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DÉTERMINATION OBJECTIVE DE LA RÉFRACTION STATIQUE DE L'ŒIL

La détermination objective de la réfraction statique jouit d'une supériorité incontestable sur celle fonctionnelle précédemment décrite. Grâce à elle, on s'affranchit des réponses souvent ambiguës du sujet. Que l'individu soit illettré, peu intelligent ou ne pouvant s'exprimer dans la langue nationale, qu'il s'agisse d'enfants, d'amblyopes ou d'ainaurotiques, on sera toujours sûr de se renseigner. Pour tout examinateur exercé, les erreurs qui en découlent sont comprises dans des limites fort restreintes.

Une supériorité non moins grande consiste, dans la possibilité de mesurer la totalité de l'amétropie, et non la seule portion rendue apparente, comme cela arrive avec la détermination fonctionnelle. Ajoutons que l'explorateur réalise une grande économie de temps.

Contrairement aux procédés subjectifs où par l'interposition d'un verre on agit sur les rayons incidents, ici on n'a à s'occuper que de ceux qui émergent de l'œil.

Malgré la variété des moyens mis en usage, tous ont pour base l'ophtalmoscope utilisé comme optomètre.

Suivant qu'on se sert du seul miroir ou qu'on le combine avec, la lentille ophtalmoscopique, on a à sa disposition deux méthodes : celle de l'image droite et celle de l'image renversée.

OPHTALMOSCOPE

L'ophtalmoscope a été découvert par Helmholtz1. Le point de départ fut l'étude de la marche des rayons lumineux qui émergent de l'œil. Ceux-ci, après avoir traversé d'arrière en avant l'appareil lenticulaire de cet organe, se dirigent vers la source éclairante et ne peuvent être utilisés que grâce à un artifice leur permettant de pénétrer dans l'œil de l'observateur.

Pour résoudre ce problème, le célèbre physicien se servit de 4 plaques de verre superposées et inclinées de 56°. Cette sorte de miroir plan permettait d'éclairer le fond de l'œil observé et de transmettre à l'observateur placé derrière une partie de la lumière qui en émerge. Pour adapter l'instrument aux différentes vues, l'auteur ajoutait un petit tube oculaire muni d'une lentille concave ou convexe.

Le principe une fois posé, Ruete2, puis d'autres, ont fait varier la forme et la composition du miroir. C'est ainsi qu'on en a fabriqué en métal et en verre étamé pourvus d'un trou central. Il en est de plans simples ou avec adjonction d'une lentille collective, comme celui de Coccius ; de concaves et même de convexes combinés à une lentille collective, dont celui de Zehender est le type.

Recoss, fabricant à Konigsberg, eut le premier l'idée de substituer à l'oculaire de Helmholtz un disque tournant porte-verres placé à la face postérieure du miroir. Ces verres sont les uns convexes, les autres concaves, de différentes forces. Il existe en plus un trou à vide.

L'ophtalmoscope le plus répandu aujourd'hui dérive des modèles de Ruete et Liebreich, tous deux composés d'un miroir réflecteur concave et d'une lentille objective convexe indépendante destinée à être placée à volonté entre ce dernier et l'œil observé.

V. Jœger fit construire un miroir plan à face double, l'une plane, l'autre concave. De même on a établi des ophtalmoscopes pouvant servir à deux observateurs au moyen d'un prisme à réfraction totale qui recouvre par derrière le trou central du miroir.

Voulant obtenir la vue stéréoscopique du fond de l'œil, Giraud- Teulon, et d'autres après lui, ont créé un ophtalmoscope binoculaire en faisant intervenir l'action de deux prismes adducteurs, l'un droit, l'autre gauche.

Les derniers perfectionnements consistent dans la modification du

1. II. Helmholtz, brochure, Berlin, 1851, et ViEnonu's, Arch. Physioîog., 1852, p. 2ô.

2. Th. Uuete, Der Augenspiegcl und das Oplomcter, Gôttingen, 1852.

OPHTALMOSCOPE. 123

disque primitif de Recoss, ce qui permet d'utiliser l'ophtalmbscope comme optomètre.

Pour bien comprendre le jeu du miroir ophtalmoscopique, il est bon de connaître les lois de la catoptrique. Nous n'y insisterons que brièvement.

Etant donné un miroir plampercè au centre d'un trou de '2 à 5 millimètres de diamètre, on a à envisager trois cas :

1° Une source lumineuse placée au delà de 5 mètres émet des rayons sensiblement parallèles qui restent tels après réflexion par le miroir.

2° En deçà de 5 mètres, ce qui a lieu dans l'examen ophtalmoscopique, les rayons incidents et réfléchis sont de plus en plus divergents et se comportent comme s'ils provenaient d'un foyer virtuel situé derrière le miroir à une distance égale de celle de la source éclairante. La largeur du cône réfléchi dépend de l'éloignement du miroir à l'œil exploré. Quant à son intensité lumineuse, elle décroît d'après la loi bien connue du carré des distances.

5° Enfin si, à l'exemple de Coccius, on fait traverser aux rayons émanés de la source éclairante une lentille collective d'un court foyer, ceux-ci, venant à tomber sur un miroir plan, forment un cône convergent d'autant plus court et lumineux qu'on écarte la lentille du miroir.

Voyons maintenant ce qui se passe avec les miroirs concaves.

Des rayons parallèles venus de l'infini forment après réflexion un foyer réel dit principal situé en avant du miroir à une distance à peu près égale à la moitié du rayon de courbure. Inversement, si la source de lumière est placée au foyer principal, les rayons réfléchis sortent parallèles.

Lorsque les rayons émanent d'un point lumineux placé sur l'axe principal en deçà de l'infini et en avant du centre de courbure, ils se réunissent en foyer en avant du miroir, d'autant plus loin du centre de courbure que la source lumineuse s'en rapproche. Dans ce cas, le foyer est dit conjugué.

Enfin, si la flamme est située entre le centre et la surface du miroir, les rayons réfléchis divergent d'autant plus qu'elle se rapproche de ce dernier. Il n'y aura donc pas de foyer, à moins d'envisager comme tel le prolongement des rayons en arrière de la surface réfléchissante, constituant un foyer virtuel.

Qu'on choisisse des miroirs plans ou concaves, le diamètre ne doit pas dépasser 5 à 4 centimètres. Plus grands, ils auraient l'inconvénient d'élargir la surface d'éclairement sur la face, aux dépens de la netteté de l'image ophtalmoscopique. Plus petits, ils seraient d'un maniement difficile, au moins pour les commençants.

Le miroir courbe aura de 15 à 20 centimètres de longueur focale principale. De la sorte, pendant l'examen ophtalmoscopique, le soin-

met du cûne lumineux réfléchi correspondra sensiblement au plan de l'orifice pupillaire, condition particulièrement favorable pour un éclairement étendu du fond de l'œil.

Lorsqu'on doit se placer tout près de l'œil observé, comme on le fait dans l'examen par l'image droite, ainsi que nous le verrons, Wardsworth, puis Parent, recommandent l'emploi d'un petit miroir concave de 2 centimètres de diamètre et à foyer très court. Pour que l'œil de l'observateur utilise le plus de rayons émergents possible, le miroir, qui est incliné de 25°, présente un trou central dont l'axe correspond à cette inclinaison.

Dans la recherche des moindres défauts de transparence des milieux de l'œil, et la détermination de la skioposcopie, dont il sera bientôt question, le miroir plan est de beaucoup préférable à celui concave. Ajoutons que, pour l'examen du fond de l'œil, il offre encore de réels avantages. Grâce à l'éclairement atténué qu'il procure, la pupille restant plus large nous permet d'embrasser une plus grande étendue de la rétine, outre qu'on se rend mieux compte des contrastes de coloration du fond de l'œil.

Dans les nouveaux modèles d'ophtalmoscope, le disque de Recoss est pourvu de deux séries de verres convexes et concaves depuis 0,25 jusqu'à 14 et 18 D pour les premiers et de 0,5 à 20D pour les seconds.

Celui de Parent porte un disque mobile surajouté muni de 5 cylindres concaves. Tous ces ophtalmoscopes, dits à réfraction, répondent aux besoins de la pratique, en restant, il est vrai, compliqués et notablement plus lourds que les modèles primitifs. Vu leur grand nombre, on nous dispensera de les décrire. La figure ci-contre représente celui simplifié, dont nous nous servons. Il est pourvu d'un seul disque muni de 16 verres sphériques faciles à nettoyer, dont 9 concaves et 7 convexes, plus un trou à vide ; point de demi-dioptries ni de cylindres. En supposant qu'un numéro de verre soit insuffisant et que celui qui lui succède corrige trop, on en déduira la demi-dioptrie intermédiaire.

Pour les myopies de 10 D et plus, il sera préférable de placer devant l'œil du malade, sur la monture d'essai, un verre — 10, et, avec l'adjonction des 9 lentilles concaves de l'ophtalmoscope, on aura à sa disposition jusqu'à 19 D concaves.

Comme l'hypermétropie dépasse rarement 7D, il devenait inutile de surcharger l'ophtalmoscope d'un plus grand nombre de verres convexes. Seuls les individus privés de cristallin font exception, et l'on recourra au même artifice que chez les myopes prononcés, en plaçant devant l'œil du malade le verre +10.

Pour l'astigmatisme, nous négligeons volontiers la détermination par l'image droite, qui expose à de fréquentes erreurs, donnant la préférence à la skioposcopie et à l'ophtalmomètre de Javal. Si l'on y

OPHTALMOSCOPE

tenait pourtant, on ajouterait à l'ophtalmoscope le disque à cylindres concaves de Parent, pourvu d'un demi-cercle fixe, gradué de 15 en 15°

fia. 5

Fie. 60.

depuis 0 placé à gauche jusqu'à 180° inscrit à droite. Celui-ci sert à indiquer l'inclinaison de l'axe pour chaque verre.

Toujours est-il qu'où doit avoir à sa disposition trois miroirs mobiles, l'un plan (fig. 5), l'autre concave, plus celui de Parent (fig. 4). On les change à volonté, grâce à un cadre en demi-lune qui existe sur la face antérieure de l'ophtalmoscope. Tous, ainsi que la lentille, trouvent leur place dans une petite boite portative de 12 centimètres de long, 6 de large et 2 d'épaisseur.

La grande lentille ophtalmoscopique destinée à être placée à

volonté sur le trajet des rayons émergents offre un diamètre de 5 à 4 centimètres et possède une force réfringente de 14 à 15D positive. Elle est munie d'un large cadre noir en corne ou en métal qui préserve le verre de toute rayure.

Comme on n'utilise guère que les parties centrales de la lentille, il vaut mieux n'en garder que les 5 centimètres du milieu en supprimant les bords (fig. 5).

De la sorte, on évite autant que possible l'aberration chromatique et de sphéricité.

Il nous reste à dire quelques mots de l'ophtalmoscope binoculaire de Giraud-ïeulon, quelque peu modifié par Coccius.

Cet instrument est pourvu derrière le miroir de deux prismes rhomboïdaux PQ, P'Q', qui se touchent par leur arête correspondante (fig. 61 ). Les rayons émergents de l'œil observé y subissent une double réflexion totale en AC et B'C qui les dirige dans chaque œil de l'observateur suivant les parallèles A' A".

Comme dans la vision des objets rapprochés la convergence des lignes visuelles est nécessaire, on y supplée en plaçant derrière les prismes collecteurs deux autres prismes triangulaires faibles DP' dont

Fig. 61.

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