TUMEURS MALIGNES OU 6ANCÉREUSES DES PAUPIÈRES
2. Age. — L'enfance n'est pas assujettie à cette affection, qui, au contraire, est propre à la seconde moitié de la vie. La prédisposition augmente après cinquante ans dans la proportion de 65 à 70 pour 100.
3. Sexe. — Le sexe masculin paraît être le plus exposé aux cancroïdes.
h. Hérédité. — Elle n'est point démontrée; selon Paget, on l'a constatée dans un vingtième des cas. Heurtaux (1) l'a trouvée dans la proportion de 1 sur 10.
Pour mon compte, l'influence de l'hérédité est dans cette maladie au moins problématique. J'ai vu un grand nombre de cas de cancroïdes des paupières, et je n'ai jamais pu obtenir de renseignements assez précrs pour les attribuer à l'hérédité.
Anatomie pathologique. — Le canccr éplthélial OU cancroïde présente d'abord une hypertrophie des papilles de la peau. Plus tard, dans la masse indurée et ulcérée, on trouve de petites éminences papilHformes, couvertes de lamelles épithéliales ou parfaitement visibles au microscope. Ce sont des productions nouvelles, hétérogènes, développées à la surface de l'ulcère par la prolifération des cellules. Nous les représentons (fig. 19) d'après Lebert.
Virchow a démontré l'analogie qui existe entre les cellules de carcinome et ^ ^
certaines cellules épilhéliales normales, ' ^ - -
celles des voies urinaires, par exemple, pig. 19, PapiUe hypertrophiée, grossie Pourtant on ne confondra pas le carcinome 500 fois (*).
avec le cancer, parce que, comme l'ont fait
remarquer Gornil et Ranvier (2), les cellules des épithéliomes sont soudées les unes aux autres et présentent l'évolution épithéliale ; dans les carcinomes, au contraire, les cellules contenues dans les alvéoles ne sont pas soudées et ne montrent jamais d'évolution épithéliale.
Diagnostic différentiel. — Il est important d'établir le diagnostic dans deux périodes : au début, lorsque l'épithélioma se présente sous forme d'un ou de plusieurs tubercules, et h la période d'ulcération :
1° Les verrues rugueuses, à base large, se fendillent quelquefois, saignent et se couvrent de croûtes. Si ce n'est que le résultat d'une simple irritation, d'une écorchure accidentelle, une simple expectation de quelques jours ou de quelques semaines suffira pour porter le diagnostic. Si l'ulcération persiste pendant longtemps, accompagnée de desquamations fréquentes, d'épaississement de la peau au voisinage du tubercule, on devra penser à l'existence d'un épithélioina.
2" Les chancres des paupières et les syphilides tuherculo-serpigineuses peuvent
(1) Heurtaux, Nouu. Dictionn. de méd. et de chirurg. pratiques. Paris, 1867, t. VI, p. 223.
(2) Cornil et Ranvier, Joia^n. de l'anat. et de jjhyswl., 1866.
A, papille: o, a, cellules épidermiqiies ni-i-onJies ; c, c, cellules l'pideniiiqaes vues du prolil, d'apparende Jusilorme, avec leurs noyaux. — B, ce'luk-s épidermiciues isolées : a, paroi de la cellule ; b, uoyau. (Lebert.;
PAUPIÈRES ET SOURCILS
siiiMiler (l'une manière frappante les épiiliéliomes. Quant au chancre, le diagnostic ne sera pas difficile, si l'on prend en considéiation la durée de la maladie et les antécédents du malade. « Si la maladie existe, dit Ilicord, depuis plus d'un an et qu'il n'y ait pas eu d'accidents secondaires syphilitiques, on peut dire que ce n'est point un chancre induré, mais un cancer. »
Les mjphilides tuberculo-serpigineuses ressemblent quelquefois à tel point aux carcinomes, que l'erreur est presque impossible à éviter.
Les signes qui, à mon avis, caractérisent le mieux ces deux maladies sont les suivants : L'ulcère syphilitique est le plus souvent superficiel, et ses bords ne sont ni engorgés ni durcis. Dans l'épiihéliome, les bords sont très-gonflés, durs et taillés à pic. D'autre part, celui-ci gagne plutôt en profondeur, tandis que les syphilidcs s'étendent plus en surface, envahissent les parties voisines, la joue, le nez, etc.
Cette année, j'ai soigné un malade atteint d'un ectropion inférieur considérable, et d'un ulcère ressemblant tout à fait à un épithéliome. Les bords mêmes de l'ulcération à la paupière supérieure étaient durs et engorgés; toute la surface ulcérée était saignante, et l'ulcère avait pris un tel développement en étendue, qu'il était facile d'hésiter sur la nature du mal. La moitié de la paupière supérieure, tout le côté droit du nez, la moitié de la paupière inférieure, et la joue droite jusqu'à la lèvre supérieure et l'aile du nez, étaient ulcérés, et la maladie durait depuis plusieurs aimées. La glande préauriculaire était engorgée. Je prescrivis l'iodure de potassium h la dose de 2 à 5 grammes par jour, et je cautérisai l'ulcère, tantôt avec l'acide acétique, tantôt avec la teinture d'iode. Sous l'influence de ce traitement, l'ulcère cicatrisa presque complètement.
Pronostic. — Il n'est pas grave tant que la maladie est à son début. La guérison peut être obtenue d'une manière radicale. Mais, à une période plus avancée, lorsque les paupières sont atteintes sur une grande surface, il est à craindre que la mutilation que subissent les paupières, soit par la tumeur, soit par l'opération, ne laisse l'œil à découvert.
Les récidives ne sont pas rares, et avec chaque récidive le danger augmente.
Traitement. — Comme le cancroïde ressemble beaucoup aux ulcères syphilitiques, il sera prudent de commencer le traitement ioduré à l'intérieur, et les cautérisations, soit avec la teinture d'iode, soit avec des acides. Ce n'est que lorsque ces moyens auront échoué qu'on aura recours à une opération.
Iraitement chirurf/ical — 1. Caustiques. — Dans le traitement des épithéliomes , les avantages des caustiques sont incontestables ; ils doivent être employés quand la maladie s'étend sur une grande .surface de la joue, du nez et des paupières, et surtout quand elle envahit la conjonctive bulbaire, quand elle détruit l'angle interne ou externe jusqu'aux os, et se porte profondément dans l'orbite. Parmi les caustiques, le meilleur est incontestablement le chlorure de zinc sous forme de pâte de Canquoin. On peut l'introduire très-profondément, sans crainte de détruire le globe de l'œil.
J'ai assisté en 1869 à une opération de ce genre pratiquée à ta clinique par Richet; l'épithéliome s'était porté si loin dans l'orbite, que la cautérisation seule était praticable; elle a complètement réussi et le malade a guéri.
Je n'ai recours au nitrate acide de mercure, à l'acide acétique et à la teinture