Gayet et Masso.v, Areh. d'ophtalmol., 1885. p
Le premier comprend les globes réduits à la suite d'une fonte de la cornée, avec perte du cristallin et du vitré. Dans ces cas, on est en présence de moignons petits et déformés, constitués en avant par une sorte de bourgeon charnu, auquel aboutissent quatre plis cardinaux profonds sous la conjonctive. En arrière, l'oeil représente un tronc de cône, et une gorge circulaire sépare ces deux parties, ce qui donne à l'ensemble l'aspect d'un clou de girofle.
Sur une coupe suivant l'axe antéro-postérieur, on aperçoit, au niveau
Fig. 119.
C, cornée ciatricielle. — S, sclérotique normale. — G, gorge circulaire. — S', sclérotique épaissie
et plisséc. — ch, choroïde. — R, rétine. — N.O, nerf optique. — L, cristallin.
de la cornée détruite, un renflement cicatriciel épais et irrégulier par suite de la rétraction du tissu inodulaire. Immédiatement en dehors et jusqu'à l'insertion des muscles droits, la sclérotique offre une conllguration normale, et le microscope ne révèle aucun changement important de structure. Par contre, en arrière de l'insertion des muscles, cette membrane fibreuse est plissée et épaissie. Dans l'intérieur des vallonnements, aussi bien en dehors vers la capsule de Tenon qu'en dedans du côté de la choroïde, des exsudats organisés soudent entre elles les parties adossées. Toutes les fois que cette adhérence fait défaut, rien n'est plus facile que de rétablir la sclérotique dans sa forme primitive. Les plicatures décroissent et disparaissent au voisinage du
nerf optique. Au niveau même de l'insertion des muscles droits, la sclérotique l'ait un angle aigu comme si elle était brisée. Cela tient, suivant l'auteur, à l'action combinée des muscles et à la rétraction cicatricielle de la coque dans le sens antéro-postérieur. L'épaississemenl du segment postérieur dépendrait uniquement du relâchement de cette tunique, et non d'un changement de structure.
La face antérieure du bourgeon cornéen est recouverte, en avant par l'épisclère et l'épithélium, en arrière par les restes plus ou moins apparents de l'iris réduit à sa couche pigmentaire. La chambre antérieure est absente ou représentée par une rigole contenant des exsudats et du pigment.
Le corps ciliaire, relativement bien conservé, subit une forte attraction; les mailles du muscle accommodateur sont raccourcies et décrivent un arc à concavité interne. La lamina fusca sous-jacente s'infiltre d'un exsudât coagulable abondant et parfois de sang extravasé. Le pigment rétinien est généralement bien conservé, quoique altéré çà et là.
L'atrophie de la choroïde commence toujours par la chorio-capillaire sous la forme de foyers disséminés, à quoi s'ajoute de l'endovasculite, ainsi que des saillies verruqueuses et des dépôts phosphatiques. L'espace supra-choroïdien est tantôt oblitéré, tantôt élargi, le tout sans ordre et par places. Gayet a constamment trouvé la rétine décollée, constituant, avec le vitré et les restes capsulaires du cristallin, le centre de la rétraction cicatricielle cavitaire.
Le second groupe renferme les yeux atrophiés à la suite d'un traumatisme de la cornée, ayant amené la perte du cristallin et d'une partie notable du vitré.
Le moignon apparaît irrégulier, à cause des plissements profonds de la cornée. L'axe antéro-postérieur est raccourci, alors que le diamètre équatorial est conservé. D'autres fois, la forme est globuleuse, bosselée, et plus rarement le diamètre antéro-postérieur prédomine.
La sclérotique ne présente que partiellement les plis indiqués à propos du premier groupe.
La cornée conserve sa transparence, sauf sur les points directement lésés, où elle s'enfonce.
L'iris, plus ou moins enclavé, donne à la chambre antérieure les formes les plus bizarres et les plus compliquées. A la place du cristallin, on trouve le sac capsulaire adossé et contenant des masses cristalliniennes, ainsi que des cellules rondes ou fusiformes.
Les lésions de la choroïde et de la rétine sont les mêmes que précédemment.
Le troisième groupe concerne les traumatismes, ayant donné lieu à une issue notable de l'humeur vitrée, mais sans expulsion ou résorption du cristallin. La déformation du globe n'est alors que partielle et seu-
4i0 MALADIES DU TRACTUS UVEAL. — IRIS ET CHOROÏDE.
lement au niveau de la blessure. Souvent la base de l'iris y adlière. Le segment antérieur de l'œil est bien conservé, alors que l'hémisphère post-équatôrial peut être plissé et ratatiné.
La cornée, par suite de la détente du globe et de son élasticité, se rapetisse ; elle devient d'autant plus sphéroïdale qu'elle éprouve une rétraction circulaire vers sa base.
Le cristallin reste rarement en place ; il se disloque ou se luxe par suite de la rupture partielle de la zonule. De là résultent des espaces rétro-iridiens sous forme de cloaques qui se remplissent d'humeur aqueuse. On conçoit que, dans ces conditions, il survienne une dénutrition du cristallin qui toujours est plus ou moins cataracte. La rétine se décolle dans presque tous les cas et adhère aux lèvres de la plaie.
Le quatrième groupe comprend les yeux atrophiés à la suite de la pénétration d'un corps étranger à travers un point quelconque de la coque. La phthisie, au lieu d'être immédiate, n'est ici qu'une suite plus ou moins éloignée du traumatisme. Lorsque le corps étranger traverse la cornée, l'iris et le cristallin, il se forme un tractus cicatriciel en séton qui déprime la cornée en ombilic, provoque la résorption du cristallin et décolle le vitré et la rétine.
Même chose arrive, lorsque le corps vulnérant traverse la sclérotique. Il se creuse un trajet dans le vitré, et le cordon fibreux qui en résulte détermine tôt ou tard la phthisie de l'œil.
Les détails macroscopiques que nous venons de relater nous conduisent à passer en revue les altérations histologiques diverses que l'on rencontre dans les moignons.
L'épithélium qui recouvre le tissu cicatriciel est souvent écailleux et présente parfois des verrucosités. Des dépôts de molécules graisseuses, de pigment et de chaux, des corps hyalins ne se rencontrent que dans les parties habituellement exposées à l'air. De Vicentiis et après lui P. Sgrosso et Antonelli1. de Naples, sous le nom de rhytidosis, ont étudié le plissement de la membrane de Bowman et de l'épi- I hélium. La lésion paraît débuter dans les couches superficielles du stroma, dont les cellules fixes se multiplient et envoient des prolongements. Bientôt l'élastique antérieure devient granuleuse et disparaît. Au dernier stade, l'épithélium prolifère et fournit des excroissances digitiformes. Tous ces plis sont nimbés par les couches épithéliales moyenne et cornée.
L'œdème du parenchyme cornéen est commun, aussi bien à la superficie que dans la profondeur. Il n'est pas rare non plus de trouver des vaisseaux néoformés, dont les parois minces au début
1. Scrosso et Antonelli, .4»». di Ollal., XIX, fasc. '2, 1800.
ATROPHIE DU GLOBE. kkl
se sclérosent, finissent par s'oblitérer et parfois se caleifient. l>u pigment provient, suivant les cas. de l'iris, des procès ciliaires ou d'extravasa sanguins. Des amas fibrineux et des productions colloïdes ou verruqueuses s'observent fréquemment. La membrane de Descemet. lors de blessure, est recroquevillée du côté du slroma ; il en est ainsi de l'iris lorsqu'il est enclavé. La couche desméienne subit bientôt des altérations, en vertu desquelles elle se laisse séparer en plusieurs feuillets. Son décollement est rare et toujours limité à la périphérie. Il est même des cas où elle s'épaissit. Dans un fait que nous avons signalé plus haut, l'épithélium proliféré allait jusqu'à recouvrir la portion cornéenne lésée par un pont vitreux, étendu d'une lèvre à l'autre de la rupture. D'autres fois, l'endothélium dégénère et l'on rencontre des lacunes irrégulières entre les cellules et même dans leur protoplasma, autour du noyau. Ce dernier change de forme et se segmente en deux ou trois. Rarement la couche endothéliale se décolle, mais elle s'infiltre de pigment et de cellules fusiforines.
La chambre antérieure et le canal de Schleinm sont fréquemment obstrués par des exsudais, des cellules migratrices et des grains pigmentaires.
L'iris devient fibreux et ses vaisseaux se sclérosent. Le sphincter de la pupille résiste plus longtemps, et ne disparaît qu'en subissant une dissociation granuleuse. Il n'est pas rare alors de rencontrer des infarctus hémorrhagiques.
Les procès ciliaires et le muscle accommodateur présentent les mêmes altérations.
Au sujet de la choroïde, nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été exposé à propos des ossifications et des dépôts calcaires. Disons seulement, qu'outre les exsudations et les hémorrhagies de l'espace supra choroïdien, il se forme parfois des kystes, renfermant des cellules rondes, du pigment et de la sérosité. Alt1. Ilirschberg2 et Berger3 ont signalé des faits de ce genre.
Dans le vitré, on a noté également des kystes séreux, hématiques ou dus à une dégénérescence muqueuse. Ils débutejit par de petites cavités qui plus tard se confondent et forment de grosses poches. Par suite de ces altérations, le corps hyaloïde se ratatine et se décolle, soit en avant, comme dans l'irido-cyclite et le glaucome (Pagenstecher"), soit en arrière, principalement lors de traumatismes. Le liquide exsudé, jaunâtre ou brunâtre, contient des cellules rondes, des héma-