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HÉMIANOPSIE HORIZONTALE HOMONYME

Le début de ce genre d'hémianopsie est brusque et se lie souvent à des accidents apoplecliformes; suivant l'étendue de la partie scotomateuse, l'acuité visuelle subsiste, ou est partiellement altérée.

Bien des sujets rapportent le trouble visuel à un seul œil, ne se rendant pas compte de la défectuosité de leur champ visuel binoculaire, et cela d'autant plus que le point de fixation est inégalement pris à droite et à gauche.

A l'examen campimélrique, on constate ordinairement que la limite de séparation des deux moitiés voyante et obscurcie reste verticale, avec une zone intermédiaire abrupte ou estompée. Toujours la partie conservée possède les sens lumineux et chromatique à peu près intacts.

Il ne faudrait pas croire que la ligne de séparation soit constamment située au centre. Sur 150 cas, Wilbrand2 en a trouvé 53 où elle restait en deçà, 25 où elle atteignait le point de fixation et 5 où elle le dépassait.

Exceptionnellement la moitié persistante du champ visuel se rétrécit. Sur les faits rapportés par Wilbrand, 8 présentaient des altérations ophtalmoscopiques manifestes et une diminution de l'acuité centrale, preuve qu'il s'agissait de cas atypiques.

L'hémianopsie peut n'être qu'ébauchée, et le malade se plaint de voir la moitié des objets à travers un léger nuage.

Avec une hémianopsie droite, l'écriture et la lecture sont généralement plus difficiles qu'avec une hémianopsie gauche. Cela tient à ce que nous écrivons et lisons de gauche à droite; aussi le contraire arrive-t-il chez les peuples d'Orient qui procèdent en sens inverse.

Comme, pour se conduire dans l'espace, on utilise la partie excentrique des deux demi-champs visuels temporaux, il en résulte que le malade se trouve gêné du côté où siège l'hémianopsie, et croit à l'insuffisance d'un seul œil. Le médecin doit être averti de ce fait et procéder, pour éviter toute erreur, à l'examen fonctionnel de chaque œil isolément.

1. Yater et Heesicke, Dissert. YYittemberg, 1732. '2. WiLBRâKD, Ueber Hémianopsie, 1881.

A l'ophtalmoscope, on ne constate aucun trouble, surtout au début; ce n'est qu'à la longue qu'il peut survenir une atrophie partielle de la papille.

En général, plus la lésion est voisine de la base du cerveau et de la bandelette optique, plus l'atrophie papillaire apparaît rapidement; le contraire a lieu pour les altérations corticales.

A priori, on devrait s'attendre à trouver les deux moitiés homonymes des disques optiques décolorées, ainsi que de Graefe, Woinovv et quelques autres en ont rapporté des exemples. Le plus souvent, d'après iMauthner et Hirschberg, une seule papille, celle du côté hémianope. s'atrophierait. Ils expliquent cette anomalie apparente, en admettant avec Gudden et Munk que les fibres optiques se disposent sur deux plans croisés : l'un superficiel s'étendant de la macula à toute la moitié nasale de la rétine, l'autre profond qui, parti de la papille, se dégage au niveau de la fovea et s'épuise dans l'hémisphère temporal. Pareille disposition rend parfaitement compte de la limite verticale et médiane de l'hémianopsie homonyme. Par contre, toutes les fois que le scotome s'étend en dehors de la macula, la théorie généralement admise de la demi-décussation des fibres chiasmatiques comporte la bilatéralité de la lésion.

Ainsi que nous l'avons dit, Yêtiologie de l'hémianopsie homonyme se confond en grande partie avec celle des ictus apoplcctiformes se rattachant au ramollissement et à l'hémorrhagie cérébrale. Plus rarement il s'agit de tumeurs du cerveau, de traumatismes crâniens (Keen et Thompson1, Schmidt-Rimpler2), de chutes sur la tête (Bellouard3), de processus méningiliques ou de névropathies pures.

Les complications sont communes et peuvent précéder l'hémianopsie ou lui succéder. Nous signalerons l'hémiplégie, l'hémianesthésie, l'engourdissement et les fourmillements des membres, l'aphasie, l'amnésie et la cécité verbale, exceptionnellement la paralysie du facial et des divers nerfs moteurs de l'œil. D'une façon générale, lorsque les paires crâniennes sont intéressées, on doit songer au siège basilaire de l'affection.

Au point de vue du pronostic, il faut tenir compte de toutes ces particularités, ainsi que du degré de l'hémianopsie. Plus celle-ci est prononcée, plus on doit craindre la terminaison par amaurose et atrophie optique, sans parler des dangers que court la vie du malade. Un examen ophtalmoscopique négatif et l'absence de complications permettent d'espérer la disparition de l'hémianopsie, avec persistance d'une dyschromatopsie dans la moitié correspondante du champ visuel. Par

1. Kees et Thompson, Transact. of the Amer. Ophthal. Soc, 1871.

2. Sciihidt-Rimpler, Arch. /'. Augenh., XIX, p. 290, 1889. 5. Bellouard, Thèse de Paris, 1880.

contre, la mort est à peu près la règle lors de tumeurs néoplasiques de l'encéphale, comme dans le cas bien connu du célèbre physicien anglais Wollaston1, chez lequel on trouva la couche optique droite détruite par une masse sarcomateuse.

Des autopsies nombreuses que nous possédons actuellement il résulte que l'hémianopsie homonyme typique reconnaît pour cause une lésion croisée siégeant en arrière du chiasma. Les différentes parties du territoire optique peuvent être intéressées. Gowers* rapporte un cas où la bandelette avait été atteinte par une tumeur du pédoncule cérébral, et Hirsch3 l'observation d'un néoplasme occupant le lobe frontal. La couche optique dans sa moitié postérieure (corps genouillés externes et pulvinar) nous fournit également des exemples ; ceux de Jackson', Pooley3, Hosch6, et Dreschfeld7. Pour le lobe occipital, les faits sont nombreux ; qu'il nous suffise de citer ceux de Jastrowitz 8, Curschmann0, Nothnagel10, Westphal11, Werniche12, Haab15, Wilbrand", et Schrnith-Rimplcr (/. c).

Toujours, en pareil cas, l'écorceou la substance blanche de la corne occipitale sont plus ou moins altérées. Dans les observations de Wilbrand et Schmidt-Piimpler, il y avait dégénérescence descendante de la bandelette, du chiasma et du nerf optique. Chez le malade du dernier auteur, il s'agissait d'une fracture esquilleuse du pariétal droit. A l'autopsie on a constaté une cicatrice avec atrophie du lobe occipital dans toute la partie située à 2 centimètres en arrière du sillon de Rolando; entre l'épendyme et l'écorce, il existait un foyer de ramollissement du volume d'une noix. La bandelette et le nerf droits étaient atrophiés, principalement le long du faisceau direct, ce qui correspondait à l'hémianopsie gauche. Au voisinage du trou optique, l'atrophie occupait la demi-circonférence inféro-interne du nerf: au niveau de la pénétration de l'artère centrale, elle était située en haut et en dehors; et plus en avant, en haut et en bas.

On possède deux exemples d'hémianopsie homonyme double (Forster et Schvveigger), avec persistance d'un petit champ visuel central de

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