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CHAPITRE IV

Les lunettes sont ordinairement employées, soit pour corriger un des défauts de (■fraction ou d'accommodation de l'œil ; les conserves servent à diminuer l'inlen lté lumineuse et prévenir l'irritation cl la fatigue de l'œil. Les premières sont

lîtl-HACTION ET ACCOMMODATION, confcclioimccs à l'aide des verres sphériqucs, cylindriques ou piisinaiiquos l uidis que pour les secondes on se sert des verres plans leinlés de diiïérenics couleurs ou de lunelles de mica.

^ L'usage de ces inslrumenls optiques est extrêmement répandu, ils oiïreni tant d'avantages quand ils sont bien appliques, et deviennent, au contraire, tellement dangereux pour la vue lorsqu'ils sont employés sans nécessité ei choisis sans connaissance suffisanle, qu'il est de la plus haute importance de donner à ce sujet des > explications nécessaires.

A. Lunettes. — Elles se composent de deux parties, des verres et de la inoii- • ture.

l. Verres de lunettes. — Les verres dont on se sert pour les lunettes ontti'" pour but de modifier la direction des rayons lumineux et de rendre la vision plus> nette. On emploie à cet effet différentes sortes de lentilles, sphériques ou cyliii- " driques, convexes ou concaves.

Les verres sphériques employés pour les lunelles peuvent avoir des formes irès-t variées: biconvexes (I), plan-convexes (II) et concavo-convexes (III, fjg. 352); biconcaves (I), plan-concaves (II) et concavo-convexes (III, fjg. 353).

FlG. 352. — Formes diverses de lentilles sphériques convergentes (*).

FiG. 353. — Formes diverses de lentilles sphériques divergentes (**).

Les verres cylindriques sont : bicylindriqucs concaves ou convexes et pl.in-cylindriques concaves ou convexes. A ces formes on doit ajouter des combinaisons is très-nombreuses qui résultent de l'usage de verres cylindriques joints aux verres> sphériques. C'est ainsi qu'étant donné un verre plan-cylindrique quelconque, on fait tailler sa surface plane pour le rendre sphérique convexe ou concavee de la puissance indiquée par chaque cas particulier.

Pour qu'un ophthalmologisle puisse choisir pour son malade les lunelles conve-rnables, il est indispensable qu'il possède une trousse contenant des séries plus ouii moins complètes de verres sphériques, cylindriques et prismatiques. Voici à peu : près la composition d'une de ces boîtes à lunettes, que l'on trouve à Paris, cliczi A. Chevalier, au Palais-Royal, 158, Galerie Valois; chez Nachet, rue Saint-Sévcrin, et chez Aubry, 140, rue Saint-Jacques.

1° Série double des verres convexes sphériques :

2, 2 1 i/2, 2 3/4, 3, 3 1/4, 31/2, li, ti 1/2, 5, 5 1/2, 6, 6 1/2, 7, 8, 9, 10, il, 12, 13, 14, 15, IG, 18, 20, 24, 30, 36, 42. 48, 60, 72, 80. ■

(*) 1, lentille biconvexe ; 11, lentillu i>lmi-c(>nvexi' ; III, ménisque convergent. (**) I, lentille biconeuve ; 11, lenlillc iilan-concuvo ; 111, ménisque divergent.

2° Série double de verres concaves sphériques, comprenant exactement les numéros de la série précédente.

30 Série simple de verres cylindriques convexes et concaves se composant des

numéros ci-après :

6, 7, 8, 9, 40, 11, 12, 13, 14, 16, 18, 20, 2h, 30, 36, 42, 48, 60. U° Série simple de verres prismatiques à des degrés différents : 20°, 15°. 10°, S% 6°, 5°, 4% 3°, 2».

5° Une collection de verres de différentes teintes pour les conserves. 6° Une plaque métallique pleine; une autre avec un trou central très-fin; une lunette sténopéique de Dondcrs ; un porte-lunette et une pince à tourmaline.

En parlant des différentes anomalies de réfraction et de l'accommodation, nous avons indiqué les moyens d'après lesquels on arrive à choisir les lunettes convenables.

Ajoutons que les numéros qu'on essaye sont fixés dans un porte-lunette pour être placés devant les yeux. Le nouveau porte-lunette construit, sur mes indications, par l'habile fabricant Mathieu (fig. ^5U), présente des avantages incontestables. Les

FiG. 354. — Porte-lunette pour essayer les verres.

serres sphériques sont maintenus dans l'anneau D, D'. Lorsqu'on veut, au contraire, essayer un verre cylindrique quelconque et définir l'axe de l'inclinaison, )n le place entre les trois roues à dent A, F', F', et au moyen d'une clef B, on llGurne le verre autour de son axe. Dès qu'on retrouve la meilleure direction de ji'axe du verre cylindrique, on l'exprime en chiffres qui se trouvent indiqués en )as de la monture en E.

Il nous reste encore à ajouter des explications importantes sur les conditions |ue doivent remplir de bonnes lunettes; elles se rapportent à la qualité de verre, Ba forme et son ajustage.

1° Quelle est la matière dont on doit se servi?" pour les lentilles? — Les ?erres de lunettes doivent être fabriqués avec une matière bien pure, exempte de ^ous fils ou stries, de graisse ou de bulles. On se sert à cet effet du verre de lualité supérieure et du cristal de roche. Le verre le plus pur et le meilleur pour les lunettes est le crown-glass, com- )sé de boro-silicate de potasse et de chaux, dont la pesanteur spécifique est entre !,50 et 2,59.

GALEZOWSKI. ^ 48

KÉFRAGilON.

FiG. 355. — Pince à tourmalines (*).

. Le cristal de roche (quartz hyalin, pebhles des Anglais), soit hyalin primitif, soit en prismes hexaèdres de Madagascar et du Brésil, constitue aussi une excellente

matière pour les verres de lunettes, mais à la condition absolue que chaque verre soit coupé perpendiculairement à l'axe du prisme. Taillé dans le sens contraire, il donne une double réfraction qui est excessivement fatigante et nuisible pour la vue.

Les lunettes de cristal de roche présentent quelques avantages sur le crown-glass. Elles ne se rayent pas aussi facilement que le verre, ne prennent pas l'humidité, ce qui est trèsimportant pour les personnes portant constamment les lunettes, et qui sont forcées de les essuyer en sortant, en hiver, d'un endroit chaud au dehors, et vice versa. Avec la pince à tourmaline on reconnaît si la lentille est en verre ou en cristal de roche, et si ce dernier est bien aillé. Ce petit appareil se compose de deux plaques de tourmaline A, P (fig. 355), parallèles à l'axe, enchâssées chacune dans un disque métallique. Elles sont fixées aux extrémités d'un ressort contourné en forme de pince, et destiné à appliquer les plaques l'une contre l'autre. Chacune d'elles peut aussi tourner autour de son axe. Après avoir croisé les deux plaques de manière à avoir le champ sombre, on! place entre elles le morceau à éprouver, et l'on dirige l'instrument vers la fenêtre Si c'est du cristal de roche, la lumière se dépolarise et la clarté revient; si c'esd du verre, le champ reste sombre. Si le morceau est t,aillé perpendiculairement à l'axe du cristal, comme cela doit être, on voit de magnifiques anneaux colorés; si le cristal est mal taillé, on ne voit point ces cercles.

Quant au verre flint-glass, composé de boro-silicate de plomb, il a une force dispersive très-grande, et décompose très-sensiblement la lumière en produisant le phénomène d'irisation. Il est en outre très-tendre, son poli résiste à peine anx frottements. Pour ces raisons on ne s'en sert point pour les lunettes.

Pour transformer une plaque de verre en une lentille optique, on use chaque surface du verre avec de l'émeri mouillé, soit dans des bassins en cuivre pour les verres convexes, soit sur des calottes appelées balles pour les lentilles concaves. Le corps usant ou l'émeri est de l'alumine à l'état de corindon, mêlée à de l'oxyde de fer, de différents degrés de finesse, depuis 1/2 minute ou gros, jusqu'au 5, 10, 30 et 60 minutes; ce dernier est extrêmement fin et sert à doucir la lentille, après quoi on la met en contact avec le tripoli et au polissage à la bande.

2° Comment reconnaître quhin verre est plan, convexe ou concave? — I n verre est sans aucune courbure et plan, si, en le remuant devant notre œil, nous ne voyons point les objets se déplacer.

On reconnaît, au contraire, qu'un verre est convexe, lorsque, en le remuant devant notre œil, nous voyons les objets se déplacer en sens inverse du mouvement de la lentille : ainsi les objets remontent |)cndant que le verre descend, et vice ver><'-

(*) A ut P, disques métnlliques dans lesquels sont ciicliAssées dos touruudines parallèles i l'axe.

Dans le verre concave le déplacement de l'objet se fait dans le même sens (jue le

mouvement du verre.

3° Comment peut-on reconnaître qu'un verre est sphérique ou cylindrique? — En tournant un verre sphérique autour de son axe pendant qu'on regarde à travers ce verre un objet quelconque, on voit que ce dernier ne change pas de forme ni de netteté. Dans le verre cylindrique, la courbure n'existant que dans un seul diamètre, on comprend qu'en tournant le verre autour de son axe, nous verrons tantôt l'objet naturel et net, tantôt allongé ou élargi et plus trouble.

U° Comment reconnaître le numéro d'une lentille? — Le numéro d'une lentille indique la longueur de son foyer, et il suffit, pour une lentille forte, de définir la distance à laquelle se produit l'image d'un objet éloigné, pour qu'on en sache le numéro. Mais dans des lentilles faibles cette mensuration devient difficile. On obtient, au contraire, ce résultat au moyen de neutralisation complète d'un verre convexe quelconque par une lentille concave de même force. Le numéro du verre qui a servi pour neutralisation nous indique quel est le degré de réfraction de celui que nous examinons. Exemple: Un hypermétrope se présente avec des lunettes convexes dont nous voulons connaître exactement le numéro : par expérience on reconnaît à première vue si c'est un verre fort ou faible; on prend donc approximativement un verre fort ou faible concave, supposons — 1/18, que Ton place sur un des verres des lunettes, et on remue les verres ainsi superposés devant l'œil. Si l'on neutralise complètement la réfraction et que les objets, vus à travers les deux verres, ne bougent point, nous disons que le malade porte les lunettes du n" 1/18 convexe, puisque 1/18 concave l'a complètement neutralisé. Si on n'obtient pas la neutralisation du premier coup, on cherche parmi les verres plus loris ou plus faibles celui qui résoud le mieux ce problème.

A part les verres bisphéi'iques convexes ou concaves, on peut encore employer, pour les lunettes, les lentilles bicylindriques dont les axes se croisent, plan-sphériques et les ménisques.

Les lentilles plan-convexes ou plan-concaves présentent plus d'aberration que les bisphériques, c'est pourquoi elles ne sont point employées pour les lunettes.

Les lentilles bicylindriques, dont les axes se coupent, peuvent être surtout re- ( ommandées pour la lecture. L'action dioptrique de ces verres est presque égale, d'après Donders, à celle des verres sphériques, mais ils présentent cet avantage (ju'étant tournés vers l'œil par la surface à axe vertical, ils donnent un espace nès-étendu dans le sens horizontal.

Les verres concavo-convexes, ou ménisques, présentent cet avantage inconteslahle sur les autres, qu'ils altèrent moins les images quand l'œil regarde obliquement et de côté. Wollaston attira le premier l'attention sur ces lunettes, qui depuis portent le nom de périscopiques (de TTEpiaxo-rrerv, regarder autour). Le seul inconvénient qu'elles peuvent présenter, c'est qu'il est difficile d'en indiquer exactement le numéro, et que dans les verres très-forts elles auraient un poids beaucoup plus grand que les autres (1).

Les verres prismatiques servent pour les lunettes dans des cas particuliers de déviation des yeux, et grâce aux travaux remarquables de Donders et de Graefe,

(1) On trouve à Paris ces lunettes très-bien confectionnées, dans la maison Arthur Chevalier, 158, galerie de Valois, au Palais-Royal.

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