AMBLYOPIE ET AMAUROSE DUES A L'ACTION DE LA FOUDRE
Les troubles visuels dus à la commotion électrique dérivent de l'ébranlement profond du système nerveux sensitif et moteur ; la cataracte, la paralysie de l'accommodation, des hémorrhagies intra-oculaires profuses et jusqu'au décollement de la rétine constituent des complications fréquentes.
Tantôt il s'agit d'amblyopie passagère sans signes ophtalmoscopiques, tantôt d'amaurose définitive avec atrophie optique. Le rétablissement de la vision peut être incomplet, et l'on observe presque toujours le rétrécissement périphérique du champ visuel ainsi que l'hyperesthésie de la rétine pour la lumière. Dans un cas signalé par Power, il y avait du ptosis.
L'action de la foudre tient moins au passage direct du fluide électrique, qu'au choc en retour subi par les éléments optiques.
Au début, alors surtout qu'il y a hyperhémie de la rétine, on doit condamner le malade au repos dans une pièce obscure ; les déplétions sanguines à la tempe et les dérivatifs intestinaux, le calomel en tête, rendront des services. Lors d'atrophie, on recourra aux moyens usités en pareils cas.
Depuis fort longtemps on a cherché à rattacher diverses amblyopies et amauroses à des névralgies spontanées ou traumatiques du trijumeau. Magendie, Bérard et Claude Bernard admettaient qu'un traumatisme de la cinquième paire pouvait entraîner la perte de la vue. Il est bon de dire, toutefois, que Bérard expliquait l'amblyopie par une fêlure de la voûte orbitaire se prolongeant jusqu'au trou du sphénoïde.
On n'en a pas moins continué à y voir une action réflexe du trijumeau sur l'appareil optique, en se fondant sur ce que l'excision de la cicatrice douloureuse ou la névrotomie étaient suivies parfois du rétablissement de la vue. De même on faisait valoir que certaines kératites
phlycténulaires (de Grsefe), les névralgies dentaires (Schmidt '), l'excitation expérimentale du nerf sus-orbitaire (Faucheron5), l'arrachement de polypes nasaux (Nuel3), les affections douloureuses de l'oreille moyenne et jusqu'aux vers intestinaux jouaient le rôle de causes provocatrices.
Sans nier qu'il puisse y avoir un fond de vérité dans cet ensemble d'arguments, nous pensons qu'il faut faire une large part à l'hystérie. En analysant les observations, on ne tarde pas à s'apercevoir en effet que l'amblyopie s'accompagne de rétrécissement périphérique du champ visuel, qu'elle offre des variations dans son intensité et sa marche, qu'elle cède parfois à la suggestion et que fort souvent les sujets sont des névropathes héréditaires. On conçoit donc que le traitement devra être tout d'abord médical, réservant les interventions opératoires en cas d'insuccès.
AMBLYOPIES ET AMAUROSES DITES FONCTIONNELLES
Ces amblyopies et amauroses se caractérisent par l'absence de signes ophtalmoscopiques, leur siège ordinairement bilatéral, l'adjonction de symptômes spéciaux et le manque d'altérations anatomiques accessibles à nos moyens d'investigation. L'amblyopie hystérique en est le prototype.