Stolieniioff, Inaug. Diss. Bonn
AMBLYOPIES TOXIQUES. 717
accusent presque exclusivement le tabac; d'autres, et nous sommes du nombre, incriminent l'action combinée des deux agents, surtout lorsque les boissons alcooliques sont frelatées. La statistique d'Ulilholl est à cet égard très instructive : Dans la moitié des malades il y avait prédominance d'abus alcooliques; dans les | parité, et dans £ cxcjs de tabac. Une seule fois nous avons observé l'amblyopie nicotinique pure, chez un vieil employé de la régie qui fumait et chiquait sans cesse. A l'appui de l'innocuité relative du tabac, nous rappellerons le peu de fréquence de l'amblyopie chez les Orientaux, qui fument d'une façon incessante, mais se livrent peu à des excès de spiritueux.
D'autres causes adjuvantes ont été signalées, telles que : le surmenage, le travail nocturne prolongé, une nourriture peu réparatrice, les secousses morales, et le refroidissement brusque, dont l'action provocatrice est indéniable. Pendant le siège de Paris, nous avons observé un grand nombre d'amblyopies toxiques chez des mobiles qui bivaquàient la nuit sur les remparts. Le travail prolongé dans les ateliers mal aérés et surchauffés, surtout lors de métiers sédentaires, constitue une autre condition défavorable. Toute chose égale, l'alcool concentré ou de mauvaise qualité, l'absinthe et les tabacs riches en nicotine ont une action plus rapidement délétère.- De tous les modes d'emploi du tabac, celui de chiquer est le plus funeste. Enfin le chômage chez les individus chroniquement intoxiqués, en ralentissant la désassimilation, suffit parfois à faire éclater l'amblyopie.
La symptomatologie de l'affection est des plus nettes.
Chez des sujets de trente à soixante ans, on voit survenir d'une façon insidieuse et lente un abaissement progressif de l'acuité visuelle. Par un examen attentif, on découvre un scotome central relatif, de forme ovalaire et à grand axe horizontal; le centre correspond quelque peu en dedans de la fovea, par suite de l'extension plus prononcée vers la tache aveugle de Mariotte, qui toutefois reste indépendante, au moins dans les premiers stades.
D'après llirschberg1, celte disposition paraccntrale serait propre à l'intoxication nicotinique, alors que dans celle par l'alcool le scotome aurait la macula pour centre. De même l'achromatopsie totale pour le rouge et le vert se rencontrerait seulement dans l'amblyopie par le tabac. Pôtschke2 partage cet avis, tandis que Treitel3, UhthofP, Grœ-now5 et avec, eux la plupart des ophtalmologistes contestent la valeur
1. IlmscuBERG, Deutsche Zeilschr. f. Klin. Med., 1878, n°' 17 et 18.
'2.- Pûtschke, ■Inaug. Diss. Dorpat, 188IÎ.