I GOITRE EXOPHTHALMIQUE OU MALADIE DE GRAVES ET DE DEMOURS
■reprennent leur position normale. Il est évident que, dans ces cas, l'hypertrophie idu tissu cellulaire ne peut pas avoir lieu.
Ajoutons enfin que^ dans une autopsie faite à la clinique de Trousseau, les docteurs Peter et Lancereaux ont trouvé le ganglion cervical inférieur hypertrophié, rouge, très-vasculaire avec un abondant feutrage du tissu conjonctif, au milieu duquel on voyait des noyaux et des cellules fusiformes. On y constatait en outre de nombreux globules de graisse ; les cellules ganglionnaires étaient très-rares, petites, mûriformes, dont quelques-unes se réduisaient à de simples granulations; lies tubes nerveux étaient peu nombreux, petits, serrés, et comme étranglés par le iitissu conjonctif ambiant. Cette altération du grand sympathique, comme on verra, joue un grand rôle dans la production de la maladie.
Étioiogie. — Cette affectionjse rencontre le plus souvent chez les femmes ; et, sur cinquante cas que "Withuisen a recueillis, il ne l'a rencontrée que huit fois ichez l'homme. Trousseau rapporte un cas de goitre exophthalmique qu'il a observé chez un homme avec le docteur Cazalis; mais, dans ce cas particulier, la tumeur thyroïdienne était peu marquée.
Les relations entre la cachexie exophthalmique et les fonctions utérines sont incontestables; on voit très-souvent l'affection s'amender pendant la grossesse et reparaître ensuite avec une grande intensité après l'accouchement. La suppression des règles peut contribuer aussi au développement de la maladie.
Padiogénic. — Le goître exophthalmique est une affection nerveuse occasionnée par une irritation toute particulière du grand sympathique. L'autopsie faite par Peter et Lancereaux démontre surabondamment qu'il y a, en effet, dans :ette affection, une lésion matérielle du système nerveux ganglionnaire.
La physiologie expérimentale nous vient aussi en aide pour expliquer la production d'exophthaimie. Nous savons, par les belles expériences de Claude Berlard (l), que lorsque l'on enlève le ganglion cervical supérieur, ou que l'on :oupe le filet sympathique au cou, on voit l'ouverture palpébrale se déformer, levenir plus petite, et la paupière supérieure se relever plus qu'à l'ordinaire. Si on galvanise le bout supérieur du grand sympathique divisé, on voit, au contraire, a pupille s'élargir, l'ouverture palpébrale s'agrandir, et l'œil faire une saillie hors le l'orbite. Ce que Claude Bernard a pu provoquer par la galvanisation, la maladie H l'irritation morbide du ganglion cervical le produit à son tour, et il n'y a rien l'étonnant que l'exophthalmie puisse tantôt s'accroître, tantôt disparaître sans aisser de traces, comme cela avait été observé chez un malade du professeur ^iubler.
à II nous reste encore à déterminer quelle est la partie de l'ceil ou de l'orbite ']ui subit une inttuence directe d'excitation nerveuse capable de produire 'oxophihalmie.
Selon moi, il n'y a que la capsule de Tenon enveloppant le globe oculaire qui >sl capable de recevoir cette innervation et amener une propulsion de l'œil hors le l'orbite. Cette membrane est, comme nous avons dit dans la partie anatomique, onstituée par du tissu fibreux, mais on y trouve aussi des fibres musculaires lisses |ui reçoivent leur innervation du grand sympathique. Sous l'infiuence de la mail) Claude lîernard, Leçons sur le système nerveuo:. Paris, 1858, p. A99 et 531.
ORBITE
ladie de C raves, la contraction de ses fibres musculaires fait propulser l'œil en avant, tandis que dans la destruction du grand sympathique l'œil s'enfonce dans l'orbite.
l'ar suite de l'altération du ganglion cervical du grand sympathique, des v troubles circulatoires se déclarent du côté de la glande thyroïde et du côté du cœur; des dilatations artérielles plus ou moins marquées ne sont que passagères. Mais comme les fibres du grand sympathique, du spinal et du nerf vague sont très-rapprochées dans la moelle épinière, il n'y aurait rien d'étonnant qu'un certain degré d'altération se produisît simultanément dans un point de la moelle qui donne naissance à l'innervation du larynx, du cœur et des yeux.
Quant à l'explication de l'exophthalmie par Vhypergenèse des éléments du tissu i cellulaire de l'orbite, comme cela avait été avancé par quelques auteurs, elle me paraît peu justifiée, et nous n'y attachons point d'importance.
Traitement. — Il est très-difficile de savoir quel est le meilleur moyen qui puisse réussir dans cette bizarre affection. En s'appuyant sur l'expérience d'un des praticiens les plus éminents de notre époque, le professeur Troussfeau, nous pouvons recommander, dans la majorité des cas, la saignée, la digitale et l'hydrothérapie.
Au moment du paroxysme, et lorsqu'il y a un danger imminent de suffocation par le goître, on cherchera à conjurer le péril par les déplétions sanguines et par. l'application du froid sur la tumeur thyroïdienne et sur le cœiir. On peut aussi appeler la congestion vers les extrémités inférieures avec les ventouses Junod.
On agira efficacement contre la cause nerveuse de la maladie par le sédatif spécial de l'appareil circulatoire, qui est la digitale; on peut la porter à des doses très-élevées. Trousseau administrait quelquefois avec succès la teinture de digitale d'heure en heure à la dose de 8 à 10 gouttes.
Les préparations iodées ont été recommandées par plusieurs auteurs, mais on s'est convaincu bientôt que non-seulement ce moyen n'est pas efficace, mais qu'il peut souvent aggraver le mal.
Contre l'exophthalmje elle-même, il est rare qu'on ait besoin d'intervenir ; mais, , s'il y avait quelques dangers pour la cornée qui tendrait à s'ulcérer sous l'ia fluence d'une forte propulsion de l'œil en avant, on pourrait avoir recours à la blé-pharorhaphie partielle, en réunissant les extrémités externes des bords des paupières. Par la diminution de l'ouverture palpébrale, on empêche jusqu'à un certaiftt point la saillie excessive des globes oculaires, ainsi que les altérations de la cornée. |
te
«Il
Bibliographie. — Demours, Traité des maladies des yeux. Paris, 1818, t. I, p. A85. — Withuisen, Dublin'med. Press, 1859, July 6, p. 1. — Aran, De la nature et du traitement de l'a/fedion connue sous le nom de goitre exophthalmique, maladie de Basedoiv {Bul/etmmv^ de l'Académie de médecine de Paris, 4 décembre 1860, t. XXVI, p. 122). — Stokes, rrflt^qjdes maladies du cœur et de l'aorte, traduit par le docteur Senac. Paris, 1864. — Trousseau,.. Cli)2ique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris, 1868, t. II, p. 526. — Graefe, ilrc/iîu Ophthnl., Bd. m, Abth. II, S. 278. — Teissier, Du goitre exopidtialmique, 1863.