ARTICLE IL PARALYSIE DE L'ACCOMMODATION
Le muscle ciliaire se contracte et se dilate sous l'influence de l'innervation des
TiO REFUACTIOIN ET ACCOMMODATION.
mômes nerfs qui foui dilater et conlracler la pupille. D'où il suit que les inala. (lies des nerfs de la troisième paire et du grand sympathique doivent entraîner, soii i lu paralysie, soit le spasme de l'accommodation. La paralysie est artificielle ou morbide.
A. Paralysie artificielle.— Par l'instillation des solutions mydrialiques, lelleg 4 que belladone ou son alcaloïde atropine, daturine, hyoscyamine, on amène noaseulement la dilatation de la pupille, mais aussi une paralysie du muscle accom. modateur. Selon Follin, une goutte de la solution d'un centigramme de sulfate «4 d'atropine dissous dans 500 grammes d'eau sulTit pour dilater la pupille, ce qui 1 fait 8 ou 10 millionièmes de centigrannne ; mais pour paralyser ou alfaiblir l'aciion } du muscle accommodateur, il faut une solution plus forte. D'après Donders, la solution de 1 partie sur 120 parties d'eau suffît pour obtenir le relùclieraeiii du j muscle accommodateur.
On reconnaît la paralysie de ce muscle par les signes fonctionnels suivants : |
1. Dans un œil emmétrope, la vision au loin est nette, mais elle est confuse pour les objets rapprochés. Avec le verre n» 10 convexe, on corrige la vue. Chez les hypermétropes, la vue devient trouble au loin comme de près, et il faut employer des verres relativement beaucoup plus forts pour remplacer l'accommodation paralysée. Dans l'œil myope, la paralysie du muscle ciliaire reste le plus souvent sans résultat sur la vue.
2. Les objets paraissent ordinairement beaucoup plus petits que d'ordinaire (micropsie), ce qui tient à ce qu'ils semblent au malade plus rapprochés qu'ils ne sont en réalité; et comme l'angle visuel n'est pas augmenté, l'objet paraît forcément plus petit.
3. Il y a une sorte d'éblouissement et de fatigue qui accompagne la paralysie accommodative; elle dépend de la dilatation dé la pupille qui laisse passer une trop grande quantité de lumière dans l'œil.
U. L'action de l'atropine est d'autant plus prolongée que la solution est plus forte; elle peut cesser au bout de deux jours, tandis que chez les individus ! anémiques et affaiblis, elle peut durer de quinze à vingt jours, même après une faible solution de 1 centigramme pour 10 grammes, comme j'ai pu m'en coU' ^ vaincre bien souvent.
B. Paralysie morbide. — Elle peut se déclarer dans des conditions très-variées, I selon que les lilets nerveux de la troisième paire se rendant au muscle ciliaire seront seuls paralysés, ou que la troisième paire sera atteinte dans toutes ses ^ branches. Nous aurons plus tard l'occasion de parler de cette dernière variété,
et nous nous bornerons ici à décrire la forme de paralysie isolée du muscle ciliaire.
Cette paralysie peut se déclarer spontanément et dans les deux yeux à la suite d'une angine diphthérilique. Depuis longtemps on avait déjà signalé en France différentes formes de paralysies diphlhériiiques et des troubles visuels. Donders a eu ensuite l'occasion de constater que ce trouble était dû à la paralysie du muscle accommodateur. Dans certaines épidémies d'angines, Donders a vu se déclarer la paralysie accommodative chez tous ceux qui avaient survécu à la maladie. Selon Follin, les troubles visuels qui ont été décrits sous le nom d'amnurose diphtheritique, doivent elre rapportés h la paralysie du muscle ciliaire. J'ai eu en effet l'occasion d'observer avec le docteur Barthez, à l'hôpital Sainie-Fugénie, un bon
TilOUBLliS d'accommodation. "^^^
libre des enfants convalescents après la dipliiliérite, et chez lesquels le trouble uel dépendait de la paralysie du muscle accommodaleur, tandis que l'ophthaU ï,cope démontrait l'intégrité parfaite des membranes internes de l'œil. Dor, de I côté, en rapporte des exemples.
La paralysie diphtbéritique est ordinairement binoculaire; elle persiste très- <> temps et s'observe presque toujours avec la paralysie du voile du palais. Cette affection peut se déclarer pendant la convalescence des fièvres éruplives, de toutes les maladies graves qui amènent un affaiblissement général des forces malade. Je l'ai vue se produire à la suite des diarrhées prolongées, de syphilis (le traumatisme.
B raitement. — On commencera par faire exercer les yeux à travailler avec des icttes grossissantes, en commençant par les verres n" 10 biconvexes, dont on iiinuera le numéro au fur et à mesure que la vision se fortifiera. L'usage d'une uiion faible d'ésérine (calabarine) à la dose de 2 centigrammes pour 15 grammes au, une ou deux gouttes par jour, agira efficacement au rétablissement des ictions du muscle affaibli.
(Quelques bains sulfureux généraux et ' le traitement tonique, fortifiant, seront in puissant secours dans le traitement de la maladie,
ARTICLE in.
SPASME DE l'accommodation.
Le spasme du muscle ciliaire peut être artificiel ou spontané : le premier est pduit par l'erxtrait de fève de Calabar ou ésérine, et ne dure que quelques ures; tandis que le spasme spontané peut durer très -longtemps et donner lieu à s symptômes morbides assez sérieux pour qu'on ait besoin de s'en occuper. A. Spasme artificiel. — Le resserrement de la pupille ainsi qu'une contraction asmodique du muscle accommodateur peuvent être produits par les préparations ! fève de Calabar {Physostiijma venenosum).
Le professeur Christison (1) étudia le premier les propriétés toxiques de la fève ! Calabar. Mais c'est aux recherches remarquables de Thomas Fraser (2), Gubler, ischkewicz et. Germain Sée que nous devons l'étude intéressante de son action lysiologique sur les divers systèmes de notre organisme.
Grâce aux travaux ultérieurs deBowman, Soelberg Wells (3), de Graefe (4), ^arlomont (5) et Navarro (6), nous connaissons aujourd'hui exactement l'action cale de cette préparation sur l'œil, et particulièrement sur l'iris et le muscle liaire. Pour mon compte, j'ai démontré son action efficace non-seulement sur ;s membranes, mais aussi sur les vaisseaux péricornéens et ceux de la rétine.
Diverses préparations de fève de Calabar ont été employées; ce sont : extrait coolique dissous dans l'eau ou la glycérine, le papier et les rondelles de gélatine )utenant une forte solution (méthode de Streatfield).
(1) Christison, Monthly Journal of Médical Science, \o\. XX, 1855.
(2) Thomas Fraser, On the physiol. action ofthe Calabar Beau. Edinburgh, 1867.
(3) Soelberg Wells, Médical Times, 16 mai 1863.
\lx) Graefe, Deutsche Klinik, 1863, n° 29, Archiv ^ Ophth., Bd. IX.
(5) Warlomont, Annales d'oculis tique, septembre et octobre 1863.
(6) Navarre, Étude sur la fève de Calabar, thèse de Paris, 1869.
nf'FRACTION ET A(:0OMMOf)ATION.
A. Véc et M. Loven otit découvert un alcaloïde qu'ils ont appelé és(hu„c i\ remplace Irès-avantagcusemeiU l'extrait de Calabar. On fait dissoudre 2 ceiiii, grammes d'ésérine dans 10 grammes d'eau, en y ajoutant huit gouttes de la solu, tion suivante d'acide sulfurique :
:^ Eau distillée 50 grammes. 1 Acide sulfurique 3 gouttes.
Grâce au concours obligeant de M. Petit, de la pharmacie Mialhe, j'ai pu prej. cHre le sulfate neutre d'ésérine dans l'état de pureté absolue.
L'instillation de ce collyre est suivie des contractions spasmodiques de la paupière inférieure, et au bout de cinq à dix minutes la pupille se contracte ol la vision au loin diminue. Ce dernier phénomène est dû au spasme du muscle accomrnodaleur qui se révèle par le rapprochement du punctum remotissimum. L'œil devient ainsi myope pour tout le temps que dure l'action du médicament, ce qui ne dépasse pas ordinairement de quatre à six heures.
Selon Donders, la fève de Calabar agit en excitant les cellules ganglionnaires des filets de la troisième paire existant dans l'œil, et qui concourent à la contraciioii de la pupille et au spasme du muscle ciliaire. L'action paralysante sur les fibres nerveuses du grand sympathique, sans être démontrée, me paraît aujourd'hui incontestable.
Profilant de cette propriété physiologique de la fève de Calabar qui a une action antagoniste à l'atropine, nous employons son alcaloïde dans les mydriases, dans les iritis chroniques alternativement avec l'alropine pour rompre plus facilement les synéchies ; souvent elle agit favorablement dans des amblyopies alcooliques, comme j'ai pu m'en convaincre nombre de fois. Enfin Graefe a utilisé ce médicameni pour faciliter l'iridectomie dans le glaucome, lorsque la pupille est fortement dilatée.
B. Spasme morbide. — Cette affection est rare et se rencontre quelquefois chez des personnes qui font de grands efforts d'accommodation pour voir les objets très-fins. Graefe a observé ce spasme comme un symptôme réflexe de névralgiés faciales et ophthalmiques.
Les signes les plus caractéristiques sont le myosis prononcé avec absence de contraction pupillaire, et la myopie survenue presque spontanément chez une personne qui jouissait toujours d'une longue et bonne vue. C'est une myopie acquise qui ordinairement n'a pas de longue durée; à l'examen ophthalmoscopique, nous ne trouvons pas de siaphylômc postérieur propre aux myopies.
Le repos des yeux et l'instillation du collyre d'atropine suffisent pour faire cesser ce spasme.
Bibliographie. — Accommodation physiologique cf. pathologique : Descartes, L'homme de René Descarles. Paris, 1664, p. 39 et 45. — Cramer, Ilet Accommodntievermogen der
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Vœil. Paris, 1.863, p. 181. — Donders, On the anomalien a f accommodation and refractm oftheeye, translat. by W. D. Moorc. London, 1864, p. 72, et 204, 572. — Giraud-Teulon, Dioptrique physiologique et pathologique, dans Traité pratique des maladies de /'œîYde Mackenzie, t. III, supplément de Warloniont et Testelin. Paris, 1865. — Polaillon, Des nidieux réfring.mts de l'œil. Paris, 1866, — Perrin, Ophtlmlmoscopie et optométrir. Paris, 18/0.
TROUBLES Dli RÉFRACTION.