KÉRATITES OU INFLAMMATIONS DE LA CORNÉE EN GÉNÉRAL
On entend par kératites les inflammations propres du tissu cornéen.
Comme la cornée se compose anatomiquement de trois couches, l'une superficielle représentée par l'épithélium et la membrane de Bowman, l'autre moyenne ou stroma proprement dit, et la dernière profonde qui n'est antre que la membrane de Descemet y compris son endothélium, on a été conduit avec raison à diviser les kératites en : superficielles, interstitielles ou parenchymateuses, et profondes.
Cette classification est d'autant pins justifiée que la première couche de la cornée peut être considérée comme la continuation de la conjonctive: le stroma et l'élastique de Descemet. comme celle de la sclérotique et de l'iris.
Il n'y a donc rien d'étonnant que, suivant le siège plus ou moins profond des kératites, la conjonctive, la sclérotique ou l'iris participent de préférence à l'affection cornéenne et inversement.
Avant d'aborder l'étude des kératites, nous devons jeter un coup d'œil d'ensemble sur ce que l'anatomie pathologique et l'expérimentation nous ont appris au sujet du processus phlegmasique en général.
Pour cela, nous mettrons à contribution les beaux travaux de Purser', Feltz2, Axel Key et Wattes3, Pfangen*, Leber3 et Conheim6.
Lorsqu'on vient à irriter un point de la cornée avec le crayon de nitrate d'argent, on voit apparaître une nébulosité qui va en décroissant du centre à la périphérie. La partie devenue opaque présente, sous le microscope, une infiltration séreuse du stroma dont les fibres se trouvent dissociées par des lacunes remplies de liquide.
A un stade plus avancé, il s'y ajoute des cellules lymphoïdes en voie de migration qui finissent par encombrer les vacuoles : les vaisseaux périkératiques se montrent en môme temps gorgés de globules blancs, identiques à ceux rencontrés dans la cornée.
Chez la grenouille, la migration des leucocytes procède avec une rapidité telle, qu'en deux jours la cornée finit par se perforer. Si, au lieu d'agir directement, on passe à travers le globe un fil chargé de substances septiques, il s'ensuit une suppuration du vitré et une véritable kératite induite. Les lésions ne diffèrent alors que par une infiltration leucocytique moindre des espaces cornéens.
Ces expériences répétées sur les animaux à sang chaud, cobayes, chats, lapins, ont donné des résultats analogues; avec cette particularité, que plus on détruit l'épithélium profondément, et plus l'infiltration devient abondante. Le manque de précautions antiseptiques, l'emploi d'instruments malpropres et l'injection de liquides putréfiés ou contenant des micro-organismes déterminent à coup sûr la suppuration.
On conçoit combien ces résultats expérimentaux ont éclairé la pathogénie des processus suppuratifs du tissu cornéen, en même temps qu'ils nous ont appris les moyens de les prévenir et de les combattre. Pour ne rien omettre, ajoutons que HœnselF, ayant provoqué des kératites expérimentales chez les animaux, est arrivé à nier le fait deladiapédèse ainsi que la multiplication des cellules fixes de la cornée. Pour lui,