DOUZIÈME PARTIE
choroïde
JL Anatomic. — La choMde est une membrane vasculo-pigmentaire de l'œil, B|iée à la face interne de la sclérotique, et qui s'étend depuis l'entrée du nerf op- ^ue jusqu'au voisinage môme de la cornée, où elle entre en communication directe ivec l'iris.
Elle peut être divisée en deux zones bien distinctes : l'une postérieure [choroïde
iprement dite), et l'autre antérieure [zone ou cercle ciliaire). . A. Choroïde proprement dite. — Celle partie a une épaisseur de 0"°',05 à )'""',08; elle est dense, consistante, et se présente sur les cadavres comme un tissu mm foncé. A l'ophtlialmoscope, au contraire, elle est rouge, et imprime en grande lartie sa coloration au fond de l'œil. Par sa surface externe, elle s'appuie sur la scléolique et y adhère légèrement au moyen d'un tissu cellulaire lâche, que l'on a ap- )clé lamina fusca. Sa face interne s'applique à la rétine, mais n'y adhère point, ille est recouverte de ce côté d'une couche épaisse de pigment formant une surface empiétement lisse, ce qui contraste singulièrement avec l'aspect tomenteux de la urface externe.
La choroïde se compose en grande partie de vaisseaux et de pigments qui sont •întreiacés dans les mailles du tissu conjonclif. Dans le segment postérieur de l'œil, on )eul distinguer les trois couches suivantes : 1° le stroma choroïdien avec les gros vaisi<!aux [vasa vorticosa); 2° la couche chorio-capillaire ; et 3° la lame élastique avec les
•llules épiihéliales pigmentaires.
i . Stroma choroïdien ou couche des gros vaisseaux. — Elle se compose de libres lasliques excessivement minces, formant par leurs anastomoses une trame celluleusc rès-serrée et pourvue de nombreuses cellules qui sont très-variables de forme, de olume et de couleur. Les unes sont incolores; d'autres au contraire, foncées et for- • nient pigmentées, contiennent un noyau transparent au milieu de la granulation 'igmenlaire amorphe.
Quelques-unes de ces cellules sont bipoaircs, d'autres au contrairemulti polaires, n ressemblent beaucoup aux cellules nerveuses, comme on peut en juger par la igure 305.
FiG. 305. - Cellules cpithéliales de la cho- Fig. 306. - Cellules du tissu conjonclif pig-
menlées de la choroïde, d'après Cornil (1).
t. XXVmTp 342)'"'"' «"'«c^è;-e6^ anatomîques {Mém, de l'Acad. de méd., 1865-66,
CHOUOÏOE.
Ces cellules mesurent de O^^^OIS à 0""",045, et elles sont en général plus volumineuses dans le segment postérieur et au voi-inage de la sclérotique, moins grandes au contraire dans le segment antérieur.
Cliez les albinos, ces cellules sont tout à fait claires et ne contiennent pas de pi^'ment; dans les yeux blonds, on y constate quelques r&res grains de pigment aniorplie, et enfin chez les nègres elles sont tellement remplies de pigment, qu'elles n'ont point de transparence.
On trouve dans le slroma de la choroïde des fibres musculaires qui sont, d'après Villemin, MûUer et Schweigger, la conlinualion de celles du muscle ciliaire.
Vaisseaux du stroma. — Ils sont formés par les veines et les artères ciliaires, soit antérieures, soit postérieures. Rognetta dit avec raison que la choroïde reçoit vingt fois plus de sang que les autres parties de l'œil prises ensemble.
Les artères sont constituées : par les ciliaires courtes postérieures, qui naissent de deux branches situées en dedans et en dehors du nerf optique; ces deux branches se divisent, avant de traverser la sclérotique, en seize ou vingt rarauscules (fig. 307, 3). Dès qu'elles ont franchi la sclérotique, elles cheminent d'arrière en avant à la surface externe de la choroïde. Dans leur trajet, elles se bifurquent et donnent de petites branches collatérales qui se portent vers la couche chorio-capillaire. Près de lora serrata, les artères ciliaires postérieures courtes s'anastomosent avec des rameaux récurrents des ciliaires longues et les ciliaires courtes antérieures.
Fig. 307. — Vaisseaux do la choroïde et de l'iris (*).
Lorsqu'on examine les préparations de la choroïde faites par Dolbeau et Trélat, e qui se trouvent déposées au musée Orfila, on reconnaît facilement que le grand réseau artériel de la choroïde occupe surtout le segment postérieur du globe. Entre la région ciliaire et la choroïde de la région postérieure, on aperçoit une sorte d'intervalle ou les artères sont peu développées.
Les veines de la choroïde sont beaucoup plus nombreuses et plus volumineuses que les artères; elles ont une disposition toute particulière, très-élégante, à laquelle on a donné le nom de vasa vorticosa. Des vaisseaux capillaires du plus grand caliDre convergent vers quatre ou cinq points différents, se réunissent en rameaux principaux, qui perforent la scléroti(|ue et constituent les veines ciliaires.
(*) 1, nerf oi.ti(Hic; 2, sc'loroticiue; ;î, artcr.'s ciliniies courtes postérieiiiv^i ; *, les mêmes artères dai.F 1" clic roMe; 5, 5, iris; 6,0, \n\yUk'; 7, veines rlioroulieiines:
CHOROÏDE. 645
La circulation veineuse est beaucoup plus active dans la région ciliaire qu'ailleurs, ;e qui s'explique facilement par un nombre relativement très-grand des veines dans ;etle région.
2. La couche chorio-capillaire, appelée autrement, membrane ruyschienne, est ituée en dedans de la précédente ; elle est constituée par une maille de vaisseaux ixcessivementlins et serrés, dont le diamètre atteint à peine le volume de O'^'^jOi ; les ntervalles laissés par ces capillaires apparaissent sous forme de fentes étoilées ou valaires.
3. Lame élastique avec les cellules épithéliales. — Du côté interne, la choroïde est éparée de la rétine par une membrane vitrée, amorphe, analogue à la membrane le Descemet, et qui porte le nom de lame élastique ou vitrée de la choroïde. C'est me sorte de pelHcule très-mince, complètement lisse, recouverte dans toute son tendue d'une couche d'épithéhum pigmentaire, qui s'en détache assez facilement, lette lame élastique peut s'altérer et donner lieu à des épaissis^ements verruqueux qui lit été décrits avec soin par Donders et MûUer.
Vépithélium choroïdien (fig. 305) est- constitué par des couches multiples superlosées de cellules régulièrement hexagonales, qui contiennent un noyau transparent lu milieu et une quantité plus ou moins grande de grains de pigment amorphe.
B, Zone antérieure de la choroïde ou procès ciliaire. — Cette partie de la iiembrane vasculaire est séparée de la précédente par un bord festonné qui porte le lom de bord dentelé ou d'om serrata. Par sa face externe, elle est appliquée contre tie muscle ciliaire et la sclérotique; sa face interne adhère intimement à la zone de inn. C'est dans la partie antérieure de cette zone qu'on trouve des plis plus ou moins aillants et qui s'engrènent avec les plis de la zone de Zinn. A mesure qu'on se raproche des parties antérieures de l'œil, on voit le cercle ciliaire augmenter sensiblement d'épaisseur, se porter dans la chambre postérieure pour y foimer une saillie. *ar des fibres latérales du stroma, de môme que par des branches vasculaires, elle ommunique avec l'iris; c'est presque dans le même point qu'elle adhère aussi à la clérotique et au muscle accommodateur.
Cette même partie de la choroïde est encore appelée couronne ciliaire ou procès ilniire, à cause de nombreux plis (de 60 à 70) qui rayonnent très-régulièrement utour du cristallin. Chaque procès est constitué par un plexus vasculaire très-fin et e tissu conneclif. Les vais.«eaux de l'iris et de la choroïde concourent à leur fornation.
On peut très-bien juger de la disposition générale des vaisseaux de l'iris et de la ;lioroïde par la figure 308, que nous empruntons à Leber.
Nerfs de la choroïde. — Le ganglion ophthalmique reçoit, comme on sait, trois acines différentes : racine sensitive, provenant du nerf nasal; racine motrice, fournie •ar le filet nerveux du petit oblique, et la racine végétative ou sympathique^ qui niane du plexus caverneux. Des angles antérieurs du ganglion ophthalmique parlent leux faisceaux de filets nerveux externe et interne. Chacun de ces faisceaux se com- >ose de huit à dix filaments nerveux qui sont connus sous les noms de nerfs ciliaires, iiixquels s'ajoutent d'autres filets qui proviennent directement du nerf nasal. Tous ces "ii-fs ciliaires traversent la sclérotique tout autour du nerf optique, cheminent entre tille membrane et la choroïde, et se distribuent dans le muscle ciliaire, la choroïde ;i 1 iris,
Schweigger (1) a démontré que les nerfs ciliaires situés dans la choroïde elleneme forment des faisceaux rubanés aplatis. Par places, on y trouve aussi des raines ganglionnaires qui s'anastomosent quelquefois entre elles. Ces cellules sont I régulière?, arrondies ou angulaires, légèrement granulées, contiennent constamment in noyau grand et clair, et sont en communication avec des fibres nerveuses.
CHOROÏDE.
Physiologie. — Le rôle physiologique de la choroïde est très-complexe : d'une.part, cette inembraiift remplit les fonctions d'un organe sécrétoire et nutritif des» milieux transparents de l'œil; d'autre part, par sa couche pigmentaire, elle sert à,, absorber, comme dans les appareils optiques, des rayons qui ont déjà 'produit leurimpression sur la rétine. Sans cette absorption, la réfraction régulière se trouverait compliquée et masquée par des réflexions secondaires, ce qui amènerait nécessairement une perturbation dans la visioa. L'absence, en effet, chez les albinos, de cettee couche de pigment, rend leurs y.eux Irès-sensibles à la lumière et gène la vision.
FiG. 308. — Schéma du système vasculaire de l'œil, d'après Leber (*).
La partie antérieure ou ciliaire de la choroïde constitue un organe nutritif des! milieux réfringents de l'œil. C'est cette partie, en effet, qui sert à la production iet l'humeur aqueuse et vitrée, ainsi qu'à l'absorption des éléments déjà usés et altérés.:. '
En faisant saillie dans la chambre postérieure, derrière l'iris, les procès ciliairesa ' remplissent le rôle de l'organe sécréteur de l'humeur aqueuse. L'iris, quoi qu'on eût ait dit, n'est pour rien dans celte fonction. Il
Le cercle ciliaire, en adhérant à la zone de Zinn, concourt à la nutrition du corps>"i vitré. H se fait constamment dans celte région une sécrétion de liquide nutritif, qui passe par endosmose et exosmose à travers la zone de Zinn et la membrane hyaloïdienne. Cette fonction nutritive peut s'exécuter sans que les fonctions visuelles en soient troublées, parce que la rétine dans cette région ne contient point d'éléments nerveux et n'est en réalité qu'une membrane celluleuse. ' Il i
On comprend que les pertes considérables de l'humeur aqueuse ou vitrée sont-f" i remplacées par une nouvelle quantité de liquide sécrété par le cercle ciliaire. C est- , pour cette raison aussi que les blessures très-étendues de cette région, de même que les altérations morbides, peuvent compromettre à jamais la nutrition de l'œil et'i amener une atrophie complète du globe.
(*) vaisseaux de l'iris et leur communication avec cenx dn cercle ciliaire; h, vaisseaux dti cercle ciliaire; c, couche chorio-capillaire ; d, vasa vorticosa ; e, artère ciliaire longue; f, veine ciliaire anlCrioure et sa com- j inunication avec le iiloxus nu cercle ciliaire ; n, nerf optique avec quelques vaisseaux provenant de la choi-oîde; *, branches collatérales de l'artère ciliaire courbe se rendant à la sclérotique.
MODE d'exploration DE LA CHOROÏDE.