‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 13 sur 146 · NERF OPTIQUE VU A L'OPUTUALMOSGOPE · texte numérisé non relu

NERF OPTIQUE VU A L'OPUTUALMOSGOPE

se rendre oompte. Ainsi^ chez les individus blonds, où la couche épithéliale de la choroïde est peu pigmentée, la papille, dont la coloration se rapproche de celle du fond do Toeil, parait beaucoup plus injectée que chez les personnes brunes ; chez celles-ci, au contraire, le fond de Tœil étant beaucoup plus sombre, le disque nerveux se détache plus vigoureusement et parait plus blanc. Enfin, rappelons qu'il existe normalement de grandes variétés d'aspect des nerfs optiques. On a cité des cas de décoloration congénitale qui auraient pu en imposer pour des atrophies, si l'absence complète de troubles fonctionnels et l'intégrité de la vision n eussent empêché la méprise.

Quand Tobservateur accommode de façon avoir très-nettement la surface de la papille, il y distingue habituellement trois zones.

La première, placée au centre, au point d'émergence des vaisseaux rétiniens [porus opficus), se j)résente sous forme d'une tache blanchâtre formée par la lame criblée, complètement à découvert en ce point. Elle correspond à une excavation physiologique qui peut être plus ou moins grande, mais ne s'étend jamais jusqu'aux limites de la pa})ille. En accommodant de façon à pénétrer avec le regard jusqu'au fond de cet infundibulum, on aperçoit la lame criblée traversée par les faisceaux nerveux, qui apparaissent comme un pointillé grisâtre.

La deuxième zone, concentrique à celle-ci, et dont l'étendue est en raison inverse des dimensions de la première, offre une teinte plus rosée; elle est formée par Tépanouissement do fibres ner» veusés, et parcourue par de nombreux capillaires.

Enfin, plus en dehors, à la périphérie de la papille, on aperçoit un cercle blanchâtre d'une faible largeur, qui constitue la troisième zone, et qu'on nomme Vanneau sclérotical.

Cet anneau n'est autre chose que rexirémité de la gaîne interne du nerf optique, dont les fibres arrivent jusqu'au niveau de la chorio-capillaire, avant de se rejeter en dehors pour aller former la couche interne de la sclérotique. Vue de face, cette gaîne fibreuse cylindrique se présente sous la forme d'un anneau dont la largeur est variable. 11 est toujours plus large et plus apparent du côté externe que du côté interne, parce qu'il est moins masqué pai* les fibres nerveuses, plus rares en dedans qu'en dehors. Quelquefois, cet anneau n^est pas complet; il semble interrompu en certains points. £n dehors de lui, du côté externe de la papille, on trouve quelquefois un liséré noirâtre affectant la forme d'un croissant, désigné sous le nom A'anneau choroïdien^ qui marque la limite de séparation de la choroïde et du nerf optique. D'après de

Jeeger, Tanneau choroïdien serait beaucoup plus fréquent chez les enfants que chez les personnes âgées.

La papille est à peu près circulaire; parfois, pourtant, elle présente la forme d'un ovale très-allongé dans un sens ou dans un autre. Cet aspect peut être dû, ou bien à ce qu'elle possède réellement cette forme, ou bien à une fausse apparence produite par de l'astigmatisme. Il existe un moyen simple de savoir à laquelle de ces deux causes est due la déformation. La papille estelle réellement ovale, son aspect reste le même, soit qu'on l'examine à l'image droite ou à l'image renversée ; si, au contraire, la forme ovale est le résultat d'un astigmatisme plus ou moins prononcé, le sens du grand diamètre de l'ovale change avec le mode d'examen. Ainsi, par exemple, si le grand diamètre de l'ellipse est vertical à l'image renversée, il devient horizontal à l'image droite, et réciproquement.

La grandeur apparente de la papille varie avec l'état de la réfraction de l'œil observé et la force dioptrique du verre employé pour l'examen. Chez les hypermétropes, la papille paraît beaucoup plus grande que chez les myopes ; de même ses dimensions sont d'autant plus considérables que la lentille employée est pbà» faible, La dimension maximum est donnée par l'examen à l'image droite.

Les vaisseatAX émergent un peu en dedans du centre de la papille. Le point de bifurcation de l'artère centrale est tantôt visible, tantôt caché. Quand ce vaisseau se divise avant d'avoir traversé la lame criblée, ses branches principales sortent isolément à la surface de la papille. Quand il ne fournit des rameaux qu'à sa sortie du nerf optique, le point d'émergence, vu de champ, apparaît comme une petite tache d'un rouge sombre.

L'artère centrale de la rétine se divise en plusieurs branches secondaires dont le nombre et la disposition varient presque à Tinfini avec chaque individu.

Dans la grande majorité des cas, on peut distinguer quatre rameaux principaux : deux se dirigent en haut et en dehors en décrivant une courbe à concavité inférieure ; deux autres se rendent en bas en décrivant des courbes à concavité supérieure. A mesure qu'ils s'éloignent de leur point d'émergence, ces vaisseaux fournissent des artérioles secondaires de plus en plus grêles qui vont se distribuer aux régions équatoriales de la rétine.

Les veines suivent le même trajet que les artères, en devenant de plus en plus volumineuses à mesure qu'elles se rapprochent de la papille ; elles forment également quatre troncs principaux qui se

INFLUENCE DES AFFECTIONS CÉRÉBRALES. 4i

réunissent plus ou moins profondément dans l'épaisseur du nerf optique pour constituer la veine centrale.

Il est facile, en examinant la papille avec un grossissement sufîis^tnt, à l'image droite, par exemple, ou bien avec une lentille convexe n^2 i/2*ou 3 à Vimage renversée, de distinguer les artères des veines.

Les artères ont une coloration rouge clair, tandis que les veines sont rouge sombre ; cette différence de teinte est due sans doute h, la qualité différente du sang qui remplit ces deux ordres de vaisseaux.

Le calibre des artères est un peu moindre que celui des veines. Enfin, tout le long du trajet des artère^^, on aperçoit, dans leur milieu, une raie brillante blanchâtre qui n'existe pas dans les veines. Voici, d'après de Jaeger, l'explication de ce phénomène. Au moment où on éclaire le fond de l'œil, les rayons lumineux contenus dansle/)/aR vertical antéro-postérieur rencontrent la surface cylindrique de l'artère suivant une de ses arêtes, se réfléchissent directement en arrière et donnent à l'observateur la sensation d'une ligne fortement éclairée. Au contraire, les rayons lumineux qui tombent sur les parois latérales du vaisseau, étant réfléchis obliquement, ne parviennent pas à l'œil de l'observateur, d'où la teinte plus sombre des parois. Ce qui confirme la justesse de cette explication, c'est que si l'artère, au lieu d'être éclairée de face, est éclairée de côté, la raie brillante se déplace latéralement dans le même sens que l'observateur.

Si cette raie brillante fait défaut dans les veines, c'est parce que ces vaisseaux ont des parois moins rigides et plus aplaties que les artères ; mais, dans quelques cas exceptionnels où la tension in- ^-veineuse augmente suffisamment pour modifier leur calibre et les rendre cylindriques, le même phénomène peut également se produire.

VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE DE L'ASPECT DU FOND DE L'CEIL DANS 1^ AFFECTIONS CÉRÉBRALES ET LES MALADIES GÉNÉRALES.

La découverte de l'ophthalmoscope fit naître l'espérance de ^uver dans l'examen du fond de l'œil des signes nouveaux et précis capables de nous renseigner sur l'état de l'encéphale. Le

nerf optique, en effet, étant en rapport par Tintermédiedre des bandelettes optiques avec les parties centrales du cerveau, il était naturel de penser que les processus morbides développés dans cet organe retentissent de proche en proche jusqu'à la papille.

Cette idée théorique fut mise à profit par quelques médecins; plus épris de la nouveauté que derobser\^ation clinique rigoureuse, ils attribuèrent à chaque affection cérébrale un aspect particulier plus ou moins fantaisiste de la papille. En fait, malgré les nom* breuses recherches entreprises dans ces derniers temps sur ce sujet, Ton peut affirmer que la question est encore peu avancée et que les résultats n'ont pas répondu jusqu'ici aux espérances qu avaient fait naître les premières obseiTations.

Pourtant un certain nombre de faits importants sont dès à pré* sent définitivement acquis ; nous allons les passer en revue rapidement.

Quelques auteurs affirment que l hyperémie cérébrale retentit sur la papille et que Tétat congestif du fond de Toeil, constaté à ropbthalmoscope, permet de conclure à l'état congestif de Tencéphale.

Il semble rationnel, en effet, au premier abord, en raison des liens anatomo-physiologiques qui unissent le nerf optique aux centres nerveux, qu'il en soit ainsi. Mais Tobservation clinique infirme ces données hypothétiques, car dans bien des cas où Texistence de lésions cérébrales ne peut être mise en doute, Texam^n du fond de Tœil ne présente rien d'anormal.

On se rendra compte de cette contradiction apparente entre la théorie et les faits, si Ton songe que Je système vasculaire du nerf optique est relativement indépendant de celui de Tencépbale (voir p. 36). De plus, dans le premier volume (p. 385), nous avons signalé les expériences récentes qui démontrent surabondam* ment que les troubles les plus considérables de la circulation df la tête n'ont presque pas d'influence sur Tétat du fond de Tœil. C'est ainsi qu'après la section de la carotide, l'état des vaisseaux de la papille ne change pas immédiatement ; il faut qu'une quantité considérable de sang se soit écoulée pour que la diminution de leur calibre devienne manifeste.

Cependant, si dans les maladies inflammatoires du cerveau et des méninges les symptômes congestifs de la papille font souvent défaut, ou sont tellement peu accusés qu'ils échappent à nos moyens d'investigation (le grossissement de l'image n'étant peutêtre pas suffisant), il n'en est pas moins vrai que dans certains cas la papille présente quelques caractères particuliers, qu'il est bon de signaler.

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