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III. — Lipomes des paupières et du sourcil

Comme nous Tavons vu précédemment, le tissu adipeux est très-peu abondant ns les paupières. Pans la région du sourcil, il est un peu plus développé; c'est qui explique pourquoi cette partie n'est que d'une manière exceptionnelle le 'ge d'un état morbide.

Le tissu adipeux peut s'hypertrophier dans toute l'étendue des paupières et nuler une hypertrophie de la paupière tout entière. On pourrait l'appeler meur adipeuse diffuse. Des tumeurs de ce genre se rencontrent fréquemment lez ceriains individus âgés, à l'angle interne de la paupière supérieure. Elles trouvent ordinairement aux deux yeux et ne constituent pas d'état morbide el. Dans d'autres cas, l'hyperplasie graisseuse forme une grosseur bien limitée; Bst alors une véritable tumeur lipornateuseon adipeuse. Symptomatoiogie. — D'une mollesse pâteuse, élastique, peu mobile, mais

PAUPIÈRES ET SOUKCILS.

libre de tonte adhérence à la peau, cette tumeur jjréseiile à sa surface de petitesi inégalités ou bosselures, dues aux cloisons qui la divisent eu loges plus ou moinsv nombreuses.

La peau est intacte; sa couleur et son épaisseur n'ont subi aucune modification.

Les lipomes ne sont point douloureux, et ils ne gênent ni la vue ni les mouvements des paupières; mais leur développement exagéré, en constituant une did'ormité désagréable, rend nécessaire l'intervention du chirurgien.

Anatonilc pathoiogiiiiie. — La tumeur adipeuse est enveloppée d'une trame celluleuse très-délicate, qui envoie des prolongements en dedans, de sorte que 1? graisse y est contenue comme dans de véritables cellules.

Selon Virchow, le tissu graisseux renferme une matière de consistance liquide, oléagineuse, riche en margarine. Les vaisseaux ne sont développés que dani; l'enveloppe celluleuse; mais, en général, ils sont peu nombreux. Le siège de; ■ lipomes est le tissu cellulaire sous-musculaire superposé au tarse.

TraUement. — L'exlirpatiou seule peut faire disparaître un lipome circonscrite On tendra la paupière sur le globe de l'œil et l'on pratiquera l'incision parallèlemeni au bord tarséen, dans toute l'étendue de la tumeur; puis, en la saisissant avec ur crochet, on pratiquera l'énucléation avec la plus grande facilité. La réunion paiti première intention ne tarde pas à s'opérer, sans qu'il soit besoin d'avoir recourr à la suture.

Quant à la tumeur adipeuse diffuse, que l'on rencontre surtout à la partie intern«( des paupières supérieures, il n'y a, le plus souvent, rien à faire.

§ IV. — Gommes syphilitiques des paupières.

La paupière peut être le siège de tumeurs gommeuses syphilitiques, appeléee syphilomes par Ch. Robin. Ces tumeurs se développent tantôt dans le tissu cel' lulaire sous-cutané, tantôt dans le muscle orbiculaire.

C'est à Bouisson qu'on doit les recherches les plus complètes au sujet dee tumeurs gommeuses musculaires. Ricord, Nélaion, Melchior Robert et Virchow les ont observées dans différentes régions : à la langue, à la joue, aux lèvres, etc Bouisson a même constaté la présence de celte affection dans uti muscle oculo moteur; mais, jusqu'à présent, son existence n'a [. as été signalée sur les paupièress Voici le fait que j'ai eu l'occasion d'observer.

En 1868, j'ai trouvé chez une femme syphilitique, âgée de cinquante-sii ans, une tumeur située à la partie interne de la paupière inférieure. Elle étai; arrondie de la grosseur d'une noisette, élastique, simulant une fluctuation. L, peau n'était point adhérente, mais un peu rougie. Comme elle était indolente r qu'elle s'était formée lentement pendant deux mois, il y avait lieu d'éiabhr 1 diagnostic entre un kyste alhéromateux et une gomme syphiliti(iue. Une ponctio exploratrice ne fit sortir que du sang. Le lendemain, la plaie résultant de la ponof lion était suppurante, présentant des bords à pic et arrondis. Ce fut pour moi 11 preuve que la tumeur était de nature syphilitique. Aussi j'ai touché la plaie avec 11 tein/ure d'iode concentrée et j'ai administré la potion iodée à la dose de 'i gran:ii par jour Un mois de ce traitement a suffi pour amener une guérison complète-'

J'ai VU depuis une autre tumeur analogue dans la région du sac lacrymal, chez une malade qui m'a été adressée par le docteur Picard. Elle fut guérie par le traitement interne.

Anatomie pathologique. — Les tumeurs gommeuses sont constituées par une masse dure plus ou moins fibreuse, parsemée de granulations graisseuses. En général, leur structure est bien variable, comme l'ont démontré Buddet Virchow.

Quand elles sont molles, ces tumeurs contiennent une matière gélatiniforme, d'un gris jaunâtre ; elles sont comme infiltrées de pus. Cependant on n'y rencontre pas de globules purulents, — ce qui ressort des recherches de Ch. Robin, — mais de simples granulations de nature graisseuse. D'après Virchow, il peut se produire ultérieurement une infiltration amorphe.

Diagnostie différentiel. — Les tumeurs gommeuses constituent un des phénomènes tardifs de la syphilis et appartiennent aux accidents tertiaires. On doit donc rechercher, dans les antécédents du malade, d'autres symptômes de la syphilis.

Elles peuvent être confondues avec des tannes, mais, le plus souvent, elles se montrent dans la peau elle-même ; du reste, ces dernières ne s'ulcèrent ni spoïKanémenl, ni après la ponction exploratrice.

Traitement. — Rollet et Clerc conseillent l'iodure de potassium à la dose de 1 à 2, U et 5 grammes par jour. Ce traitement suffit pour amener la guérison.

Le badigeonnage de la peau ou même de l'ulcère avec la teinture d'iode peut accélérer la guérison, comme cela est arrivé pour les deux malades dont j'i rapporté les observations.

Bibliographie. — Thévenp.t, Études et conditiom pratiques sur les tumeurs gommeuses du lissu cellulaire des muscles et de leurs annexes, thèse de Paris, 1858. — Van Ordt, Des tumeurs gommeuses, thèse de Paris, 1859. — Virchow, Pathologie des tumeurs, t. II trad. franç., p. 419. '

§ V. — Hypertrophie des paupières, ou éléphantiasis.

Carron du Villards et de Graefe ont observé une hypertrophie delà peau et des tissus sous-jacents de la paupière supérieure. Dans deux cas cités par le premier de ces auteurs, la cause pouvait être rapportée au traumatisme, tandis que dans celu. rapporté par de Graefe, l'hypertrophie était congénitale et s'était développée progressivement. '

Mais il n'est pas rare de rencontrer une hypertrophie de la peau moins accentuée et qui succède à une infiammalion chronique des paupières ou du globe de I œil uu-même.

L'induration qui en résulte ne présente pas les mêmes caractères : la paupière est d.stendue, et il y a plutôt abaissement des voiles palpébraux qu'un véritable éiepnantiasis.

nn^^Z,',!"""'"'??'?, ~ ''""P'"''" '"'l'^' if^i"-» »<:q"ie« dans l'éléphanliasis un voh„„e considérable; la peau est épaissie et hypertrophiée; les papilles d , dmnc prennent un développement «eessif. La surface devient rug.'nse

développent tellen.eot, que ce voile constitue une vraie tumeur.

PAUPllillËS ET SOURCILS.

Anatomic pathologique. — Le plus souvoiU le derme s'accroît, et les papilles s'hyperlrophiciil outre mesure. Mais, selon Virchow, le caractère principal est le développement des masses du tissu connectif qui se produisent dans l'épaisseur de la peau ou du tissu sous-cutané. Les muscles, ainsi que les autres parties se distendent sans être hypertrophiés. '

Traitement. — L'excislou d'un grand lambeau horizontal de la peau hypertrophiée est le seul traitement emcacc. Une suture, faite avec des fils fins de soie, est appliquée ensuite pendant quarante-huit heures. Si la conjonctive et le tarse sont par trop distendus, il faudra en enlever aussi un lambeau.

Bibliographie. — Carron du Villards, Annales rroculistique, t. XXXII, p. 253, et t. XXXV p. 130. — De Graefe, Klinische Monatsbl. f. Aug. Januar, 1863. ' ' ' ' - '

§ VI. — Névrome du sourcil et des paupières.

Au niveau du bord sourciller, on rencontre quelquefois une petite tumeur pédiculée ou cachée sous la peau et présentant une sensibilité excessive, soit au toucher, soil à chaque mouvement des paupières. C'est là le névrome.

Les névromes peuvent occuper le trajet du nerf sus-orbitaire, au point de sortie de ce nerf. Le professeur Richet, qui m'a communiqué des détails à ce sujet, a observé un fait de ce genre.

De petits névromes, mobiles et d'une grande sensibilité, se développent aussi quelquefois dans le tissu cellulaire sous-cutané des paupières. La peau est toujours mobile au-dessus.

Mackenzie a examiné après la mort une de ces tumeui-s et n'a constaté aucune connexion nerveuse.

Traitement. — Traitement médical. — Aux malades qui refusent d'avoir recours à l'opération, Mackenzie conseille les frictions avec un mélange d'onguent mercuriel et d'opium. A mon avis, des injections hypodermiques de morphine (10 gouttes de solution de 10 centigrammes pour 10 grammes) réussiront mieux, dans ces cas, à calmer les douleurs.

Traitement chirurgical. — Extirpation par la méthode ordinaire.

§ VII. — Induration ou callosités des paupières (tylosis).

L'épaississement et l'induration de la peau des paupières peuvent exister dans certains cas sans que le volume de la paupière elle- même soit augmenté. Cette induration prend le nom de callosité ou de tylosis.

Elle se développe sous l'influence de la diathèse scrofuleuse, et doit être combattue par l'usage de l'iodure de potassium ou de la teinture d'iode à l'intérieur et par les frictions avec la pommade iodée.

Mackenzie distingue une autre forme de tylosis qu'il appelle tylosis arthritica, mais il n'y a rien de précis à cet égard.

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