‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 57 sur 146 · HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

HYSTÉRIQUE

L*anesUiésie hystérique totale ne se trouve que dans des cas rc- '^^tivement exceptionnels. Le plus souvent elle est unilatérale; un ]|^lan antéro-postérieur, passant par la ligne médiane du coi^ps, établit la limite de l'insensibilité qui, sur le tronc, déborde cel^endant un peu en avant le sternum et en arrière la crête des apophyses épineuses. C'est là, du reste, un détail d'importance 'i^condaire.

La tête, les membres, le tronc, d'un côté du corps sont donc

Uffectés en même temps. Il peut naturellement y avoir des degrés

dans la lésion fonctionnelle, mais elle porto fréquemment sur tous

- \es modes de la sensibilité commune ; ainsi la sensibilité au tact,

(1) Ce chapitre et le suivant sont empruntés aux {oçona de Charcot, publiées dans le Pi^rès médical, n»* Î9 et iJ'i, 4875.

Î22 AMBLYOPIES ET AMADROSES.

à la douleur, à la température sont souvent et simultanément ob nubilées ou supprimées.

L'insensibilité s'étend aux parties profondes; elle affecte k muscles qui peuvent être excités par Télectrisation sans que I malade en ait conscience. Les membranes muqueuses ne sont pi davantage épargnées. Ajoutons enfin — et c'est là le point que] veux aujourd'hui faire ressortir surtout — que rhémianesthéi n'atteint pas uniquement la sensibilité commune ; elle frappe au les appareils semoriels sur le côté du corps où siège Tanesthéi cutanée, et cette hémianesthésie sensorielle n'intéresse pas seul ment le domaine des nerfs qui prennent naissance dans le bolii tels que les nerfs du goût et de l'ouïe, elle porte aussi sur lesna de l'odorat et de la vision, dont l'origine est dans le cerveau pr prement dit.

Tel est, messieurs, le tableau très-vulgaire de l'hémianesUiè des hystériques. Si, à celle-ci, nous comparons actuellement 11 mianesthésie cérébrale organique, nous reconnaîtrons qu'une p faite ressemblance peut être constatée, jusque dans les moiodi détails.

Cette ressemblance a été relevée déjà soigneusement par noi même relativement à la sensijjilité commune (1) et par M. Magnt en ce qui concerne les troubles de l'ouïe, de l'odorat et du goût( Je ne vois rien à ajouter à ce qui a été dit sur ce sujet. Dans < derniers temps, nous nous sommes plus particulièrement occu] des phénomènes qui ont trait à la vision, et, dans mon servia la Salpêtrièrc, M. le docteur Landolt s'est livré à ce propos à qn ques recherches dont les résultats méritent d'être exposés so mairement.

' * Il ne me paraît pas sans intérêt d'entrer dans quelques dé' loppements pour vous montrer que, même sous le rapport • troubles visuels — et c'est là, vous le reconnaîtrez bientôt, i proposition grosse de conséquences — les choses se passent, c les sujets atteints de lésions cérébrales en foyer^ absolom comme chez les hystériques. On peut dire qu'en réalité, abstrad faite de sa mobilité proverbiale, l'amblyopie unilatérale des hj! riques ne diffère par aucun caractère essentiel de l'amblyc cérébrale croisée reconnaissant un point de départ organiquci

Envisageons d'abord le cas de l'amblyopie hystérique :

1** Ici la diminution plus on moins prononcée^ voire mènlé

(i) Charcot, Leçons sur les maladies du système net^eux, (t) Magnan, Société de Biologie,

AMBLYOPŒ. S2d

ceci esl beaucoup plus rare — la perte absolue de la faculté visuelle de l'œil du côté correspondant à rhémianesthésie, est un premier fait aisément saisissable;

2* Une étude plus minutieuse permet de constater les particularités suivantes : il n'existe, dans le fond de Tœil, aucune altération visible à rophthalmoscope. La papille et la rétine sont dans des conditions tout à fait normales. L'examen comparatif du fond de fœil des deux côtés ne dénote aucune différence appréciable dans li vascularisation des parties.

Si rophthalmoscope ne décèle pas d'altération appréciable dans ïmblyopte des hystériques, il n'en est plus de même de Texploration fonctionnelle, de Tinterrogatoire portant sur les phénomènes subjectifs. Voici ce qu'apprend ce mode d'exploration;

3* L'acuïté visuelle, étudiée d'après les règles ordinaires, se iDontre fréquemment réduite de moitié ou même davantage;

4* Il existe un rétrécissement concentrique et général^ du champ muel:

8^ Enfin une analyse délicate a permis de reconnaître certaines particularités qui méritent de nous arrêter un instant : il s'agit du rétréciêsement concentrique et général du champ visuel pour les cou*

Déjà plusieurs auteurs, M. Galezowski entre autres, avaient fait remarquer l'existence fréquente de l'achromatopsie et de la dyschromatopsie chez les hystériques. C'est sur ce point que portent particulièrement les observations faites par M. Landolt dans mon service.

Je vous rappellerai que, ii l'état normal, toutes les régions du champ visuel ne sont pas, tant s'en faut, également aptes à percevoiries couleurs. Il est des couleurs pour lesquelles le champ visuel est physiologiquement plus étendu que pour d'autres, et ces différences dans l'étendue du champ visuel se reproduisent toujours, chez tous les sujets, suivant la même loi pour chaque couleur. Ainsi, c'est pour le bleu que le champ visuel est le plu» vaste; viennent ensuite le jaune, puis l'orangé, le rouge, le vert ; enfin, le violet n'est perçu que par les parties les plus centrales de la rétine. Or, messieurs, dans l'état pathologique qui nous occupe, CCS caractères de l'état normal se montrent en quelque sorte exagérés à des degrés variés. En effet, les divers cercles qui corrcspon* *lcnt, dans l'exploration, aux limites de la vision pour chaque couleur, se rétrécissent concciilriquenient d'une façon plus ou ^oins accentuée, suivant la loi reconnue pour l'état normal.

î^après cela, vous prévoyez sans peine les nombreuses combi-

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naisons qui pourront se produire dans les cas d'hystérie oùc« genre d'amblyopie est parvenu à un haut degré. Le cercle du viole pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul; puis, la maladie progrc:» sant, ce sera le tour du vert, puis du rouge, puis de l'orangé, jaune et le bleu persisteront jusqu'à la dernière limite : ce sont, ew: \

effet, l'observation le démontre, les deux couleurs dont la sensa ■

lion, chez les hystériques, se conserve le plus longtemps. Ekifln , au degré le plus élevé, il pourra se faire que toutes les couleur=: — ê cessent d'être perçues, et alors les objets colorés n'apparaitron ..^l plus, en quelque sorte, aux yeux du malade que sous l'aspect oiSm- i ils se présentent dans une aquarelle « à la sépia ».

Telle est, messieurs, la série des phénomènes que nous avon maintes et maintes fois constatés dans Tamblyopie des hystériques Eh bien, ils se sont tous retrouvés constamment, avec leur nuances variées, dans plusieurs cas d'amblyopie croisée accompi gnés d'hémianesthésîe et relevant d'une lésion en foyer du cervear que nous avons récemment étudiés à ce point de vue : même dimv nution de l'acuïté visuelle ; même rétrécissement concentrique général du champ visuel pour les couleurs, même absence de lé sions du fond de l'œil appréciables à l'ophthalmoscope, etc.

J'insiste particulièrement sur ce dernier caractère, parce qu'S — ^ permet de séparer nettement le trouble fonctionnel dont il s'agil d'autres troubles visuels qui reconnaissent également pour une lésion organique intra-crânienne. Je fais allusion ici à ces alté^ rations du fond de l'œil, facilement reconnaissables à rophthalmoscopc, que l'on désigne vulgairement sous le nom de papilU étranglée, de neuro-rélinite et qui se montrent si fréquemment ei conséquence de tumeurs encéphaliques, queh qu^en soient la naturts^ et le siège (1), de lésions variées agissant plus ou moins directemenC^ sur les bandelettes optiques.

ÂMBLVOPIË CROISÉE DANS L'HËIillANESTHÊSIE D'ORiGINfi

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