‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 250 sur 255 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

! A. Age, sexe et habitudes morbides. — Les soins hygiéniques pour la conservation de la vue sont réclamés depuis la plus tendre enfance, et il y a une foule de questions dans l'éducation de ces petits êtres qui demandent un examen et une surveillance des plus minutieux.

Pour que la vue chez les enfants puisse se développer graduellement et ne I subisse point d'influence fâcheuse, il faut :

1° Que la chambre qu'ils habitent ne soit pas exposée à la lumière très-vive, I qu'elle soit directe ou réfléchie par des murailles. Il faut aussi que les tentures de la chambre ne soient pas claires ni d'un vif éclatant.

2° Il faut que les berceaux et les lits des enfants soient placés de sorte qu'ils ^ ne reçoivent pas la lumière de la fenêtre directement dans les yeux.

HYGIÈNE DU LA VUE

30 Quand on les fait sortir au dehors, il faut qu'ils aient des chapeaux ou des visières foncées, capables d'atloucir la réverbération d'une trop vive lumière.

U° Les moindres inllammations des yeux doivent être immédiatement soignées autrement on s'expose à voir s'établir des affections chroniques du côié de là cornée, de la conjonctive ou du bord des paupières, pouvant compromettre à jamais la vision. C'est à l'âge de trois à neuf ans qu'on voit le plus grand nombre d'ophthalmies scrofuleuses se déclarer, et c'est à cet âge aussi que la surveillance doit être le plus attentive, surtout aux approches du printemps et d'automne. L'air froid et humide contribue, selon Barthez et Bazin, au développement de la scrofule en général, et il n'y a rien d'étonnant si les muqueuses oculaires s'y prennent plus particulièrement.

5" Dans les études et les travaux, les enfants doivent être plus particulièrement surveillés. Il faut les empêcher de pousser le travail jusqu'à la fatigue. Les occupations du soir sont dangereuses, surtout lorsqu'elles se font à la lumière insuffisante d'une bougie, ou bien à la lumière trop vive et vacillante du gaz. On ne saurait, en effet, trop blâmer les écoles de TÉtat et des institutions où l'éclairage dos classes se fait avec du gaz; ce dernier agit d'une manière très-fâcheuse sur les yeux par l'état de vascillalion continuelle.

6° Les enfants qui ont la vue sensible et les yeux fatigués, rouges et enflammés, doivent être exclus des classes. Non-seulement ils ne pourront pas faire des études sérieuses, mais on doit craindre qu'ils ne contractent des maladies.

7° Les enfants lymplialiques, faibles, chétifs, atleints de pityriasis du bord libre, se serviront toujours d'eau tiède et non point d'eau froide pour bassiner les yeux.

- 8° Lorsque les enfants commencent h grandir et que les parents songent à le.s préparer pour un état quelconque, il faut que l'oxamen fait par des hommes compétents éiablisse si la vue peut s'y prêter. La faiblesse de cet organe occasionnée par les maladies ou par défauts congénitaux doivent exclure tout étal fatigant cl qui exige une application.

9" L'époque critique chez les filles, et la période climatérique chez la femme, influent d'une manière puissante sur l'appat-ition de diverses affections oculaires. C'est pourquoi il faut recommander aux unes et aux autres de ménager le plu> possible leurs yeux pendant ces périodes, et éviter tout ce qui peut occasionner l'irritation et lâ fatigue.

10° Les jeunes gens ont aussi leur époque critique, c'est le développement de l'instinct génital qui dénote la puberté et l'aptitude physique. Mais l'instinct génital devance bien souvent la puberté. « Que d'enfants ne voit-on pas, dès l'âge de quatre à cinq ans, pervertis par des bonnes. Les collèges et les pensionnats sont des foyers de contagion morale, dit Michel Lévy (1), qui s'étendent aux nouveauxvenns de tout âge, et si le vice endémique de ces établissements épargne un enfant, il ne tarde pas à succomber aux sollicitations spontanées des organes génitaux qui s'éveillent et qui lui créent un sens nouveau. »

La masturbation ou onanisme devient un vice chronique, grave, dont il est difficile de guérir et qui amène les conséquences fâcheuses pour l'organisme tout

(1) Michel Lévy^ Hygiène, t. \, p. 138.

enÛGW Tous les sens s'en ressentent de bonne heure, et plus particulièrement le sens de la vue.

Les enfants maigrissent, deviennent pâles, anémiques, leurs pupilles se dilatent, les yeux s'entourent de cercles violacés et s'enfoncent dans l'orbite. Ces enfants dépérissent lentement, et si la mort ne les enlève pas, ils deviennent chélifs et en proie à des accidents nerveux, tels que convulsions, contractions des membres, épilepsies, éclampsies, etc.

Sous l'influence de ces mêmes habitudes funestes, les jeunes gens perdent aussi leurs forces et dépérissent; leurs fonctions physiologiques s'aiîaiblissent ; la perte continuelle de la liqueur séminale les rend inféconds et impuissants dans l'avenir. On voit chez beaucoup d'entre eux les yeux s'affaiblir, devenir larmoyants, rouges et congestionnés, incapables de supporter aucun travail et nulle application assidue. C'est ainsi que nous avons eu l'occasion d'examiner avec le docteur Peter, au mois de juillet 1871 , un jeune homme amené de province par son père; les yeux de cet enfant s'affaiblissaient d'une manière très-sensible. Les pupilles étaient trèslarges, les yeux cernés accusaient un regard vague et incertain; lout travail d'ap- -plication devenait impossible. L'absence de toute altération dans l'intérieur de l'œil jointe aux symptômes éprouvés par le malade nous a permis de rapporter la cause de la maladie à la mauvaise habitude ou aux pertes séminales (pollutions) involontaires, ce qui fut avoué par le malade.

Des faits de ce genre ne sont malheureusement que trop nombreux, et il n'est pas toujours facile de guérir ces individus de leurs funestes habitudes.

L'excès génital chez les adultes engendre les mêmes effets funestes pour la santé et la vue que la masturbation ; les jeunes mariés pèchent souvent par là. -On voit survenir chez ces individus un affaiblissement général et progressif de tout le corps, des symptômes nerveux provenant des lésions cérébro-spinales et qui se traduisent par l'ataxie locomotrice, les paralysies de la troisième ou de la sixième paire, et par une atrophie des papilles.

J'ai rencontré, en effet, un certain nombre de malades atteints d'atrophie de la papille, chez lesquels on ne pouvait reconnaître d'autre cause que les jouissances immodérées de l'amour et les pertes séminales.

' Il est donc de la plus haute importance de se modérer dans l'exercice du coït, surtout pour les personnes dont la vue est faible et qui sont d'un tempérament faible et lymphatique.

11° Les personnes atteintes des constipations qui ne dépassent pas deux, quatre et même six jours, peuvent jouir relativement d'une bonne santé. Mais il n'en est pas moins vrai que les efforts que font ces personnes pendant les évacuations alvines entraînent souvent des altérations du côté des membranes internes de l'œil, i€t entre autres des hémorrhagies. Des choroïdites séreuses et atrophiques reconnaissent aussi, souvent pour cause des constipations persistantes et des hémorrhoïdcs qui les accompagnent. Il est donc nécessaire de surveiller cette importante fonction physiologique et faciliter les digestions, soit par des pilules aloétiques et de scannnonée, soit des eaux minérales salines, etc.

B. ALIMENTS ET BOISSONS. — 1. Aliments. — L'état des organes digestifs niHue d'une manière très-puissante sur la santé générale ainsi que sur la vue, c'est pourquoi il importe d'examiner avec soin toutes les conditions se rapportant

IlYGliiNE DE LA VUE.

h l'alimeiilation du malade. De même que rinanilion amène î» la longue des trou bles plus ou moins sensibles du côté de l'organe de la vue, de même les excès de tout genre et l'emploi des aliments acres, épicés, poivrés, etc., peuvent entretenir des altérations plus ou moins graves du côlé des yeux.

Magendie et Chossat ont fait des expériences sur les animaux soumis au régime insuffisant ou à l'abstinence absolue, et ils ont pu remarquer l'augmentation de la sécrétion des glandes lacrymales et de Meïbomius. Le docteur Rrett (1) a constaté des phénomènes identiques sur des Indiens détenus dans des prisons de Moorabad et Cownpore. Chez ces malheureux les yeux présentaient l'aspect vitreux, chez d'autres on voyait apparaître des inflammations conjonctivales, l'augmentation de la sécrélion des glandes lacrymales et de Meïbomius; chez quelques-uns les cornées devenaient troubles, puis elles s'ulcéraient, se perforaient, et les yeux se perdaient. Ce qu'il y avait de remarquable, dit le docteur Brelt, c'est que dans tous ces cas les malades ne souffraient point.

Combien de fois n'avons-nous pas trouvé, chez les indigents, des conjonctivites chroniques et des kératites qu'on ne pouvait rapporter à aucune autre cause qu'à l'inanition. C'est pourquoi il importe d'examiner chez ces malheureux les conditions hygiéniques^ et chercher à leur procurer une nourriture suffisamment sui>stantielle et en quantité suffisante pour soutenir les forces.

Une nourriture par trop abondante ne peut pas non plus agir d'une manière favorable sur la vue. Après un repas copieux, la tête est lourde, le visage rouge el bouffi, les paupières lourdes,, pesantes, et les yeux congestionnés.

Toutes les fois que l'estomac est paresseux, (|u'il y a manque d'appétit, qu'il y a de l'anémie ou de la chlorose, que les yeux se fatiguent sans être enflammés, il y a nécessité de prendre un régime tonique, fortifiant, en y ajoutant des préparations ferrugineuses, les amers, le quinquina, et le vin de Bordeaux aux repas.

Chez les personnes pléthoriques et qui sont sujettes aux hémorrhagies rétiniennes, aux inflammations de l'iris ou de la choroïde, ou de toute autre membrane oculaire, on remplacera les aliments azotés et substantiels par la nourriture végétale, les légumes mucilagineux ou hérbacés, les fruits et les matières féculentes. Tous ces aliments traversent l'estomac plus promptement que les viandes, leur digestion n'augmente pas tant ni la chaleur animale, ni la fréquence du pouls, que celle des substances animales. Mais il est surtout imporlant de supprimer, dans ces conditions, l'usage de tous les aliments épicés, poivrés, du café et de tous les condiments acres et aromatiques.

2. Les boissons fermenlées ont une influence des plus pernicieuses sur la vue ; elles agissent sur le cerveau el amènent des désordres nerveux graves, suivis, du bout d'un certain temps, de troubles visuels plus ou moins sérieux. L'usage prolongé de liqueurs fortes, et notamment de l'eau-de-vie, du rhum, du punch, du vin blanc, des liqueurs, de l'absinthe, etc., entraîne, au bout d'un certain temps, des amblyopies alcooliques graves, pouvant à janiais compromettre la vue. Ces boissons deviennent d'autant plus dangereuses qu'elles sont prises à jeun et dans un estomac vide. L'absorption de l'alcool se fait très-rapidement et enire non moins promptement dans le sang. C'est pourquoi il importe beaucoup de mo-

(1) Brelt, Med. Chir. lieview, i^M.

r déier, autant que possible, l'usage des boissons fermentécs en général, toutes les fois que les yeux sont malades, et de défendre absolument leur usage dès qu'on aura Il affaire à des amblyopies alcooliques. Et ici l'abstinence doit être absolue, sans exli cepter même la bière, dont quelques sortes contiennent de 7 à 5 pour 100 d'alcool. ; C. Climats et saisons. — L'influence des climats est, sans nul doute,. , évidente sur la sauté générale de môme que sur les yeux. La proximité des marais- 1; et des étangs peut prédisposer à des afl'ections catarrhales, rliumatismales et palu- : déennes; et, comme toutes ces affections donnent lieu à des altérations oculaires, il y aura naturellement nécessité de diriger dans ces pays toute son attention sur tout ce qui peut dépendre de la constitution climatérique. Le voisinage de la mer ne devient une cause insalubre que dans des circonstances particulières. En ce qui . concerne les yeux, l'air de la mer devient nuisible toutes les fois qu'ils sont atteinte des affections scrofuleuses, des phlyctènes, des kératites, etc. En suivant les conseils du docteur Barthez, on doit s'abstenir d'envoyer ses enfants aux bains de mer pendant tout le temps que dureront ces affections.

On sait quelle influence désastreuse exercent les climats chauds sur la santé de l'homme. En Égypte et en Algérie, cette influence s'annonce souvent, du côté des^ yeux, parle développement des ophthalmies purulentes et granuleuses, dont la gravité est connue de tout le monde.

La cause de ces ophthalmies n'est pas bien connue; mais il est très-probablequ'elle tient aux changements de température de la nuit et du jour, à la réverbération de la lumière et à son action irritante sur les yeux; et, enfin, à la malpropreté des indigènes. Telle est aussi l'opinion du docteur Aubert-Roche (1), qui admet pour cause prédisposante le soleil, et pour cause déterminante l'humidité des^ nuits, le refroidissement; chez les enfants, souvent aussi le mauvais régime.

La maladie se transmet le plus souvent par une sorte d'inoculation directe du pus granuleux ou blennorrhagiquo. C'est pourquoi il importe de s'attaquer à toutes les causes ci-dessus mentionnées, surveiller autant que possible l'observation de la propreté, et recommander d'éviter toute cause de refroidissement, les courants d'air dans les appartements et les tentes, etc.

Page 1