Yossius, Soc. Opht. de Heidelberg
Celle forme particulièrement destructive, signalée par v. Grsefe et également décrite par de Wecker', se caractérise par l'énorme gonflement des paupières, devenues livides et pendantes, l'aspect lardacé grisâtre de la conjonctive qui sécrète de la sérosité citrine spontanément coagulable et le chémosis charnu, comme exsangue, encadrant la cornée. Celle-ci s'exfolie et se nécrose en totalité dans l'espace de 24 à 48 heures, alors même qu'elle garde sa transparence. Des plaques gangreneuses surviennent également du côté de la conjonctive, et après la chute des escharres on voit survenir des cicatrices entropionnanles avec effacement des culs-de-sac et oblitération possible des points lacrymaux. 11 s'ensuit, même après la guérison de l'ophtalmie, un danger permanent pour l'œil et la nécessité d'intervenir tôt ou tard par des opérations sur les paupières déformées,
Ce type de conjonctivite blennorrhagique est non seulement fréquent, mais c'est à lui qu'on doit attribuer la plupart des désastres. On a expliqué sa gravité par l'étranglement des tissus rendus exsangues; sans nier cette action purement mécanique, nous pensons que la part prépondérante revient à l'adjonction du microbe de la diphtérie qui provoque l'exsudation fibrineuse interstitielle et tue les éléments organisés ne pouvant se défendre par suite du manque de diapédèse suffisante des globules blancs et partant de phagocytose.
Ce qui est vrai pour la conjonctive et la cornée l'est également pour l'organisme entier, qui s'infecte à son tour; aussi n'est-il pas rare de voir survenir de la fièvre avec prostration, des troubles gastrointestinaux et urinaires, des épanchements articulaires séreux ou plastiques et des pseudomembranes croupales dans le naso-pharynx.
Partant de ces données cliniques confirmées par l'expérimentation sur les animaux, on voit de suite que l'indication principale réside dans la vascularisation des tissus, afin que la diapédèse et la phagocytose puissent entrer en jeu. Pour cela, il faut recourir aux applications chaudes sous toutes les formes, compresses, fomentations, douches de vapeur contenant une faible proportion d'acide phénique (4 sur 1000) ou de sublime à 1 sur 5000. L'eau froide, la glace et les cautérisations au nitrate d'argent doivent être proscrites, de même que les scarifications et les sangsues. Non seulement ces moyens vont à l'encontre du but, mais ils ont l'inconvénient d'ouvrir de nouvelles voies d'absorption aux microbes et aux toxines.
En fait de topiques, ceux employés dans le traitement de l'angine couenneuse peuvent convenir ici, tels sont : les solutions faibles d'acide phénique, salicylique, citrique, tartrique; le perchlorure de fer, le sublimé à ■—, et la créosote incorporée à la glycérine à ~j.