‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 85 sur 547 · PLU · texte numérisé non relu

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TABLE POUR LA CÉCITÉ DES COULEURS d'après Holmgren.

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G Masaon. Editeur

de leur faire désigner les couleurs perçues, vu qu'ils arrivent par habitude à les indiquer sous leur vrai nom.

Afin d'éviter pareille erreur, l'explorateur, suivant le conseil de Holmgreen, dépose sur la table une série d'écheveaux de laines colorées que l'individu est invité à disposer en groupes d'après leur nuance. C'est là un moyen des plus pratiques.

Une achromatopsie totale est rare, remonte à la naissance et se lie souvent à l'amblyopie et au nyslagmus. Il est à ajouter qu'elle, est d'ordinaire bilatérale.

Suivant toute apparence, le spectre se trouve alors réduit à une gamme de clarté et d'obscurité comme dans les gravures.

De là l'impossibilité de savoir quelle est la sensation exacte éveillée par chaque couleur spectrale. Heureusement 0. Becker a recueilli une observation dans laquelle un seul œil était acbromatope et l'autre normal. Or, il s'est trouvé que le premier ne distinguait en réalité dans le spectre que des degrés de clarté.

Comme d'autres, nous avons eu l'occasion d'étudier un homme intelligent dont les yeux nystagmiques et possédant une mauvaise acuité visuelle depuis la naissance étaient complètement achromatopes. Pour lui, toutes les couleurs se réduisaient à des tons gris dont la clarté s'atténuait dans l'ordre suivant : vert clair, jaune paille et gris bleuâtre; bleu d'outremer et jaune de chrome; violet lilacé, orange et vert pur : après quoi, il apercevait en brun de plus en plus foncé, le bleu de Prusse, le carmin, le rouge normal, le rouge puce et finalement le vert sombre qui lui apparaissait entièrement noir.

Chez deux frères basques examinés par Landolt, la gradation des tons gris se rapprochait sensiblement de celle que nous venons de rapporter, avec cette différence, toutefois, qu'ici c'étaient le violet et le rouge qui étaient confondus avec le noir.

D'après les statistiques de Holmgreen, Cohn, Magnus, la dyschromalopsie congénitale ou daltonisme se rencontre 6 à 7 fois plus souvent chez l'homme que chez la femme. Il y aurait lieu de se demander si cette disproportion n'est pas le résultat de l'éducation différente pour les couleurs dans les deux sexes.

Stilling a proposé un excellent moyen pour découvrir la simulation de l'achromatopsie et de l'amblyopie monoculaires. Il suffit de présenter au sujet des lettres capitales ou des signes rouges ou verts tracés sur fond noir. Un œil normal recouvert d'un verre teinté dans le ton complémentaire est incapable de les apercevoir. Si le contraire arrive, c'est qu'il s'agit d'un simulateur. >

Il nous resterait à exposer les nombreuses théories émises sur le - mode de perception des couleurs. Mais comme c'est une question controversée, nous nous contenterons d'en indiquer les principes.

D'après Jung-Helmholtz, la rétine serait pourvue de trois sortes de fibres qui, sous l'influence de l'excitation lumineuse ou mécanique, donneraient la sensation des trois couleurs considérées par eux comme fondamentales, le rouge, le vert et le bleu-violet; quant au blanc, il résulterait de la combinaison des trois impressions simultanées. De même, l'accouplement de deux d'entre elles dans des proportions variables produirait les tons intermédiaires.

Pour ce qui est des phénomènes de contraste, Helmholtz les envisage comme des erreurs de jugement, explication qui, nous l'avons vu, demeure contestable.

Suivant Hering, les couleurs fondamentales seraient au nombre de quatre, à savoir : le rouge, le jaune, le vert et le bleu, à quoi il n'hésite pas à ajouter le blanc et le noir. Il classe les couleurs de contraste en trois groupes : rouge et vert; bleu et jaune; blanc et noir.

Contrairement à Helmholtz, il n'admet pas des fibres nerveuses distinctes, mais trois substances visuelles correspondant chacune à l'un des groupes précédemment indiqués. Sous l'action de la lumière, ces substances photochimiques se détruisent, mais pour se reproduire dans l'obscurité. Suivant que l'un ou l'autre de ces actes opposés prédomine, on a la sensation de tel ou tel ton, ou bien le blanc, le noir et toute la gamme décrite.

Les phénomènes de contraste s'expliquent en admettant que le rouge et le jaune, ainsi que le blanc correspondent à la désassimilation, alors que le vert, le bleu et le noir reviennent à l'assimilation. Quant aux images colorées persistantes, elles dérivent, d'après Hering, de l'exagération de l'assimilation qui succède à la désassimilation.

Comme la substance propre au blanc et au noir est en partie influencée par les rayons colorés du spectre, il s'ensuit qu'aucune couleur aussi pure qu'on la suppose n'est jamais saturée, autrement dit exempte d'un mélange de blanc ou de noir.

Si pour chaque groupe d'entre elles, rouge et vert, jaune et bleu, les mouvements d'assimilation et de désassimilation sont égaux, ils se détruisent et l'on a que la sensation du blanc. Voilà pourquoi les couleurs fondamentales sont appelées par Hering antagonistes, « gegenfai'ben », au lieu de complémentaires.

Toutes ces théories, si séduisantes qu'elles paraissent au premier abord, ne tiennent pas suffisamment compte du rôle des centres percepteurs. Il suffit de se rappeler en effet que la simple compression du globe provoque des phénomènes lumineux colorés entoptiques, appelés phosphènes, et que la perception de telle ou telle couleur peut être palhologiquement modifiée ou abolie sans que l'ophtalmoscope nous révèle aucune altération de la rétine ou du nerf optique. De

même, les phénomènes de dyschromatopsie hystérique et ceux de transfert de l'achromatopsie d'un œil à l'autre, nous semblent cadrer mal avec l'hypothèse qui envisage la rétine comme le siège exclusif du sens chromatique.

Tout ce qui a été dit sur les sens géométrique, lumineux et chromatique se rapporte exclusivement à la partie centrale ou région de la força. Il nous reste à étudier comment ces trois sens sont répartis dans l'espace périphérique embrassé par un œil supposé immobile, autrement dit, dans le champ visuel monoculaire.

Mais auparavant il nous faut connaître les limites physiologiques du champ visuel et les moyens dont nous disposons pour les déterminer.

Nous ne ferons que citer le procédé peu exact qui consiste à faire fixer monoculairement un objet placé directement devant le malade, pendant que l'observateur promène, à la périphérie, un crayon de craie et note les points approximatifs où la perception commence à se faire.

Un meilleur dispositif est un tableau noir de 90 centimètres de diamètre, sur lequel on trace des rayons blancs marqués de points de même couleur suivant la progression des tangentes jusqu'à 70".

Le sujet, placé à 10 centimètres, fixe avec un seul œil, l'autre étant fermé, le centre du tableau. L'explorateur, tenant de la main droite une baguette noire portant à son extrémité un morceau de craie, parcourt successivement, de la périphérie au centre, les quatre rayons cardinaux, plus les quatre intermédiaires et marque chaque fois le point où la craie commence à être perçue. On n'a plus dès lors qu'à réunir, par une ligne courbe, les divers points pour obtenir la configuration approximative du champ visuel.

Cet appareil, appelé campimèlre, ne saurait prétendre à une exactitude parfaite. En effet, comme les tangentes, même en se plaçant très près, croissent rapidement vers la périphérie du tableau, tout ce qui est au delà de 80° ne peut être tracé et échappe dès lors à la détermination. Ce qui est plus grave, c'est que l'observateur placé de côté ne peut savoir exactement si, pendant l'examen, l'œil exploré n'a pas dévié du centre de fixation. De là, des erreurs fréquentes. Pour les éviter, on a construit des instruments appelés périmètres. Ils sont formés d'un arc tournant, plus rarement d'une demi-sphère. Le prototype est celui d'Aubert, perfectionné par Fôrster etLandolt (fig. S'2).

Il se compose d'un demi-cercle en cuivre de 50 centimètres de rayon, noirci sur sa face interne et gradué en arrière, à partir de son

sommet, où est inscrit le zéro. Assujetti au milieu à une colonne A, il peut tourner autour de ce point suivant tous les méridiens, de façon à engendrer un hémisphère. La position de l'arc est indiquée par une aiguille qui se meut avec lui sur un cadran fixe I. Deux curseurs noirs P, mobiles sur l'axe, reçoivent les objets, tels que carrés de papier blanc ou coloré, destinés à être vus par l'œil exploré. Au centre C se trouve un support vertical pour le menton. De la colonne B s'élève une tige légèrement recourbée dont l'extrémité libre s'appuie contre le rebord orbitaire inférieur. De la sorte, le centre optique, situé à 15 millimètres

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au-dessus de la tige et à 7 en arrière du bord inférieur de l'orbite, coïncide avec le centre de figure de l'arc périmétrique.

Comme la saillie exagérée du nez et le rebord sourcilier peuvent restreindre le champ visuel en dedans et en haut, le support mentonnier tourne latéralement et permet ainsi d'éviter cette cause d'erreur.

L'individu, ayant un œil fermé, fixe monoculairement le sommet de l'arc marqué par un point blanc. L'observateur placé en face, derrière le périmètre, fait mouvoir les curseurs porte-objets des extrémités vers le sommet de l'arc. Le point de la graduation où les objets

commencent à être perçus indique de chaque cùté d'un même méridien la limite du champ visuel.

Lorsqu'il s'agit d'un rétrécissement régulièrement concentrique, on se borne à explorer les deux méridiens cardinaux, le vertical et l'horizontal, puis les deux intermédiaires.

Par contre, toutes les fois que l'obscurcissement est partiel ou irrégulier, il faut examiner les méridiens secondaires correspondants.

Pour mesurer la distance qui sépare la papille de la macula et l'étendue qu'occupe la tache aveugle de Mariotte ou un scotome pathologique central, on a tracé sur la face interne du périmètre des demidegrés depuis 0 jusqu'à 20° de chaque cùté et de 0 à 10" en haut cl en bas.

Si la vision centrale est défectueuse, la fixation du point de mire devient impossible. En pareils cas, on place le doigt indicateur de l'individu exploré sur le zéro périrnétrique et on l'invite à regarder fixement dans ce sens. Chez les amblyopes, incapables de percevoir nettement les objets opaques, on se sert de la flamme de deux bougies l'une fixe placée au 0, l'autre mobile que l'on fait avancer sur le périmètre de la périphérie au centre. De même dans l'exploration des couleurs, on interpose des verres colorés principalement des rouges et des verts éclairés par derrière.

Pour utiliser les résultats acquis, on fait usage de schémas à cercles concentriques éqitidistants, coupant les méridiens à chaque dix degrés à partir du centre. On arrive très approximativement à réaliser ce type êquidistant en prenant pour unité le rayon de la sphère périrnétrique et en se plaçant à 17 millimètres du centre. Grâce ace mode de projection qui tend de plus en plus à se généraliser dans la pratique, on évite des erreurs dans la détermination des limites du champ visuel et surtout dans la configuration des scotomes circulaires qui prendraient une forme d'autant plus ellipsoïde que leur siège serait excentrique. C'est ce qui arrive, si l'on s'adresse à tout autre procédé, tels que : celui des tangentes par le centre de la sphère et celui des projections polaire ou orthographique.

Le centre de tout schéma correspond au sommet de l'arc périrnétrique et partant à la fovea. La papille se projette à 15° en dehors du côté temporal.

Fôrster préfère prendre comme centre de figure le disque optique. A cet effet, l'œil exploré devra regarder fixement à 15° en dedans du sommet de l'arc. De ces deux modes de détermination, nous préférons le premier, qui fait coïncider la fovea, centre physiologique de la rétine, avec celui du périmètre.

Dans son ensemble, le champ visuel représente un ovale à base externe. Ses limites peuvent varier d'un sujet à l'autre, mais dans des

proportions restreintes qui ne dépassent pas 10 à 15° au plus. D'après Michel, les dimensions dans les 4 directions cardinales sont :

90" du côté de la tempe;

70° en bas;

60° du côté du nez;

60° en haut.

Pour expliquer le rétrécissement du champ visuel en bas, en dedans

Fis.

et en haut, on a invoqué la saillie du nez, du sourcil et l'empiétement de la paupière supérieure sur l'orifice pupillaire. D'après Donders, un autre l'acteur intervient, à savoir l'étendue plus grande de la rétine du côté nasal, où. elle dépasse d'un millimètre le côté temporal. Au point de vue physiologique cela se traduit par 5 millimètres de plus. D'autres variations dans l'étendue du champ visuel tiennent à la réfraction statique, à l'accommodation et jusqu'à l'action de certaines substances stimulantes telles que les injections hypodermiques de

strychnine. Mais comme les avis sont partagés à cet égard, nous n'insisterons pas autrement.

Un fait indéniable, c'est la présence dans le champ visuel d'un scotome physiologique connu sous le nom de tache aveugle de Mariotte. Cette tache correspond précisément à la papille dont elle a la forme circulaire et les dimensions naturellement amplifiées, à cause de sa projection au dehors. Pour en déterminer la position exacte, on engage l'individu à reporter lentement son œil du centre périmétrique vers la moitié opposée de l'arc, la droite pour l'œil gauche, la gauche pour l'œil droit, jusqu'à ce que le disque blanc correspondant au 0 cesse d'être perçu. La distance parcourue indique l'écart entre le centre de la papille et celui de la macula. Cet écart est de 15° pour l'emmétrope, de 18 à 19° pour l'hypermétrope et seulement de 11° pour le myope. Verticalement, la tache aveugle se trouve à 5° audessous du méridien horizontal, ce qui est conforme à l'insertion du nerf optique en dedans et quelque peu au-dessus de la macula.

L'étendue de la tache de Mariotte s'obtient en promenant sur l'arc du périmètre un petit disque blanc pendant que l'individu fixe invariablement le zéro. Les deux points où le disque commence et cesse d'être aperçu limitent l'espace occupé par la tache. Cet espace est de 6°, ce qui, vu la distance de 50 centimètres, équivaut aux 2 millimètres de diamètre que l'on donne anatomiquement à la papille.

Il nous reste maintenant à rechercher comment se comporte le champ visuel par rapport aux trois modes de sensibilité spéciale de la rétine — à savoir : la sensibilité pour la lumière blanche, celle pour les couleurs et l'acuité visuelle. Ce qui va suivre concerne exclusivement la vision indirecte.

D'après les recherches d'Aubert et celles plus récentes de Landolt et de Charpentier, fondées sur le minimum de clarté perceptible, il résulte que la sensibilité lumineuse ne varie pas du centre à la périphérie. Ce n'est que dans les parties extrêmes que la sensation de clarté diminue d'une façon notable.

Arago avait remarqué que les parties qui entourent la fovea sont plus vivement influencées par une lumière atténuée que la fosse centrale elle-même. Aussi enseignait-il que, pour mieux distinguer les étoiles d'une faible clarté, il ne fallait pas les regarder directement, mais fixer un point quelque peu à côté d'elles. L'exactitude de l'observation du grand astronome a été de nouveau confirmée.

La sensibilité chromatique au contraire décroît rapidement vers la périphérie. Avec un écart de 1 à 5°, elle diminue de moitié et tombe à 0,16 avec celui de 11 et 12°. Seul le blanc fait exception. Comme ce dernier le bleu est plus vivement perçu à côté de la fovea qu'au centre.

En se servant dans ces recherches de petits carrés de papier coloré

que l'on promène sur l'arc périmétrique de la périphérie au centre, il est facile de reconnaître que l'étendue des champs des diverses couleurs n'est pas la même. Il suffit de jeter un coup d'œil sur le schéma cidessous pour voir que le plus étendu est celui du blanc, puis viennent ceux du bleu, du rouge et du vert.

Au delà de leurs limites précises, les couleurs se dégradent et ne laissent subsister vers la limite du champ visuel que la sensation d'un

■ Blanc ....«...«. B-leu Rouge Vert

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gris uniforme. Même chose s'observe pour les parties centrales si l'on abaisse progressivement l'éclairage ambiant.

L'absence de perception des couleurs vers la limite externe de la rétine n'est toutefois que relative et il suffit de se servir de disques colorés plus grands ayant 6 centimètres de diamètre ou plus vivement éclairés pour qu'ils soient perçus.

Dans la pratique, on se contente de la détermination des trois couleurs fondamentales les mieux tranchées : le vert, le rouge et le bleu pour en déduire l'intégrité du sens chromatique dans son entier. Ce

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