DE LA LUEUR OCULAIRE
Anciennement, on faisait peu usage de la lumière artiflcielie dans le diagnostic des maladies des yeux. Cramer, Sanson avaient bien conseillé d'explorer le cristallin par Texamen des trois images que produit la flamme d'une lampe placée devant Topil; mais c'était là Tunique application pratique de ce mode dUnvestigation, lorsque, en i85i, Helmholtz eut la gloire d'inventer un instrument qui permettait d'éclairer le fond de Tcpil et d'apprécier nettement, îi travers les milieux transparentî*, l'état des membranes pro-» fondes. Cette grande découverte opéra une véritable révolution dans Tophthalmologie, et Follin a pu dire avec raison que l'auscuU tation n'a pas débarrassé de plus d'erreurs riilstoire des affections thoraciques que la découverte do l'ophtlialmoscope n'en a fait disparaître de Toculistique.
Cette admirable invention ne surgit pas tout à coup, elle avait été préparée, pour ainsi dire, longtemps à l'avance. Depuis des années, l'attention des physiologistes avait été attirée sur le re« flet particulier, le miroitement que présente l'œil d'un certain nombre d'animaux. Méry et de la Hire, qui, dans le siècle dernier, s'occupèrent de cette question, admettaient que ce miroitement était dû à une fonction propre de la rétine. Prévost, de Genève^ réfuta cette hypothèse mal fondée ; il avait remarqué que le cha- AiAtii. Mal, dêtyeux. t. ii. 1
2 OPHTHALMOSCOPIE.
toiemcnt du fond de Tœil disparaît dans l'obscurité complète, et en avait conclu qu'il était produit par la lumière venant du dehors. Depuis, les physiologistes et les naturalistes n'ont fait que confirmer la justesse de ses vues. Le reflet métallique que présente Tœil de certains animaux est dû à la présence d'une couche de tissu fibreux ondoyant dans une partie de la choroïde où il n^existe pas de pigment. Ce lapetum occupe le côté externe du nerf optique, il agit comme un réflecteur concave sur l^s rayons lumineux et les renvoie hors de l'œil.
L'œil humain n'offre pas de reflet semblable ; dans certaines conditions pathologiques, cependant, on le voit aussi miroiter. Les anciens observateurs avaient remarqué que, dans le cancer delà rétine, l'œil présente un aspect particulier connu depuis eux sous le nom d'û?i7 de chai amaurotique. Chez une jenne fille atteinte d'irïdérémie^ Behr avait constaté également qu'en se plaçant dans une direction déterminée, on pouvait apercevoir une lueur rougeâtre renvoyée par le fond de l'œil.
Brîicke^ imagina une ingénieuse expérience permettant d'apercevoir ce reflet lumineux sur un œil physiologique quelconque. Il disposait la flamme d'une bougie à une petite distance du sujet à examiner, et engageait celui-ci h fixer un objet situé dans la direction de cette source lumineuse ; tout étant ainsi disposé, il regardait l'ouverture pupillaire de l'œil observé au-dessus d'un écran placé derrière la flamme et à la même hauteur ; dans ces conditions, la pupille brille, en effet, d'un éclat rougeâtre. Malheureusement, cette expérience était plutôt curieuse que réellement pratique, car le moindre déplacement dans les rapports de l'œil observé, de la lumière ou de l'écran, suffit pour faire disparaître le reflet ainsi obtenu.
Dans le mémoire où Brûcke indique ce procédé, on trouve également une intéressante remarque de von Erlach : ce médecin avait vu plus d'une fois miroiter le fond de l'œil de personnes placées devant lui lorsque celles-ci regardaient l'image d'une flamme réfléchie par les verres de ses lunettes. Comme nous le verrons plus loin, il se trouvait alors, en effet, dans l'es conditions voulues pour éclairer le fond de l'œil examiné, une bonne interprétalion de ce fait aurait dû amener la découverte de l'ophthalmoscope.
(i) Amer'M Archiv fur Anatomie, 1847. p. 255.
nf:convERTR m i/ophtralmopcope.
nÉrOUVEHTK DE L'OPJITII ALMOSCOPE.
En 1851. Helmholtz aborda i son tour IVitude dp l'éclaii-age de l'œil; mais au lieu de pracédei- empiriquemenl, il posn la question Imus forme d'un problème d'oplique physiologique â résoudre, et r c'est en en cherchant In solution qu'il s'immortalisa par la découverte de l'ophthalmoscope.
Personne avant lui n'avait songé â expliquer pourquoi la pupille
reste noire quand on place au-devant délie un corps lumineux ; on
s'était bien occupé des rayons qui pénètrent dans l'œil, mais on
lavait complétemeni négligé d'éludier la marche de ceux qui en
l'sortent .
Supposons [tig. i) qu'un point lumineux A, tel que la flamme Id'nne bougie, par exemple, projette un cAne de rayons lumineux
Kqui se rAunîsfient en foyer sur la rétine au point n. Arrivés 1&, une
r partie de ces rayons sont absorbés par le pigment de la choroïde,
tnaifl comme cette membrane n'est pas entièrement noire, une