‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 58 sur 146 · CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

CÉRÉBRALE

C'est seulement dans ces derniers temps que Thémianesthésio? cérébrale, par lésion organique grossière — coarse disease^ comme: dit M. H. Jackson, avec une liberté tout anglaise — a été l'objet d'études attentives. Cette espèce d'hémianesthésic que je vous

(1) Voir, sur ce Btijct, rinléressant travail du docteur Annuske : Die netiriti^ optira bei tutnor cereOri, iu Archiv fïtv Ophthahnologie, 19, Bd« abth. III, 187% p. 165.

ai proposé de qualifier sous le nom d'hémtanesthéste cérébrale, pour la distinguer de toutes les autres formes d'obnubilation ou de suppression dimidiée de la sensibilité ne reconnaissant pas pour origine une lésion du cerveau proprement dit, présente exactement les traits de Thémianesthésie des hystériques.

Ce fait que Tamblyopie croisée peut être une conséquence des lésions en foyer du cerveau qui déterminent rhémianesthésie, a une importance majeure pour la théorie des localisations cérébrales. Mais il ne saurait vous échapper qu'il est en contradiction formelle avec les données généralement répandues. En effet, si Ton en croit la théorie mise en avant dès i860 par Alb. de Grœfe (1), et qui parait régner encore aujourd'hui sans partage, ainsi qu'en témoigne un intéressant travail publié récemment par M. le doc- Icmr Schœn (2), ce n'est pas Tamblyopie croisée que déterminent les lésions absolument unilatérales du cerveau ; c'est un trouble visuel qui en diffère, à savoir : Chcniiopie latérale homologue; en d'autres termes, une lésion cérébrale en foyer, du côté gauche, devrait, dans la théorie en question, entraîner la suppression ou Tobscurcissement de la moitié droite du champ visuel, et inversement pour le cas d'une lésion de Thémisphère droit.

Je crois devoir protester contre ce que cette théorie offre, pour le moins, de trop absolu et lui opposer la proposition suivante : Jm Uiiom des hémisphères cérébraux qui produisent t hémianesthésie déterminent également Camblyopie croisée et non Vhémiopie latérale.

le ne suis pas en mesure, remarquez-le bien, de décider que Hiéroiopie latér^e ne saurait être jamais la conséquence d'une lésion en foyer du cerveau ; mais je suis disposé à croire que dans les cas de ce genre — si réellement il en existe — il s'agit surtout don phénomène de voisinage, par exemple d'une participation plus ou moins directe des bandelettes optiques. Je ne crois pas qu'il existe quant à présent une seule observation montrant clairement, en dehors de ces circonstances, l'hémiopie latérale développée on conséquence d'une lésion de la partie postérieure de la capsule interne ou du pied de la couronne rayonnante, tandis que les faits existent en certain nombre où une telle lésion a déterminé l'am- Wyopie croisée, se présentant avec tous les caractères que nous lui avons tout à l'heure assignés.

L'observation suivante, recueillie à la Salpôtrière, dans le service de M. Charcot, montre bien que dans Thémianesthésie céré-

U) A. de Qraefe, Gazette hebdomadaire^ 1860, p. 708. — Voir aussi : Vortrœye ^^V. GrMfe'tchen Klinik Monatsbl. f, Augenheilhmde, mai 1865. (2) Schœn, Archiv der Heilkunde^i^lOf beft I. AiiDiB. Mal. des yeux, t. ii. 15

226 AMBLYOPIES ET AMAUROSËS.

brale la fonction visuelle est atteinte absolument de la même façon que dans l'hômianesthésie hystérique. Dans les deux cas le phénomène prmcipal est un rétrécissement concentrique du champ visuel, ordinairement bilatéral et plus marqué du côté anesthésié que du côté opposé, les troubles plus sérieux de la vascularisation et de la nutrition de la papille ne se montrant que dans les cas graves, quand Tanesthésio est complète et perma* nente, et qu'elle dure déjà depuis longtemps.

Bassaler (Marie}^ âgée de cinquante-huit ans^ est entrée à la Salpètrière pour une hémiplégie gaucho, survenue le 7 octobre iKJÎ. O jonr-Iù^ la malade avait vaqué à ses occupations (»rdinaires, sans m éprouver d'anormal. Elle so mit à table, et pendant qu'elle prenait mo repas du soir, clic sentit des fourmillements dans le membre supérieur, puis dans le membre inférieur du côté gauche. Quelques minutes apite elle fut frappée d'apoplexie et resta six jours entiers dans le coma. Quand elle reprit connaissance, les membres du côté gauche étaient complètement inertes et anesthésiés. On pouvait les piquer, les brûler sans qu'elle éprouv&t la moindre douleur. Quelques mois après, les membres paralysés devinrent roides, et la sensibilité y reparut un peu, mais elle resta toujours beaucoup moins vive que du côté opposé.

Etat actuel le 28 février i876. — - La malade a bien conservé son intelligence et sa mémoire : elle parle facilement et raconte avec précision le début de sa maladie. Elle se plaint d'éprouver souvent des maux de tète, dont clic rapporte le siège à la région occipitale, et d*avoir fréquemmeat des cauchemars, des vertiges et de petits étourdissements. Depuis son attaque d*apoplexie elle ne peut pas se lever du tout et perd involontaireineirt ses urines.

II existe une hémiplégie gaucho avec un peu de contracture secondaire dans les membres paralysés. La face est légèrement déviée. Le sillon nasolabial gauche est moins profond que le droit, la commissure labiale gaocho est abaissée et la moitié gauche des lèvres est moins mobile que la droite. La pointe de la langue est déviée vers la gauche.

Les reliefs musculaires sont conservés dans toutes les parties paralysées.

La sensibilité générale et les sensibilités spéciales sont trèv-aiTaiblieB dans la moitié gaucho du corps. Le contact simple qui est perçu nonnaltment à droite n'est pas perçu du côté opposé. Les piqûres profondeSt ^ pincements énergiques ne déterminent à gauche qu'une sensation dooloureuse indistincte : la malade sent vaguement qu'on lui fait mal, mais elle ne peut apprécier exactement ni la nature ni le siège de l'excitation Quand on la Tpique au cou, elle dit qu'on la pince sur la joue, et si on la ^ômt <tir la cuisse, elle ressent la douleur aumollet. La sensibilité ù la température est aussi notablement moins vive à gauche qu'ù droite. En touctiant avec vm vase d'ctaiu très-froid le ventre, le dos ou les membres de la malado, on

proYOqae un moUTement de recul très-bruique si le contact a lieu sur la moitié droite du corps^ tandis qu'on n'observe aucun tressaillement si le irase froid est appliqué sur un point quelconque de sa moitié gauche. Le chatouillement de la plante des pieds détermine des réileies à peu près ëgnux des deux côtés.

Goûi. — La piqûre de la langue est perçue beaucoup plus vivement à droite qu'à gauche. La malade raconte que tout ce qu'elle mange lui parait fado comme de la charpie. Si on lui fait tirer la langue et si on laisse tomber sur la pointe de cet organe des substances faiblement Rapides (vin, potion étbérée, etc.), elle ne reconnaît pas le goût de ces substances. Si on met de la coloquinte successivement sur les deux côtés de la pointe de la langue, elle sent bien l'amertume à droite et ne la perçoit presque pas ù gauche.

Moral. — Le chatouillement de la narine gauche ne provoque pas de léfiexes. Les odeurs (éther^ ammoniaque) sont perçues normalement par la narine droite, tandis qu'elles ne sont pas distinguées par la narine guiche. «

Vm. «» La malade raconte qu'après l'attaque d'apoplexie elle a eu une clmte de la paupière supérieure qui a persisté pendant plus d'une année. Elleraconte aussi qu'à cette époque elle avait de la diplopie, et que quand elle fermait l'œil droit, elle voyait les objets qui l'entouraient à travers un brooillird épais. Actuellement la chute de la paupière supérieure a complètement disparu, mais la sensibilité visuelle est toujours restée plus faible à guche qu'i droite. Ainsi, taudis que la malade distingue très-bien de l'ail droit une épingle ou un brin de fil, elle ne voit pas ces petits objets quand TcBil gauche est seul ouvert.

M. Lindolt, qui a bien voulu faire un examen attentif des troubles de la ^^ cliez notre malade, a obtenu les résultats suivants :

^1 gauche dévié en dedans. — Mouvements des yeux, restreints surtout ▼ers le côté gauche. — Acuité visuelle de l'œil droit = 1/2 de la normale, celle de l'œil gauche est encore plus faible. — Champs visuels des deux yeux rétrécis concentriquement pour le blanc et proportionnellement pour les couleurs. A l'examen ophthalmoscopique on constate une décoloration des deux moitiés externes des .deux papilles, ce qui n'a rien de surprenait, surtout à l'Age de la malade. 11 n'y a ni atrophie proprement dite du oerf optique ni névrite optique.

U malade est restée dans le service sans rien présenter de nouveau jai({u'au 7 mai 187G. Ce jour-lù elle éprouva, ù quatre heures de l'après- ■ûdi, un violent chagrin. Elle se mit à pleurer abondamment, puis, tout k ^op^ elle poussa plusieurs cris et fut prise de convulsions épileptiformcs ^ durèrent environ vingt minutes. Aussitôt après elle tomba dans le coma ^t mourut à cinq heures.

Adtopsie. — Au centre de la protubérance existe un foyer hémorrhagique ï^cent, du volume d'une grosse noix. L'aqueduc de Sylvius et le qua- Inème ventricule sont remplis de sang noir et coagulé. Le cervelet ne preste rien d'anormal. Les grosses artères de la base du cerveau sont saines ,

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les méninges se détachent partout facilement de la substance cortictie sous-jacente.

L'hémisphère gauche pèse 515 grammes : on n'y découvre aucune léstoo appréciable. — L'hémisphère droit pèse 505 grammes. — En rexaminiBl par sa face interne, on constate que la couche optique est sensiblement moins volumineuse que celle du côté opposé; elle a conservé sa eolohtioi et sa consistance habituelles, mais à l'union de son tiers postérieur avec ses deux tiers antérieurs on voit une dépression profonde qui la divise en den parties, dont l'antérieure lisse et arrondie est deux fois.plus volumineiise que la postérieure, qui est ovoïde et contourne l'origine du pédoncule cérébral. Au-dessus de cette dépression, sur la paroi ventriculaire, on remarque une tache ocreuse, déprimée, à bords festonnés, large de 2 centimètres el longue de 3, dirigée obliquement en haut et en arrière vers la voûte du ventricule. A ce niveau lejnoyau caudo est détruit, de telle sorte :qae la base de la plaque ocreuse parait émerger directement de la couche optique. Sur des coupes verticales et transversales de l'hémisphère, on constate en effet qu'il existe au centre de la couche optique un foyer ocreox, <lu volume d'une amande, qui se prolonge vers l'épendyme ventricuUire pour former la plaque déprimée que nous venons d'y signaler. Dans son extension, ce prolongement du foyer principal détruit le noyau caudé dans une étendue de 2 centimètres, et atteint la capsule interne à l'union de son quart postérieur avec ses trois quarts antérieurs. A ce niveau la portion la plus interne du noyau lenticulaire présente une teinte jaunâtre diffuse, niais ses limites sont encore assez distinctes et sasubstance n'est pas détruite.

Les autres parties de l'hémisphère, la tête du noyau caudé, les deux tiers antérieurs de la capsule interne, le centre ovale, les circonvolutions ne présentent aucune lésion. Rien à noter non plus dans les autres ovffiaes*

L'autopsie conGrmait ainsi pleinement le diagnostic régional porté pendant la vie par M. Charcot.

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