‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 61 sur 255 · INFLAMMATION DE LA GLANDE LACRYMALE (DACRYODÉNITE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DE LA GLANDE LACRYMALE (DACRYODÉNITE

Nous distinguons, avec lAIackenzie, deux variétés d'innammation de la glande rymale : inllammatioii de la portion palpébrale et de la portion orbitaire. A. DACRYODÉNITE PALPÉBRALE. — Cette affecliou se présente sous une forme uë; c'est une inflammation d'une ou de plusieurs glandules de la portion palbrale. D'après Desmarres père, ce n'esl autre chose que l'inflammation des licules palpébraux.

Sympiomatoiogic. — 1 . L'affcctiou débute Subitement ; elle est caractérisée par le douleur très-vive, lancinante, siégeant à l'angle externe de l'œil, et qui s'aggrave chaque mouvement des paupières. Lorsqu'on appuie avec le doigt sur la paupière périeure, à son angle externe, on provoque aussi une douleur lancinante. 1. La paupière supérieure se gonfle d'une manière très-notable, surtout à son gle externe; elle est rouge, souvent même d'un rouge violacé. Son volume est lement augmenté; qu'en regardant un œil ainsiaffecté, on pourrait croire à l'exisnée d'une ophdialmic purulente.

3. Le globe de l'œil, la conjonctive oculaire et palpébrale, ne sont point enmmés; tout au plus s'il se manifeste une légère irritation de ces membranes; elquefois il y a un chéinosis séreuv. L'absence de toute inflammation dans les njonctives facilite le diagnostic.

MALADll-S \A r.r.ANDIi LACUYMAI.li.

/i. Dans IVspacfî de trois ou qiialro jours, une ou |)lusiciirs des glandiilos coiffll''^ glomûrécs s'cnllaiiHiioiU, se rcmi)lissoiU de pus, cL l'oiil saillie à la siuface conjonf Uvale. Parla pression, et niêiue par une siui[)Ie lentaiive de renverseincni do Ij f paupière, ou fait jaillir unecerlaine quautilé du pus ; dans d'autres cas, les doulMip. cessent sponlanénienl, le malade s'aperçoit qu'il existe du pus entre les pières, et dès ce mon>ent l'œdème disparaît. i

Marche, durée, «orminaiMon. — De même (|ue SOU déijut, l'évolution d( maladie est très-rapide; dans l'espace de cinq à six jours, l'inllammation arri\ ' résolution complète. On peut dire que la guérison est ici la règle générale. ^

Diagnostic ilifrt'^rcntici. — il serait facile de confondre celte aiïeclioii une conjonctivite catarrhale ou leucorrhéique des jeunes (illes, et même avec, un ^ conjonctivite purulente, si le début et la marche rapide de cette maladie, de iiiCmii que l'absence de toute complication du côté de la conjonctive, ne rendaient pres(|u impossible une erreur de diagnostic. La sensibilité exng(?ree à 1 a ngle externe l'œil et une saillie plus prononcée de ce côté, de même qu'une infiltration séreuj dans la conjonctive ou la paupière tout entière, compléteront le diagnostic.

Étioioglc. — Le plus souvent la cause de la maladie est constituiionnelle lymphatique, strumeuse ou scrofuleuse ; aussi la renconlre-t-on surtout chez lé enfants. J'ai vu souvent des personnes adultes présenter un chémosis .séreux tell ment considérable, qu'il faisait une saillie très- prononcée entre les paupières. 0 était même souvent très-embarrassé dans le diagnostic, et l'on ne savait à quel cause attribuer le mal, qui tenait simplement à l'innammalion des glandules congioi mérées. Mackenzie a observé une affection de ce genre survenue à la suite d'ui coup de pierre. Le docteur Chillons (1) a rapporté un cas d'altération de la glaiiA lacrymale due à la syphilis.

Traitement. — Des fomentations chaudes et des cataplasmes de mie de pain u de lait ou de fécule de riz tièdes, appliqués deux fois par jour sur l'œil pendaii une heure chaque fois, amènent le plus souvent la guérison de la maladie.

Mais quelquefois le gonllement est excessivement considérable dans la paui)ièi' supérieure, et un chémosis des plus prononcés soulève toute la conjonctive buj baire, et empêche même les paupières de se fermer. Dans ce cas, je n'hésite pa à appliquer huit à dix sangsues à la région préauriculaire, et je pratique de largç excisions sur la conjonctive boursouflée. Les fomentations suivantes sont auss employées avec succès:

ir. Glycérine 50 grammes, j Suc de belladone . 15 grammes.

Chauffez et préparez le glyccrolé.

Un fait analogue s'est présenté dernièrement h mon observation; j'ai dii excjsi^i les plis de la conjonctive, laquelle, une fois infdtrée, se couvrait de croûtes compr rables aux croûtes diphthéritiques. Ce traitement, combiné avec l'application d( sangsues et l'atropine, amena la guérison au bout de dix jours.

lî. DACiiYODÉNiTE CHiiONiQUE [inflammation de la portion orbifairc de i glande lacrymale). — Par suite de l'espacQ limité qu'elle occupe et de l'inHann

(1) Châlons, Adenitis lacrijmalis'syphilitica {Preuss. Vereins Zeitung, 1859), n" 42.

ilion d'une de ses porlions, la gl.'inde lacrymale icnd à repousser les parties voies el l'œil hii-iiième en avant. De là résullenl des désordi es bien plus graves e dans la forme précédente.

Sciimidt et Todd ont décrit deux formes de l'inflammation qui nous occupe : ne aiguë et l'autre chronique. Contrairement à l'opinion de ces deux obsereurs, je pense, avec Dcsniarres père, que l'inllammaiion aiguë de cette portion se produit que d'une manière tout à fait exceptionnelle, tandis que Vinflamition chronique de la portion orbitaire de cette glande se rencontre un peu plus uvent.

iSjnipfouiatoiogie. — 1. L'aiïcction débute lentement par une légère tumé- :tion de la paupière et un engorgement des vaisseaux conjonclivanx partant do ngle externe. Au bout de quelque temps, le volume de la paupière s'accroît à tel int, que cet organe ne peut plus se relever facilement: il y a un véritable ptosis.

2. Par la palpation, on sent un corps arrondi, élastique, un peu mollasse, )assant le r-ebord orbitaire à l'angle externe de l'œil. C'est la glande qui fait llie.

3. En soulevant la paupière et en ordonnant au malade de porter son œil en dans, on aperçoit à l'angle externe une légère saillie -profondément placée et plus ile 5 sentir au tonclicr,

La conjonctive devient de p'us en plus rouge, et il se produit un engorge înt chronique des gros vaisseaux conjonclivanx qui se dirigent vers le muscle 3it externe.

5. L'œil, constamment larmoyant, est sensible à la lumière. La température de organe est élevée, ce dont on peut s'assurer au moyen d'un petit thermomètre

Gcial que j'ai fait construire à cet effet.

6. Ses mouvements sont un peu gênés, et le malade éprouve une sensation de nilude et de tension dans l'orbite. Quelquefois des douleurs sourdes circum- )itaircs surviennent par crises.

7. La tumeur, augmentant successivement de volume, chasse en partie l'œil de rbite, et il y a un exophihalmos marqué.

8. Par moments tous ces symptômes s'aggravent, et des crises indammatoircs )aiguës se manifestent, surtout si l'inflammation se communique h la portion 'pébrale. J'ai observé, chez un de mes malades, plusieurs crises de ce genre. Il

quelquefois un chémosis séreux.

). Selon Todd, la composition des larmes change sensiblement : elles deviennt acres et irritantes, ce qui explique la prédisposition de l'œil à des inflamma- )ns conlinuolles. Ileynes, Walton et Heymann n'ont pas vu de changement dans sécrétion.

10. Cette afl'ection, de très-longue durée, est sujette à des inflammations subuësqui se dissipent; un engorgement et une hypertrophie simple de cette nide en sont ordinairement la conséquence.

Kiiologie. — La cause de cette afl'ection est le plus souvent diathésique, scrofuuse, tuberculeuse et quelquefois syphilitique. Rarement elle est due à un refroissement ou à la propagation du mal des parties voisines, des afl-ections des os, par emple. Les auteurs l'ont observée surtout chez les enfants et les jeunes périmes; je l'ai vue, avec le docteur E. Barthez, chez un sujet âgé de quarante ans.

104 MALADILS DK LA GLANDK LACHYMAl.E.

TrrniinaiMoii. — Le plus souvoiit la leiminaisoii est fikheuse, et après plu^ijii sieurs années la glande finit par s'hyperlropliier. Ouelf|Uf'f()is, i\ la suite de i attaques inllainnialoires subaiguës, la sup|)urati()n se déclare; le pus se fravc ui passage à travers la peau, et il survient une (islule de la glande lacrymale qui peu quelquefois persister. C'est une fistule lacrymale vraie, ou dacryops fisluki'.. auteurs, qui peut aussi se produire h la suite d'un traumatisme.

TR-aiteinciit. — Il doit ôire surtout dirigé contre l'état constitutionnel scn fuleux, lymphatique ou syphilitique. C'est pour cela qu'on doit prescrire rusa( des sirops antiscrofuleux, sirop de brou de noix, ou antiscorbulique iodé, hiiilii de foie de morue, etc. Le régime sera tonique, substantiel, nutritif, foriitiantui L'air de la campagne et le séjour au bord de la mer seront d'une grande iililitt ' Localement, on fera matin et soir des frictions sur le front et la tempe avec l'on guent mercuriel beliadonné; on appliquera des vésicaloires volants sur le front à la tempe, et l'on badigeonnera la région périorbitaire avec de la teinture d'iode

Bibliographie. — Sclimidt, Die KrankJieifen des Traenen Organe. Wicn, 1803, S. 15? — Todd, BiibUn Ilospital Reports, 1822, vol. Ht, p. A08. — David, Médical Cnzelti 1829, vol. m, p. 523. — Velpeau, Nouveaux Éléments de médecine opératoire. Paris, 183i p. 373. — Anderson, Edinburgh rnontlliy Journ. of Med. Sciences, el Annales (roculistiqm 18/i8, t. XIX, p. 243, — Jarjavay, Gaz. des hôpit., 1854, n'-' 324. — Châlons, Adenii{ lacrymalis syphilitica Med. Zeitung des Vereins fûr Heilkunde in Preussen, 1859, n° 42.'

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