CHAPITRE II
Nous aurons à étudier successivement dans ce chapitre la nutrition de l'œil, sa sensibilité tant générale que spéciale et sa motricité intrinsèque. Pour cela, nous mettrons à contribution ce que l'observation directe et les expérimentations physiologiques sur les animaux nous ont appris, tout en reconnaissant que bien des progrès restent encore à réaliser.
Vu la grande richesse de l'œil en vaisseaux et en nerfs, on est conduit à admettre que la nutrition doit y être très active. De tous les produits sécrétés, l'humeur aqueuse est la mieux connue dans sa composition et son origine. Comme elle est pauvre en éléments organiques, on doit l'envisager plutôt comme un liquide excrémentitiel analogue à l'urine. Aussi n'est-ce qu'avec une grande réserve qu'il faut lui attribuer des propriétés nutritives, ainsi que le pensait Saint-Yves1 au siècle dernier. Lorsqu'on l'évacué par une ponction de la cornée, elle se reproduit en 8 ou 10 minutes. Le temps nécessaire à cette reproduction est d'autant plus court que l'évacuation est plus souvent répétée.
Naguère on admettait que la fonction sécrétoire était dévolue à une membrane séreuse tapissant la face profonde de la cornée et l'iris, membrane que l'on désignait sous le nom de capsule de l'humeur aqueuse. Cette opinion a été abandonnée depuis que l'on s'est assuré que chez le fœtus il n'existe pour ainsi dire pas de liquide dans la chambre antérieure. Il en est de même lorsque la pupille est obstruée par des adhérences, auquel cas l'iris bombe en avant par suite d'une accumulation d'humeur aqueuse dans l'espace rétro-iridien.
L'idée qui a prévalu est celle de la sécrétion par les procès ciliaircs. Zinn l'avait soutenue et les travaux modernes d'Erlich', de Schœler, d'Uhthoff2, de Boucheron" et les nôtres4 l'ont confirmée.
On conçoit qu'une forte accumulation derrière l'iris s'accompagne de l'élévation du tonus de l'œil. Le contraire peut cependant s'observer, mais sur des yeux réduits et devenus phtisiques, ce qui s'explique par la diminution ou la cessation de fonctionnement des procès ciliaires atrophiés.
Les expériences avec la fluorescéine ou la cyanine injectée dans les veines auriculaires du lapin sont particulièrement instructives. Au bout de quelques minutes, la matière colorante verte, éminemment diifusible, apparaît dans l'humeur aqueuse. D'abord limitée sous la forme d'une colonne verticale qui occupe le milieu de la pupille et semble provenir de l'espace rétro-iridien, la coloration gagne la totalité de la chambre antérieure au point de cacher l'iris. Le même phénomène se produit sur la grenouille dont on injecte le tissu cellulaire sous-cutané, avec cette différence qu'il est un peu plus lent.
Une iridectomie préalable ne change rien à l'expérience. L'injection de fluorescéine dans le vitré finit également par envahir la chambre antérieure, mais dans un laps de temps plus long. La conclusion à tirer, c'est que l'humeur aqueuse est réellement sécrétée en arrière de l'iris.
11 reste maintenant à déterminer le lieu de cette sécrétion.
Sans aller aussi loin que Nicati5, qui envisage les procès ciliaires comme une glande, c'est bien à la surface rétinienne ectodermique de ces replis que revient la fonction secrétaire. Il se pourrait qu'il faille y ajouter le slratum uvéal de l'iris composé des mêmes cellules ectodermiques. Rien non plus ne s'oppose à ce qu'une partie de l'humeur aqueuse provienne, comme le voulait Saint-Yves, du vitré et du cristallin en tant que produit excrémenlitiel. Ce qui semblerait donner raison à cette manière de voir, c'est que, suivant Deutschmann0, l'humeur aqueuse des cataractes serait plus riche en albumine qu'à l'état normal.
Nos propres expériences concernant les cataractes naphlaliuiqucs, dont il sera longuement question à la pathologie du cristallin, nous ont démontré que la nutrition de la lentille et du corps hyaloïde sont sous la dépendance de la rétine. Il semble donc rationnel d'admettre un