ORIGINES ENCÉPHALIQUES DES NERFS OPTIQUES
savoir : !• la couche optique ; 2* le corps genouillé externe; 3* le» tubercules quadrijumeaux antérieurs (nates). Ce sont là certainement les principales sources des nerfs optiques chez l'homme ; ce sont vaisemblablement les seules chez un grand nombre d animaux. G*est ce que semblent établir, tout au moins, les intéressantes expériences de Gudden, consistant dans Textirpation des globes oculaires, pratiquée chez de très-jeunes lapins. Lorsque, au bout de quelques mois, les animaux ainsi opérés sont sacrifiés, on reconnaît que Tatrophie consécutive porte, en ce qui concerne les parties centrales/ sur les tubercules quadrijumeaux antérieurs, les couches optiques et enfin les corps genouillés externes ; au contraire, les tubercules quatrijuineaux postérieurs et les corps genouillés internes no prennent aucune part à l'atrophie.
Moins importante que Texterne, la racine interne des nerfs optiques ne doit pas être cependant négligée, surtout lorsqu'il s*agit de rhomme. On sait qu'elle entre manifestement en connexion avec le corps genouillé interne. Ce dernier ne contient que des cellules nerveuses rudimentaires (Henle) et ne peut être, par conséquent, considéré comme un centre au même titre que le corps genouillé externe.
Soit après avoir traversé le corps genouillé, soit par un trajet direct, les faisceaux nerveux de la racine interne vont, en définitive, aboutir aux tubercules quadrijumeaux antérieurs.
Tout récemment, Huguenin (I) a soutenu que la racine interne des nerfs optiques, chez l'homme tout au moins, est anatomiquement en rapport avec les tubercules quadrijumeaux postérieurs »oit directement, soit par l'intermédiaire du corps genouillé interne. D'après lui, les tubercules quadrijumeaux postérieurs ne seraient pas, chez l'homme, exclus de l'appareil des nerfs optiques, coDMne ils paraissent l'être chez les animaux. Cela n'est pas en contradiction avec ce qu'enseignent certains faits d'induration grise tabétique des nerfs optiques. Tout récemment encore, chez une femme ataxique, aveugle depuis une quinzaine d'années, l'induration grise des nerfs optiques pouvait être suivie au-delà du chiasma, sur les bandelettes optiques, jusqu'aux corps genouillés. Les tubercules quadrijumeaux, tant antérieurs (nates) que postérieurs (testes), avaient à peu près conservé la coloration blanche de l'état normal, mais ils avaient subi, les uns et les autres, une réduction de volume des plus manifestes (cas de la nommée Mag-
(1) ArMv fUr Psychiatrie, t. V, fasc. ii, p. 844.
daliat). J*ai observé plusieurs faits en tout semblables à celui qui précède.
11 faut rechercher actuellement comment ces divers amas de substance griae qui viennent d^être énumérés sont mis en relation avec l'écorce grise de Tencéphale. Laconnexité s'établit, par un système de fibres qui constitue la partie la plus postérieure des radiations de la couche optiques (faisceaux rayonnants corticooptiques), et qu'on désigne quelquefois sous le nom de radiations optiques de Gratiolet, On peut suivre les détails anatomiques, assez complexes, relatifs à ce point, sur la figure suivante empruntée au travail de Meynert et qui concerne le singe {cerocebus cinomolgus).
On voit sur cette planche comment des faisceaux de fibres ou radiations, partant des corps genouillés externes Ge, et internes Gi', du pulvinar T^', des tubercules quadrijumeaux antérieurs Qw, — ces derniers, par l'intermédiaire des bras conjonctifs antérieurs, B5, — vont, après un trajet récurrent, s'associer au faisceau Om, qui n'est autre que l'ensemble des fibres centripètes pédonculaires directes, qui tiennent sous leur dépendance la sensibilité commune de tout un côté opposé du corps.
A cet ensemble de faisceaux se trouvent mêlés, sans doute, des fibres provenant du tractus olfactif, par Tintermédiaire de la commissure antérieure. Ses extrémités, comme on sait, par les descriptions de Burdach et de Gratiolet, se dirigent en arrière, dans Tépaisseur des lobes occipitaux et sphénoïdaux. Les faits cliniques conduisent à supposer qu'il s'y mêle aussi des fibres nerveuses entre-croisées, en rapport avec les nerfs auditifs et gustatifs. Si cette disposition, à l'heure qu'il est, tout hypothétique, venait à être vérifiée anatomiquement, on comprendrait comment Tobnubilation croisée de l'odorat, du goût et de l'ouïe font habituellement, au même titre que l'amblyopie, partie intégrante du syndrome hémianesthésie cérébrale.
La région de l'encéphale qui répond à la partie la plus postérieure du pied de la couronne rayonnante pourrait donc être considérée, d'après ce qui précède, comme un carrefour où, dans la profondeur de l'encéphale, se rencontrent, dans un espace trèscirconscrit, toutes les voies sensitives et sensorielles. C'est un carrefour, et non pas un centre. Le centre cérébral proprement dit doit être cherché sur le prolongement des fibres médullaires, dans l'écorce grise des lobes occipitaux et sphénoïdaux.
D'après cet exposé anatomique, les tubercules quadrijumeaux sont le seul point où les faisceaux des nerfs optiques, après leur
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uns des antres, vers la ligne médiane. Est-ce sur ce point que se lîtreotre-croisement supplémentaire qui, d'après l'hypothèse pro-
Al'tTI. If"!. df> t/fUiT. T. II. 3
posée par Gharcot, ramènerait les nerfs optiques à la condition des autres nerfs? C'est là une question difficile à résoudre parles seuls moyens de Tanatomie. Sans doute, il existe sur la ligne médiane, entre les tubercules quadrijumeaux, de nombreux entrecroisements de faisceaux, constatés anatomiquement ; mais on ne saurait décider si ces fibres entre-croisées sont réellement en connexité avec les faisceaux des nerfs optiques non entre-croisés dans le chiasma. L'expérimentation et surtout Tanatomie pathologique auront vraisemblablement le premier pas dans la solution de la question en litige. Déjà les expériences de Flourens ont montré chez des mammifères et des oiseaux que l'ablation des tubercules optiques a pour effet Tamblyopie ou Tamaurose croisée. Mais il s'agissait là d'animaux dont les axes oculaires sont dirigés en dehors et chez lesquels, sans doute, Fentre-croisement dans le chiasma est complet.
Chez Thomme les lésions des tubercules quadrijumeaux ne sont pas rares, mais elles sont ordinairement bilatérales et, en conséquence, amènent la cécité bilatérale; elles ne peuvent donc rien décider. De fait, on en est encore à se demander si la lésion des tubercules quadrijumeaux antérieurs produira, à l'exemple d'une lésion de la bandelette optique, l'bémiopie latérale, ou si, au contraire, elle produira l'amblyopie croisée, comme cela devrait être dans Thypothèse de Charcot. En faveur de cette dernière opinion, on pourrait citer une observation rapportée par Bastian, dans laquelle une lésion unilatérale des tubercules quadrijumeaux antérieurs aurait produit Tamblyopie croisée.
Mais ce fait, à l'heure qu'il est, reste isolé ; il est relaté d'ailleurs avec trop peu de détails pour qu'on puisse le considérer comme décisif.
Le nerf optique, à sa sortie du crâne, traverse, à peu près d'arrière ^û avant, le bourrelet cellulo-graisseux sur lequel repose le globe oculaire. Dans son trajet orbitaire, long de 3 centimètres environ, du tissu adipeux le sépare des muscles et des nerfs de la région. Seuls, le ganglion ophthalmique,les nerfs et les vaisseaux ciliaires sont appliqués contre lui.
Le tronc nerveux subit, en traversant la sclérotique, un étrctnylement très-manifesle ; mais, aussitôt arrivé dans la cavité oculaire, ^s fibres s'épanouissent dans tous les sens pour former la oouobe U plus interne de la rétine.
SYSTÈllB VASeUtilBE 1>U NERF OPTIQUE. 36
DanÉ tout son parcours orbitaire, il est entouré par deux gaines proieetrices : Tune, externe, fibreuse, formée par un prolongement de la dure-mère, Taecompagne jusqu'au point où il pénètre dans la sclérotique et forme en s'étalant la coucbe la plus externe de cette membrane. La gaine interne, dérivée do la pie-mère, traverse complètement la sclérotique et accompagne les fibres nerveuses Jusqu'à leur épanouissement. Sa terminaison constitue Vanneau âtléroiicalj visible à ropbthairoosoope, et les tractus qu'elle fournit à ce niveau contribuent à former la lame criblée. Les deux gaines iM>nt séparées Tune de l'autre par un espace perméable (espace lymphatique de Schwalbe) (i), qui est ferme en avant, du côté de l'extrémité oculaire du nerf, mais qui communique en arrière avec la cavité crânienne.
D'après Zinn, Wolfrang, Leber (2), le tronc du nerf optique, outre l'artère et la veine centrales de la rétine, reçoit dans son parcours, tant orbitaire qu'intra-crânien, des rameaux qui prennent naissance dans les vaisseaux du voisinage et se distribuent à la surface et dans Tépaisseur des deux gaines, d'où ïh envoient des ramuscules au tissu nerveux.
Le ohiasma et les bandelettes optiques reçoivent des vaisseaux de la pie-mère et du cerveau des rameaux analogues, auxquels Galezowski a donné les noms à'artèren optiques antérieure, médiane et postérieure. Dans l'orbite, les artères qui sont fournies aux gaines du nerf, décrites depuis longtemps par Il3rrtl sous le nom d'artères vaginaleê et interstitielles, ont été nettement séparées par lui de l'artère centrale de la rétine. Ces vaisseaux foiment dans toute l'étendue de la gatne un véritable réseau. Au niveau du trou optir que, \eeux qui sont d'origine orbitaire s'anastomosent avec les rameaux intra-erftniens qui viennent de la pie-mère et du cerveau.
Tant que le nerf optique n'a pas reçu l'artère centrale, sa nutrition s'opère donc uniquement au moyen de ces ramifications vasealaires ; mais, dès que l'arti^re centrale Ta pénétré, elle lui fournit des rameaux qui s'anastomosent avec les précédents.
L'artère centrale de la rétine, après s'être détachée de l'ophtbalmlque, soit directement, soit par 1 intermédiaire d'un tronc commun avec la elliaira postérieure externe, pénètre dans le nerf optique à une distance de i centimètre environ de sa terminaison.
Elle fournit des branches non-seulement i la rétine et à la pa*
(1} Voyei tom^ !•', p. t89.
(S) Àrékh flkr Ôpkthalm., t. XVIII, s* partie, p. «5.
pille, mais encore] à Yextrémité oculaire du nerf optique. Ces branches s'unissent d'une part en arrière avec celles qui proviennent des vaisseaux orbitcdres, et d'autre part elles s'anastomosent par l'intermédiaire de capillaires autour de la papille avec les artères ciliaires postérieures (cercle de Haller, de 2inn).Ces dernières peuvent être considérées comme la continuation et la terminaison des artères vaginales, qui rampent ainsi à la surface du nerf optique depuis son origine cérébrale jusqu'à son extrémité intra-oculaire.
Gomme on le voit, ces recherches de Leber sont en opposition avec celles deGalezowski, qui considère les fins vaisseaux auxquels la papille doit sa coloration rosée comme dérivant directement da vaisseaux de la pie-mère et du cerveau, et non de l'artère centrale.
La lame criblée, la portion intra-oculaire du nerf optique et une étroite zone péripapiUaire de la rétine, reçoivent leur nutrition à la fois de l'artère centrale et des artères ciliaires postérieures. Il importe de savoir que les communications entre ces vaisseaux se font par l'intermédiaire de capillaires et non d*artérioles. Cette disposition anatomique explique bien des points restés obscurs dans l'étude clinique de l'embolie de l'artère centrale de la rétine, et, en pcuiiculier, l'insuffisance de la circulation collatérale pour le rétablissement des fonctions de la rétine.
Pourtant, les anastomoses entre l'artère centrale de la rétine et les artères ciliaires postérieures, bien que capillaires, n'en établissent pas moins une certaine solidarité dont il faut tenir compte entre la circulation de la choroïde et celle du nerf optique. Ainsi s'expliquent l'état d'hyperémie de la papille qu'on observe parfois dans les processus congestifs de la choroïde, et aussi les altérations graves qui peuvent résulter d'une atrophie choroldienne très-étendue. D'après Leber, il n'existe pas de cercle anastomotique veineux correspondant au cercle artériel; pourtant quelques veinules émanées de la choroïde pénètrent dans l'épaisseur du nerf. Quant au réseau de la chorio-capiUedre, il s'anastomose au pourtour de l'anneau choroîdien avec les capillaires de la papille.
Les vaisseaux centraux de la rétine n^ fournissent, en général, aucune branche importante dans leur trajet à travers le nerf optique. Exceptionnellement pourtant, un ou deux rameaux pénètrent isolément à la surface de la choroïde, en dehors delà papille. Il est également très-rare qu'une artériole d*un certain volimie se détache du tronc.de l'artère centrale avant sa pénétration dans le nerf optique. Quand cette branche collatérale existe.
SYSTÈMB VASGULAIRB DU NERF OPTIQUE. 37
elle peut acquérir une importance réelle lorsque Tarière centrale de la rétine est oblitérée par une embolie.
G*est, d'ordinaire, après avoir traversé la lame criblée que Tarière centrale se divise en plusieurs branches principales ; deux d'entre elles se dirigent en haut et en dehors; deux autres, symétriquement en bas et en dehors : les premières décrivent une courbe à concavité inférieure, les secondes une courbe à concavité supérieure. C'est également au niveau du portÂS opttcus et de la lame criblée que les veinules se réunissent pour constituer le tronc de la veine centrale ; celle-ci sort du nerf optique à 3 millimètres seulement en arrière de la sclérotique, bien en avant, par conséquent, du point de pénétration de Tarière.
Les âbres du nerf optique sont réunies en faisceaux séparés les uns des autres par des cloisons de tissu fibreux émanées de la gaine interne. Avant de s'épanouir pour former la couche la plus interne de la rétine, elles traversent la lame criblée. Celle-ci n'est antre chose qu'une membrane fibro-celluleuse, constituée par des tractus conjonctifs venant les uns de la gaine interne du nerf optique, les autres de la membrane adventice des vaisseaux centraux de la papille ; ces tractus forment un vérit€d)le réseau dont les mailles livrent passage aux faisceaux de tubes nerveux. Elle se trouve à peu près sur le même plan que la chorio -capillaire et que l'anneau choroTdien ; ce dernier est formé par l'insertion périoptique de la choroïde.
A leur passage à travers la lame criblée, les âbres nerveuses perdent leur myéline pour ne conserver que leur cylindre-axe et leur gaine propre ; en subissant cette transformation remarquable, elles deviennent complètement translucides. Elles s'épanouissent ensuite dans tous les sens pour former la couche la plus interne de la rétine.
Habituellement les fibres nerveuses, à leur entrée dans Tœil, s'étalent aussitôt à la surface rétinienne sans former de saillie, sans constituer de papille proprement dite ; quelquefois pourtant un certain nombre d'entre elles, tassées les unes contre les autres, surtout à la partie interne, forment relief en ce point.
Leur distribution à la surface de la rétine n'a pas lieu d'une manière uniforme ; la moitié interne de la papille en renferme un bien plus grand nombre que la moitié externe. De gros faisceaux se dirigent en haut et en bas, suivant la direction des vaisseaux rétiniens, et, décrivant aussi des courbes à concavité inférieure et supérieure, vont se répandre dans les régions équatoriales de Tœil. Vers le centre du nerf optique, au point d'émergence
38^ MALADIES DU N£RF OPTlQUfié .
des vaisseaux rétiniens, il existe normalement une excavaiion (porus options) dont la profondeur et l'étendue sont des plus variables. En profondeur, elle s*étend jusqu'à la lame criblée, dont il est possible d'apercevoir les mailles à Tophthalmoscope ; en étendue, elle comprend quelquefois une portion considérable de la papille, sans jamais atteindre pourtant Tanneau sclérotical; de sorte qu'il existe constamment une zone circulaire de fibres ner-* veuses sur le môme plan que la rétine. C'est là, comme nous Tavons déjà vu (i), lo caractère distiiictif qui empêche de confondre les excavations physiologiques avec les excavations glaucoma-* ieuses. La papille offre des dimensions variables ; on peut estimer en moyenne son diamèti*e à i"°,6.