‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 513 sur 547 · Rampoldi, Ann. di Oltal., XIX. p · texte numérisé non relu

Rampoldi, Ann. di Oltal., XIX. p

AMBLYOPIE ET AMAUROSE POST-H ÉMORR H AGIQUES

L'amblyopie et l'amaurose qui succèdent à des hémorrhagies profuses apparaissent ordinairement des deux côtés et se terminent en général par l'atrophie. La pupille, presque toujours dilatée, ne conserve qu'exceptionnellement ses réflexes, ce qui témoigne du siège profond de la lésion.

Comme dans l'anémie aiguë, on rencontre des hémorrhagies rétiniennes et papillaires. Le disque optique se montre décoloré, mal délimité et parcouru par des artères filiformes. Jamais la macula ne présente la tache rouge-sang caractéristique de l'embolie de l'artère centrale ; de même une névro-rétinite accentuée est rare. Le champ visuel offre des lacunes qui ne respectent que la partie tout à fait excentrique. Des sensations lumineuses subjectives précèdent quelquefois les troubles de la vue.

De toutes les pertes sanguines, celles qui ont pour point de départ le tube digestif constituent la cause la plus fréquente ; puis viennent les métrorrhagies, les hémoptysies abondantes, et en dernier lieu les épistaxis, l'hématurie et les hémorrhagies traumatiques. Chez un malade que nous avons récemment observé, les deux yeux se perdirent successivement à la suite d'hématémèses survenues le matin au réveil ; une amaurose double avec atrophie blanche en fut la conséquence. Il s'agissait d'un soldat qui avait contracté au Tonkin la fièvre palustre.

La plupart du temps les individus, comme notre malade, sont dyscrasiés et par cela même ont le système nerveux en état de réceptivité morbide.

Le trouble visuel apparaît environ du troisième au sixième jour après la perte sanguine, ce qui indique la coïncidence de l'amaurose avec le rétablissement de la tension vasculaire. Pour expliquer l'amblyopie, les uns admettent la névrite rétro-bulbaire, alors que d'autres invoquent avec plus de raison l'hémorrhagie des gaines. Toujours est-il que les examens anatomiques n'ont pas encore éclairé cette question de pathogénie. Dans une dissection pratiquée trois semaines après le début de l'amaurose, Ziegler1 a rencontré la dégénérescence graisseuse du stroma du nerf et des couches les plus inte-rnes de la rétine : altération analogue aux foyers ischémiques du cerveau et des fibres musculaires du cœur.

Le pronostic est grave, en ce sens que l'amblyopie reste incurable

d. Ziegler, Beitr. z. Path., Anal. u. Physiol., II.

dans la majorité des cas. À pari les courants électriques et la strychnine qu'il est permis d'essayer, nous ne saurions admettre les paracentèses, l'iridectomie ou la sclérotomie. Toutes les fois qu'une conservation partielle de la vue laisse un certain espoir de succès, on recourra à un traitement médical approprié.

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