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KÉRATITE PURULENTE ET ABCÈS DE LA CORNÉE

Dans les variétés précédemment décrites, la lésion fondamentale consiste en une infiltration plastique du parenchyme cornéen, alors qu'ici nous avons affaire à une accumulation de pus véritable.

Partant du fait aujourd'hui bien établi que toute suppuration tient à la présence de micro-organismes, force nous est d'admettre, d'accord d'ailleurs avec les examens bactériologiques, que la kératite suppurative est de nature microbienne. Les résultats heureux de l'antisepsie ont du reste pleinement confirmé cette manière de voir.

L'observation clinique prouve à son tour que toute plaie cornéenne, qu'elle soit nette ou mâchée, petite ou grande, se cicatrise par première intention, pourvu qu'elle reste aseptique. Par contre, la moindre érosion infectée ne tarde pas à suppurer.

Des inoculations dans la cornée faites avec des staphylocoques, des streptocoques, des bacilles tuberculeux, de l'aspergillus fumatus, du Ieptotrix buccalis, etc., ont donné invariablement le même résultat.

Bien que nous ayons insisté sur ce point à propos de l'anatomic

pathologique de la kératite en général, nous croyons devoir y revenir, vu que les notions acquises sur l'infection suppurative de la cornée se sont notablement élargies et précisées, grâce aux nouvelles recherches deLeber1 et de Silvestri2.

Le fait important qui ressort des expériences du premier auteur est l'action à distance des micro-organismes contenus dans la cornée. Cela tient à la diffusibilité très grande des sécrétions microbiennes. Il s'agit là d'une propriété chimique comparable à celle que possèdent le mercure, le cuivre, le nitrate d'argent, l'essence de térébenthine et diverses ptomaïnes injectés dans les tissus vivants. Si l'on introduit dans la chambre antérieure des cultures stérilisées par la chaleur, on ne provoque pas moins de la suppuration. De plus, Leber est parvenu à isoler des produits microbiens cristallisables qu'il appelle phlogosines et qui donnent lieu à une inflammation vive.

Le foyer d'infection jouit d'une propriété d'attraction sur les globules blancs et favorise ainsi leur diapédèse. Cette propriété reconnue dans les plantes par Pfeffer est appelée depuis cliémotaxie. Comme Metschnikoff, Buschner3 et Hess*, Leber a constaté nettement pour les leucocytes cette même cliémotaxie et leur pouvoir phagocytique.

Lorsqu'on inocule dans la cornée une culture pure de microcoques, deux pbénomènes apparaissent : d'une part, la multiplication des microbes et leur action destructive sur les tissus; d'autre part, le retentissement à distance sur le système vasculaire voisin, d'où dérive la diapédèse.

Les cellules cornéennes fixes, au lieu de proliférer, subissent une altération régressive et ne se laissent plus colorer par les réactifs comme à l'état normal. Le stroma, infiltré de fibrinogène et de globules de pus dégénérés, constitue une masse amorphe granuleuse. Par suite de la liquéfaction de la substance intercellulaire, l'épithélium se détache de sa membrane basale et se détruit. La couche de Descemet s'altère la dernière, en commençant par l'endothélium qui se désagrège et tombe, ainsi que W. Offmann5 l'a constaté. Dès les premières heures, l'humeur aqueuse change de constitution et se charge de plasmine. Les leucocytes sortis en abondance du réseau vasculaire péri-cornéen infiltrent le tissu sous-conjonctival et s'acheminent dans les espaces lymphatiques de la cornée, mais sans pénétrer dans le foyer nécrosique. D'autres globules blancs venus des culs-de-sac conjonclivaux soulèvent les couches profondes de l'épithélium et s'in-

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