‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 29 sur 255 · ÉRYSIPÈLE DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE DES PAUPIÈRES

L'érysipèle de la face se communique ordinairement aux paupières; quelque- I) fois un seul œil est atteint; mais, le plus souvent, les paupières des deux yeux 5 et surtout les paupières supérieures sont prises.

De môme que dans les autres parties, on distingue sur la paupière deux sortes . d'érysipèles : simple et })hlycténoide. Si la maladie n'est point intense, si elle dure s longtemps sans amener un gondement notable et sans occasionner de fièvre, on ; l'appelle érythèmi'.

Syinptomatoiogic. — L'érvsipèle débute par les paupières ; l'apparition de ) quelques symptôujes gastriques annonce la maladie ; céphalalgie, bouche amère, I nausées, lassitude et frissons ; les paupières sont pesantes, et le malade éprouve . une sensation de brûlure et d'engourdissement. Les ganglions du cou ou préau- 1 riculaires sont engorgés.

Dès le deuxième ou le troisième jour, le gonflement des paupières s'accentue et l'érysipèle est déclaré.

Aspect des paupières. — Les yeux sont fermés, et les paupières, surtout les paupières supérieures, sont sensiblement tuméfiées.

Couleur de la peau. — La peau palpébrale est rouge pâle, quelquefois écarlate intense et même livide. Cette coloration disparaît par la pression, pour se reproduire immédiatement. En même temps la peau paraît luisante, sèche au toucher.

Les sensations qu'éprouve le malade ne sont pas les mêmes que celles d'un phlegmon ou d'un abcès; c'est une chaleur ardente et des picotements accompagnés d'une vive démangeaison. L'épiderme est distendu et soulevé par places par suite de V infiltration du derme et de son tissu réticulaire par une exsudation séreuse. En s'accumulant dans ces régions, la sérosité forme des vésicules ou des bulles. Suivant que ces vésicules ressemblent à celles de la miliaire ou à des phlyctènes, on dit que l'érysipèle lui-même est miliaire ou phbjcténoïde.

La première forme est la moins grave, et ne cause pas habituellement de désordres considérables. Il n'en est pas de môme de l'érysipèle phlycténoïde. L'in-

'PAUPIÈRES KT SOURCILS

oorZ^r tissu cellulaire sous-cu.ané, qui se mortifie rapidement. Er,

e can les phi yctenes elles laissent écl,ap,)er un liquide sanieux, c,ui se dessèche e< foime des croûtes épaisses, se reproduisant avec la plus grande facilité

Cette inflammation peut altérer les bords des paupières, détruire les huilées de cils et amener leur chute. Si elle progresse vers la surface interne des paupières" elle y provoque la conjonctivite et même la kératite.

Conipiicatio.i»«. — Les complications que peut amener l'érysipèle sont le suivantes : j i •

\. Phlegmon diffus avec ou sans abcès. Tantôt le mal envahit seulement le lissi. cellulaire de la paupière et n'entraîne que des mortifications partielles et des rac courcissemenis consécutifs de cet organe; tantôt rinflammaiion franchit la cap suie de Ténon. gagne le tissu cellulaire de l'orbite, et amène une exopliihalinie ave( compression du nerf optique. La conséquence ultime est une atro|)|jie du ner: optique et la perte de la vue.

2. Méningite. — Cette affection, qui a été signalée dans le courant de l'érysi: pèle delà peau et des paupières, ne peut pas être expliquée par la propagation di mal le long du nerf optique aux méninges; elle est au contraire consécutive à la; congestion et à l'inflammation concomitante. J'ai examiné avec le professeuit Richet un malade atteint d'érysipèle des paupières et de la face, présentant de; symptômes cérébraux sans qu'il ait été possible de découvrir la moindre altératior des nerfs optiques.

3. Blépharite ciliaire et altérations des ouvertures des glandes de RIeïbomius.-. Consécutivement, surviennent la chute des cils et un trichiasis partiel.

h. Conjonctivite. — Quoique très-rebelle, celte complication n'offre par ellemême aucun caractère de gravité.

5. Kératite suppurative. — Très-souvent la kératite amène une perforation eune hernie de l'iris, surtout chez les vieillards.

J'ai observé, avec E. Barthez, une kératite de ce genre, chez un homme àg( de soixante ans. Malgré les soins les plus assidus, le mal a été des plus rebelles e la cornée s'est perforée. L'érysipèle était monoculaire, phlycténoïde, et les phlyc tènes de la têle et de la paupière étaient remplies de sang.

6. Irids. — Il est excessivement rare de voir Tiritis se développer sous l'influence d'un érysipèle. J'en ai vu un exemple d'iritis monoculaire. E. Vidal (1) ern a rapporté un cas d'iritis double de moyenne intensité.

7. Voies lacrymales. — L'inflammation gagne les voies lacrymales et amèni leur obstruction temporaire ou définilive. La tumeur lacrymale peut même se développer au bout de quelque temps.

8. Phlébite dans les veines de la face. Dubreuil, Blachez, Silvester l'ont quelquefois observée.

Étioiogic. — L'éliologie de l'érysipèle est peu connue. Les causes directes de l'inflammation de la peau, telles que blessures, abcès des paupières, follicule? enflammés, tumeur lacrymale, elc, peuvent donner lieu à des phénomènes ressemblant beaucoup à l'érysipèle, mais qui pourtant ne constituent qu'un fau> érysipèle.

(4) E. Vidal, Mém. de la Soc. de biol. Paris, 1863, p. 51.

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Dans les grandes villes, et surtout dans les hôpitaux, l'état atmosphérique et la constitution médicale sont des causes qui favorisent l'apparition de celte maladie.

Les affections morales et des désordres des organes digestifs peuvent contribuer à son développement.

Traitement. — 1. Les soins qu'on doit donner à l'érysipèle simple des paupières ne diffèrent pas de ceux que réclame l'érysipèle situé dans d'autres parties. On saupoudre ces parties avec la poudre d'amidon, on prescrit quelques légers purgatifs, et l'on se borne en somme à la méthode expectante.

Wais l'intervention du chirurgien devient indispensable lorsque la maladie prend un caractère plus grave : quand elle se complique d'un abcès, d'une conjonctivite, d'une kératite, etc.

2. On fera tomber les croûtes, soit au moyen de cataplasmes, soit en les enlevant soigneusement avec des pinces. Puis on couvrira chaque pustule, suivant le conseil de E. Barthez, avec un morceau de papier brouillard fin imprégné ou non de cérat. Quelquefois on pourra les couvrir avec la peau de baudruche gommée, que l'on recouvrira ensuite avec une couche de collodion élastique.

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