‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 91 sur 547 · DES MOUVEMENTS EXCURSIFS DES YEUX · texte numérisé non relu

DES MOUVEMENTS EXCURSIFS DES YEUX

Lorsque les lignes visuelles sont parallèles, comme cela a lieu dans le regard à distance, on admet qu'il y a équilibre des forces musculaires antagonistes et l'on donne à cette attitude des yeux le nom de position primaire.

Comme les lignes visuelles ne coïncident généralement pas avec l'axe de la cornée, l'angle a a une valeur variable qu'il nous importe de pouvoir mesurer. Pour cela, on fait fixer à l'œil le centre du périmètre, pendant qu'on promène derrière l'arc la flamme d'une bougie. On l'arrête sitôt que son image cornéenne coïncide avec le centre de la pupille et le nombre de degrés périmétriques donne approximativement la mesure de l'angle a.

Charpentier préfère placer la bougie au zéro du périmètre, et, pendant que l'oeil exploré la fixe, l'observateur se déplace le long de l'arc,

s'arrêtant au point où l'image coràéenne de la bougie lui parait coïncider avec le centre de la pupille. Le chiffre ainsi obtenu est le double de l'angle a et il suffit d'en prendre la moitié.

Tout déplacement de l'œil de sa position primaire s'appelle déviation secondaire. Cette déviation se fait autour du centre de rotation qui, chez l'emmétrope, est à 15mm,5 en arrière de la cornée et à 10 millimètres en avant du segment postérieur de la sclérotique, conséquemment à lmm,75 en arrière du centre géométrique du globe. Dans l'œil myope, la proportion reste la même, sauf qu'il faut ajouter 1 millimètre dans les deux sens, tandis qu'on en retranche lmm,5 pour l'hypermétrope.

De l'avis de J. Mùller et de Berlin, le centre de rotation ne se déplace pas dans les excursions horizontales, alors qu'il recule de quelques fractions de degré dans le regard en haut et en bas. L'étendue des arcs parcourus se mesure au périmètre, à la condition que la tête du sujet se trouve assujettie au moyen de la planchette à dents dont est pourvu le support mentonnier.

Dans ces conditions, après avoir recouvert l'un des yeux, on invite l'individu à déchiffrer des optotypes tracés sur un petit carré de carton qu'on fait cheminer lentement du centre à la périphérie de l'arc périmétrique. La limite où le sujet cesse de lire indique le mouvement excursif de l'œil. En répétant cette recherche dans les principaux méridiens, on parvient à tracer le champ de regard « blickfeld » des Allemands, dit encore de fixation, qu'on ne doit pas confondre avec le champ visuel. On sait que ce dernier correspond à l'étendue de la partie sensible de la rétine, l'œil étant supposé immobile.

Charpentier, pour déterminer le point le plus excentrique que peut atteindre l'œil exploré, tient compte de la projection de l'image de la bougie sur la cornée. Sitôt que celle-ci cesse d'apparaître au centre de l'orifice pupillaire, c'est qu'on a atteint la limite de l'excursion.

D'après les mensurations de Landolt, un champ de regard normal est ainsi délimité :

45° en dehors, en dedans et obliquement en dedans et en haut ;

43° en haut ;

50° en bas ;

47° pour les deux positions obliques externes ;

58° en bas et en dedans.

Pour Donders et Schnurrnann, les moyennes seraient :

54° en haut ;

42° en dehors ;

45° en dedans ;

57° en bas.

De plus, chez les myopes, les excursions horizontales du côté de la

VISION BINOCULAIRE. 215

tempe et du nez se restreindraient de 4° dans les deux sens. Chez l'hypermétrope, les choses se passent comme chez l'emmétrope, sauf que l'adduction est de 2" en plus, 47° au lieu de 45°.

A l'état physiologique, les excursions dans les deux méridiens cardinaux, l'horizontal et le vertical, n'entrainent aucune inclinaison. C'est dire que tout mouvement rotatoire du globe fait défaut ou se réduit à peu de chose.

Tel est le champ de fixation monoculaire. Quant à celui binoculaire, il a pour limites l'excursion consensuelle des deux foveas et se détermine au périmètre comme celui monoculaire.

Étant donné l'empiétement réciproque des deux champs droit et gauche du côté nasal, il en résulte que l'étendue du champ binoculaire est inférieure à la somme des deux qui le composent.

Dans la convergence des yeux emmétropes, chacun d'eux parcourt au maximum un arc de cercle de 9 centimètres. Ce chiffre est quelque peu supérieur dans les yeux myopes et moindre dans ceux hypermétropes.

La divergence mutuelle est très bornée, au point que c'est à peine si un œil emmétrope parvient à surmonter un prisme à base interne de 4° équivalent à 2° périmétriques. Si l'on ajoute les 10° de l'angle a, on voit que l'excursion du côté de la tempe se borne à 12° ou 24° pour les deux yeux.

VISION BINOCULAIRE

La vision simultanée avec les deux foveas nous donne la sensation du relief, autrement dit, elle nous met à même de reconnaître la troisième dimension des corps. Ce n'est pas à dire que les borgnes en soient complètement dépourvus. Ils y suppléent, bien qu'imparfaitement, grâce au jeu de l'accommodation, de la convergence et de la divergence, ainsi que. par la grandeur relative de l'angle visuel.

Chez les individus possédant une bonne acuité, il suffit de faire regarder au stéréoscope deux figures latérales qui se complètent, pour s'assurer de l'intégrité de la vision binoculaire.

Dans les recherches physiologiques, Donders et d'autres ont proposé divers dispositifs, dont nous nous dispensons de parler, vu leur peu d'emploi dans la pratique. Dans tous les cas, il faut avoir soin de corriger au préalable toute différence de réfraction d'un œil à l'autre.

Pour que la vision simple avec les deux foveas se fasse, aussi bien de près que de loin, avec la même aisance et sans fatigue, il faut l'équilibre parfait de la musculature de l'œil, tant intrinsèque qu'extrinsèque. Or si, à l'exemple de Stevens1, on procède à l'examen par

les prismes et avec une bougie placée à 6 ou 7 mètres de distance, on trouve très fréquemment des anomalies de fonctionnement des muscles aux deux yeux, et même d'un œil à l'autre, dont la plus gênante est celle de Yinégalité de niveau de la ligne visuelle dans la verticalité, ce que l'auteur désigne sous le nom à'hyperphorie. Un pareil état, qui n'est pas précisément pathologique, puisque la diplopie fait défaut, ne provoque pas moins des attitudes vicieuses de la tète, la dépression de la région fronto-sourcilière du côté du globe le plus élevé et son élévation de l'autre côté. De là des expressions variables de la physionomie surtout caractérisées chez les individus nerveux et pouvant aller jusqu'à provoquer de véritables névroses.

1. Stevens, Arcli. f. Aiigenh., XVIII, p. 445, 1888, et Annales d'oculistique, 1802.

Avec la pathologie du globe oculaire nous abordons le sujet le plus important et le plus vaste de l'ophtalmologie.

Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que l'organe de la vision constitue un véritable complexus tant anatomique que physiologique, et que chacune des parties qui le composent possède une nosologie spéciale.

La cornée, par le nombre et la gravité des affections qui l'atteignent, mérite de nous occuper tout d'abord. Aussi commencerons-nous par là l'étude des maladies de l'œil.

Page 1