GOITRE EXOPHTHALMIQUE OU MALADIE DE GRAVES ET DE DEMOURS
Souvent on observe, d'après Trousseau, des efforts pour Tadaptalion (asthénopie), ce qui pourrait s'expliquer par une sorte de parésise du muscle accommodaleur. Plusieurs malades voient mieux au loin que de près, et deviennent presbytes, comme cela avait été observé pour la première fois par le docteur Corlieu (1), fl comme j'ai pu le constater chez quelques-uns de mes malades.
3. Altérations de la conjonctive et de la cornée. — La projection que subit le ^lobe de l'œil et l'impossibilité pour les paupières de l'abriler suffisamment amènent une irritation constante, qui se traduit par une congestion forte de la conjonctive scléroticale ; bientôt les veines deviennent tortueuses et il s'y forme un lacis vasculaire très-accentué.
La cornée conserve le plus souvent sa transparence, mais il arrive quelquefois (ju'elle s'altère d'une manière très- sensible. Une tache plus ou moins large de nécrose apparaît, soit au milieu, soit à sa périphérie; elle est suivie, au bout de (|uelque temps, d'une destruction complète de cette membrane et de l'atrophie de» l'œil. Ces faits sont excessivement rares et se rencontrent plus particulièrement chez les hommes.
h. Hypertrophie de la glande thijroîde. — L'augmentation du volume de la thyroïde est un fait constant. Tantôt ses deux lobes acquièrent des proportions considérables; dans d'autres cas, elle est, au contraire, très-peu marquée. Suivant Graves et Trousseau, l'hypertrophie thyroïdienne porte surtout sur le lobe droit. En général, elle se développe lentement et reste inaperçue, jusqu'au moment où son volume exagéré amène une gène de la respiration et une perturbation dans la voix. Cette dernière circonstance peut s'expliquer par la compression de l'un ou des deux nerfs laryngés récurrents. Le volume de la glande n'est pas constant, elle grossit pendant les périodes d'aggravation de la maladie. Chez les femmes, on le voit s'accroître après les couches ou à la suite des troubles menstruels et de suppression complète des règles.
5. Palpitations sans ou avec hypertrophie cardiaque. — Dès le début, les malades se plaignent de palpitations cardiaques qui deviennent par moments excessives. Les battements du cœur sont tellement violents, que toute la paroi thoracique est soulevée, et le choc du cœur peut même être quelquefois vu à distance. Selon Trousseau^ les battements carolidiens sont aussi exagérés, de même que lés bruits des veines jugulaires.
Ces phénomènes sont dus en grande partie à une névrose cardiaque, comme le démontrent Slokes et Trousseau. Pourtant, dans un certain nombre de cas, on trouve l'hypertrophie du cœur, qui, selon Aran, est un fait constant.
6. Vaménorrhée, chez les femmes, accompagne presque toujours le goître exophthalmique, et souvent elle se complique d'une leucorrhée plus ou moins abondante.
7. Vanémie avec chlorose et tous les signes des névroses générales, sans être constants, comme le disent justement Trousseau et Peter, peuvent se présenter assez souvent chez ces malades. On remarque chez eux la bizarrerie de l'appétit, le développement de gaz dans l'estomac et les intestins, des constipations et des diarrhées alternatives. Le changement de caractère est tel que, de doux et calmes,
(1) Corlieu, Bu goitre exophtlialmique. Mémoire lu à la Société de médecine pratique. Pans, 1863. ^
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ils deviennent irascibles et emportés ; ils sont sujets à des insomnies, des iiiappétences et des boulimies alternatives.
7. V augmentation de la caloricité a été constatée chez un grand nombre deié malades par Teissier (de Lyon). Selon cet auteur, la température du corps s'élève '^^ de 1 à 2 degrés centigrades au-dessus du cliiiïre normal, qui est, comme on sait, ■ de 35 à 36 degrés. Chez une malade de Trousseau, le pouls, qui était habituellement à 120, montait, pendant l'exacerbaiion, à 140 et 150 pulsations. La sensa- j^"' tien de chaleur devenait alors intolérable, et la malade rejetait loin d'elle les cou- r^''" vertures. Cette fréquence du pouls et l'élévation de température simulaient l'état ' fébrile à un tel point, que la malade fut admise dans un autre service de l'hôpital comme atteinte de fièvre typhoïde.
8. Le docteur Peter a découvert, en outre, l'existence de la tache cérébrale chez ces malades. Si l'on irrite en effet légèrement l'épiderme, on voit apparaître,
au bout de quelques secondes, une belle tache rouge qui persiste près d'une nii- u uute. Ce phénomène indique une sorte d'asthénie de l'appareil nerveux va^^o. -^r^ moteur.
Le goitre exophthalmique peut accuser, selon Trousseau, deux formes diS' tinctes : aiguë ou rapide, et lente ou chronique. Dans l'une et l'autre, on ob-serve des périodes de paroxysme qui sont accompagnées d'une grande oppressioDB et de dyspnée pouvant, par suffocation, mettre la vie du malade en grand péril. . Le cas que rapporte le professeur de l'Hôtel-Dieu est des plus remarquables; l'asphyxie était devenue presque imminente pendant le paroxysme, et la trachéotomie paraissait indispensable ; heureusement la saignée, la digitale et d'autres médicaments réussirent à arrêter les symptômes suffocants. Le malade guérit ensuite de son goitre, d'exophthalmie, et des battements du cœur.
La terminaison peut être fatale à cause de l'anémie qui devient quelquefois telle-ment forte, que les malades sont pris de fièvre hectique et succombent. Heureuse- ment CCS accidents sont rares; le plus souvent, au contraire, la maladie présentée un état latent et staiionnaire, et quelquefois même on arrive à une guérisonn complète.
Anatomie pathologique. — Le nombre d'autopsies est aujourd'hui assez coo-sidérable pour qu'on puisse en faire une déduction générale sur la nature des aUé rations que présente la maladie. Withuisen, Praël, Smith, ont pu constater l'hypertrophie du cœur et des altérations valvulaires; les artères de la glande thyroïdef étaient augmentées de diamètre et très-flexueuses, on y remarquait une sorte d'a-névrysme cirsoïde. Le système veineux de la tumeur est aussi très- développé sui-vaut Marsh et Hénoch. Le tissu conjonctif devient quelquefois fibreux, et contien de petits kystes sanguins ou gélatineux.
On n'est pas jusqu'à présent d'accord sur les altérations que l'on trouve du côt^^st de l'œil et de l'orbite. Selon Uemours, Basedow et Kolben, il y a une hypertrophie? du tissu ccllulo-graisseux de l'orbite. Fano a constaté une dilatation considérable de ses veines. Richet a vu, chez un sujet atteint d'anasarque, l'œdème général i|>.t disparaître, pendant que l'œdème du tissu ceilulo-graisseux de l'orbite avait persisté. Dans un cas, Trousseau a trouvé une hypertrophie énorme du tissu celluloadipeux de l'orbite. Mais il ne faut pas oublier aussi que, dans un bon nombre de» cas, l'exophlbalmie n'existe que pendant le paroxysme, et que les yeux ensuite i
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