DES BLESSURES DE L'QEIL AU POINT DE VUE MÉDICO-LÉGAL
droit un coup porté avec un manche de fouet. Deux heures après le docteur ) Liégey constate une plaie transversale à la paupière inférieure, qui est le siège I d*une ecchymose et d'un gonflement considérable. La cornée est intacte, les mid lieux de l'œil sont transparents, la vision est conservée. Cinq semaines plus tard i toute trace de lésion externe a disparu, mais la vision est obscurcie à droite, et la (j papille reste dilatée. Deux mois après l'accident la cataracte est déclarée. C'est li alors que le sieur M.... intenta à son adversaire une action en dommages-inléâ rêls et obtint 500 h-ancs au lieu de 1500 qu'il réclamait.
Il peut arriver qu'une inflammation grave de l'œil quelconque, telle qu'ophthal- ' mie purulente, blennorrhagique, abcès de la cornée, glaucome, etc., existe chez un 1 malade depuis un certain temps, et qu'il reçoive un coup ou une blessure sur l'œil ainsi affecté. Voyant la vue se perdre, le malade pourra intenter un procès en dom- , mages- intérêts, mais il sera du devoir de l'expert de combattre une pareille exigeance.
Voici un fait des plus intéressants à ce sujet (1) :
Un homme lance, au moyen d'une seringue, au visage d'une jeune fille qu'il ac- ! cusait d'infidélité, un liquide dont une partie lui arrive dans les yeux. Bientôt se développe une ophthalmie violente, amenant à gauche une perforation de la cornée avec opacité de toute son étendue; à droite, adhérence de l'iris à la cornée, nécessitant l'opération de l'iridectomie. La jeune fille ne présentait nulle part, ni aux paupières, ni au visage, quoi que ce soit qu'on puisse rapporter à l'action de liquide corrosif. Par contre, elle était atteinte de blennorrhagie vaginale. La Faculté de Vieune, consultée sur ce fait, décida que la fille )erdit la vue à la suite d'ophthalmie blennorrhagique, et non point par suite du liquide qu'elle avait reçu au visage, et que par conséquent il ne pouvait être question de l'action traumalique.
j Voici un autre fait non moins intéressant qui m'a été obligeamment comnni-
1 niqué par le professeur Tardieu :
Chez un blessé, que le professeur Tardieu a dû examiner comme expert.
j en 1850, il a pu constater des traces de contusions à la tête et une sorte de torpeur dans les facultés intellectuelles. Mais comme le malade était atteint d'une affection nerveuse convulsive ancienne (probablement l'épilepsie), le professeur avait conclu que les blessures reçues par l'individu ne semblaient pas de nature à avoir eu aucune conséquence funeste et n'auraient pu causer une incapacité de travaux de plus de vingt jours. Les symptômes cérébraux étaient évidemment de date ancienne
I et indépendants de la blessure.
Tels sont les faits et les conséquences des blessures de l'œil au point de vue de
I l'expertise légale. L'importance et la valeur de chaque phénomène ne peuvent être
j jugées qu'après un mûr examen de la santé générale ainsi que de la vue du malade avant et après l'accident.
(1) Oesir.leitschr. fur prakt. Heilkunde; Jahresbericht von Virchow u. Hirsch 1868 I ' ■p. 419, QiAnn. d'hyg. publ., 1871. ' ' '
HYGIÈNE DE LA VUE
ARTICLE II
DE LA PHOTOr.RAPHIE RÉTINIENNE AU POINT DE VUE MÉDICO-LÉGAL.
11 y a un certain nombre d'années, parut, dans un journal américain, une noie ui fil grande sensation. On pouvait, d'après l'auteur de cette note, en soumetiani au daguerréotype la rétine d'un individu assassiné, retrouver l'image de celui qui l'avait frappé.
Celle fable ingénieuse intrigua le public pendant un certain temps, mais les hommes de science n'y crurent point. En 1869, le docteur Bourion envoya, à la Société de médecine légale de Paris, des photographies prises sur la réline d'une femme assassinée, et qui représentaient, selon lui, le moment où l'assassin, après avoir frappé la mère, tue l'enfant, et le chien de la maison se précipite vers la malheureuse petite victime.
Ce tableau fantastique aurait pu rester sans commentaires, mais la Société a voulu démontrer l'absurdité de pareils faits, et chargea le docteur Vernois de lui en faire le rapport. Le docteur Vernois (1) démontra par les expériences faites sur les animaux qu'il n'y avait rien de vrai dans ces histoires. Les photographies n'indiquaient rien, ou plutôt on pouvait y baser autant de contes fantastiques qu'on aurait voulu. Il faut espérer que c'est la dernière fois qu'un pareil sujet occupera l'esprit des hommes de science.