‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 94 sur 547 · Leber et Sattler, Congr. d'opht. de Heidelberg · texte numérisé non relu

Leber et Sattler, Congr. d'opht. de Heidelberg

5. Gallexga, Giorn. d. fi. Acad. di ?ned., 1887, n" 5 et 4. 0. Straud, Arch. /'. Aug., XXV, p. 416, 1892.

PANAS. 15

Quoi qu'il en suit, on ne doit pas oublier que le lymphatisme, en préparant le terrain, intervient pour beaucoup. A cet égard, le nom de kératite scrofuleuse adopté par Arlt nous semble parfaitement exact. D'après les statistiques de cet auteur, la dialhèsc strumeuse se rencontrerait 70 fois pour 100 (l. c).

Le traitement de la kératite plilycténulaire doit être local et général.

Dans la période aiguë, on proscrira rigoureusement tout topique irritant, sous peine d'aggraver la maladie. C'est là un point de pratique sur lequel on ne saurait trop insister.

Au début, on aura recours de préférence aux lavages antiseptiques avec une solution d'acide borique à 4 pour 100. Cette préparation, étant dépourvue de toute action irritante, convient mieux que celles à l'acide salicylique et phénique, au naphtol ou aux sels de mercure. A plus forte raison, on bannira les collyres de zinc, de cuivre et surtout ceux d'argent et de plomb.

Comme les applications chaudes et humides apaisent les douleurs et diminuent la pholophobie, en môme temps qu'elles accélèrent la nutrition des tissus, les compresses humides à l'acide borique, dont on maintient la chaleur en les recouvrant de toile vulcanisée ou de tallétas gommé, rendront de grands services.

Lorsqu'il s'agit d'ulcères profonds avec infiltration purulente, le bandage ouaté sec, tenu en permanence, est préférable. Si l'on use conjointement des instillations de bleu d'élhyle, on parviendra souvent à arrêter le processus destructif.

En fait d'autres topiques, on aura recours à l'ésérine et àl'iodoforme seul ou incorporé à la vaseline. Lesdouches de vapeur locales seront également utiles; on en prescrira une ou deux par jour, -de dix minutes à un quart d'heure de durée chacune. L'œil devra être fermé et préalablement recouvert d'une rondelle de linge fin trempée dans l'eau bouillante, puis exprimée. On les cesse sitôt que l'ulcère se vascularise et que la pholophobie commence à s'amender.

Lorsque les douleurs et le blépharospasme persistent, que la pupille reste resserrée et que les procès ciliaires et la sclérotique participent à l'hyperhémie, les collyres mydriatiques — atropine, cocaïne, duboisine — sont particulièrement indiqués. Outre leur action sédative, ces agents ont le grand avantage de s'opposer à la production de synéchics.

Les myotiques, pilocarpine et ésérine, doivent être seuls employés quand le tonus de l'œil s'élève, ou qu'il existe des ulcères purulents profonds avec menace de perforation. Vouloir prescrire toujours et partout les mêmes topiques, c'est, croyons-nous, méconnaître l'art des indications en thérapeutique.

KERATITE PHLYCTENULAIRE. 227

A cause du blépharospasme, il devient souvent fort difficile d'instiller les collyres modificateurs. Le mieux alors sera d'user des alcaloïdes sous forme de pommades. Rien n'est en effet plus facile que d'en faire pénétrer une certaine quantité dans les culs-de-sac. Il est à ajouter qu'à proportion égale, 5 pour 100, la pommade a une action plus sûre et plus prolongée. Une fois l'ulcère cicatrisé, on doit s'attacher à obtenir la résorption des taches néphéliomalcuses persistantes. En dehors du but optique qui consiste à rendre à la cornée sa transparence, nous en avons un autre aussi important, celui de mettre l'œil à l'abri de rechutes et de tout accident ultérieur par infection possible du tissu de cicatrice.

A cet effet, les douches de vapeur et divers topiques, dont l'action éclaircissante est indéniable, devront être mis à profit. Nous verrons par la suite qu'il est des cas où il faut recourir à une intervention opératoire, la corémorphie.

Parmi les topiques, les plus anciennement usités sont les pommades et les poudres de bioxyde de mercure ou de calomel, ainsi que le vin d'opium, soit pur, soit coupé avec deux parties d'eau.

Une recommandation importante est de n'y avoir recours qu'alors que toute vascularité a disparu el toujours avec circonspection, de peur de déterminer de nouveaux symptômes irritatifs.

Dans ce but, on doit commencer par de faibles doses, deux à trois centigrammes d'oxyde ou de chlorure de mercure, incorporés à 5 grammes de vaseline, réservant le calomel en poudre pour une époque plus éloignée, sans dépasser une à deux applications par semaine. La poudre de calomel doit être très fine et absolument sèche pour ne pas former de grumeaux.

Le vin d'opium, dont l'action est moins irritante, a l'avantage de pouvoir être employé sans danger par le malade, et en dehors de toute surveillance médicale.

Quel que soit le traitement, il risque d'échouer si l'on néglige de combattre les complications, parmi lesquelles nous devons signaler : la conjonctivite granuleuse, la blépharite ciliaire, le catarrhe du sac lacrymal, l'impétigo de la face et du cuir chevelu.

Ce n'est point ici le lieu de nous occuper des moyens à mettre en œuvre pour chaque cas particulier. Nous insisterons seulement sur certains états qui, par leur fréquence, font pour ainsi dire partie de la maladie.

Toutes les fois que le blépharospasme se prolonge et qu'il s'accompagne d'un larmoiement abondant, il apparaît au niveau de la commissure externe une fissure, espèce de rhagade douloureuse et saignante, qui ne fait qu'accentuer le spasme des paupières, au détriment de la cornée. En vue d'en accélérer la cicatrisation, on touchera

la fissure à plusieurs reprises avec de la cocaïne et on l'enduira de pommade à l'extrait de ratanhia ou à l'iodoforme, en ayant soin de placer au fond du sillon ulcéreux une mèche de coton borique. En cas de persistance du blépharospasme, il faut recourir à la canthoplastie.

Si des croûtes impétigineuses recouvrent le front, la face et les paupières, on commence par les enlever à l'aide de la spatule d'argent, puis on lave la surface avec une solution d'acide borique et l'on applique du bioxyde jaune d'hydrargyre ou du calomel incorporés à de la lanoline.

Grâce à ce traitement, le gonflement des paupières diminue et le blépharospasme s'amende.

On devra également avoir soin de combattre toute complication du cité de la pituitaire et des voies d'excrétion des larmes, l'expérience ayant prouvé que la kératite phlycténulaire y puise souvent sa source. On y parvient en prescrivant des douches nasales boriquées, et en modifiant la muqueuse par divers caustiques.

Le traitement général a une grande importance. Son but est de réveiller les forces et de modifier la constitution. C'est ainsi qu'une bonne hygiène, le changement d'habitation et de climat, les bains, les frictions sèches, les eaux thermales chlorurées sodiques, le séjour a la campagne ou au bord de la mer, contribueront puissamment à abréger la maladie et à prévenir les rechutes.

Parmi les agents médicamenteux, les préparations ferrugineuses, surtout l'iodure de fer, les antiscorbutiques, l'arsenic, l'huile de foie de morue, les amers et le quinquina seront prescrits. Chez les enfants strumeux, ou atteints de tuberculose des ganglions et des os, l'iodoforme nous a rendu les meilleurs services. Il s'administre en cachets à la dose de dix à trente centigrammes, mêlé avec le double de poudre de café pour en masquer l'odeur.

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