SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC DE L'ASTIGMATISME
L'aBligmatisme donne naissance à des troubles fonctionnels qui diffèrent de ceux qu'on observe dans la myopie et Thypermétropie.
Dans ces deux anomalies, en effet, la vision est indistincte pour certaines distances déterminées, l'image des objets extérieurs se formant en avant ou en arrière de la rétine; mais, dès qu'on rapproche les objets dans la myopie, ou qu'on fait des efforts suffisants (l'accommodation dans l'hypermétropie, la vision devient parfaitement nette. Il n'en est plus de même dans l'astigmatisme ; la oetteté de la vision ne peut jamais être parfaite, et le trouble fonctionnel persiste, quelle que soit la distance à laquelle regarde le malade.
Les astigmates, dans le but d'améliorer leur vision, prennent quelquefois des attitudes particulières qui peuvent mettre sur la voie du diagnostic de leur anomalie. Tantôt ils inclinent la tète, de façon à placer tel ou tel méridien de la cornée dans une position favorable; tantôt ils regardent de côté, se servant de la saillie du nez pour rétrécir l'ouverture pupillaire, et diminuer ainsi la grandeur des cercles de diffïision, ou bien ils clignent les paupières à la façon des myopes, toujours dans le même but.
Ceux qui portent des lunettes en tordent instinctivement la monture, de façon à incliner obliquement les verres, corrigeant ainsi d'eux-mêmes leur astigmatisme. Souvent ils accusent des particularités bizarres dans leur vision ; quand ils examinent un dessin, certaines parties sont vues nettement, d'autres apparaissent confuses.
La diminution de Tacuïté visuelle qui résulte de ce vice de réfraction a plusieurs conséquences fâcheuses. D'abord les malades sont obligés de rapprocher les objets, ce qui nécessite des efforts plus considérables d'accommodation ; de plus, leur vision restant toujours plus ou moins indistincte, ils ressentent à la longue un sentiment pénible, une fatigue particulière, analogue à celle de l'asthénopie accommodative.
L'existence des symptômes précédents, chez un individu qui n'est ni myope ni hypermétrope, doit faire songer à l'astigmatisme. On est encore en droit de soupçonner cette anomalie lorsque, malgré l'amélioration obtenue par l'emploi des veiTCs sphériques, Tacuïté visuelle reste très-mauvaise.
Voici comment on procédera pour établir le diagnostic d'une
360 ÂSTIGMAirSMIÎ.
façon cerluiuu. Le sujet sera plnci!' h 20 pipcls d'une llpit semblable à celle représentée ci-dessous (fig. 65), Celle-ci, parable à celle qui est connue sens le nom de rose des xetit, se compose d'une série de lignes pnssanl toutes par un point 0, et sôparées Ips upp-î de- auf rcfi par une dislance anfrulii» de J5 degré'.
Un œil normal apori;ait toutes los lignes a%ec In m^menfitt»! Il n'en est plus de même si l'œil est asLgmale, les lignes w } raissent plus également distincles II \ en a une parmi elle* 1 se dâlache bien moins nettement que les autres, qui semble p large, dont la couleur est plus claire et donl les bords sonlp diffus. Le méridien le plus défectueux de la cnrnée est préeiiM perpendiculaire à la direction do cette ligne-la. Celte règle ■ damentale pour le diagnostic de 1 a<;tigmatisme sa d^oiU d'une façon très-simple par les figures suivantes.
Soit AOB (fig. 66) une ligne verticale placée au-devant du nll dien vertical M'M. Soit RR' un plan représentant l'écran rélioi et supposons que le méridien MM' étant hypermétrope, par efl pie son foyer principal soit en n, au-delà de la rétine. Exunill comment la ligne AOB ira se peindre sur la rétine, et pour < prenons quelques-un.s de ces points, 0,A, B. Tons les émanés du point 0, tels que OM' el OM, iront après réfraotioi»
SYMPTOME ET DIAGNOSTIC DE l/ÂSTIGMATISME.
réunir en o, ils rencontreront le plan rétinien suivant la droite oV, qui sera Timage du point o. Les rayons lumineux partis du point A, allant de même se réunir en a au-delà du plan rétinien, coupent ce dernier suivant la ligne droite a' a". Le point B se peindra évidemment aussi sur la rétine suivant la ligne ô'h''. L*i-
Fig. 6«î.
mage rétinienne de chacun des points de la ligne vorticalo est donc une petite ligne verticale ; mais toutes ces lignes sont superposées ci se confondent de telle sorte que finalement l'image de la droite verticale est aussi une ligne vertical**, a"//, agrandie seulement dans le sens de sa longueur, car sa dimension réelle serait ab si la rétine était placée au foyer du méridien. 11 résulle deceqni pré-
it:-'^
Fijf. r,7.
cède que les lignes verticales vues à travers un méridien vertical défectueux sont nettes; elles paraissent simplement agrandies dans le sens de leur longueur.
Examinons à présent {Vig. 67) ce qui se passe pour les lignes horizontales.
362 ASTIGMATISME.
Soit AOB une ligne horizontale. Les rayons lumineux venus du point 0 se réunissent en o au foyer principal du méridien. Ils rencontrent par conséquent la rétine, qui est située en avant du foyer principal, suivant la ligne verticale oV; de même pour le point B, dont l'imago focale est é, Timage rétinienne sera la ligne verticale VU^ ; enfin les rayons émanés de A suivent la même marche et coupent la rétine suivant a'a". Ainsi de suite pour chacun des points de la ligne horizontale, dont les images sont toutes de petites lignes verticales; Tensemble de ces lignes verticales juxtaposées les unes près des autres forme une large ligne horizontale sur la rétine. La ligne horizontale ne sera donc pas vue nettement, elle paraîtra diffuse et élargie, puisque son image rétinienne, au lieu d'être une ligne composée d'une série de points, comme cela aurait lieu, si la rétine était en a au foyer du méridien, est composée d'une série de lignes verticales.
On voit donc que le méridien défectueux est perpendiculaire à la ligne y qui est vue trouble.
Ceci posé, il sera facile d'arriver à la détermination de l'astigmatisme. Quel est le problème à résoudre, en effet. Il s'agit de déterminer d'abord la direction du méridien défectueux^ et en second lieu de reconnaître si ce méridien est myope ou bypermé* trope.
Ce qui précède rend très-facile la détermination de sa direction ; car le raisonnement que nous avons suivi pour le méridien vertical s'applique évidemment, quelle que soit l'inclinaison du méridien, aussi quand un œil astigmate regarde la figure représentant la rose des vents, le méridien le plus défectueux étant précisément perpendiculaire à la direction de la ligne vue la plus trouble, il suffira d'ajouter 90 degrés à l'angle de direction de cette ligne, pour avoir Tinclinaison du méridien défectueux. Si, par exemple, c'est la ligne correspondant à 30 degrés (fig. 65) qui n'est pas vue nettement, le méridien à corriger possède une inclinaison de 30+90, c'est-à-dire de 420 degrés.
Une fois la direction du méridien à corriger connue, un disque noir percé d'une fente, et monté sur un manche, sera placé devant l'œil de telle sorte que la fente du disque soit parallèle au méridien défectueux. De cette façon la réfraction à travers tous les autres méridiens se trouve supprimée, et l'œil ne voit plus qu'à travers celui qui doit être corrigé ; on procédera, pour déterminer la myopie ou l'hypermétropie de ce méridien, selon les règles déjà exposées, c'est-à-dire qu'on essayera la série des verres concaves ou convexes, jusqu'à ce qu'on ait obtenu le maximum d'acuité
visuelle. Lo numéro du verre auquel on s'arrête indique le degré d'amétropic du méridien.
On aura de la sorte la direction d'un des méridiens principaux et le degré de son anomalie. De même, en plaçant la fente du disque dans une position perpendiculaire à la précédente, on déterminera la réfraction du second méridien principal. La différence entre les réfractions de ces deux méridiens donnera précisément le degré de l'astigmatisme .
Nous distinguerons^ d'après Donders, plusieurs formes d'astigmatisme:
1* Astigmatisme simple;
2" Astigmatisme composé;
3* Astigmatisme mixte.
Dans l'astigmatisme simple, l'un des méridiens principaux est myope ou hypermétrope, tandis que l'autre est emmétrope; cette yariété sera corrigée au moyen d'un simple verre cylindrique dont Taxe sera placé parallèlement au méridien normal^ et dont la courbure concave ou convexe sera en rapport avec le degré do myopie ou d'hypermétropie du méridien amétrope.
Pour déterminer la direction de l'axe du verre cylindrique, la monture des lunettes d'essais, qui présente la forme d'un demicercle, est divisée en degrés depuis 0 jusqu'à 180 degrés. La direction de l'axe du cylindre étant représentée par une petite raie tracée dans le verre, il suffit, pour donner l'inclinaison voulue, de placer celle-ci sur le numéro qui exprime le nombre de degrés correspondant. Nous avons déjà expliqué, p. 283, comment un verre cylindrique placé devant un œil astigmate, n'a d'influence que sur la réfraction du méridien auquel il est perpendiculaire.
Ainsi, par exemple, un œil dont un méridien principal incliné de 15 degrés est emmétrope, tandis que le méridien perpendiculaire, incliné de 105 degrés possède une myopie d'un douzième, sera corrigé par un verre cylindrique concave — 12, dont l'axe sera incliné de 15 degrés.
La prescription du verre sera formulée ainsi :
Cylindre 15 degrés — 12.
Si le méridien principal emmétrope a une inclinaison de 45 de-
364 ASTIGMATISME.
grés, et que le second méridien principal ait une hypermé-
tropie -7, le verre correcteur sera :
do
Cylindre 43 degrés -{-16.
Dans Vastigmatismc composé, les deux méridiens sont aniétropes. Ils sont tous les deux myopes, ou tous les deux hypermétropes.
Dans ce cas Von corrigera avec un verre cylindrique le plus myope ou le plus hypermétrope dos deux méridiens, de façon à hii donner la même puissance réfringente qu'à Vautre ; puis, la réfraction étant ainsi égalisée, la correction sera complétée au moyen des verres sphériques concaves ou convexes approprié*.
Supposons que Vun des méridiens principaux, incliné de 30 de-
frrés, possède une myopie — , et que le second méridien incliné
de i20 degrés, ail une myopie — -,
L'on cherchera à diminuer la myopie du premier et à la ramener à — ; cela fait, tous les méridiens avant dès lors mc^me iî4
réfraction, il suffira d'ajouter un verre concave sphérique n« 2i.
La différence de myopie des deux méridiens éerale — moins — ,
c'esl-à-dire ;r- . Pour corriger une myopie — sur le premier niéri- 24 24
dien, sans modifier Vautre; il faut placer au-devant de Vœil un
verre cylindrique concave, incliné à 120 degrés, de 24 pouces de
foyer :
Cylindre 120 degrés -24.
L'œil muni d'un tel verre n'a plus qu'une myopie uniforme —
dans ses divers méridiens: il suffit, dès lors, d'ajouter, pour neutraliser complètement l'anomalie, un verre sphérique concave — 21. La prescription sera ainsi formulée :
Sphérique — 24 + Cylindre 120 degrés — 24.
Supposons les deux méridiens principaux hypermétropes. L'un avec une inclinaison de 43 degrés, et une hypermétropie de - ,
l'autre avec une inclinaison de 135 degrés et une hypermétropie
VERRES CORRECTEURS DANS L'ASTIGSdATISME. 3t>o
-- . Il faut ramener le premier à n'avoir qu'une hypermétropie — sans modifier la réfraction du second. La différence d'hypermétropie entre ces deux méridiens érale - — r- j c'est-à-dire — ; en
plaçant donc au-devant de l'œil un verre cylindrique convexe n* 12, dont l'axe est incliné de 435 degrés, on arrivera à donner aux deux méridiens la même réfraction, c'est-à-dire une hypermétropie —. Puis, ajoutant au ven^e cylindrique un verre sphéri-
que-f- 12, on corrigera l'amétropie totale de l'œil. L'ordonnance du verre sera :
Sphérique 4-i 2 4- Cylindre 135 degrés + 12.
Dans l'astigmatisme mixte^ c'est-à-dire quand l'un des méridiens principaux est myope et l'autre hypermétrope, il faut avoir recours à deux verres cylindriques superposés à angle droit.
Supposons, par exemple, un méridien principal vertical d'une myopie ~ et un second méridien horizontal avec hypermétropie
lO
r- . L'anomalie du premier sera corrigée par un verre cylindrique
concave -- à axe horizontal et celle du second par un verre convexe n** 24, à axe vertical.
APPAREIL DE JAVAL.
Javal a imaginé un appareil ingénieux qui permet à la fois de reconnaître l'astigmatisme et de déterminer les verres correcteurs appropriés.
Soit une boîte en bois, de forme rectangulaire (voir fig. 68), ouverte à sa partie supérieure ; sur la planchette qui forme la paroi antérieure sont enchâssées deux lentilles 0, 0' convexes de 5 pouces du foyer, Técartement de leurs centres est égal à l'écartement moyen des centres optiques des yeux. Dans l'intérieur de la boîte se trouve une cloison verticale fixe qui sépare la boîte en deux compartiments, et une cloison horizontale mobile G qui, placée d'abord au foyer principal des lentilles, c'est-à-dire à 5 pouces, peut être recalée ou avancée au moyen du bouton à crémaillère. E. Cet instrument, comme on le voit, n'est autre chose, dans sa pai'tie fondamentale, qu'un optomètre binoculaire.
306 ASTlGMATISMi:.
Autoiii do l'iiiie des deux lentilles, sur la face aulérieure de ', lilaochellG, se ti-ouve cachdssij un cadian horaii'c où sont marqué* les heures et les demies; ce cadran n'est autre chose par cona (juent qu'un cprclc divii^i5 de lo en 15 degri^s.
Eu dehofs du centre de La lentille se trouve fixée une pitcc | composée de plusieurs croix métalliques, armées de verre» c driques concaves à l'estrémilé de chacun de leurs bras ; ces croii métalliques sont mobiles les unes sur tes autres, de telle sorte que leurs verres cylindriques peuvent Être superposés. On comprend riu'uvec un nombre limité de verres cylindrique» ainsi combinas, on aura une série nombreuse de verres d'essai. Ainsi un verre cylindrique concave n' 24 placé devant un autre verre cylindrique 11° 12, leurs axes étant parallèles, donnent une combinai équivalente à un veiTO cylindrique concave n° 8 :
La pièce i\ui supporte le système des croix est mobile, à froU^I ment doux autour d'un axe horizontal. Elle peut prendre telle ^M rectiun qu'on veut et esl munie d'un indicateur faisant connallf celle qu'on lui a donné par la position qu'il occupe sur le cadi
horaire. Les choses sont disposées de telle façon que, lorsque les verres cylindriques concaves sont amenés au-devant de la lentille, leurs axes sont toujours parallèles à Tindicateur.
Ceci posé, indiquons la manière de procéder pour déterminer l'astigmatisme au moyen de cet instrument. Un carton horaire fixé à l'écran mobile G de Tappareil est placé d'abord au foyer principal des lentilles, et un des bras de la première croix, qui est muni d'un verre plan, est placé en face de la lentille. Le sujet ne fixant alors qu'à travers la lentille 0', relâche complètement son accommodation et aperçoit nettement l'image du carton, puisque celui-ci, placé au foyer principal de la lentille, envoie des rayons qui arrivent sur l'œil parallèlement à Taxe optique. Gela fait, on recule, au moyen du bouton E, l'écran mobile, jusqu'à ce que toutes les lignes du cadran horaire soient confuses, ce qui arrive dès que l'objet situé bien au-delà ;du foyer principal de la lentille, les rayons qui en partent pénètrent dans Tœil avec une convergence trop grande. En rapprochant alors doucement le cadran horaire, les lignes deviennent peu à peu plus distinctes jusqu'à ce qu'enfin une d'entre elles apparaisse plus nette que les autres ; à ce moment on s'arrête, on est au foyer du méridien qui a la plus faible puissance réfringente^ et dont la direction est perpendiculaire à la ligne vue nettement. En efTet, au fur et à mesure que le carton se rapproche du foyer principal de la lentille 0', les rayons qui la traversent arrivent dans l'œil avec une convergence de moins en moins grande, et bientôt le méridien le moins réfringent est en état de les réunir sur la rétine.
La direction de la ligne vue nettement la première indique donc l'un des méridiens principaux, celui qui a la plus faible courbure. L'on fait tourner alors le systèmes autour de son axe de façon à placer l'indicateur sur le cadran horaire qui entoure la lentille, dans une direction correspondant à la ligne vue nettement. Nous savons que les axes des verres cylindriques en arrivant au-devant de la lentille 0' seront dans une position parallèle au méridien à courbure minimum. On les fait passer successivement au-devant de l'œil en tournant les branches des croix jusqu'à ce que toutes les lignes soient devenues également distinctes. Dès lors nous connaissons le verre collecteur de l'astigmatisme. Supposons que l'indicateur soit incliné de 30 degrés et que le verre cylindrique qui donne le maximum de netteté soit composé des verres cylindriques —24 et — 42 superposés, le verre correcteur qui ramènera tous les méridiens à avoir la puissance réfringeute du méridien à courbure minimum sera un verre à axe cylindrique incliné
368 ASTIGMATISME.
de 30 degrés et dont le numéro sera égal »•-- + — = -, soit ud