prime toutes les autres.

Les statistiques faites avec soin et portant sur un nombre consi^ dérable de faits démontrent en effet d'une manière irréfutable que l'extraction linéaire avec iridectomie compte moins d'insuccès que le procédé à lambeau.

La suppuration de la cornée est moins fréquente ; en outre, la guérison est beaucoup plus rapide. Au bout de quatre ou cinq jours en général, la plaie se trouve complètement cicatrisée. Le malade peut se lever quarante-huit heures après l'opération, et éviter ainsi un décubitus dorsal longtemps prolongé, ce qui est très-important chez les vieillards.

Dans l'extraction à lambeau, au contraire, la cicatrisation est lente à s'effectuer, elle exige que le bandeau soit maintenu longtemps et elle nécessite une immobilité prolongée.

L'excision de l'iris, en facilitant la sortie du cristallin, permet d'opérer des yeux atteints de synéchies postérieures, et de faire un nettoyage plus parfait et une évacuation plus complète des masses corticales.

On a reproché à ce procédé d'être d'une exécution un peu difficile et de nécessiter l'assistance d'un aide. Ces reproches sont fondés, et il est certain que pour un praticien qui n'a pas souvent l'occasion d'opérer la cataracte et qui n'a pas d'aide habile à sa disposition il vaut mieux choisir le procédé à lambeau.

Quant aux désavantages résultant de l'excision de l'iris, les adversaires de ce procédé les ont exagérés, car la portion enlevée est masquée par la paupière supérieure, et la difformité, quoi qu'on en dise, est très-peu apparente. De même, les conséquences fâcheuses qui en résultent pour l'acuïté visuelle, sont bien peu importantes, puisque dans un grand nombre de cas une correction exacte de la réfraction au moyen des verres cylindriques ou sphériques associés a rendu l'acuïté normale.

SOINS A DONNER APRÈS L'OPÉRATION

Aussitôt l'opération terminée, on applique sur les deux yeux un pansement consistant en une rondelle de toile recouverte d'une certaine quantité d'ouate; le tout est maintenu par une bande de flanelle de 4 mètres de longueur environ, qu'on serre modérément, de façon à exercer sur l'œil une douce pression.

La douleur causée par l'opération se fait habituellement sentir pendant plusieurs heures, mais elle perd peu à peu de son intensité et finit par se dissiper complètement. Sa disparition rapide est un excellent symptôme , qui dénote une marche favorable vers la guérison. Quand il en est ainsi, on laisse le premier pansement en place pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, on enlève le bandeau, l'ouate et le petit linge, en examinant avec soin l'état de ce dernier. S'il est presque sec et n'est taché que d'un peu de sang et de quelques larmes desséchées, on peut être très-rassuré ; mais, s'il est mouillé, et surtout s'il est imprégné d'une certaine quantité de muco-pus, on doit craindre quelque complication.

SOINS A DONNER APRÈS L'OPÉRATION. 449

Avec une petite éponge fine très-propre, trempée dans de l'eau tiède, on lave légèrement le bord des paupières ; on essuie avec un linge fm; puis, abaissant doucement la paupière inférieure, on invite le malade à entrouvrir l'œil et on explore avec soin la plaie à l'éclairage oblique. Ce pansement doit être fait dans une chambre obscure en se servant seulement de la lumière d'une bougie.

Très-souvent la cornée présente dans le voisinage de l'incision une teinte opaline d'intensité variable, indice de la contusion plus ou moins forte qu'a subie cette membrane au moment de l'issue du cristallin. Quelquefois, au bout de vingt-quatre heures, l'agglutination des lèvres de la plaie est déjà faite et la chambre antérieure commence à se reformer. Tout est alors pour le mieux et l'on doit se contenter d'appliquer de nouveau le bandeau compressif comme le premier jour.

Quand une complication doit survenir, les douleurs, loin de se calmer peu à peu, ne font qu'augmenter d'intensité. Lorsqu'au bout de sept ou huit heures elles conservent un certain degré de violence, il faut examiner l'état de l'œil. On enlève le pansement, qu'on trouve le plus souvent imprégné d'une grande quantité de larmes, puis on entr'ouvre les paupières et on procède à une inspection minutieuse.

Tantôt, ce sont les cils de la paupière inférieure renversée en dedans, ou bien des cils détachés, qui sont cause de l'irritation ; tantôt celle-ci est provoquée par des parcelles du cristallin séjournant dans les culs- de-sac de la conjonctive.

Parfois des débris de la cataracte occupent l'ouverture pupillaire et jouent le rôle de corps étrangers. Il peut arriver enfin que les larmes seules accumulées en grande abondance suffisent à provoquer les douleurs ; celles-ci diminuent alors spontanément dès qu'on entr'ouvre les paupières.

Les accidents que nous venons d'énumérer ont peu de gra vite. Il est facile d'en venir à bout en nettoyant avec soin le culde-sac palpébral, en enlevant les corps étrangers qu'il pourrait contenir, et en appliquant avec soin le bandeau compressif, de façon à éviter le renversement de la paupière. L'instillation de quelques gouttes d'atropine, des injections sous - cutanées de morphine à la tempe pourront être également fort utiles pour calmer les douleurs.

Mais, dans certaines circonstances, celles-ci, très-violentes dès le début, ne font que s'exaspérer à mesure qu'on s'éloigne du moment de l'opération. Elles indiquent alors des désordres bien plus graves. En enlevant le pansement, on le trouve souillé d'une cer- Abadie. Mal. des yeux. 29

4f)0 MALADIES DU CRISTALLIN.

tainc quantité de muco-pus; en entr'ouvrant les paupières, on aperçoit un chômosis très-marqué entourant la cornée ; cette membrane a un aspect flou, terne, grisâtre; l'humeur aqueuse est trouble ; enfin, un liséré gris-jaunâtre^ bordant les lèvres de lu plaie, dénote la suppuration qui va envahir le tissu cornéen.

En pareil cas, en &ffet, il faut craindre cette complication redoutable qui peut aboutir non-seulement à la perte complète de lu cornée, mais même à un phlegmon de l'œil. Pour la combattre, on fera instiller, toutes les trois heures, alternativement avec l'atropine, quelques gouttes d'un collyre au chlorhydrate de quinine. Ce dernier sera ainsi formulé :

Chlorhydrate de quinine. . . . 08,40 Eau distillée 60 ,00

Plusieurs praticiens, de Wecker entre autres, ont eu à se louer de ce médicament, qui a réussi quelquefois à limiter la suppuration et à préserver une certaine étendue de tissu cornéen.

Dans l'intervalle de ces instillations, quelques tours de bande maintiendront l'occlusion des paupières, de façon à ce que la plaie ne reste pas entre-bâillée. Le bandeau sera disposé de telle sorte qu'on puisse au besoin appliquer des sangsues à la tempe ou à l'apophyse mastoïde, moyen toujours utile pour combattre ]u réaction inflammatoire qui accompagne la production du pus.

Dans d'autres cas, la cornée reste transparente, mais l'humeur aqueuse est louche, floconneuse; l'ouverture pupillaire, parfaitement nette la veille au moment de l'opération, semble comme voilée par des exsudats ; le chémosis, quoique moins prononcé que précédemment, existe néanmoins ; l'iris est altéré, décoloré. Il s'agit alors d'une irido-choroïdite, complication moins grave que la kératite suppuralive, mais dont le pronostic est cependant encore des plus sérieux.

Gomme traitement, on aura recours aux instillations répétées d'atropine, aux déplétions sanguines locales, le tout sans préjudice du bandeau compressif, qui sera replacé après chaque instillation.

En général, on peut affirmer que, s'il n'est survenu aucun symptôme fâcheux trente-six ou quarante-huit heures après l'opération, tout danger est désormais écarté. Nous laissons de côté, bien entendu, les accidents qui peuvent se produire à une époque beaucoup plus éloignée, nous réservant de les décrire dans un chapitre spécial.

Ordinairement, au bout de quarante-huit heures, les opérés

SOINS A DONNER APRÈS L'OPÉRATION

peuvent se lover pendant une heure ou deux, puis successivement pendant quatre, six, huit heures les jours suivants, etc. Au bout de six à sept jours, le bandeau est enlevé, et remplacé, pendant trois à quatre heures, par un simple carré de taffetas noir flottant devant l'œil; enfin, au dixième jour, le bandeau est définitivement supprimé et remplacé par des lunettes fumées bombées.

Quant aux verres correcteurs définitifs, le malade ne devra en faire usage qu'un mois et demi ou deux mois après l'opération, époque à laquelle l'acuïté visuelle a atteint son maximum.

Tout ce qui a rapport au choix de ces verres sera traité in extenso dans le second volume à propos de Vaphakie.

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