‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 25 sur 255 · ARTICLE IL ORGEOLET, FURONCLE, ANTHRAX · texte numérisé non relu

ARTICLE IL ORGEOLET, FURONCLE, ANTHRAX

ORGEOLET. — L'orgeolet est nne sorte de petit furoncle envahissant le tissu celulairc épitarsien ou le derme lui-même. Il présente la grosseur d'un grain d'orge, et c'est de là qu'il tire son nom.

Scarpa (1) est le premier qui ait émis cette opinion sur la nature de la maladie ; Boyer, Carron du Villards, Gosselin et Denonvilliers ont été du même avis. Mais de même que le furoncle a son siège primitif, d'après Richet, dans le follicule pilosébacé, nous pensons que l'inflammation d'une des glandes sébacées des cils est le point de départ de l'orgeolet.

La tumeur est dure, ronge foncé, se perdant d'une manière insensible dans les parties voisines. Le toucher ainsi que les mouvements des paupières provoquent une douleur très-vive. D'abord limitée au bord libre, le gonflement envahit bientôt toute la paupière, qui prend alors un aspect luisant.

Au bout de quatre ou ciiiq jours, il se forme une élevure d'un blanc jaunâtre qui ne tarde pas à se rompre, et qui donne issue à un pus épais, contenant de petits lambeaux de tissu cellulaire mortifié. L'ouverture se produit, soit sur la face cutanée, soit sur la marge conjonctivale du bord libre. Immédiatement après, son onflement cesse, et la cicatrisation qui en résulte ne laisse pas de trace.

L'orgeolet amène un gonflement des tissus voisins, et il n'est pas rare d'observer 'oblitération d'un ou de plusieurs orifices des glandes de Meibomius ou des glandes ébacées, produisant assez fréquemment un kyste sébacé ou chalazion. Certaines )ersonnes sont prédisposées d'une manière toute particulière aux orgeolets, et elles îont sujettes à des récidives si fréquentes, que, petidant des mois entiers, toute occupation leur est interdite.

La douleur qui accompagne l'orgeolet, bien qu'elle ne soit pas des plus vives et qu'elle n'oblige pas le malade à renoncer à tout travail, est cependant très- gênante L't peut même devenir insupportable quand le malade se livre à des iravauxde cabinet, surtout le soir.

(1) Scarpa, Traité pratique des maladies des yeux, trad. française. Paris, 1802. t. I, ). 146.

GALEZOWSKI. o

18 PAUPIÈIU'S ET SOURCILS.

Lor.s(|iic i'()rg('t)l(!l proc-minc sur la poau, il csl moins douloureux et produit moius d'iullamiualiou quo lorsqu'il fait saillie sur le bord libre ou la muqueuse, comme l'oul remarqué MM. Denouvilliers et Gosselin (1).

Furoncle. — Ce qui distingue le furoncle de l'orgeolet, c'est qu'il occupe une cteudue plus considérable et que son siège est dillérenl. Comme l'orgeolet, c'est une inllammalion du derme et du tissu cellulaire; il se montre sur tous les points des paupières ou des sourcils. La paupière tout entière devient œdémateuse; souvent la paupière inférieure y prend part, et le chémosis séreux envahit le globe de l'œil. L'aspect extérieur d'un œil ainsi aiïeclé fait pensera une opiitlialmie purulente, si ce n'est que la douleur est circonscrite et limitée à un point fixe, et que la suppuration est presque nulle.

La région sourcilière est le siège d'élection du furoncle ou de l'anilirax; il peut quelquefois y atteindre des proportions considérables et amener même une sorte d'œdème et d'érysipèle sur toute la face.

Anthrax. — L'anthrax est une inflammation du tissu cellulaire sous-culané, se propageant au tissu aréolaire du derme, ei amenant très-rapidement la mortification de la peau. Contrairement à l'opinion de Rokitanski et de Hunter, Dupuytren etBrodie pensent que l'anthrax débute par les prolongements du tissu cellulaire au derme. Pour Richel (2) l'anthrax, de même que le furoucfe, a son siège dans les follicules pilo-sébacés.

L'anthrax des paupières est excessivement rare. A. Guérin (3) déclare ne l'avoir jamais observé dans cette région. En effet, c'est plutôt le sourcil qui est le siège de cette tumeur inflammatoire, et la paupière ne sera enflammée que d'une manière secondaire et par voisinage.

L'anthrax débute par la rougeur, le gonflement et la chaleur de la partie malade. Au bout de quelques jours, la douleur devient excessivement vive et comme déchirante. Au centre de la grosseur apparaît une phlyctène qui crève en laissant s'écouler un liquide glutineux sanguinolent. Quelques jours plus tard, des ouvertures cribriformes se montrent au centre ; il s'en échappe un peu de pus et des lambeaux du tissu cellulaire, que l'on appelle bourbillon.

Une fois les tissus malades éliminés, on aperçoit une large ulcération à bords > frangés, au milieu de laquelle se trouve une masse grisâtre, pultacée, qui n'est autre que les tissus de la paupière désorganisés. Celte cavité se remplit bientôt de bourgeons charnus, et la cicatrisation a lieu, mais avec raccourcissement de la paupière et son renversement en dehors.

Cette description montre que l'orgeolet, le furoncle et l'anthrax sont le résultat! d'une inflammation des follicules pilo-sébacés et du tissu cellulaire. Mais le premier se déclare sur le bord libre et ne prend pas une grande extension ; les deux autres, au contraire, peuvent se déclarer, soit dans le sourcil, soit dans toute l'étendue de la paupière. La première maladie est très -fréquente et expose les> malades à des récidives, les deux autres alfections sont excessivement rares.

Traitement. — Orcjeolet. Au début de la maladie, lorsque le pus n'est pas

(1) Dcnonvilliers et Gosselin, Traité des maladies des yeux. Paris, 1855, p. 45. {2} Riciiet, Anatomic médico-chirury., 2^ édit., p. 11.

(3) A. Guérin, Nouveau Didionnuire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1805,, t. Il, p, 51)3, urt. Anthrax.

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encore formé, on i)eut ordonner, à l'exemple de Scarpa el Mackenzie, des fomentations glacées, quelquefois additionnées de vinaigre.

Mais ce traitement doit être abandonné aussitôt que la période de suppuration commence; on aura alors recours aux fomentations d'eau de guimauve chaude et îux cataplasmes de fécule de riz ou de pomme cuite.

Quand l'abcès tarde à percer, il est urgent de l'ouvrir avec une lancette, en lonnant à la plaie une direction parallèle au bord libre de la paupière.

Pour combattre la prédisposition aux récidives, on doit badigeonner les bords les paupières avec une solution de nitrate d'argent (U6%50 pour 20 grammes i'eau) ou de potasse caustique (Oe'-,50 pour 30 grammes d'eau).

Des fomentations avec de l'eau blanche pourront aussi être employées avec iuccès. Des frictions faites avec la pommade de nitrate d'argent (Ob%10 à Os',20 )Our 30 grammes) ont donné à Soelberg Wells (1) de bons résultats.

Le traitement interne consistera en purgatifs salins et eaux minérales de Pulina, le Friedrichshaller-Bitterwasser, de Néris, etc., et en pédiluves souvent répétés.

Les toniques conviennent aux personnes faibles, et les ferrugineux à celles qui sont cliloro- anémiques.

Hardy emploie avec avantage l'eau de goudron prise régulièrement pendant juelque temps à l'intérieur. Ce moyen combat efficacement la diathèse furoncuaire, et peut être mis en usage pour la guérison des orgeolels.

Furoncle. — Il est très-rare que l'on puisse faire avorter le furoncle des )aupières. Peut-être même s'obtient-il plus difficilement sur la paupière que )artout ailleurs. Pourtant, je ne saurais trop recommander, au début de la maladie, 'application sur la paupière d'une couche assez épaisse de collodion élastique, [lie l'on renouvellera tous les jours. Ce moyen peut arrêter le progrès du mal, t quelquefois l'enrayer ; mais il faut que ce médicament soit bien préparé. Voici a formule :

Collodion 30,0

Térébenthine 1,5

Huile de ricin 0^5

(Robert Latour.)

Si la maladie est trop avancée, il est nécessaire de pratiquer une large et proonde incision, et d'appliquer ensuite des compresses d'eau fraîche sur la paupière uc l'on recouvre avec un petit morceau de toile cirée ou de caoutchouc. Ce moyen réussit mieux que les cataplasmes pour calmer les douleurs et empêlier le gonflement. D'un autre côté, les compresses humides, même froides, se échaulTent très-vite sous une loile imperméable et agissent à la façon des émolienls.

Anthrax. — L'anthrax réclame, dès le début de la maladie, un traitement ès-énergique. On doit pratiquer, selon les conseils de Dupuylren et de Richet, ne incision cruciale sur la tumeur, de manière à en dépasser les limites. C'est ne sorte de débridemcnt qu'il faut faire, et alors l'incision doit être profonde l atteindre non-seulement la peau, mais aussi le tissu cellulaire sous-cutané. Iroca ne se contente pas d'incisions, mais il excise toutes les parties de la peau ui doivent plus lard se mortilier.

(1) Wells, A Treatise on Ihe Diseases of the eijes. London, 1869, p. 677.

20 PAUPIÈRIiS ET SOURCILS.

On panse d'abord la plaie avec des cataplasmes éinollieiits et plus lard avec des compresses aromatiques légèrement alcoolisées.

A. Guérin craint, à juste litre, qn'nn érysipèle ne se développe à la suite de l incisioti de la peau : c'est pour cette raison qu'il a proposé de faire une iyicision cruciale sous-cutanée des tissus enllamïnés (1). Voici comment il opère : Plongeant au centre de l'anthrax la lame d'un bislouri étroit, il le glisse à plat sous la peau jusqu'au delà de la partie tuméliée; dirigeant ensuite le tranchant vers les parties profondes, il incise de dehors en dedans dans trois rayons dilîérents qui viennent tous converger au point d'introduction du bislouri.

D'après A. Guérin, cette opération pratiquée au début de la maladie en arrête la marche et s'oppose à la mortification de la peau. Elle paraît en même temps être peu douloureuse, n'expose pas h l'érysipèle et ne laisse aucune cicatrice difforme.

Dans ces derniers temps, la compression a été préconisée par les auteurs anglais, entre autres par O'Ferral et Collis. Elle doit se faire au moyen d'un emplâtre de savon opiacé que l'on incise au centre.

Bibliographie. — Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. IV, Anthrax. — Collis, Dublin quarterly Journal of rned. .se, Febr. 18G4. — A. Guérin, Nouveau Dictionn. de méd. et de chirurg. prat., Paris, 1865, t. II, art. Anthrax.

ARTICLE III

PUSTULE MALtGNE, ET AFFECTION FARCINEUSE DES PAUPIÈRES.

Pustule maligne. — On a donné le nom de pustule maligne aune affection gangréiieuse de la peau se produisant à la suite d'inoculation du pus provenant de cadavres ou d'animaux infectés. Mackenzie et Wells affirment qu'elle n'a jamais été observée en Angleterre, tandis qu'en France, surtout dans la Franche-Comté,, en Lorraine et à Paris, elle se montre de temps en temps.

Les cochers, les maréchaux, les bergers, etc., en un mot, tous ceux que leur: profession met en contact avec des animaux infectés, y sont particulièrement expo-sés. Quelquefois pourtant elle paraît se développer h la suite d'une piqûre par des> insectes qui se nourrissent de la chair des cadavres.

D'après Bourgeois (d'Etampes), il se forme d'abord une petite induration lenticulaire, qui se transforme bientôt en une ou plusieurs vésicules. La paupière tout entière devient tuméfiée et érysipélateuse, d'un rouge foncé. Deux jours plustard, la vésicule se transforme en eschare gangréiieuse.

Anatomic pathologique. — Les pustulcs dc la peau proviennent de nodosités:développées dans le tissu même de la peau. L'examen microscopique fait par Virchovv (2) montre une prolifération cellulaire abondante, qui s'étend quelquefois jusqu'au tissu musculaire interstitiel. Au bout de quelque temps, les vaisseaux lymphatiques se prennent sur une grande étendue. D'après les recherchesfaites par Davaine (3), les pustules malignes contiennent un grand nombre der bacléridies.

(1) A. Guérin, Noiw. Diclionn. de méd. ci de chirurg., t. 11, p. 567. Paris, 1865.

(2) Virchow, ^pcc. Pnlhol. und Thcrapie, l. Il, p. 416, et Sinioii's IlaïUkrank., p. 200.

(3) Davaine, Mémoires de la Société de biologie. Paris, 1865, p. 93.

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