TUMEURS BÉNIGNES
Tumeurs érecliles.
Verrues.
Lipomes.
Gommes syphilitiques.
Éléphantiasis.
Névromes.
ARTICLE XVI
TUMEURS BÉNIGNES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL. § L — Tumeurs érectiles ou naevus maternus.
Les tumeurs érectiles sont constituées par des vaisseaux artériels ou veineuii fortement distendus et variqueux. Elles se développent dans les différentes particf « du corps humain, et le plus souvent sur la peau, les muqueuses ou le tissu celluup laire.
La peau des paupières est assez fréquemment le siège de ces tumeurs. Si 107 cas de ce genre, observés sur la tête par Porta, 7 fois la tumeur était située sur l'œil. De son côté, Lebert, sur 26 tumeurs érectiles de la tète, en a vu occupant les paupières.
Cette affection est congénitale, et se remarque le plus souvent chez les enfanLl! Depaul estime que les deux tiers des enfants qui naissent à la Clinique présenn tent dans l'une ou l'autre partie du corps des tumeurs de celte nature.
$$ymptomatoiogic. — D'ordinaire c'est à la superficie de la paupière supérieunj qu'elles appaiaissent sous forme d'une tache brunâtre ou rougeâtre; plus rarrd ment elles sont situées à la paupière inférieure, vers le grand angle.
Peu ou point saillantes dans certains cas, elles forment dans d'autres des relieej et des inégalités à la surface de la peau.
Les tumeurs érectiles peuvent se présenter sous des formes et des volumes tn variés. Elles sont quelquefois à peine appréciables, et ne laissent voir que d'i veines engorgées sous la peau, comme j'ai pu l'observer sur deux enfants ; so"il celte foruie elles restent stationnaires pendant longtemps, et même toute la \\\ D'autres fois elles se développent soit à l'époque de la dentition, soit même l'âge de quinze à dix -huit ans, comme Carron du Villards (1) l'a constaté chi une jeune fille, dont il rapporte l'observation. Demarquay a présenté à Société de chirurgie une malade affectée d'une tumeur du même genre, qui transforma en tumeur pulsatile à l'âge de vingt et un ans.
(1) Carron du Villards, Guide pratique des maladies des yeux, t. 1, p. 350.
Dans d'autres cas, ces tumeurs acquièrent un développement considérable, uelques semaines ou quelques mois après la naissance. Il se forme alors une )rle grosseur qui augmente notablement par les cris de l'enfant.
En prenant un développement plus grand, les tumeurs érectiles envahissent ■s tissus sous-jaccnls, et envoient des prolongements dans la co?ijonctive, et ans l'angle interne de l'œil à la caroncule lacrymale. J'ai observé ce fait chez un lîfant amené à ma consultation, et que le professeur Richet a bien voulu opérer la Clinique de la Faculté.
Lorsque la tumeur siège sur la paupière supérieure, celle-ci reste abaissée. Il saisissant la tumeur entre deux doigts et en exerçant une légère pression, on •rive facilement à la faire disparaître, mais elle revient à son état primitif dès que ^sse la comjircssion.
"Variétés. — On a divisé les tumeurs éreclilesen artérielles, veineuses et inlerlédiaires. Gruveilhier pense qu'elles débutent constamment par des capillaires l'opremeiit dits. Broca distingue, au point de vue clinique, deux formes : celles ni sont de nature artérielle, et celles qui sont de nature veineuse. Les unes sont )uges et les autres bleuâtres. Elles ne présentent les mêmes caractères que par lile de leur développement ultérieur.
Cette dernière division me paraît rationnelle; déplus, elle est utile au point de le pratique, car, tandis que les tumeurs artérielles ont une tendance à grossir, s auD es restent le plus souvent très-longtcnips stationnaires.
Quant à la division en tumeurs cutanées^ sous-cutanées et mixtes, elle n'est jère facile à établir et n'offre aucune utilité pralique.
Diagnostic (liflPércntici. — Rien u'est pIus simple que de reconnaître une imenr érectilc. Sa couleurlivide ou rougeâtre, son augmentation de volume penmt la toux, sa diminution ou même sa disparition sous la pression des doigts, ne issent aucun doute.
Anatomie patiioiogiquc. — J. Cruveilhier a souteuu avec raison que les tueurs érectiles débutent dans les capillaires. C'est une dilatation plus ou moins
•on()ncéo> de ces vaisseaux. Pour Broca (1), il y a trois degrés de dilatations. Le ■emier degré est constitué par une dilatation cylindrique des vaisseaux, comme
(1) Broca, Traité des tumeurs, t. II, p. 177.
*) a, vaisseau centripète ou nrtère ; a', vaisseau cenlrifu£?e un veine.
Fifi. 17. — Peloton vasculaire des liimeiirs érectiles (Porta) (*).
FiG. 18. — Peloton vasculaire des tumeurs érectiles (Porta (*).
PAUPIÈRES ET SOURCILS
l'a dénionlrc Porta. Les figures 17 et 18 représenlenl cet 6lal. Les vaisseaux son allougés et dilatés de 0""",05 h 0'"'",06, et leurs parois ne sont point épaissies. A deuxième degré, les dilatations sont irrégulières. Foilin les a représentées eéf décrites exactement. Au troisième degré, la dilatation est accompagnée de rup tures. Celte forme s'observe rarement dans les paupières.
Pronostic. — Ges tumcurs peuvent persister sans aucune modification, quel-!, quefois même elles guérissent spontanément. Mais le plus souvent il est nécessaire d'arrêter leur développement, qui pourrait entraîner une conséquence fà- ^ clieuse pour l'œil et compromettre la vue du malade.
Traitenicnt. — On a employé, contre les tumeurs érectiles, divers moyens;; mais le seul efficace est celui qui tend à l'oblitération des vaisseaux anormalement développés.
1. Vaccination. — Les auteurs anglais, Earle et Downing, sont les premiei-s qui aient cherché à détruire les tumeurs érectiles par l'inoculation du vaccin. Velpeau vulgarisa cette méthode en France.
Avec une lancette chargée de vaccin, on pratique de petites piqûres à des dis-.tances égales. Aussitôt que l'écoulement du sang s'arrête, on applique du nouveau vaccin sur les plaies et on les couvre durant quelques heures avec un lingçt imprégné de la même substance. Des vésicules se forment bientôt, et le travaili inllammatoire qui s'ensuit amène l'oblitération des vaisseaux. Mais si l'enfant î, été vacciné, ce moyen ne donnera aucun résultat.
Pour empêcher l'entraînement du virus par le sang qui s'écoule, Nélatonii conseille d'enfoncer dans la tumeur plusieurs aiguilles chargées de vaccin, et quel quefois il la traverse de plusieurs fils imprégnés de cette matière.
2. Lorsque la tumeur est limitée à la paupière, on injectera avec succès dm ^ perchlorure de fer peu concentré. Broca recommande l'emploi de perchlorureii ^ de fer de 12 à 15 degrés à l'aréomètre de Baumé. Richet se sert avec succèi-j des injections de chlorure de zinc, une à deux gouttes pures, ou mélangé pan ^ moitié avec de l'eau.
Mais si la tumeur communique avec la caroncule ou avec la conjonctive, il fau i renoncer à cette méthode qui, à coup sûr, amènerait alors un phlegmon de la pau^■ pière et de l'œil et la destruction consécutive de ces organes.
3. Ligatures. — L'application des ligatures se fait ordinairement par la mé-'' ihode sous-cutanée. Parallèlement à la surface de la peau on traverse la tumeuii avec deux aiguilles qui se croisent; on place ensuite une ligature autour de ce? ' aiguilles et on la serre fortement. Au bout de quelques jours, on retire le tout, efc "i le travail inflammatoire amène la guérison. '}
k. Acupuncture. — Lallemand enfonçait dans la tumeur un grand nombrri ^ d'épingles, rapprochait les têtes d'épingles avec un fil, et au bout de sept ou liuiil ' jours il les enlevait. Le procédé de Carron du Villards vaut mieux : il consiste i enfoncer un grand nombre d'aiguilles et à les saisir toutes avec des pinces forter ^ chauffées à blanc ; bientôt après, la cautérisation a lieu.
Bibliographie.— Earle et Downing, the Lancef, 1829, t. II, p. 237.— Woolcott, Lnnceti i 1852, Mardi 13, p. 261. — Laboulbène, Sur h nœvus en r/énérnf et sur me ?nodifîvn(toi* (j, particulière ol)servée dan s un nœvus de la paupière tlièse innugiirale.
in
Voh - Ch. Robin, Mém. de In Soc, de Mol., 1853, t. V, p. 170. - Virchow, /rc/„î; /; UhoL AnuL Wurtzbourg, 1854, Bd. VI, p. 525. - Porta, DeW angeciasia. Milano, 61. Broca, Traitésiir leslumeurs, Paris, 1869, t. II, p. 183.
§ n. — Verrues des paupières.
Les verrues sont de petites saillies formées aux dépens des papilles du derme. Iles affectent sur les paupières, comme partout ailleurs, des formes et des-aspects fférents.
Les unes sont petites et reposent sur une base large; d'autres sont pédiculées comme pendantes aux paupières, ce qui les a fait appeler par Maîtrejean. vertes pendantes.
On les rencontre d'ordinaire sur le bord des paupières et entre les cils ; dans autres cas, elles se voient à la surface de l'une ou de l'autre paupière. Leur surface est rugueuse, inégale, gercée ; elles sont quelquefois divisées 1 sommet par des sillons profonds. Elles ne causent aucune douleur; mais les alades les écorchent, et alors elles saignent et s'enflamment facilement. La transformation des verrues en sarcomes s'observe quelquefois, surtout land ceux qui en sont affectés sont arrivés à un âge avancé. Cela arrive à la suite frottement et d'irritation prolongée, et sous l'influence d'une prédisposition nstitutionnelle.
Traitement. — Le meilleur mode de traitement est l'excision ; on la pratique l'aide de ciseaux courbés, après avoir préalablement saisi la verrue avec une nce à griffes. S'il y a hémorrhagie, on l'arrête en cautérisant la plaie avec le ayon de nitrate d'argent.
L'application de compresses froides pendant quelques jours complétera la gué- [ion.
L'excision des verrues est une opération des plus simples; néanmoins, il est bon suivre l'avis de Gosselin et Denonvilliers, qui conseillent de l'ajourner penmt les épidémies d'érysipèle.