‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 16 sur 146 · I . Archivfur Ophthalmplogie, l. XIX, 3« i»arli(\ p · texte numérisé non relu

I . Archivfur Ophthalmplogie, l. XIX, 3« i»arli(\ p

c soin sont seules acceptables. Dans un grand nombre de cas do tumeurs, il est noté que la vision n'était pas atteinte, et par 8iiit;e qu'il n'existait aucune lésion du fond de Toeil. En raisonnant ainsi, on s'expose à méconnaître Texistcnce de véritables névrites, qui ne provoquent parfois, ainsi qu'il a été cliniquement démontra, que des troubles fonctionnels insignifiants.

Il faut donc, dans le débat actuel, rejeter tous les cas où Texanken ophthalmoscopique a été négligé, t*t se réserver à l'avenir d'^itplorer constamment le fond de l'œil dès le début de la maladie.

Une autre cause d'erreur est venue eiu'ore jeter quelque confusion sur cette question controversée. Quelques auteurs ont signalé l'atrophie simple, et non rinnamination des nerfs optiques, cOTnmeon symptôme des tumeurs du cerAcau. Or, nous avons vu q^e si d'habitude l'atrophie consécutive à une névrite présente des ceix*actères ophthalmoscopiques particuliers, qui ne laissent aucun doute sur son origine, il est, par exception, quelquefois impossible de la différencier de l'atrophie simple. Voici une observation d*Hutchinson (1) qui prouver le fait d'une façon péremptoire. Il s'cigiMait d'un malade atteint d'une tumeur cérébrale ; la papille, examinée à l'ophthalmoscope au début de Taffection, présentait I^s caractères d'une névrite franche en pleine évolution ; plus tard ^ rongeur et la suffusion péripapillaire disparurent, les hémori^agies se résorbèrent, et les nerfs opti({ues s'atrophièrent. L'aspect de la papille devint tel (]u'il était impossible à un observa* ^^Ur non prévenu de reconnaître qu'il ne s'agissait pas là d'une û^trophie simple. Cet exemple prouve évidemment qu'un certain ^^oinbre d'atrophies consécutives à des névrites ont dû être prises pour des atrophies simples.

Ija névrite optique constitue donc un symptôme important dans le diagnostic des tumeurs du cerveau, mais là se borne sa valeur ^^méiologique, et l'aspect du fond de l'œil ne peut nous rensei- SOerni sur le siège, ni sur le volume, ni sur la nature de la tumeur. ï^e docteur Jakson (ioc. cit.) affirme pourtant que la névrite optique, accompagnée île convulsions unilatérales, dénote que la tameur occupe le voisinage du corps strié. Voici ses paroles :

«L'association de cesdoux symptômes, névrite optique et convulsions commençant d'un seul c(Mé, mérite d'attirer l'attention des médecins qui s'occupent des maladies nerveuses, et des ophthalinologistes. Us doivent mettre en eouimun h'urs eo^nflissance^

^ Opktka^thie Hospital l{«\*orti, \. V. p. 09.

et faire des efforts réciproques pour arriver à déterminer le siège de la lésion encéphalique qui donne naissance à ces symptômes complexes. Les uns ne doivent pas se contenter de dire que le malade est amaurotiqùe, sans mentionner les altérations intra-oculaires ; les autres ne doivent pas se tenir pour satisfaits quand ils ont déclaré que la névrite optique est associée à des convulsions épileptiformes. Il faut qu'ils précisent avec soin le siège, le mode d'apparition, la manière d'être de ces convulsions. C'est ainsi que, d'après mes observations, la névrite optique existant simultanément avec des couMilsions commençant dans une main est symptomatique d'une tumeur siégeant dans la région de l'artère cérébrale moyenne, c'est-à-dire dans les circonvolutions voisines du corps strié. Il se passe ici quelque chose d'analogue à ce que Ton observe dans les cas de sensations subjectives de l'olfaction accompagnées d'une perte de connaissance momentanée. Les troubles de l'innervation résultent alors de troubles circulatoires survenus dans le département de Tartère cérébrale antérieure, qui fournit au bulbe olfactif, à plusieurs circonvolutions antérieures, ainsi qu'à une partie du corps calleux. »

La névrite optique symptomatique existe le plus souvent des deux côtés; quelquefois elle peut être unilatérale. Un malade fut atteint d'hémiplégie du côté droit, bientôt suivie d'une névrite optique de l'œil du même côté. L'on songea tout d'abord à une hémorrhagie cérébrale: mais, quand le docteur Jakson (loc, cit,) eut découvert la névrite optique, il diagnostiqua une tumeur de l'hémisphère cérébral gauche. L'autopsie confirma ce diagnostic.

Pathogenie. — L'on a eu fréquemment l'occasion de rechercher à l'autopsie les lésions de cette forme particulière de névrite, et c'est avec surprise qu'on les a trouvées constamment limitées à Textrémité intra-oculaire des nerfs optiques restés intacts dans leur trajet orbitaire et intra-crânien. Plusieurs théories ont été mises en avant pour expliquer l'apparition de cette névrite si singulièrement circonscrite à Textrémité intra-oculaire du nerf. De Grœfe raisonnait ainsi : « Lorsqu'une tumeur se développe dans la cavité du crâne, elle doit nécessairement augmenter la tension intra-cr&nienne et modifier, par suite, la circulation dans les sinus caverneux; de là le trouble circulatoire retentit de proche en proche jusqu'à la veine centrale, de la rétine qui, par l'intermé-

diaire de la veine ophthalmique, se rend dans ce sinus. A ce trouble circulatoire, à cette gêne du sang en retour succèdent rimbibition et le gonflement delà papille. Le nerf optique traversant la sclérotique, et se trouvant bridé par ce tissu fibreux qui gêne son expansion, se boursoufle rapidement et s'enflamme. »

Gomme on le voit, de Grœfe attachait une grande importance au rôk de Fanneau sclét^tical, et il avait donné à cette forme particulière de névrite le nom de névrite par étranglement. Mais si l'on songe que la névrite se montre parfois avec des tumeurs extrêmement petites, modiflant peu la circulation des sinus caverneux; si Ton tient compte des recherches de Seseman, qui a démontré que fréquemment la veine centrale de la rétine, au lieu de se rendre dans le sinus caverneux, s'anastomose largement avec les veines de la face, il devient difflcilo d'admettre sans réserves cette théorie.

Dans ces derniers temps, Schwalbe ayant fait connaître que Tespace perméable existant entre les deux gaines du nerf optique (espace vaginal) communique avec la cavité arachnoïdienne,. cette disposition anatomique servit aussitôt de point de départ à une théorie nouvelle : ce serait le liquide sous-arachnoïdien qui, repoussé dans cet espace fermé, s'y accumulerait et occasionnerait tous les accidents par compression directe des troncs nerveux. Malbeureusement Tanatomie pathologique a contredit formellement cette djmière hypothèse ; car, dans plusieurs autopsies, Tespace vaginal ne renfermait pas la moindre trace de liquide.

n paraît difficile, dans Tétat actuel de la science, de fournir Texplication rationnelle de celte curieuse lésion, et de saisir le lien anatomo-pathologique qui associe la névrite à la présence de tumeurs ^ns le crâne. Si j'avais à émettre une opinion sur ce sujet délicat, je dirais tout d'abord que les diverses causes d'ordre purement naécanique invoquées jusqu'ici me semblent devoir être rejetées. I^ans les cas avérés, en eflTet, où le nerf optique est comprimé <^ectement, comme dans lespériostitesintra-orbitaires, Térysipèle phlegmoneux de l'orbite, les hémorrhagies survenues entre les deux gaines du nerf, on ne voit rien se produire qui ressemble ^^ quoi que ce soit à cette forme de névrite. Il n'y a ni gonflement ni boursouflement de la papille, les vaisseaux s'amincissent graduellement, le nerf se décolore et présente peu à peu les ^î^ractères de l'atrophie simple.

Au lieu d'une simple action mécanique, je crois plutôt qu'il s'agit »Ci dune altération profonde de la nutrition, d'un véritable trouble Ifopbique, qui éclate à l'extrémité intra-oculaire du nerf. Je rappro-

cherais volontiers ce phénomène pathologique des résultats obtenus par Claude Bernard dans une expérience récente. On sait que la section du trijumeau dans l'intérieur du crâne au-delà du ganglion de Casser provoque des troubles nutritifs dans les régions où se répandent les branches terminales de ce nerf; des ulcérations de la cornée, de la conjonctive, de la langue, etc., se montrent rapidement. Tous les auteurs avaient crujusqu'ici que ces troubles nutritifs étaient consécutifs h la dégénérescence graisseuse du tronc nerveux sectionné ; Claude Bernard a prouvé qu'il n'en est rien. Examinées en effet au microscope, les fibres nerveuses delà cinquième paire, dont la nutrition n'a pas souffert, grâce à la conservation du ganglion de Casser, ne sont nullement dégénérée» et se montrent avec leur structure normale. Les troubles nutritife qui éclatent à l'extrémité périphérique du nerf ne sont donc pat imputables à la dégénérescence graisseuse des fibres elles-mêmes, mais probablement à la section des vaso-dilatateurs ou vaso-constricteurs qui les accompagnent.

Quels sont les éléments nerveux qui, dans l'intérieur du crâne, président d'une façon analogue à la nutrition de l'extrémité intraoculaire du nerf optique? C'est ce qu'il est impossible de préciser. Quoi qu'il en soit, on est en droit de supposer que ces éléments sont multiples et répandus un peu partout dans l'encéphale, puisque la névrite optique périphérique se montre quel que soit le siège ou l'étendue de la tumeur.

NÉVRITE DESCENDANTE.

De Crœfe s'est servi de ce nom pour désigner l'inflammation du nerf optique propagée par continuité de tissu depuis la base de l'encéphale, où elle a son origine, jusqu'à l'extrémité intra-oculaire du tronc nerveux.

A rophthalmoscope on constate, dans cette affection, une trèslégère proéminence de la papille, qui a perdu sa teinte blanchâtre légèrement rosée pour prendre un aspect grisâtre mélangé de rouge. De plus, toute la surface du nerf optique est envahie par une opacité dilfuse s'étendant à la portion adjacente de la rétine sur une largeur de 5 à 6 millimètres, pour se perdre peu à peu vers les régions périphériques. Les art^^es sont amincies; quelquefois on aperçoit des pulsations spontanées dans le tronc central. Les veines sont fortement dilatées et de petites ecchymoses existent le long de leur trajet, à la surface ou dans le voisinage de la papille.

NÉVRITB DESCENDANTE. 59

Gomme on le voit, ces caractères ont plusieurs points de ressemblance aTCO ceux qui ont été assignés à la névrite par étranglement; aussi est-il quelquefois difficile d'établir un diagnostic différentiel entre ces deux affections au moyen de Toplithalmoscope seul. Pourtant, dans la névrite descendante, le gonflement, le boursouflement, la saillie de la papille, sont toujours moim accusés que dans la névrite des tumeurs. Les lésions inflammatoires y sont aussi moins apparentes, et il est plus rare d'y constater la présence d'exsudats et d'ecchymoses. Enfin, l'inflammation est pour ainsi dire plus diffuse, et au lieu do se limiter à la papille ellemême, elle se propage de proche en proche dans une certaine étendue de la rétine pour s'éteindre insensiblement vers les régions périphériques.

Les troubles fonctionnels sont des plus variables, et souvent peu en rappoH avec les lésions révélées par rophthalmoscope ; dans certains cas, en effet, la cécité peut (^tre complète, absolue, alors que le fond de Tœil ne présente presque pas d'altération; dans d'autres cas, au contraire, la vision u très-peu souffert, et pourtant le nerf optique, examiné à rophthalmoscope, paraît être lenige d*une inflammation des plus vives.

La névrite descendante a été observée le plus souvent à la suite de méningo^encéphalite de la base, quelquefois on Ta vue se développer à la suite d'un processus inflammatoire ayant pris nais* sance dans le périoste ou le tissu cellulaire de la cavité orbitaire, d'où il s'était propagé à la gatne flbreuse et au tissu propre du nerf optique. C'est probablement à une lésion de cette nature et à Tatrophie qui en est si souvent la conséquence qu'il faut rattacher 1a cécité observée parfois à la suite du phlegmon de l'orbite.

Dans la névrite descendante, le processus morbide intéresse fonte retendue des nerfs optiques, depuis leur terminaison intraoculaire jusqu'à leur origine intra-crânienne ; le chiasma et les bandelettes sont également altérés jusqu'à leur émergence des centres nerveux.

A l'autopsie, Virchow (1) a constaté un hypertrophie considérable de la membrane, adventice des vaisseaux et du névrilème ; ïa plupart des fibres du nerf optique étaient plus épaisses iju'à l'état normal, beaucoup étaient variqueuses et munies de prolongements fusiformes ; derrière la lame criblée on trouvait une prolifération de cellules et de noyaux dans le tissu interstitiel.

Une altération particulière cxistnit aussi dans h's couches ner-

(t) Archiv fUr Ophthalm., t. XII, i« partie, p. 117.

veuses de la rétine jusqu'au voisinage de la papille. Les graim des deux couches granuleuses avaient augmenté de volume et étaient serrés les uns contre les autres; la couche inter-granoleuse présentait des stries perpendiculaires à la surface rétinienne, et on y trouvait un grand nombre de fibres fines et résbtantes munies de prolongements fusiformes et variqueux.

La valeur séméiologique de la névrite descendante n'est pas aussi considérable qu'on pourrait le croire au premier abord pour le diagnostic et la localisation des maladies cérébrales.

D'une part, en effet, cette affection fait souvent défaut, alors que d'autres symptômes ne laissent aucun doute sur l'existence d'une inflammation des méninges de la base. Et d'autre part, quand elle existe, il est quelquefois difficile de la différ(»ncier de la névrite simple idiopathique et de la névrite par étranglement.

L'examen du fond de l'œil n'acquiert donc une réelle importance que lorsqu'il concorde avec d'autres symptômes cérébraux; il peut alors servir à établir le diagnostic d'une affection inflanmiatoire de la base de Tencéphale.

Le pronostic dv. la névrite descendante n'est pas toujours le même, il varie avec les conditions pathologiques qui la font naître et leur reste subordonné. On a vu des cas où les malades ont guéri de leur affection cérébrale, tandis que l'inflammation du nerf optique aboutissait à une atrophie complète. Quand la maladie se termine ainsi, l'atrophie présente encore certains caractères distinctifs, tels que l'effacement des bords de la papille, l'amincissement des artères, la conservation du calibre des veines, qui permettent de la différencier de l'atrophie simple.

Le traitement local n'occupe ici qu'un rang tout à fait secondaire ; l'on doit se borner, si l'état du sujet le permet, à quelques . déplétions sanguines à la tempe, au moyen de la ventouse Heurteloup. Tous les efforts de la thérapeutique doivent être dirigés contre l'affection cérébrale qui est le point de départ des accidents oculaires.

NÉVRITE RÉTRO-BULBAIRE.

Nous donnons ici le résumé des travaux dedeGrœfe(l)sur cette (juestioii. — Tout en tenant grand compte des idées de cet éminent clinicien, nous ferons remarquer que l'existence de la névrite

(1) Leçons d$ clinique ophthalmologique, publiées par le docteur Meyer.— Paris, 1R67.

NÉVRITE RÉTRO-BULBAIRE. 61

rétro-bulbaire n'est encore qu'une hypothèse, hypothèse ingénieuse sans doute, mais passible de bien des objections. Les recherches les plus récentes, au lieu de confirmer la réalité de ces faits, tendent à prouver qu'un certain nombre d'entre eux au moins doivent être considérés comme des hémon*kagies du nerf optique. Aussi nous engageons le lecteur, quand il aura lu les lignes qui suivent, à se reporter au chapitre consacré à cette dernière affection. Voici les paroles de de Grœfe :

«Il est des cas de cécité soudaine dont la pathogénie est encore fort obscure et qui s'obser\'ent tantôt dans le cours de certaines maladies générales, rougeole, scarlatine, etc., tantôt à la suite dliéinorrhagies abondantes, hématémèse, mélaena, quelquefois, enfla, sans altération notable de la santé.

t Le champ visuel s'obscurcit rapidement avec ou sans chromopâes et photopsies, et la vision disparaît complètement en quelques jours. Le plus souvent les lésions se présentent symétriqueaient sur les deux yeux, on ne connaît qu'une observation où un œS resta pris isolément.

• La pupille est très-dilatée. A l'ophthalmoscope on trouve des altérations incontestables, mais peu prononcées et transitoires, de lapapille: son tissu est comme voilé par une opacité diffuse et très-légère qui se propage sur la rétine avoisinante. Le niveau de lapapille est normal ; s'il s'élève un peu, ce n'est que pour quel- (pies jours.

« Les artères sont amincies, mais la pression du doigt sur l'œil provoque des pulsations qui sont un signe certain de la conservation d'une circulation non interrompue.

«L'afflux sanguin est seulement diminué, diminution qui d'ailleurs ne peut être bien notable quand les vaisseaux sont perméables, et qui certes n'explique pas l'abolition complète des fonctions. Toutes les analogies militent du reste contre cette supposition. D'abord, nous savons par Donders qu'à la suite d'une pression ttercée sur l'œil sain, les fonctions visuelles ne sont suspendues <lne lorsque l'arrivée du sang dans la rétine, au lieu de se faire d'une manière continue, se fait d'une manière interrompue (pulsations sur la rétine). De plus, l'application de ce fait à la pathologie a été limitée encore par des observations qui ont prouvé V^e, dans plus d'une condition, l'afflux du sang peut devenir intermittent, sans que les fonctions soient abolies (par exemple dans I* glaucome, les tumeurs de l'orbite, la névrite). Enfin, j'ai acquis dernièrement la conviction, en étudiant la circulation du fond de iQ^l pendant la période asphvxique du choléra, que m^me les

degrés prononcés d'ischémie bien constatée ne diniinaeiit|Mi»ooiir sidérablement la force visuelle, quoique dans le cas particulier le défaut d'oxygène dans le sang augmentât les chances d'une suppression des fonctions.

(c Voilà les raisons qui me font admettre que ni rischémie primitive par elle-même, ni les altérations légères de la papille que nou constatons dans les cas en question, ne peuvent expliquer d'une manière satisfaisante la perte absolue de la vision. D'un antre c6té,rabsence complète de troubles cérébraux écartant l'idée d*une affection des centres, nous sommes obligés de localiser le foyer de la maladie dans les troncs des nerfs o[>tiques.

« Je pourrais encore appuyer mon hypothèse sur des obsenrakkM se rapportant aux lisions du tissu cellulaire intra-orfoitaire. Dens des cas d'abcès rétro-bulbaires de nature érysipélateuse et métastatique, ou bien observés à la suite de blessures et d'opératioiit intéressant Torbite, j'ai vu plusieurs fois survenir^ dans le conraoi de quelques heures ou de quelques jours, la perte complète de li vision du côté malade. Dans ces cas, j'ai pu constater parfois aïK névrite évidente, d'autres fois des altérations très-peu prononcées de la papille.

(( La marche de cette affection présente des analogies awc eeik de la névrite vraie. Dans les deux affections, la perception quaatitative de lumière peut se recouvrer après une cécité proloogéet parfois la guérison est complète ; d'autres fois la vision teste par due, et il se développe rapidement une dégénérescence alropliiqne; enfin il peut se faire que la guérison reste incomplète et que Is nerf subisse une atrophie partielle. »

Voici deux observations rapportées par de Grsfe^ et eoBSÎddrées par lui comme des exemples de névrite rétro-bulbaire.

Anna P..., âgée de trois ans et demi, entra à la Clinique le 1 déeentei i8?>â. Son père, médecin, nous raconta que l'enfant, sauf unelégière broi* chite et la rougeole, s'était bien portée pendant les deux premières annéei de sa vie. On avait toujours observé une sécrétion exagérée de la maqumise nasale.

Dans le milieu de novembre iSGÎ, Tenfant fut attemte d'angine foiirfl* laire non diphthéritique et guérie an bout de quelques jours. L'enfimt S^ portait bien, mais la sécrétion de la moqueuse nasale avait cessé. Le3d^ eembre, vers le soir, l'enfant tout à coup ne pat plos distinguer 4e objets; le 4, elle regarde au-dessus des objets qn'elle ve«t 6xer(

NEVRITE RÉTRO-BULBAIRE. 63

la vision centrale, probablement aussi paralysie de la moitié inférieure de la rétine); cependant elle marche encore seule. En même temps elle prétend voir, remplissant la chambre, une fumée épaisse dans laquelle s'agitent continuellement des gouttes rouges et des boules de feu, surtout dans les régions supérieures (espace en relation avec la moitié paralysée de la rétine); le 5, en se réveillant, la petite malade est complètement aveugle. Le père observa ce jour, aiusi que le lendemain, une augmentation de la dilatation pupillaire avec immobilité absolue de l'iris.

Le 8 décembre, je constate l'état suivant : la petite iille, un peu pâle, jouit d'une bonne santé; pouls à 108 et de tension moyenne, température du corps normale. Absence complète de toute perception quantitative de lumière; .les pupilles sont dilatées au maximum, immobiles à la lumière, et présentent des oscillations de peu d etetidue pendant les mouvements du globe. La papille optique est légèrement tuméfiée et grisâtre ; l'opacité se propage sur la rétine avoisinante, jusqu'à 3 millimètres à peu près du bord delà papille; quoique légère, elle estasses prononcée pour masquer la limite choroîdienne du nerf optique plus qu'il ne faudrait pour que cet aspect puisse rentrer dans les variations physiologiques. Les artères de la rétine sont amincies et présentent des pulsations déjà u une légère pression du doigt sur l'œil. Les veines, tortueuses et élargies, montrent cependant, à cause de la ténuité de l'opacité, des contours tranchés; on n^aperçoit pas d*apoplexies rétiniennes.

Le i9 décembre, on constate pour la première fois le retour de la perception lumineuse quantitative, dont il n'y avait pas encore trace le 46, c'est-à-dire onze jours après le début de la cécité. Le 31 décembre, la petite malade peut compter et possède un champ visuel d'une étendue assez notable (l*lge de l'enfant ne permet guère des constatations de détail). Au milieu du mois de janvier, l'enfant reconnaissait déjà des objets assez fins, et en même temps il restait à peine des traces des altérations visibles à l'ophtbalmoscope, qui d'ailleurs avaient commencé à disparaître, môme avant le retour des fonctions de l'œil. Au mois de juillet 4866, le père m'annonça la stabilité de la guérîson.

lie traitement se composa d'abord de remploi du calomel (I centigramme trois fois par jour), de frictions locales avec une pommade mercuriello, de VattouchemeAt de la muqueuse du nez avec le sulfate de cuivre et du repos absolu dans une chambre obscure. Le traitement étant resté sans résultats jusqu'au 16 décembre, je pratiquai sur l'œil gauche une iridectoroie par t en haut, parce qu'à cette époque j'étais encore disposé à regarder un arrêt I delà circulation artérielle (soit thrombose, soit ischémie) dans la papille comme cause fondamentale des accidents.

Pour établir un parallèle, je n'avais opéré que d'un côté. En examinant, le 19, les yeux de l'enfant, je constatai, à ma grande joie, l'existence de la perception lumineuse ; mais je trouvai, à ma grande stupéfaction, que cette perception venait surtout de Fœil non opéré, lequel continua à marcher plus rapidement vers la guérison. Nul doute que l'opération ne fût pour nen dans l'amélioration. D'ailleurs l'observation que nous avons faite, que

dans ces cas la première perception quantitative de lumière ne se montre souvent qu'après la première ou la seconde semaine, doit aussi mettre en garde contre des illusions au sujet de l'efficacité des moyens employés. Nous demeurons également dans le doute au sujet de l'utilité du traitement mercuriel, mais en tout cas on admettra plus facilement Tliypothèse d'un effet consécutif de ce médicament que celle d^un effet de l'opération sur les deux yeux, et de préférence sur Toeil non opéré.

Emma S..., de Magdebourg, âgée de huit ans, a eu, il y a plusieurs an* nées, des kératites ; elle est d'une constitution délicate, mais du reste bien portante. En 1864. au mois de janvier, elle a eu une rougeole s'accompagnant de bronchite, de toux violente, mais qui du reste suivit une marche régulière. Le 10 février, pendant sa convalescence, elle joue avec d'autres enfants sans manifester la moindre faiblesse de la vue. Le 12, on s'aperçoit pour la première fois qu'elle a de la difficulté à reconnaître des objets fins ; le 13, elle lit péniblement la lettre d'une petite amie, en l'approchaDt beaucoup de ses yeux; le 14, elle ne reconnaît plus que des objets très* grands; le 15, dans la matinée, elle ne distingue que le grand jour, et le suir du même jour elle était complètement aveugle. Le médecin, docteur V..., qui donna des soins à la petite malade, constata le lendemain l'absence complète de toute perception lumineuse dans les deux yeux; cette perception ne commença à revenir qu'au bout d'une semaine. Moi-même j'ai vu l'enfant à la fin de la seconde semaine, lorsqu'elle pouvait déjà reconnaître de grands objets, et je ne constatai plus qu'une opacité diffuse et excessivement légère de la papille et de la rétine avoisinante; on aurait peut-être pu rester dans le doute sur la signification pathologique de ce trouble, s'il n'avait pas successivement disparu pendant la semaine suivante. Les artères ne présentaient rien d'anormal dans ce cas, les veines étaient très-larges, mais peu tortueuses; la pupille était dilatée, mais réagissait déjà à la lumière. L'amélioration faisait des progrès rapides, et huit semaines après le début de l'affection oculaire, la guérison était complète. Le traitement, pendant lequel la perception de lumière reparut, avait consisté dans les antiphlogistiques et dérivatifs; plus tard on ne fit presque plus que de l'expectation.

NÉVRITE STPHILITIQUB.

Avant la découverte de rophthalraoscope, on désignait sous le nom d'amaurose syphilitique une affection de )a vue de nature spécifique dont les lésions mal connues étaient placées indistinctemont, et pour ainsi dire au hasard, dans la choroïde, la rétine ou le nerf optique.

NÉVRITE SYPHILITIQUE. 6îi

Depuis une vingtaine d'années, un certain nombre de mémoires importants dus à de Grœfe, Fœrster, Hutchinson, Galezowski, ont paru sur ce sujet. La choroïdite, la chorio-rétinite, la rétinite syphilitique, attirèrent d'abord l'attention, mais on fît peu mention de la névrite spécifique. Cependant cette manifestation de la syphilis est relativement assez commune; on en trouvera de nombreux exemples dans un intéressant travail de Drouinfl).

Caractères ophihalmoscupiqttes. — La papille présente une coloration rouge sombre ; elle est diffuse et s(» dérobe facilement à Texamen, parfois même il n'est possible de distinguer que le point d'émergence des vaisseaux, le disque papillaire se de.vine alors plutôt qu'il ne se voit, tant ses contours sont effacés et se perdent insensiblement dans les parties voisines. La suffusion, le trouble nuageux qui recouvre la papille, s'étendent quelquefois plus ou moins loin sur son pourtour; il y a alors, à proprement parler, plutôt névro-rétinite que névrite.

Les artères et les veines, paraissent plus grêles qu'à l'ordinaire, probablement parce que l'infiltration qui envaiiit l'extrémité intraocnlaire du nerf optique les masque et les rend moins distinctes.

Symptômes f&nctionnels. — Au début, les objets semblent enveloppés d*un léger brouillard qui devient par la suite de plus en plus épais et nuageux. Les malades sont tourmentés par des sensations lumineuses subjectives : ils aperçoivent des lueurs, des étincelles, des cercles lumineux, etc.; la vision baisse progressivement et, au bout de quelque temps, la perception lumineuse qualitatire persiste seule. L'affection débutant très-fréquemment sur un seul œil, les malades ne s'aperçoivent quelquefois de leur infirmité que lorsque le second œil est affecté à .<on tour. Le trouble fonctionnel est en général beaucoup plus accusé que dans les antres formes de névrite ; il est rare que les lésions ophthalmoscopiques soient considérables sans que la vision ait baissé d*une manière très-sensible.

De même que dans les autres variétés de névrite, la perception des couleurs est relativement bien conservée, elle disparaît peu à peu lorsque la vision, venant à diminuer, la distinction des objets eux-mêmes devient impossible.

Diagnostic. — Il est extrêmement rare de voir se produire dans la névrite spécifique soit des hémorrhagies, soit des exsudats. C'est là un caractère négatif fort important, car il empêche de

(1) Aurff «nr Us léiions typhUiiiques des membranes frofonâes de l'ie^i, TUv^ de Puis, i876.

Amme. ÊhU. ées ifwx. T. II. Ô

la confondre avec les névrites symptomatiques de lésions cérébrales. Dans ces dernières, en effet, les troubles vasculaires dominent, les veines sont dilatées, tortueuses, on observe des hémorrhagies tantôt discrètes, tantôt abondantes, des exsudats, le boursouflement de la papille, etc. Dans la névrite syphilitique, rinflltration diffuse nuageuse du nerf est le seul symptôme apparent, mais il est si caractéristique, qu'on peut le considérer comme pathognomonique. Il m'est arrivé plusieurs fois, à Taspect d*une altération semblable, de prescrire, malgré l'absence complète d'accidents antérieurs et en dépit des dénégations formelles des malades, le traitement spécifique et de voir la guérison justifier le diagnostic.

On pourrait confondre la névrite syphilitique avec certaines for* mes de choroîdite séreuse où les particules, entrêmement ténues, qui flottent dans le corps vitré, altèrent l'aspect du fond de Tœil et rendent la papille nuageuse. Pour éviter cette méprise, on explorera avec soin les régions équatoriales. Les vaisseaux rétiniens sont-ils vus très-nettement, très-distinctement dans cette zone, on peut en conclure que le processus n'intéresse que les parties profondes et qu'il siège probablement dans le nerf optique et non dans le corps vitré. Pourtant il est bon de dire que, dans bien des ce^ de névrite spécifique, les couches du corps vitré adjacentes à la papille elles-mêmes ont subi des altérations et sont devenues troubles.

Exceptionnellement, il existe en même temps que la rétinite d'autres altérations des membranes profondes (chorio-rétinite) ; il est moins rare d'observer quelques synéchies postérieures, indice de rinflammation qui avait déjà envahi les puiies antérieures du traotus uvéal (iritis, irido-cyclite).

Le pronostic est grave, on comprend facilement que des lésions intéressant un organe aussi délicat que le nerf optique entraînent à la longue des désordres irrémédiables ; aussi Taffeotion, livrée à elle-même, peut-elle se terminer par la cécité. Mais si un diagnostic précis a été porté dès le début ; si le malade, placé dans de bonnes conditions hygiéniques, s'abstient de tout écart de régime et se soumet en outre à un traitement rationnel, la maladie sera facilement enrayée ci guérira même complètement.

Traitement. — Quand on a reconnu la nature spécifique de Tînflammation du nerf optique, il impoite d^agir vite et énergiquement. Ici, en eff'et, l'organe atteint étant d'une délicatesse extrême, il faut le garantir aussitôt que possible des atteintes du processus morhidn. Tnndi-5 qu'une syphilîdo ulcéreuse, par exemple,

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