‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 41 sur 344 · Kleinschmidt, Arch. f. Opht., IX, 5, p · texte numérisé non relu

Kleinschmidt, Arch. f. Opht., IX, 5, p

leur variabilité très grande en tant que volume; leur prédominance à la paupière supérieure, où elles occupent, au nombre de 15 à 20, le bord adhérent du tarse et le voisinage du fornix; leur groupement aux deux extrémités de la série, principalement en dehors, tandis qu'elles deviennent petites et espacées vers le milieu du tarse.

A part un îlot de 2 à 5 au niveau de la commissure externe, le reste de la paupière inférieure en est dépourvu.

Leur structure intime est absolument celle de la glande lacrymale, à cette différence près que le canal excréteur est relativement large et tortueux par suite de la mobilité très grande de la partie de la conjonctive où il débouche. Nous fondant sur cette similitude anatomique, entrevue du reste par Krause et Ciaccio, nous ne saurions garder le moindre doute qu'il s'agit bien là de glandules lacrymales véritables. Le muscle de IL Millier1 est constitué de faisceaux de fibres-cellules verticalement disposés et réunis entre eux par du tissu conjonctif riche en grosses cellules granuleuses et pigmentées. Il s'étend du bord adhérent du tarse au fornix et d'une commissure à l'autre. D'après Sappey, il joue le rôle de tendon terminal pour le releveur et serait du même ordre que les faisceaux musculaires contenus dans les ailerons de la capsule de Tenon. On le retrouve à la paupière inférieure, mais beaucoup moins développé.

Entre le squelette fibreux des paupières et le tégument externe se placent le muscle orbiculaire et V élévateur, dont nous connaissons déjà l'insertion au fond de l'orbite, les rapports avec la capsule de Tenon et le mode de terminaison dans le tarse. Le filet de l'oculomoteur qui l'anime pénètre par sa face profonde et lui est commun avec le droit supérieur. Lorsque ce muscle se contracte, il attire le tarse en haut et en arrière, d'où plissement et recul de la paupière, qui se trouve ainsi élevée. Comme les commissures représentent des points fixes, il s'ensuit que la translation, très accentuée au milieu, décroît sur les côtés, et que le bord libre devient fortement arqué en bas.

Au même moment, la paupière inférieure, dépourvue d'un muscle analogue, n'exécute qu'un faible mouvement de descente par la seule action de la pesanteur. Veut-on forcer l'ouverture des paupières, que la supérieure subit un surcroit d'ascension, grâce au releveur et accessoirement à la contraction de l'occipilo-frontal, d'un faible secours si l'on en juge par ce qui se passe chez les personnes atteintes de ptosis paralytique, où la fente palpébrale s'entr'ouvre de 2 à 5 millimètres au plus.

Pendant l'effort d'ouverture exagérée et dans le regard en bas, la

1. II. MtiLLEn, Wochand dey phxjs. Mcd., Wurzburg, IX, p. 244.

panas. — II. 0

paupière inférieure s'abaisse à son tour sous l'action du feuillet aponévrotique ténonien qui la relie à la gaine du droit inférieur. La fente palpébrale, largement ouverte, laisse une partie de la sclérotique à découvert, ce qui donne au visage l'aspect hagard. L'occlusion des paupières est sous la dépendance de l'orbiculaire. Ce muscle représente dans son ensemble une large couche de fibres musculaires striées, pales et sensiblement circulaires comme tous les sphincters en général. Du côté nasal, il offre un raphé fibreux très net qui n'est autre que le ligament palpébral interne lui servant d'insertion. Parties de là, les fibres font le tour de la base de l'orbite, qu'elles débordent principalement en dehors : d'où la distinction du muscle en deux parties, l'une circonférentielle ou orbitaire, l'autre concentrique ou palpébrale, qu'on subdivise en supérieure et inférieure. Au proche voisinage du bord libre, la portion palpébrale se réduit en fibres courtes et pales qui s'étagent d'une commissure à l'autre et adhèrent intimement à la face profonde du derme; elle est connue en anatomie sous le nom de muselé ciliaire de Riolan.

Pour bien comprendre la disposition exacte des divers faisceaux de l'orbiculaire, il faut le disséquer par sa face profonde. On se rend ainsi compte que, du côté nasal, la portion orbitaire s'insère directement sur les os, alors que celle palpébrale se fixe sur les bords supérieur et inférieur du ligament palpébral interne, envisagé naguère comme le tendon direct du sphincter palpébral.

Tandis que les faisceaux périphériques décrivent des cercles complets, ceux correspondant aux paupières se rendent à une sorte de raphé conjonctif allant de la commissure externe au bord orbitaire, et qui se confond avec la face profonde de la peau et le ligament palpébral externe. La distinction établie par certains anatomistes en muscle palpébral inférieur et supérieur repose sur la présence de ce raphé. Pour compléter la description de l'orbiculaire, il nous faudrait insister sur le petit muscle de Horner; mais, vu ses rapports intimes avec le sac et les canalicules lacrymaux, nous y reviendrons par la suite. Les connexions de l'orbiculaire avec d'autres muscles du masque facial sont d'un réel intérêt.

De sa partie supéro-interne, on voit se détacher un ou deux faisceaux ascendants qui s'insèrent à la peau du sourcil, après avoir croisé les fibres du sourcilier. De sa partie inférieure partent également deux faisceaux descendants, l'un nasal, l'autre temporal, qui affectent la forme d'un V et aboutissent à la peau de la joue ainsi qu'à la commissure labiale correspondante, pour constituer le muscle malaire de Henle. Dans l'intervalle des deux branches du V on aperçoit un coussinet graisseux, et plus profondément le muscle carré de la lèvre supérieure.

Grâce à ces connexions, la forte contraction de l'orbiculaire, tant volontaire que réflexe, a pour effet de froncer et d'attirer les sourcils en bas pendant que la commissure buccale remonte. C'est ce qui s'observe dans le blépharospasme et lorsque la figure devient grimaçante.

Au point de vue histologique, l'orbiculaire ne diffère des autres muscles striés que par la grande finesse de ses fibres ; cela explique son peu d'épaisseur malgré le nombre considérable des faisceaux qui le composent.

La lèvre antérieure du bord libre de chaque paupière est garnie de poils drus appelés cils, dont le nombre, la longueur et la couleur varient suivant les individus. On en trouve 140 à 150 à la supérieure, et seulement 50 à 70 à l'inférieure. Leur point d'implantation se fait sans ordre, et parfois il est facile d'en compter deux ou trois rangées parallèles; le bulbe, très développé, s'enfonce à 1 ou 2 millimètres de profondeur. Généralement arqués, les cils, lors de l'occlusion des paupières, se touchent par leur convexité; en outre, ceux de la paupière supérieure, plus longs et plus inclinés, se croisent avec ceux de l'inférieure. Déjà développés à la naissance, ils persistent, à moins de maladie, pendant toute la vie. D'après Moll et Donders, ils tombent et se renouvellent à chaque période de cent jours, ce qui fait que l'on en rencontre à tous les stades de leur évolution.

Au follicule pileux se trouvent annexées deux glandes, dont le fluide gras se déverse au dehors par l'orifice cutané qui livre passage au cil. Tout près de cette ouverture, on voit s'aboucher le canal excréteur des glandes sudoripares modifiées, dites de Moll. Celles-ci, situées derrière les bulbes pileux et au-devant du muscle de Riolan, ont la forme d'un long boyau enroulé apparaissant sur la coupe comme une succession d'utricules. Un simple épithélium nucléo-cylindriqueen tapisse la cavité, qui contient du liquide grenu et des corpuscules incolores de nature albuminoïde.

Ce qui prouve qu'on a affaire à des glandes sudoripares, c'est que l'examen histologique de certains kystes transparents des paupières nous a démontré la présence dans la paroi de cellules en bâtonnets disposées en travers, comme dans les vraies glandes sudorales de la peau, celles de l'aisselle en particulier.

La face postérieure des paupières est, comme nous l'avons vu, tapissée par une muqueuse, la conjonctive. Etendue de la lèvre postérieure du bord tarsien à la cornée, cette membrane forme le sac conjonctival, auquel on distingue trois parties : lune palpébrale ou tarsienne, l'autre dite des culs-de-sac ou fornix, la dernière appartenant au globe et comprenant le limbe péricornéen.

Sous le nom de tunica adnata, les anciens désignaient la portion

8k PAUPIERES ET CONJONCTIVE.

bulbaire de la conjonctive, qui seule leur était connue. Celle plus antérieure ou palpébrale. intimement identifiée au tarse, leur avait échappé. Au point de vue embryologique, non seulement cette muqueuse se continue avec le tégument externe, mais on doit l'envisager comme se prolongeant sur la cornée, dont elle forme la couche la plus antérieure, autrement dit l'épithélium et la membrane de Bowman. Aux approches de la naissance, les deux bords palpébraux soudés entre eux

par une cloison épithéliale s'ou-

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goulot correspond à la lente palpébrale.

Le cul-de-sac conjonctival supérieur est plus profond que l'inférieur. D'après Merkel, le premier reste distant de 8 millimètres du rebord de l'orbite, le second de 10 millimètres; alors que, du côté de la commissure externe, il l'affleure et qu'en dedans il manque.

Solidement fixée aux tarses, la conjonctive devient lâche et mobile au delà jusque près de la cornée; au niveau du fornix, elle offre des plis circulaires en rapport avec la dilatation et le resserrement des paupières. Au pourtour de la cornée l'adhérence avec l'épisclèrc devient intime, ce qui permet d'immobiliser le globe, en saisissant cette partie avec des

V\". 181. — Glande conjonclivale do Krause représentée par deux lobules superposés au jf"lwo-

niveau du fornix. Sur une coupe histologique, on

trouve la conjonctive constituée de trois couches superposées, à savoir : l'épithélium, le derme ou tunique propre et le tissu conjonctif sous-muqueux, généralement lâche. Au niveau des tarses et jusque près du fornix, la muqueuse est hérissée de petites franges séparées par des sillons, ce qui lui donne l'aspect finement velouté. L'épithélium qui tapisse cette portion se divise en deux couches : l'une superficielle représentée par des cellules allongées ou plutôt coniques, l'autre profonde, formée de cellules rondes et plus petites. A la jonction de la muqueuse avec la peau, ces deux ordres de cellules se modifient en ce sens que les superficielles deviennent plates.

• A. KAXtoANÏKI

tandis que les profondes se changent en cylindroïdes et se continuent avec celles du corps de Malpighi. Dans les sillons de séparation des proéminences velvétiques les cellules sont diversement configurées, bien que le type en cônes effilés prédomine au fond. A la surface de la conjonctive, les cellules cylindriques se touchent par leur base au point de simuler une cuticule hyaline. Ça et là. on en rencontre d'excavées en cupule et peu colorables par les réactifs appelés caliciformes .

Vers la partie postérieure du tarse et d'une commissure à l'autre, la conjonctive offre des sillons contournés où les cellules cylindriques prédominent, bien que toujours séparées du derme muqueux par un stratuin profond de cellules arrondies. Sur une coupe, ces sillons simulent à s'y méprendre des glandes tubuleuses, dont elles se distinguent toutefois par leur forme irrégulière et la présence de l'épithélium précédemment décrit, qui n'a rien de commun avec celui des vraies glandes. Pour se convaincre que les prétendues glandes de Ilenle ne sont qu'un artifice de préparation, il suffit de pratiquer des coupes à plat. Il n'en reste pas moins vrai, que ces méandres sécrètent du mucus en abondance, ce qui explique lors d'inflammation chronique la production de nombreuses saillies granulomateuses appelées encore folliculaires.

Le chorion muqueux se réduit à une mince couche de tissu conjonctif, pauvre en fibres élastiques. Immédiatement au-dessous de lui, on rencontre un stratuin de cellules lymphoïdes, surtout prononcé dans la partie de la conjonctive pourvue de sillons. Les cellules sont contenues dans un fin reticulum qui rappelle par sa structure le tissu adénoïde de la muqueuse intestinale.

D'après Waldeyer1, jamais chez l'homme à l'état sain on n'observe de follicules agminés comme cela a lieu chez les animaux, le chien en particulier.

La conjonctive des culs-de-sac sert de transition entre la muqueuse des tarses et celle du globe. Le chorion y devient plus épais et se continue avec le tissu sous-conjonclival riche en fibres élastiques ; de même, les cellules épithéliales cylindriques tendent à se transformer en nombreuses cellules irrégulièrement arrondies qui forment deux et parfois trois couches superposées.

Parvenue au globe, la conjonctive se recouvre d'un épitliélium pavimenteux; les vaisseaux sanguins deviennent plus abondants, et le tissu sous-muqueux contracte des adhérences avec la sclérotique, outre qu'il se charge parfois de petits amas graisseux et lymphoïdes.

Au niveau du limbe, dit encore anneau conjonctival, il existe de

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