Knapp, Arch. f. Augenheilk
i. Doit, Congrès d'opht. de Hcidelberg, 1804.
La correction de l'As, irrégulier présente de réelles difficultés, attendu qu'ici la réfraction varie non seulement d'un méridien à celui qui lui est contigu, mais aussi dans les différentes parties d'un même méridien. De là, l'impossibilité d'arriver à une correction parfaite par n'importe quels verres.
Des yeux ainsi conformés possèdent une mauvaise acuité visuelle, sont facilement éblouis, et peuvent présenter le phénomène de \&polyopie monoculaire.
Rarement congénital, l'astigmatisme irrégulier est presque toujours le résultat d'un élat pathologique de la cornée, telles qu'ulcérations suivies de taies, brûlures ou kératocûne, à quoi il faut' ajouter certaines cataractes en voie de formation et les subluxations tant traumatiques que spontanées du cristallin.
D'après Javal, la forte décentration de certaines cornées en serait une des causes. On reconnaît qu'il en est ainsi lorsque les couronnes blanches des deux images du disque ophtalmométrique passent à des distances différentes des centres respectifs représentés par l'image dédoublée de l'objectif sur l'œil observé. On se rend également compte de cette disposition anomale à l'aide de la cible Placido-Javal, qui non seulement dévoile les moindres irrégularités de la surface cornéenne, mais permet d'établir la topographie, le degré exact de l'astigmatisme irrégulier; détails particulièrement importants lorsqu'il s'agit de suivre la marche croissante ou décroissante d'un kératocône.
La skioposcopie nous permet à son tour de mesurer les différents degrés de réfraction dans les divers méridiens. Ce n'est jusqu'à l'examen ophtalmoscopique qui ne puisse nous dévoiler la présence de l'astigmatisme irrégulier par le fait que l'image du fond de l'œil nous apparaît diffuse, et que dans les déplacements de latéralité imprimés au miroir, on voit les vaisseaux rétiniens décrire des mouvements en tourbillon ou en rosace.
Le traitement de l'astigmatisme irrégulier doit s'adresser, toutes les fois que la chose est possible, aux lésions mêmes.
Certains sujets parviennent à améliorer leur vue, en regardant à travers une fente sténopéique simple ou munie d'un cylindre approprié. C'est là particulièrement le cas pour le kératocône.
Si, par l'examen kératoscopique, on reconnaît qu'une partie du segment inférieur de la cornée offre une régularité relative, on se trouvera bien de pratiquer une iridectomie optique à ce niveau.
ANISOMETROPIE. 173
ANISOMETROPIE
On entend par anisométropie l'inégalité de la réfraction statique dans les deux yeux.
A un degré faible, une pareille discordance passe inaperçue, et ne gêne pas sensiblement la vision binoculaire. Mais il n'en est plus ainsi dans I'anisométropie élevée, où le fusionnement des deux images droite et gauche, à de rares exceptions près, devient impossible. Le sujet exclut alors périodiquement, puis d'une façon permanente l'un de ses yeux, d'où il résulte du strabisme.
L'œil non dévié peut être indifféremment emmétrope, hypermétrope ou myope, mais celui qui louche est toujours le plus amétrope, et surtout astigmate. Ajoutons que par suite de son inaction il ne tarde pas à devenir amblyope, s'il ne l'était déjà par suite de troubles des milieux ou de lésions de la rétine et du nerf optique.
L'anisométropie peut être due à des modifications pathologiques des courbures de la cornée ou à l'aphakie.
Lorsqu'elle est congénitale, elle coexiste souvent avec un développement asymétrique du crâne et de la face, plus rarement de toute une moitié du corps.
En admettant un individu emmétrope d'un œil et myope de l'autre, il se servira du premier pour les objets éloignés, du second pour lire et travailler, se refusant à être corrigé par les verres. Il en est toutefois qui acceptent cette correction, mais à la condition que les verres n'égalisent qu'incomplètement leur anisométropie.
Pour ceux où l'écart d'un œil à l'autre est peu sensible, les lunettes leur sont utiles, mais à la condition que l'on procède graduellement.
On voit, d'après ce qui précède, qu'il n'y a pas de règle fixe à poser, et que pour chaque cas on doit tenir compte du degré de l'anisométropie, du genre de vice de rétraction, myopie, hypermétropie, astigmatisme, et surtout du soulagement que procurent les verres.
Comme le spasme accommodatif intervient assez souvent, ce n'est qu'en persévérant et en ayant recours, s'il le faut, à latropinisation qu'on parviendra à en tirer le meilleur parti.